Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
page établie en février 2003
mise à jour le 23 mai, 2005 Autres saints, autres sanctuaires de pèlerinage survol du site Page précédente Accueil
 

Saint-Jean de Rila (Bulgarie)

Les Espagnols voient en saint Jacques le cavalier apparu dans le ciel de leurs batailles contre les Maures. Il est d'autres saints nationaux qui sans participer personnellement au combat ont su maintenir la foi des peuples. C'est le cas en Bulgarie de Ivan Rilski, honoré sous le nom de Jean de Rila. Au coeur de la montagne, un monastère jadis entouré de nombreux prieurés est toujours un lieu de pèlerinage, à juste titre inscrit au patrimoine mondial.

Saint-Jean de Rila vue générale

En Bulgarie, au sud-est de Sofia le monastère de Rila est situé au cœur du massif de Rila qui culmine au pic Moussala (2926 m.)
Ivan Rilski (Jean de Rila), né à la fin du IXe siècle a pris l’habit dans un monastère de la montagne de Rouen. Au temps du premier Royaume bulgare, sous le tsar Peter I (927-969) il se serait retiré dans une grotte de son village natal de Skrino, sur la Strouma, au pied de la montagne de Rila. On y trouve des vestiges d’une église à proximité de cette grotte. Il traversa la rivière pour atteindre la montagne et trouva une autre grotte dans la montagne, dans laquelle il passa de longues années. En 931, un groupe de moines s’est installé près de sa grotte, fondant la première communauté monastique de Rila.

 

Vue générale du monastère de Rila, l'église dans la cour intérieure, derrière l'église une tour du XIIe siècle

Peu après sa mort, le 18 août 946, le tsar Peter a transporté son corps à Sofia, dans une église spécialement construite. En 1183, le roi hongrois Bela III a transféré les reliques à la cathédrale d’Esztergom sur le Danube. Elles sont revenues à Sofia en 1187. Elle furent transférées ensuite en 1238 à Tirnovo, nouvelle capitale de la Bulgarie qui venait d’être libérée de la domination byzantine. Cela légitimait la seconde dynastie bulgare, celle des Assénides. Au XIVe siècle, devant la menace ottomane, le patriarche de Bulgarie écrit une nouvelle Vie du saint dont il fait le défenseur des Bulgares. C’est vers saint Jean de Rila que se sont tournées les prières pendant les cinq siècles de domination turque (1395-1878) et que le monastère est devenu l’abri des chrétiens des pays balkaniques. Ce n’est qu’en 1469 que la communauté put ramener de Tirnovo à Rila le cercueil du saint. Ce transport se transforma en une procession nationale qui réveilla la foi des opprimés et redonna confiance en leurs forces. Tous les tsars ont fait des donations généreuses au monastère qui est devenu un centre culturel et religieux très importants. Plusieurs fois détruit et reconstruit, Rila est devenu célèbre dans l'ensemble des Balkans comme centre important de pèlerinage.
Comme dans tous les monastères orthodoxes, tout autour se dessina un réseau de chapelles et de prieurés (appelés « skites » à la manière byzantine) qui constitue un parcours de pèlerinage offert aux pèlerins :

I- Entre le village de Rila et le monastère :

leprieuré d'Orlitsa
Le prieuré d'Orlitsa

Juste après le village de Rila, fut ainsi érigé le prieuré d’Orlitsa. En 1469, il y fut adjoint l’église Saint-Pierre et Saint-Paul destinée à accueillir les reliques de saint Jean sur le chemin du monastère. Cette église fut remaniée en 1478 et reçut en 1491 un décor d’icônes encore conservé aujourd’hui, ce qui est très rare. A l’époque du réveil national bulgare, au XVIIIe siècle et surtout au XIXe, les moines ont fait peindre le mur extérieur de l’église (1863 par le peintre du Réveil national, Nikola Obrazopissets). La scène la plus connue est celle du transport des reliques de saint Jean, dans le but de faire ressusciter dans la mémoire du peuple cet événement marquant pour l’éveil de la conscience nationale.

En continuant la route vers le monastère se dresse un bâtiment aujourd’hui transformé qui abritait la garde armée du monastère
L’étape suivante se trouve tout près du monastère, à Ptchélino. Vers la fin du XVIIIe siècle on y bâtit l’église « Assomption de la Vierge », décorée en 1835. Elle abrite d’anciennes icônes du Réveil National exécutées par un moine du mont Athos.

II – Le monastère. Le tombeau du saint.

le plan du monastère de Rila
L'église est au centre d'une cour polygonale, entièrement fermée

L'iconostase du monastère
L'iconostase du monastère
à droite de la porte sacrée un simple coffre recouvert d'un drap brodé d'une croix renferme les reliques du saint

L’enceinte du monastère dessine un pentagone. L’extérieur a l’aspect d’une forteresse, l’intérieur est constitué de trois étages de galeries. Au centre est construite l’église « Nativité de la Vierge ». Une tour médiévale complète l’ensemble. Les bâtiments actuels ont été reconstruits après l’incendie du 13 janvier 1833 qui fut considéré comme un malheur national. De toutes parts ont afflué les dons et les bénévoles si bien que la reconstruction fut effectuée en quelques années seulement. L’iconostase centrale est la plus grande des Balkans. Elle fut construite en trois ans, de 1839 à 1842. Au centre se trouve la Porte Royale par laquelle les fidèles peuvent entrevoir l’autel. Juste à droite, un simple cercueil couvert d’un drap de velours abrite le corps de saint Ivan. On dit que le saint avait pris des mesures pour s'embaumer lui-même avant la mort en consommant de grandes quantités d'herbes et de breuvages magiques. Des chapelles et des iconostases, des peintures murales, une icône miraculeuse de la Vierge forment un ensemble extraordinaire. L’extérieur est orné de 1 200 peintures murales, scènes bibliques avec des personnages et des scènes du XIXe siècle.
Davantage de détails de la visite et de l’architecture se trouvent sur plusieurs sites Internet en anglais.

III- Le cimetière du monastère

En sortant du monastère du côté opposé à l’entrée, un chemin longe la rivière en aval et mène à une chapelle entourée du cimetière des moines. L’église « Présentation de la Vierge » est à deux étages. La partie la plus ancienne date du Bas Moyen Age. Elle servait d’ossuaire dans sa partie basse. Au XVIIIe siècle, le bâtiment fut agrandi. En 1795 l’église fut repeinte en entier et munie d’une iconostase. D’autres agrandissements furent faits au XIXe siècle.

le cimetière des moines
Le cimetière des moines

IV- Au-delà du monastère, vers la grotte de saint Jean de Rila

En empruntant la route ou le chemin qui grimpe doucement, le pèlerin passe d’abord à Saint-Luc, à 2 km environ. D’après la légende, c’est là que serait mort d’une morsure de serpent le neveu du saint, Luc, qui avait quitté le monastère poussé par le Malin. Ce prieuré a connu plusieurs étapes dans sa construction. L’iconostase de la chapelle est conservée à Sofia dans la crypte de la cathédrale.


Le prieuré Saint-Luc

Aujourd’hui, le prieuré est à cheval sur le chemin qui le traverse, avec une porte à chaque extrémité. Une école y fut adjointe au XIXe siècle dans lequel un maître du Réveil National donnait un enseignement à la fois religieux et laïc.
Au nord de l’église Saint-Luc, tout près, est la chapelle du « Suaire de la Vierge », proche d’une source sainte qui y jaillit. Elle fut construite en 1805 sur l’emplacement d’une plus ancienne.


Vers la chapelle de la grotte, ermitage Saint-Jean

L’ermitage de saint Jean dédié à « l’Assomption de saint Ivan Rilski » fut construit au XIIe siècle, recontruit au XVIIIe siècle puis en 1820) tout près de la grotte où vécut l’ermite (on dit aussi « église du tombeau). Le parvis marquerait l’emplacement du premier tombeau du saint, avant son départ pour Sofia. Derrière on accède à la grotte du saint par un escalier moderne. Cette grotte s’ouvre en haut de la colline, dans sa partie supérieure, par une étroite cheminée. Celui qui passe sans encombre par cette cheminée se voit absous de ses péchés, selon une coutume que l’on retrouve par exemple en Galice, à Padron, dans les rochers où vécut saint Jacques. La coutume est encore vivante aujourd’hui.
En continuant tout en haut de la montagne une grande croix se dresse au bord de la falaise. Suivant la légende, une jeune fille bulgare aurait sauté dans le vide pour échapper à ses poursuivants ottomans.

Ce monastère a été déclaré monument historique national en 1976 et inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983. Il contient un ensemble impressionnant de peintures murales représentant plus de 1000 scènes de l'Ecriture Sainte ou de la vie du saint dont trois sont représentées ci-dessous.

Le mauvais riche et le pauvre Lazare
Le mauvais riche et le pauvre Lazare
L'Assomption de la vierge
L'Assomption de la Vierge

Abraham, Isaac et Jacob dans la cité céleste

Le jugement dernier
Denise Péricard-Méa, mai 2005

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