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Accueil mise à jour le 20 janvier, 2006 Connaître saint Jacques. Comprendre Compostelle. survol du site Page précédente

Les coulisses de l’implantation en Haute-Loire du «chemin de Saint-Jacques»
How the «chemin de Saint-Jacques» in Haute-Loire came into being

Jean Chaize, juin 2003

Jean Chaize, l’un des premiers artisans à l'origine du «Saint-Jacques», nous permet de publier l'article ci-dessous qui reprend une communication qu'il a faite à la Société Académique du Puy. Cet article fondamental raconte comment est né le GR 65.

 

Compte tenu de l’importance acquise en Haute-Loire par le Chemin de Saint-Jacques et des retombées procurées, il semble opportun de consigner aujourd'hui, succinctement, l'histoire du réaménagement de l'ancienne voie pèlerine, connue et présentée sous le sigle G.R. 65. Une histoire récente me direz-vous, par rapport aux sujets habituellement traités à la Société Académique, mais qui dans l'avenir risque de présenter un certain intérêt auprès de nos compatriotes.
En 1970, le délégué départemental des Sentiers de Grande Randonnée fut pressenti pour créer un nouveau parcours reprenant l'ancien tracé suivi autrefois par les pèlerins qui, assemblés au Puy, se dirigeaient vers Saint-Jacques-de-Compostelle et dont le nom de code serait le G.R. 65. Peu sensible à cette connotation historique et semi-religieuse, il s'abstint de donner une suite personnelle à cette suggestion. Heureusement la secrétaire de la délégation départementale des Sentiers de Grande Randonnée, enthousiasmée par la perspective de faire renaître ce parcours historique proposa et obtint d’en assumer la charge. Rapidement, un petit noyau également sensibilisé par cette rénovation se constitua. Formé partiellement par des randonneurs il s'accrut de diverses personnalités, civiles ou religieuses, entièrement séduites par le thème exceptionnel proposé et toutes disposées à entreprendre recherches et démarches indispensables pour aboutir à cette réalisation.

Les apports de l’histoire

En tout premier lieu, un inventaire des traces laissées par ces lointains pèlerins intervint. Ce rapide recensement des écrits connus fit apparaître d'énormes vides et beaucoup d'imprécisions. En outre, les nombreuses voies possibles s’avérèrent d'autant plus incertaines qu'elles pouvaient éventuellement se confondre avec celles du propre pèlerinage à Notre-Dame du Puy. Si la littérature consacrée à la grande aventure des jacquaires révélait l'immense besoin qu'eurent des milliers d'êtres humains d’entreprendre ce voyage, elle ne sut fournir les indications attendues. Ainsi, le Guide du Pèlerin pièce clé, car la plus ancienne. se révéla bien évasif et discret quant au tracé de la via Podiensis. Par contre, dans son ouvrage Les pèlerins du Moyen-Age , Raymond Oursel signalera quelques tronçons de voies jugées fréquentées par nombre de sujets en route pour la Galice. Soigneusement notés, ces échos, joints à ceux de lieux où transparaissait le nom ou le souvenir de saint Jacques permirent, lors des réunions tenues chez la secrétaire des Sentiers de G.R. , de modeler l'esquisse du futur et moderne itinéraire
En définitive l'on put noter en premier lieu avec certitude le parcours ancestral allant du Puy au village de la Roche. Puis, la dédicace de l'église de Bains à sainte Foy de Conques paru confirmer un lien étroit avec le pèlerinage, lien que vint conforter un peu plus loin la petite et ancienne chapelle de Montbonnet, dédiée a saint Roch. Au-delà des monts du Velay, exempts alors de tout repère et quoique privée de témoignages concrets, Saint-Privat d'Allier s’imposera vu sa situation géographique. Guère plus loin, Rochegude et sa chapelle Saint-Jacques renouait les fils du tracé, peu avant que l'Allier traversé, Monistrol et sa croix timbrée d'une coquille n'impose l'existence crédible de l'ancien chemin. Enfin, deux autres lieux marqués par la dévotion à l’apôtre Jacques, ponctuaient la route, orientant les recherches. En premier, Saugues avec son ancienne chapelle Saint-Jacques (détruite aujourd'hui) et son hôpital également place sous le vocable de l'apôtre. Puis, au col de la Margeride, aujourd'hui connu sous le nom de Saint-Roch, mais ou, voici bien des siècles furent construits chapelle et refuge à I'intention des pèlerins en route pour Conques et la lointaine Galice, et autres lieux…

La recherche d’un tracé

C' est autour de cette structure que va pouvoir se bâtir la voie nouvelle. Mais, de nos jours, les liaisons entre ces divers points n'apparurent pas systématiquement évidentes. L'exploration sur le terrain s'imposera donc et durera pres de 18 mois. Pour cela et après maintes discussions il fut décidé que l'on devrait prendre en compte et respecter les notions suivantes :
1.- Définir et retenir un tracé cohérent, empruntant des chemins publics facilitant la marche en toute sécurité, donc éliminant autant que faire se peut les tronçons de routes goudronnées.
2.- Recueillir sur place, auprès des autochtones, toutes informations sur les voies anciennes reliant les villages entre eux, puis, en complément, chercher à savoir si pèlerinage et pèlerins ont laisse des traces dans la mémoire collective locale.
3.- Enfin bien expliciter partout le projet de rénovation et d'implantation de ce G.R. particulier en le situant dans la prolongation de l'antique voie pèlerine dont le souvenir sera explicitement souligné.
En complément, I'on précisera que ce sentier sera pourvu de balises blanches et rouges uniquement destinées a servir de fil conducteur aux marcheurs, à ne pas confondre avec des marques présageant des modifications cadastrales, toujours mal acceptées par les populations. Vue ainsi, la prospection facilitera les contacts avec la population rurale, annonçant le caractère cordial, voire convivial des futurs marcheurs, ceux-ci ne devant pas être assimilés à des gueux ou des voyous en puissance. Pour faciliter et résoudre I'ensemble des problèmes préparatifs et prospectifs, des sorties dominicales furent programmées. En vue de conforter et compléter le petit noyau de bénévoles, des articles de presse invitèrent, semaine après semaine, amis ou personnes intéressées à se joindre au groupe initial.
Ainsi, pendant près de deux ans, ce sera entre trois et six voitures qui sillonneront les routes du Puy à la Margeride, les chauffeurs débarquant leurs occupants au point de départ des prospections, puis, au prix de longs détours, allant se poster au terme du secteur proposé pour l'exploration, évitant de ce fait aux bénévoles d'effectuer deux fois le même trajet. Si dans les secteurs où la voie s'imposait d'elle-même, inchangée depuis des temps immémoriaux, les reconnaissances furent facilitées, par contre dans tous les endroits où une route moderne, très passagère, s'était superposée au tracé ancien, nombreux furent les chemins annexes à explorer en vue de déterminer un itinéraire aussi direct, propre à la marche en toute sécurité, respectant au mieux l'orientation générale normalement suivie par l'ancienne voie pèlerine. D'où passablement de va-et-vient, de concertations avant de pouvoir opter pour la meilleure solution ou jugée telle. II n'est pas dit d'ailleurs que ces diverticules obligatoires, toujours formés de chemins empierrés reliant des villages entre eux, n'aient pas également servi jadis aux pèlerins qui, en fait, ne disposaient que du «bouche à oreille» pour avancer dans la bonne direction.

Le balisage

Après la période purement prospective, laborieuse à souhait et une fois bien déterminé le tracé sur la carte, vint alors celle du balisage proprement dit, dont les outils nécessaires : brosses, planes, peinture furent fournis par le Federation des Sentiers. Cette dernière phase vit le groupe revenir sur le terrain. Mais les précédentes allées et venues de 10 à 20 personnes, les nombreux et cordiaux contacts échangés avec la population ne furent pas perdus, les autochtones en les retrouvant ne manquant pas d'aborder les baliseurs en ces termes amicaux : «voilà les Saint-Jacques qui reviennent». L'empreinte du pèlerinage devenait donc réelle, effective sur l'ensemble du nouvel itinéraire et les néo-pèlerins pourraient venir sans risque d'être rejetés ou regardés de travers.

Les gîtes

Mais l'aventure ne sera pas terminée pour autant car deux éléments très importants faisaient encore défaut. L'un demeurant celui des gîtes capables d'héberger les marcheurs en fin de journée. Après étude, trois sites s'imposaient entre Le Puy et l'entrée en Lozère, mais leur aménagement dépassait les compétences et les possibilités du petit groupe de bénévoles. Il fallut se résoudre à convaincre certains responsables locaux de s'impliquer et s'intéresser à ce besoin propre au randonneur, qui, le soir venu, après une journée de marche, aspire è trouver un toit, un abri pour passer la nuit et récupérer de la fatigue. Saint-Privat d'Allier fournit un premier lieu idéal pour ces pauses nocturnes. Le Maire, alors Conseiller Général, qui s'était amicalement gaussé précédemment de l'équipe et de son ambition, affirmant qu'il était utopique d'espérer voir des marcheurs se lancer à l'aventure le long de ces chemins isolés, perdus dans la nature, accepta néanmoins de réserver un lieu d'accueil dans un immeuble communal, théoriquement vide au cours de I'été, car aménagé pour héberger durant la mauvaise saison des personnes seules, trop isolées du bourg pour demeurer chez elles. Puis, à I'autre bout du département, au domaine du Sauvage, grâce à I' amabilité du gardien et compte tenu des nombreux bâtiments disponibles, il fut convenu que l'un d'eux pourrait, sans trop de problème, recevoir les marcheurs avant qu'ils ne franchissent la Margeride au profil bien désertique . En position intermédiaire, Saugues, malgré tous ses commerces posera un problème car ne parvenant pas à dégager d’emblée un lieu de repos adéquat. Heureusement le hasard y suppléa. Ayant entendu que, sur le plan national, cent toiles de tente susceptibles d'accueillir 15 a 20 personnes étaient gracieusement fournies pour répondre aux besoins d'organismes d'accueil passager, le groupe put, grâce à la célérité du Maire et Conseiller Général de Saugues, obtenir liVraison de la dernière tente disponible. Parvenue à Langeac, transportée a Saugues, installée durant l'été, elle servira quelques années avant que d'autres types d'équipement plus adéquats ne soient créés.

Le premier topo-guide

Si le G.R. 65, Sentier de Saint Jacques semblait alors opérationnel, en Haute-Loire tout au moins, il manquait encore un élément complémentaire bien indispensable pourtant, à savoir un topo-guide décrivant I'itinéraire au fil du parcours. Rapidement et soigneusement élaboré, incluant pour la première fois dans un descriptif divers éléments, particularités, curiosités, légendes, échos d'histoire locale, etc. Terminé, ce document fut imprime gracieusement par la Chambre de Commerce du Puy, dûment complété par des cartes appropriées. Ainsi, fin 1972, la boucle se bouclait, les pèlerins ou randonneurs pouvaient entreprendre leur périple, d'autant plus que la Lozère et l'Aveyron, rapidement opérationnels permirent à la Fédération Nationale d'éditer, sur les bases de notre mouture, un topo-guide officiel couvrant le parcours du Puy à Conques. Si on connaît la suite de cette initiative à travers son succès actuel, drainant annuellement sur le Puy près de 10 000 personnes et d'autre part ayant abouti en 1998, lors de l'inscription des Chemins de Saint Jacques au Patrimoine mondial, au classement particulier de la cathédrale et de l'hôtel-Dieu du Puy.
Mais, pour clore cet exposé succinct, il n' est pas inutile de souligner que la réalisation de cet itinéraire exceptionnel par son rayonnement n'a pas coûté un seul centime aux finances publiques, villes ou département, car s'avèrent l'œuvre exclusive de bénévoles qui n'hésitèrent pas, deux années durant, à consacrer maints dimanches à cette tâche, parcourant avec leurs voitures personnelles plusieurs milliers de kilomètres, dans l’anonymat le plus complet.
De ceux-là aussi, il convenait de faire état.

 

Ce témoignage de pionnier est extrêmement précieux en ce qu’il nous replace à la naissance de ce chemin. Il nous a suggéré les commentaires suivants.

 

La documentation était mince, réduite au Guide du pèlerin. A défaut d’écrits mentionnant Compostelle dont on cherchait le chemin, restaient des toponymes, des sculptures ou des vestiges, comme des coquilles, qu’il fut tentant de considérer comme des balises indiquant la route de Galice.
Des quatre routes proposées, celle du Puy était la plus séduisante, car la plus agreste, c’est par elle que le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée, décida de commencer. Bien que peu connu pour ses sympathies religieuses, ce Comité fut ainsi l’un des artisans du renouveau du pèlerinage à Compostelle. (Comme le vent sur les plateaux de l’Aubrac ou de Castille, l’Esprit souffle où il veut !)
L’époque était favorable. Dans les années immédiatement postérieures à 1968, les «nouveaux marcheurs», souvent des intellectuels en rébellion contre la société de consommation et l’Eglise, étaient en même temps demandeurs d’air pur et de marches à thèmes. Jean Chaize rappelle que le livre de Raymond Oursel, «Les pèlerins du Moyen Age», publié en 1963 les a beaucoup aidés. Il y figurait une première carte des chemins du Puy à Conques : archiviste-paléographe et résident secondaire dans l’Aubrac, l’auteur s’était particulièrement intéressé à cette région qu’il aimait et connaissait. Mais sur le terrain le souvenir des pèlerins-marcheurs était bel et bien perdu. Les paysans de la Haute-Loire les considéraient comme des «gueux ou des voyous en puissance» et aucune autorité ne pariait sur l’intérêt de tracer ces chemins.
Cet article montre combien l’«authenticité historique» du chemin retenu était fragile pour ces pionniers. Il permet de mesurer à quel point cette authenticité a grandi dans l’imagerie pèlerine jusqu’à devenir vérité indiscutable, voire Tradition religieuse… Involontairement, il dévoile toute la crédulité d’une frange de la société d’aujourd’hui dont le besoin de merveilleux n’est pas moindre que celui qu’on prête si facilement aux hommes du Moyen Age.
Dans son ouvrage, Raymond Oursel montrait bien que les routes médiévales étaient parcourues par des millions de pèlerins. Il les voit affluant au Puy, à Vézelay, à Saint-Gilles-du-Gard, à Tours … et souligne que tous n’étaient pas pèlerins de « Monseigneur saint Jacques de Galice » … Mais, en 1970, la magie de Compostelle, favorisée par le flou du Guide du Pèlerin commençait à s’imposer. Ces sanctuaires, points de convergence ont été transformés en points de rassemblement. Là où il manifestait des incertitudes, ses successeurs n’hésiteront pas à voir des affirmations. Ses hésitations ont été balayées, comme l’ont été celles des pionniers qui reconstituaient des itinéraires. Il n’est pas bien vu aujourd’hui de ramener à de justes proportions ces déformations de la vérité au risque de passer pour hérétique, surtout depuis que l’Eglise a tardivement compris l’intérêt de ce renouveau du pèlerinage. Il n’en est que plus urgent de rendre hommage aux pionniers, de les remercier de leurs doutes et de leur modestie. On a trop vite oublié que c’est à eux que l’on doit tous les rêves générés par le chemin actuel, et non à des fantômes soit-disant médiévaux venus tout droit du XIXe siècle.

 

Les visiteurs qui ne l'ont pas lu trouveront ci-dessous deux pages extraites du livre de Raymond Oursel. En 1963, il n’avait pas entrevu la vocation politique du dernier Livre du Codex Calixtinus, devenu le Guide du pèlerin, mais il porte un regard lucide sur la manière dont sont redessinés les itinéraires routiers de son époque.

LES QUATRE ROUTES FRANÇAISES : UNE VISION HEROiQUE ET GRANDIOSE.

… A plus forte raison, une extrême variété d'itinéraires était concédée au pèlerin de France, d'Allemagne ou d'Italie jusqu'à la traversée des Pyrénées. Hors la recension des «corps saints», qui s'accommode de bien des détours, le laconisme du Guide est total sur ce point, et son intention apparaît bien moins de définir des axes infrangibles, que d'étendre sur la surface du royaume franc, par une vision d'une poésie intense, et comme en raccourci, l'éventail sacré qui la balaiera toute.
II a bien choisi ses têtes de route, ou plus exactement, les sanctuaires qui doivent drainer sur chacun des parcours les pieuses caravanes. Rien ne serait cependant plus faux, encore une fois, que de considérer ces métropoles, ainsi, d'ailleurs, que toutes les églises de pèlerinage énumérées par le Guide, ou situées même hors des axes routiers de Compostelle, comme de simples centres de transit ou d'hébergement. Chacune d'elles s'offre en fait, à la fois comme un pôle puissant et attractif, et comme le nœud d'un rayonnement régional souvent très étendu, et que bien des signes expriment alentour. Sur elles convergent des écheveaux de routes et de chemins, vastes étoiles dont elles sont le centre lumineux, et c'est à elles, bien souvent, que s'arrêtera le pèlerinage, moins dispendieux peut-être, mais aussi riche, en bien des cas, de grâces spirituelles que le long cheminement d'Espagne.
Saint-Martin de Tours, la Madeleine de Vézelay, Notre-Dame du Puy et Saint-Gilles, ces quatre pèlerinages majeurs sont tous répartis à l'intérieur des limites du royaume de France, telles que les a déterminées depuis 843 le traité de Verdun. Une distance sensiblement équivalente les sépare à vol d'oiseau, de telle sorte que les branches de l'éventail soient elles-mêmes, à peu de chose près, équidistantes. La figure est émouvante de ces réseaux rayonnants qui, issus du nord, de l'est et du midi, s'en viennent fusionner en un seul à la voix de l'Apôtre, image de l'Eglise qui, des quatre vents, rameute les siens (Ezech., 37, 9), ou encore de cet éclair gigantesque qui, parti de l'Orient, embrasera jusqu’au couchant la voûte du ciel, signe du Fils de l’Homme redescendu sur la terre pour y juger les vivants et les morts (Matt.J 24, 27). Si clair est le propos du rédacteur visionnaire qu'il n'hésite pas à recommander aux pèlerins de Saint-GilIes ou de Saint-Martin, après avoir accompli leurs dévotions aux tombeaux de ces confesseurs, de rebrousser chemin pour visiter les sanctuaires d'ArIes et d'Orléans, que la plupart avaient préalablement rencontrés sur leur route ! Le long de chaque itinéraire, les seuls jalons que le Guide assigne sont, on l'a dit, ceux des «corps saints» dont il conseille le pèlerinage, et que bien des lieues, parfois, séparent. Libre à chacun, dans l'intervalIe, d'organiser ses étapes et les détours que sa ferveur ou sa fantaisie lui suggère ! Ces incertitudes, les graves lacunes constatées, le défaut de toute indication topographique ou routière, même sur le parcours poitevin et aquitain que l'auteur connaît et pratiqua en personne, ont laissé les historiens perplexes. L'on s'est, à grand labeur, ingénié à porter sur la carte de France les beaux faisceaux des routes jacobites ; le modèle du genre demeure la carte admirable, et puissamment évocatrice, qu'en 1937 a brossée le Musée des Monuments Français. Fondée, au premier chef, sur les enseignements du Guide elle a pour unique défaut de ne pas distinguer sans ambiguïté les seules étapes que cet instrument permet de pointer, et qui sont rares, de toutes celles que l'érudition s'efforce de reconstituer sur ces parcours ou à leurs côtés. II en résulte un réseau serré, fouillé certes et harmonieux, bien fourni de relais de toute nature, sanctuaires figurés par des châsses, ou hôtelIeries représentées par de petits portails ; cependant, les lignes continues qui relient ce foisonnement de lieux consacrés ou célèbres et prétendent restituer les parcours intermédiaires risquent en plus d’un cas d’apparaître quelque peu gratuites et arbitraires.

Pèlerins du Moyen Age, Paris, Fayard, 1ére éd. 1963,(éd. 1978, pages 168-169)

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