Plus de 1000 définitions, un condensé
d'expérience scientifique et pèlerine, un résumé
des connaissances actuelles sur saint Jacques et Compostelle.
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Babelon, Jean
Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale à Paris.
Président-fondateur de la Société* des amis de saint Jacques, Jean Babelon
(1889-1978) assuma cette charge de 1950 à 1978. Il avait été, en 1934, secrétaire
de l'association France*-Espagne. Malgré cette longue activité et de nombreuses
publications, il n'a consacré qu'un seul article au pèlerinage à Compostelle.
Balisage
Le balisage s'inscrit dans la tradition des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques
qui venaient en aide aux voyageurs en construisant des ponts ou en aménageant
des routes. Aujourd'hui ces services sont pris en charge par la collectivité
mais la plupart des pèlerins ne suivent plus les routes marchandes empruntées
par le trafic automobile. Ils suivent des chemins tracés pour eux. Les principaux
sont devenus des GR* dont le balisage est réalisé par des bénévoles de la
FFRP*. Un bon balisage est un élément de sécurité pour les randonneurs et
pèlerins. En dehors des GR*, le balisage est plus aléatoire. Dans certains
cas des portions importantes de chemins ont été définies et balisées par des
associations* de pèlerins. Plusieurs villes ont réalisé un balisage avec des
clous* de bronze pour marquer des itinéraires prétendus plus historiques que
d’autres.
Balise
Marque ou signe conventionnel apposé de façon très visible
sur un itinéraire pour en faciliter la fréquentation. Elle sert le plus
souvent à indiquer la nature de l’itinéraire. Parfois elle indique la direction
à prendre pour se diriger vers un but défini, c’est le cas des flèches*
jaunes des chemins de Compostelle. La FFRP* utilise des marques de peinture
rouge et blanche (couleur déposée) sur les rochers, les arbres, les murs,
les poteaux. Des marques d’autres couleurs sont utilisées pour d’autres
itinéraires locaux ou régionaux. En dehors des chemins de la FFRP, aucune
règle générale n’existe et la fantaisie la plus complète peut régner. Des
organismes publics comme les Conseils Généraux contribuent à entretenir
la diversité de la signalétique*. Les indicateurs médiévaux étaient sans
doute encore plus originaux si l’on retient la description suivante d’enseignes
annonçant un modeste sanctuaire Antonin* : « monjoies, mains,
potences, images, plats de Saint-Antoine et autres signes mis au village
et la statue au nom de saint Antoine ».
Bannière
Etendard que l’on porte aux processions et qui sert à distinguer
une paroisse ou une confrérie. La bannière est un symbole, un signe de ralliement,
un objet identitaire. Plusieurs paroisses conservent des bannières de saint
Jacques, dont les plus anciennes datent du XVIIe siècle. Elles sont souvent
en soie brodée.
Bar
La providence des pèlerins qui permet de se reposer assis
sur une chaise.
Barjouville
(Eure-et-Loire, ar. Chartres, c. Chartres SW)
A 3,5 kilomètres de Chartres, le village possède une église*
paroissiale Saint-Jacques, sans histoire écrite, qui conserve un vitrail,
une statue* et bâton* de procession.
Baronius (Cesare
Cesare Baronius (1538-1607), Oratorien, confesseur du pape
et futur cardinal se vit confier la direction des recherches historiques
entreprises sur injonction du concile* de Trente, à savoir éliminer du calendrier
une bonne partie des trop nombreux saints critiqués par les Protestants
et doter d’une histoire sérieuse ceux qui étaient reconnus. En 1584 est
publié le nouveau Martyrologe romain qui, à la date du 25 juillet,
met très clairement en doute la véracité de la légende compostellane. Quatre
ans plus tard, les Annales ecclésiastiques du même Baronius, reprennent
ces conclusions. Devant l'ampleur des réactions en Espagne, Rome corrige
sa position en 1602, dans un nouveau Bréviaire de la Vie des saints
indiquant que saint Jacques est peut-être venu en Espagne. Ses travaux ont
déclenché en Espagne des contre-études volumineuses qui, reprises aujourd'hui,
contribuent fortement à étayer la légende de Compostelle.
Barque
C'est dans une barque de pierre, sans voile ni gouvernail,
que, selon la légende, les disciples ont rapporté le corps de saint Jacques
de Palestine en Galice (voir Translation*). Une barque a également été utilisée
par la Vierge* pour venir visiter saint Jacques pendant sa mission d'évangélisation.
Il en reste le souvenir à Muxia* en Galice.
Barret (Pierre)
Journaliste (l'Express et Europe 1), il a fait en
1977 le pèlerinage à pied de Vézelay à Compostelle avec Jean-Noël Gurgand*.
A publié avec lui en 1978 Priez* pour nous à Compostelle. Comme lui,
il est mort à 53 ans, en 1989.
Bas-côté
Voir Eglise, Nef.
Basilique
Mot dont le sens a évolué au fil des siècles, souvent employé
mal à propos. Dans le monde romain, il désigne une grande salle rectangulaire
où les citoyens traitent leurs affaires pendant la mauvaise saison. Pendant
les premiers siècles du Moyen Age, le terme désignait souvent les bâtiments
du culte (le terme « église » étant plutôt réservé à la cathédrale).
Depuis le Concordat de 1801 (complété de décrets en 1968 et en 1989), « basilique »
est un titre honorifique décerné par le pape à certaines églises ayant une
grande valeur architecturale, une valeur historique spéciale, tout en continuant
d'être un lieu de prière et de liturgie. Ces églises deviennent supérieures
à toutes les autres, excepté la cathédrale. Quelques cathédrales portent
ce titre (Chartres, Saint-Denis). Toutes les basiliques sont dites « mineures »
à l’exception des quatre de Rome qui sont dites « majeures » et
dans lesquelles seul le pape peut célébrer la messe.
Bâton de procession
Contrairement à une idée répandue, un bâton de procession
n’est pas un bâton de pèlerin ! A la différence du bourdon*, ce n'est pas
un objet personnel. C’est l’un des insignes de la confrérie*, au même titre
que la bannière*, la statue* et le reliquaire* (quand il y en a un). Il
se compose souvent d’une statuette du saint abritée sous une architecture
légère et dressée au haut d’un manche haut de 2 mètres ou plus, ce qui lui
permet de dominer la foule. Tous ces objets identitaires sortent lors des
processions* organisées à certaines grandes fêtes* ou lors du départ* d’un
pèlerin vers une destination lointaine.
Bâton de Jacob ou de saint Jacques
Ces mots sont employés dans divers domaines. En botanique,
il désigne l'asphodèle jaune, le Lys* des jardins, lilium candidum
ou encore la rose trémière. Voir aussi bourdon* de saint Jacques. En astronomie,
les trois étoiles du baudrier d'Orion* dessinent un “ bâton de saint
Jacques ”. En géométrie ou astronomie, ce fut le nom d’un instrument
permettant de mesurer des hauteurs ou des distances. En magie, ce peut être
aussi la baguette d'un escamoteur.
Bayard (Pierre Terrail, seigneur de)
Rien, dans la vie du chevalier Bayard, (1476-1524) ne permet
de dire qu'il soit allé à Compostelle. Néanmoins son biographe, Champier,
décrit son pèlerinage car, dans l’imaginaire du XVIe siècle un chevalier
parfait se devait encore d'être allé à Compostelle. Il coupe court à toute
contradiction en précisant que Bayard est parti en anonyme. “ Et, parce
qu’il avait longtemps porté les armes contre la nation hispanique, voulut
voir les Espagnes et monta sur mer à la Rochelle*. Et, comme pèlerin, sans
se donner à connaître, alla à Saint-Jacques en Galice, là où il demeura
quelque temps pour voir le pays jusqu’à Saint-Sauveur à Oviedo, retourna
à Saint-Jacques et par la mer retourna en France ”
Bayonne
(Pyrénées-Atlantiques, ch.-l. ar.)
Dans le faubourg du Saint-Esprit, au début du XVIIIe siècle,
Madame Belcourt recevait les pèlerins dans une auberge* à l’enseigne d’une
coquille* Saint-Jacques attachée au–dessus de la porte. Guillaume Manier*
qui y logea en octobre 1726, note que “ c’est là où tous les pèlerins
de Saint-Jacques logent en allant et venant. Cette femme est connue aux
quatre coins du monde pour cela ”.
Béarn
En 1976, l'historien du Béarn Pierre Tucoo-Chala, écrivant
sur Lacommande, un relais en Béarn sur les chemins de Saint-Jacques de
Compostelle, conclut, au terme d'une recherche approfondie, que la carte
des quatre chemins de Saint-Jacques n’était “ qu’une vue de l’esprit ”
et que “ la notion de chemin de Saint-Jacques parfaitement défini et
individualisé n’est pas valable en Béarn ”. Les lieux, tels que Béost*,
qui prétendent aujourd'hui se situer sur le chemin de Compostelle ne peuvent
donc le faire qu'au titre de chemins contemporains, n'ayant rien d'historique.
Beaugency
(Loiret, ar. Orléans)
A Beaugency, le pont sur la Loire passe pour avoir été
construit par le Diable. C’est peut-être pour annuler ses effets maléfiques
qu’une petite chapelle Saint-Jacques a été construite sur une arche. Il
est en effet dans les pouvoirs* de saint Jacques de protéger du diable,
aussi bien sur terre que dans les eaux. Mentionnée au XIIe siècle, cette
chapelle fut démolie en 1767, remplacée par une croix qui fut bombardée
pendant la seconde guerre mondiale. A la fin du XVIIIe siècle, on disait
que cette chapelle avait été fondée par la confrérie des anciens pèlerins
de Compostelle. La fête de saint Jacques y était encore célébrée solennellement
devant la foule abritée sous des toiles tendues spécialement. On y accueillait
ceux qui revenaient de Compostelle, tels, au début du XVIIe siècle, le maître
cordonnier Guillaume Preudhomme ou le tourneur Guillaume Ytasse*, dont le
musée conserve la pierre tombale gravée à son effigie, celle du Christ et
celle de saint Jacques. Il avait demandé ce monument par testament passé
devant notaire.
Bédier (Joseph)
Breton, Joseph Bédier (1864-1938) vécut les premières années
de sa vie à la Réunion où ses ancêtres s’étaient installés au XVIIIe siècle.
Il vint à Paris pour préparer le concours de l’École Normale Supérieure,
qu’il réussit en 1883 avant de passer l’agrégation de lettres et d’obtenir,
en 1893, sa thèse de doctorat. Après avoir enseigné quelques années à l’université
de Fribourg, il fut nommé maître de conférences à la Faculté de Caen puis
à l’École Normale Supérieure. En 1903, lui fut attribuée la chaire de langue
et de littérature française du Moyen Age au Collège de France. Il fut élu
à l'Académie française en 1920. Médiéviste exceptionnel, Joseph Bédier fit
beaucoup pour la résurrection des grands textes de la littérature française.
Il a détruit l'idée que les légendes épiques avaient un fonds historique
venu de cantilènes contemporaines des événements. En ce qui concerne Compostelle,
il a exagéré l’importance des “ chemins de saint Jacques ” comme
source d’inspiration poétique, tout comme Emile Mâle* l’a fait dans le domaine
de l’architecture. Il a ainsi contribué à répandre l’idée fausse de l’existence
de chemins de pèlerinage spécifiques au long desquels des chansons auraient
été composées par des jongleurs sur les champs de foire pour “ attirer
et retenir, édifier et récréer un même public de marchands et de pèlerins ”.
Bégude
En Provence, auberge* ou buvette (de begudo, participe
passé du verbe beure, boire).
Belin, (Belin-Beliet, Gironde, ar.Bordeaux)
“ Heureux petit village de Belin où reposent tant de héros ”,
chante la Chronique de Turpin* racontant l’inhumation des morts
ramenés de Roncevaux*, parmi lesquels Olivier*, le compagnon préféré de Roland*,
fils du comte de Genève
Bellem
Trois-mâts construit en 1896 à Nantes, racheté par la Caisse
d’Epargne en 1979 et remis à flots en 1986, en tant que navire-école. Avec
ce fleuron du patrimoine maritime français, Hélène Leroux, alors présidente
de l' “ Association des amis de saint Jacques en Bretagne et Loire-Atlantique ”
renoua avec la tradition des pèlerinages* maritimes en organisant un pèlerinage
de Lorient à Compostelle à l'occasion de l'année* sainte 1993, du 30 avril
au 8 mai. Elle a pu le faire en tant qu’épouse du président-fondateur des
chantiers navals Leroux-Navale (ou Leroux et Lotz). L’un de ses plus beaux
souvenirs : les cloches de l’Armor-Plage qui, à la sortie de Port-Louis,
ont sonné pour le départ.
Bénédiction
Au Moyen Age, le départ* en pèlerinage s’accompagnait généralement
d’une cérémonie religieuse, comprenant une messe et la bénédiction du pèlerin.
De nombreux rituels contiennent les formules utilisées par les prêtres lorsqu’ils
bénissent un départ de pèlerin pour une destination lointaine. Celles-ci,
tirées du Codex Calixtinus*, sont adaptées à un départ pour Compostelle:
“ Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace*, insigne*
de ton pèlerinage afin que, purifié et libéré, tu parviennes à la maison
de saint Jacques où tu veux te rendre, et qu'ayant achevé ton voyage, tu
reviennes parmi nous en bonne santé et joyeux, par la grâce de Dieu qui
vit et règne dans les siècles des siècles. Amen ”, “ Reçois ce
bourdon*, réconfort contre la fatigue de la marche sur le chemin de ton
pèlerinage, afin que tu puisses vaincre les embûches de l’Ennemi et parvenir
en toute tranquillité au sanctuaire de saint Jacques, et que ton but atteint,
tu nous reviennes avec joie, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans
les siècles des siècles. Amen ”. Aujourd'hui, de telles cérémonies ont encore
lieu, lorsque les pèlerins le désirent.
Bénéfices
Les pèlerins les plus religieux les appelleront grâces.
Quelle que soit leur dénomination, les bienfaits du pèlerinage sont nombreux.
Apprendre l’humilité* et le détachement*, expérimenter la fraternité et
la tolérance et se réjouir des rencontres* du chemin, s’émerveiller des
beautés de la nature et, pour certains, louer son créateur, en font partie.
Béost
(Pyrénées-Atlantiques, ar. Oloron-Sainte-Marie, c. Laruns)
Une grande énigme plane sur Béost et son église Saint-Jacques
: des squelettes sont enfermés dans le clocher. Depuis quand et pourquoi
? Bien que connus des habitants du village, ils ont été redécouverts officiellement
en 1968. Les hypothèses allèrent bon train, à partir d’un fait historique,
l’épidémie de peste de 1602, et du vocable Saint-Jacques, mentionné au XVIIe
pour la première fois. En 1968, ce vocable était déjà interprété comme marquant
une route de Compostelle. Apparut alors un texte liant les deux éléments
historiques, rapportant que trente pèlerins, morts de la peste au retour
de Compostelle, avaient été emmurés afin d'éviter la contagion. Malheureusement,
ce texte n'a été vu que par une seule personne, avant de disparaître. Il
est donc impossible d'y ajouter foi. Le mystère demeure. Aujourd'hui, Béost
se dit sur un chemin de Compostelle en référence au titre d'abbé laïc* porté
par les seigneurs locaux qui, hypothèse fantaisiste, auraient exercé l'hospitalité
au XIIe siècle (bien qu’une liste des abbayes laïques de 1385 ne mentionne
pas Béost).
Béranger de Landore
Ce Français fut archevêque de Compostelle de 1318 à 1330.
Il est né dans l’Aveyron au château de Salmiech en 1262, dans une famille
apparentée aux comtes de Rodez. A vingt ans il entre chez les Dominicains
où ses qualités intellectuelles sont remarquées. Parallèlement à une formation
universitaire poussée, il gravit les échelons dans son Ordre : en 1313 il
est Maître général. A partir de 1309, les papes lui confient des missions
politiques et religieuses très importantes. Le 15 juillet 1317, il entre
dans l’histoire de Compostelle en y étant nommé archevêque par le pape Jean
XXII. Le 30 avril 1318, il reçoit l’onction épiscopale en Avignon. Le 29
juin, il bénit le nouveau chœur de l'église du prieuré Notre-Dame de Rabastens*
puis prend la route de l’Espagne. Mais Compostelle lui fut fermée par les
édiles, offusqués de cette nomination. Intimidations, séquestrations, attentats,
il triomphe de tout et se venge. Le 27 septembre 1321 il peut enfin quitter
Noia où il s’était réfugié et entrer dans Compostelle. Le 16 juillet suivant,
il accorde son pardon aux anciens rebelles et décide que “ le jour
de saint Jacques serait bon pour tous [et] célèbre avec une grande
dévotion sa première messe solennelle sur l’autel du très saint apôtre ”.
Cette année-là le 25 juillet tombait un dimanche. Peut-on voir dans cette
journée exceptionnelle la première année* jubilaire ? Béranger fut chargé
ensuite par le pape d’autres missions au Portugal et en Espagne. En 1328,
il fait reconstruire l’église Sainte-Marie de Noia et s’y fait représenter
en effigie entre la Vierge et saint Joseph, sur le tympan du porche principal.
En 1330, il accompagne le roi en Andalousie lors d’une croisade et meurt
au couvent dominicain de Séville, où il fut inhumé. En 1404, selon sa volonté,
ses restes furent transférés au couvent des dominicains de Rodez. Son tombeau
fut détruit lors de la révolution de 1793. Et c’est sans doute à lui que
l’on doit l’iconographie nouvelle de saint Jacques qui, en Espagne, remplace
l’apôtre par le combattant. S’est-il identifié à saint Jacques ?
Berenguela
Tour de la cathédrale de Compostelle construite par Béranger*
de Landore. Cette tour fait face à la tour de l'horloge, également terminée
par Béranger de Landore. Elle servit à la lutte contre les habitants de
la ville, plusieurs fois révoltés contre lui.
Béret
Pour un artisan de Saugues, il est devenu, à côté du “ Sauguin ”,
le “ Saint-Jacques ” présenté comme coiffure traditionnelle des
pèlerins.
Besace
Sac ou gibecière que l’on porte en bandoulière (en latin
pera ou sporta, en français “ escherpe ” (écharpe),
du francisque skerpa = sac en bandoulière, poche). Au XVIe siècle, elle
se nomme “ mallette ”. L’ “ ecarcelle ” semble
être cette même poche que l’on attache à la ceinture. Les bergers, les mendiants
y mettaient du pain et des provisions de toutes sortes, les chasseurs leur
gibier.... C’est aussi l’un des attributs* du pèlerin. Il y range le coffret
à papiers de pèlerinage, renfermant les lettres de recommandation* données
au départ et, au retour, le billet* de confession et de communion délivré
à Compostelle dès le XIIe siècle. Au XIVe siècle les chancelleries d'Espagne
délivrent aussi des sauf-conduits qui prennent place dans cette besace.
Le sermon Veneranda dies* en définit ainsi le symbolisme
: “ C'est un sac étroit qui est ouvert en haut sans être fermé au moyen
de lacets. L'étroitesse de la gibecière du pèlerin signifie que, confiant
dans le Seigneur, le pèlerin ne doit emporter que de modestes provisions.
Elle est faite de la peau d'un animal mort, parce que le pèlerin doit lui-même
mortifier sa chair sujette aux vices et au désir, par la faim et la soif,
le jeûne, le froid et la nudité, les efforts et l'opprobre. Elle est toujours
ouverte, à l'image du pèlerin, qui partage au préalable ses biens avec les
pauvres et, plus tard, est disposé à prendre et à donner.”
Besançon
(Doubs)
Besançon possède un hôpital Saint-Jacques, et, pour qui
sait les trouver dans la cour d’une école, les ruines d'une chapelle primitive
à laquelle il a emprunté son vocable. Ces ruines sont le premier témoin
du souci d’hospitalité manifesté dans cette ville, premier maillon de la
longue chaîne qui a mené jusqu’au Centre Hospitalier Universitaire d’aujourd’hui.
Bible (et pèlerinage)
La
Bible autant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, n'est
pas avare pour parler du pèlerinage. Abraham*, père des croyants, est, pour
ainsi dire, père des pèlerins dans la mesure où, le premier, il se met en
route pour se rendre vers un pays inconnu sur l'appel de Dieu (Genèse 12,
1 et Hébreux 12, 8 s.). Le peuple juif est appelé à se rendre à Jérusalem
pour célébrer les trois grandes fêtes évoquées dans le livre de l'Exode
(23, 13-17) : fêtes des pains sans levain ou Pessah, de la moisson
ou Chavouot, des Cabanes ou Soukkot. Jésus est fidèle à la
pratique de ces fêtes, respecte les pèlerinages bibliques dès sa jeunesse
(cf. notamment Luc 2, 41 s.). Dans la Parole de Dieu, la démarche de pèlerinage
signifie profondément ce qu'est la vie humaine : " Tes décrets sont
devenus mes cantiques, dans ma demeure de pèlerin ", dit le psalmiste
(PS. 118, 53). Des psaumes, appelés Cantiques des Montées, sont les
chants scandés par les pèlerins qui s'approchent de la Ville Sainte. Et
l'épître aux Hébreux rappelle aux croyants qu'ils sont des étrangers
et des voyageurs sur la terre (11, 13). Le pèlerinage n'est donc pas seulement
un temps particulier réservé à la recherche de Dieu, il est la condition
même de l'homme en route vers le Royaume.
Billet de confession - Billet de communion
Attestations délivrées à Compostelle, par l’archevêque,
dès le XIIe siècle. Ces billets font foi de l’accomplissement du pèlerinage.
Dans le cas d’un pèlerinage pénitentiel, l’attestation doit être authentifiée
devant notaire. Ces billets sont l’ancêtre de l’actuelle Compostela*.
Bitume
Beaucoup le fuient autant que son frère le goudron*.
Bivouac
Une grange, un porche d’église, un préau d’école s’offrent
parfois comme seul abri pour le pèlerin lorsqu’aucun autre hébergement*
n’est disponible. Mais certains y recourent habituellement, préférant l’inconfort
à la promiscuité des gîtes*.
Blanche de Castille
Au XIIIe siècle le dominicain Etienne de Bourbon (v. 1190-v.
1260) rapporte comment la reine Blanche de Castille (fille d'Alphonse VIII*
de Castille et d'Aliénor d'Angleterre, 1185-1252) fut dissuadée de partir
à Compostelle par l’évêque de Paris qui la délia de son vœu* et l'envoya
chez les Dominicains de Paris*. La reine suivit le conseil mais, en 1239,
envoya néanmoins un pèlerin par procuration*, son sommelier.
Blason
Il existe des “ enveloppes émises par les mairies ”
(EDM) où sont apposés des blasons communaux. Une association d’héraldophilie
communale présidée par Gérard Heurtier a recensé environ 300 de ces blasons
portant coquille, bourdon et/ou besace. Voir héraldique.
Blaye
(Gironde, ch.-l. ar.)
Avec Arles*, Blaye abrite l’un des “ deux cimetières
sacro-saints et vénérables ” où furent enterrés la majeure partie des
morts de Roncevaux*. Blaye n’accueillit que le corps de Roland qui, selon
la Chronique* de Turpin, était comte du Mans et seigneur de
Blaye. Il arriva “ dans un cercueil tapissé d’or et recouvert d’une
étoffe somptueuse ”. Dans l’église Saint-Romain, Charlemagne “ fit
déposer son épée [Durandal*] près de sa tête et son olifant à ses pieds ”.
Pour garder ce tombeau, Charles donna aux pauvres, comme à Arles, 12000
onces d’argent et autant de besants d’or. Il dota richement les chanoines
de Saint-Romain afin qu’ils honorent perpétuellement la mémoire de Roland.
La même chronique assure que l’olifan de Roland fut ensuite déposé à Saint-Seurin
de Bordeaux*. En 1466, Léon de Rozmital* contemple ce tombeau de Roland*
dont il fait, d’une manière étonnante, le fils du roi Salomon et qui “ périt
sur ordre de celui-ci. Son épée est aussi conservée là. Là repose aussi
Olivier*, compagnon de Roland. On y trouve aussi le tombeau de sainte Belaude
(la belle Aude) qui était fille du roi Salomon et sœur de Roland. Ce furent
des gens d’une taille exceptionnelle ”. L’histoire s’est déjà transformée…
Aujourd’hui encore, l’histoire est contée aux visiteurs, au château et devant
les ruines de l’église Saint-Romain dans laquelle on n’a pas encore retrouvé
le corps de Roland.
Blois
(Loir-et-Cher)
Blois est parfois citée par les pèlerins des XVe-XVIIe
siècles. En 1495 Hermann Künig* parle d'une ville de “ très belle apparence ”.
La même année, Jérôme Münzer* voit “ un gros bourg ” dont le site
est “ extraordinairement agréable et délectable. Il admire le château
et le pont de pierre sur la Loire. En 1531, Heinrich Schönbrunner* apprécie
le “ beau château et un jardin comme on n'en trouve pas deux ”.
Au centre de la ville, au bas de l'actuelle rue Denis Papin, la fontaine
Saint-Jacques est pratiquement l'unique vestige d'un hôpital* et d'une collégiale*
Saint-Jacques fondés en 1358. Ils furent le fait d’anciens pèlerins de Compostelle
dans le but, non pas d'en accueillir d’autres, mais de faire face à la misère
due aux guerres et à l’afflux des gens des campagnes venus chercher du secours
en ville. Ils étaient émus de les voir “ gésir la nuit par les rues
et avoir été par plusieurs fois trouvés morts de froidure et pauvreté ”.
Il avait existé, au XIIIe siècle, une aumônerie Saint-Jacques dont ne connaît
rien d'autre que le sceau du prieur. Les anciens pèlerins ont-ils construit
au même endroit ? On ne sait. Ils se sont installés au bord de l'Arrou,
un ruisseau aujourd'hui disparu qui baignait le mur nord du château, dans
l'actuelle rue Denis Papin, à hauteur de la place du Marché Neuf. Cet hôpital
a d'abord été géré par ces anciens pèlerins groupés en confrérie puis par
des chanoines membres d’une collégiale dont les bâtiments (église et logis)
étaient situés en face, à hauteur du 80 de l'actuelle rue du Commerce. Mais,
dès 1443, les chanoines s'étaient attribué tous les revenus de l'hôpital
et ne recevaient plus personne. Une tentative de restructuration eut alors
lieu, mais sans succès. Seule la collégiale et la confrérie continuèrent
vraiment à fonctionner. En 1511, la fontaine qui était dans l'hôtel-Dieu
fut déplacée pour devenir fontaine publique car “ pour l'atteindre
il fallait descendre cinq ou six marches dans l'obscurité, “ on n'y
voyait goutte et là se faisaient plusieurs paillardises et lubricités ”.
Elle fut alors adossée à l'église collégiale. La même année, l'église fut
gravement endommagée par une crue de l'Arrou. En 1568, la collégiale fut
saccagée par les Huguenots. Elle ne fut pas vraiment relevée et ses biens
furent affectés à la cathédrale créée en 1699. L'église Saint-Jacques fut
détruite peu après. Il subsiste quelques vestiges dans les bâtiments modernes.
Blues
Chaque pèlerin connaît des jours de
blues, de vague
à l’âme, de découragement ou d’inquiétude. Rien n’est acquis et il lui faut
se battre et faire effort pour surmonter cette épreuve. Parfois un bon sommeil
et un nouveau départ à l’aube* suffisent à effacer ce sentiment mais cette
épreuve peut aussi se prolonger, voire conduire à l’abandon... mais qu’en
sait-on ? Les récits* de pèlerins parlent rarement des échecs.
Boanergès (fils du Tonnerre)
Surnom donné par Jésus à Jacques* et Jean (Marc, 3, 13-19) :
à “ Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques, et il leur
donna le surnom de
Boanergès, c'est-à-dire fils du Tonnerre ”.
L’Evangile de Luc (9, 51-56) constate sans étonnement que les deux
frères commandent effectivement le feu du ciel : à Jésus qu’un village
de Samarie refuse d’accueillir, ils proposent : “ Seigneur, veux-tu
que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? ” Mais Jésus
les réprimanda.
Bonnecaze (Jean)
Jean Bonnecaze (1726-1804) est né à Pardies (Pyrénées-Atlantiques).
En 1748, souhaitant étudier en Espagne, il a “ pris le prétexte d’aller
à Saint-Jacques ” et partit en cachette avec trois compagnons. Après
avoir failli se faire enrôler de force dans l’armée (voir réglementations*),
il souffrit beaucoup sur le chemin. Craignant sa mort, ses compagnons l’abandonnèrent
mais, comme dans la légende, il arriva finalement à Compostelle avant eux.
Sur le chemin du retour, atteint de fièvre*, il se vit administrer un remède
efficace par une bonne femme qui l’a vigoureusement fouetté avec des
orties. Mais il renonce à rester en Espagne et retrouve ses parents qui
le croyaient mort. Il devint ensuite curé d’Angos (Angous, Pyrénées-Atlantiques,
ar. Oloron-Sainte-Marie, c. Navarrenx).
Bordeaux
(Gironde)
Trois églises de Bordeaux sont aujourd'hui inscrites au
Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle, la
cathédrale Saint-André, Saint-Seurin, Saint-Michel. Cette inscription ne
doit pas faire oublier que la ville est riche d'un patrimoine relatif à
saint Jacques sans lien direct avec le pèlerinage à Compostelle. A la cathédrale,
dans l'ancienne chapelle Saint-Jacques (actuelle chapelle Sainte-Anne),
une peinture murale montre l'âme d'un chanoine élevée au ciel par saint
André et saint Jacques, témoignant ainsi du rôle de passeur* des âmes de
ce dernier. C'est dans l'église Saint-Seurin que, selon la
Chronique
de Turpin*, Charlemagne* aurait fait déposer l'olifan de Roland, rapporté
de Blaye*. Dans le cimetière de cette église il aurait fait inhumer les
corps embaumés de quinze mille chevaliers morts à Roncevaux*. La ville est
riche aussi de la légende de la jeunesse de Charlemagne en Espagne. C'est
là que le jeune prince aurait installé sa première épouse, Galienne, fille
du roi de Tolède dans un palais que la légende a localisé dans l’amphithéâtre
romain et qui reste le “ palais Gallien ”. Au cœur d'un quartier
d'artisans et de matelots, l'église Saint-Michel fut le siège, à partir
du XIVe siècle, d'une confrérie Saint-Jacques très florissante, qui a compté
plusieurs anciens pèlerins parmi ses membres. Au début du XVIIe siècle,
cette confrérie eut sa chapelle particulière, aujourd'hui restaurée, dont
la pièce maîtresse est un retable retraçant l'apothéose de saint Jacques.
La rue Saint-James conduisait à l'hôpital* du même nom fondé au XIIe siècle,
situé dans l'actuelle rue du Mirail. La vocation de cet établissement, comme
de tous les autres, était d'accueillir tous les pauvres passants, pèlerins
y compris, tous n'allant pas en Galice, tant s'en faut. En 1495 Hermann
Künig* ne le mentionne pas, expliquant simplement qu'à “ Bordeaux où
tu trouveras des échoppes à bon marché. Tu demanderas l'aumône en cas de
besoin, et l'on donne volontiers en ville le vin et le pain ”.
Borne
Certains départements ou collectivités locales ont implanté
des bornes spécifiques comme balises* de portions du chemin sur leur territoire,
parfois d’autant plus hautes qu’elles sont censées signaler un chemin plus
historique que les autres. Dans certains cas elles ont l’intérêt de signaler
un monument ou un site particulier mais, pour le pèlerin, le manque de continuité
dans la signalétique est le plus souvent un inconvénient. Des flèches* jaunes
les remplaceraient avantageusement mais flatteraient moins les orgueils
locaux. En 1965, René de La Coste-Messelière*, dans son enthousiasme, faisait
de la tour Saint-Jacques à Paris* “ la première borne* haute de cinquante-huit
mètres qui marque le point de départ vers Compostelle ”, hypothèse
que les recherches ultérieures ont démentie.
Botafumeiro
Le
Botafumeiro, (boîte à fumée) est un encensoir
géant (haut de 1,50m.) suspendu aux voûtes du croisement du transept* de
la cathédrale de Compostelle. Son usage remonte au XIVe siècle ; on
dit qu’à l’origine les vapeurs de l’encens avaient pour but supplémentaire
de masquer l’odeur des pèlerins. Il aurait également servi de brasero pendant
les rudes hivers galiciens. Fait de métal argenté, son poids est de 54kg.
Il est actionné par huit hommes qui lui impulsent un mouvement pendulaire
le portant jusqu’aux voûtes des bras du transept. L’arc ainsi dessiné couvre
une cinquantaine de mètres. On affirme qu’il est parfois tombé, sans jamais
faire de victimes, entre autres en 1501, 1662, 1925 et 1937. Il est aujourd’hui
mis en action chaque jour, à la fin de la messe des pèlerins, mais aussi
lors des processions épiscopales et lors des grandes fêtes*. Plusieurs de
ces
Botafumeiro ont existé. Celui de 1851 fut exécuté par Losada
et se trouve au musée. Celui qui fonctionne est une réplique offerte en
1971 par la confrérie des Porte-drapeau provisoires. Une hymne à saint Jacques
composée en 1920 accompagne le mouvement de cet encensoir. La plupart des
touristes-pèlerins considèrent ce rituel comme une attraction folklorique
et applaudissent à tout rompre à la fin de l'encensement, ce qui n'est pas
toujours du goût du clergé.
Bottineau (Yves)
Né en 1925, il est archiviste-paléographe, ancien membre
de l'École des hautes études hispaniques à la Casa Vélasquez de Madrid (1950-1951),
puis conservateur au Musée du Louvre, département des objets d'art. Il fut
professeur d’histoire de l’art à Paris X-Nanterre. En 1989, il est nommé
Inspecteur général des musées, chargé de Versailles et des Trianons. Bien
que l’un des premiers membres de la Société* des amis de Saint-Jacques,
il n’hésitait pas, dès 1964, dans son livre
Les chemins de Saint-Jacques,
à nuancer ses affirmations en constatant que “ les chemins de Saint-Jacques
ne sont que le nom de bien des routes ouvertes et empruntées dès l’Antiquité
et souvent utilisées à d’autres fins que religieuses ”.
Boue
Il est rare qu’elle ne soit pas accompagnée de pluie*.
Elle peut donc être considérée comme la principale ennemie du pèlerin. “ Lorsqu’elles
commencent à tomber, les gouttes mouillent la poussière d’argile. Les souliers,
dès qu’ils s’y posent, relèvent une couche de glaise, de plus en plus compacte,
de plus en plus pesante et épaisse à mesure que la terre s’imbibe ”.
A cette constatation d’une pèlerine on peut ajouter que la boue est dangereuse
parce que glissante et qu’elle est parfois épaisse au point qu’on s’y enfonce
jusqu’à mi-mollet. Il peut même arriver qu’on y perde sa chaussure. Rien
n’empêche cependant de quitter les sentiers quand ils deviennent si peu
hospitaliers et de leur préférer le goudron* qui a souvent du bon.
Bouligny
(Meuse, ar. Verdun, c. Spincourt)
Dans la Meuse, Bouligny, dont le blason* est d’azur à la
bande d’argent chargée de trois coquilles de sable est l’un des rares lieux
à n’en pas tirer profit pour se prétendre sur un chemin de Compostelle.
Ces coquilles auraient pour origine un méfait d’un seigneur de Bouligny,
commis en 1415 sur des députés en route pour le concile* de Constance. En
compagnie d’un de ses parents, ce seigneur les aurait mis au cachot à Sancy
(Meurthe-et-Moselle). En punition, il dut aller en pèlerinage avec tous
les membres de sa maison. Jusque là, tout est vraisemblable. Pas un n’en
revint, dit l’histoire. En mémoire de quoi les trois coquilles* (symboles
du pèlerinage) auraient été adoptées. Mais là se pose une question fondamentale
: qui aurait posé des coquilles sur le blason d’une famille disparue ?
Bourdon
Bâton du pèlerin. Son étymologie viendrait de ce qu’il
est le support de la marche lorsque le pèlerin est démuni d’un animal dit
bordo, issu du croisement du cheval et de l’ânesse. Sur les images,
le bourdon est montré avec embout ferré à la base, un pommeau au sommet
et une seconde excroissance sur le fût. A la fin du Moyen Age, entre ces
deux renflements, un crochet où on suspend le sac ou la gourde. Sur les
images antérieures à 1400 il est plus petit que le pèlerin. Il grandit avec
les siècles. Dans le
Veneranda dies*, il donne au pèlerin le troisième
pied qui symbolise la foi en la Sainte Trinité. Comme le bâton chasse chiens*
(ce qui est faux) et loups, l’Esprit apporte son aide pour se défendre du
mal. Le bourdon enrubanné de la statue du porche de la cathédrale de Compostelle
incite certains à le comparer au bâton des compagnons*. Assimilé parfois
au phallus, il devient, en parallèle avec la coquille* (de Vénus), symbole
du sexe* masculin.
Bourdon de saint Jacques ou bâton de saint Jacques
Nom populaire donné à la rose trémière Althœa rosea, à
la guimauve Althœa officinalis et au delphinium. Voir bâton de Jacob.
Bourdonnet
Petits bourdons en os ou en ivoire destinés à être cousus
sur les vêtements, isolément ou par croisés par paires. Il y avait à Compostelle
une branche spéciale de fabricants en 1553 (15000 de ces bourdonnets sont
mentionnés dans un inventaire).
Bourges
(Cher)
La cathédrale de Bourges a été classée par l'UNESCO* Patrimoine*
Mondial au titre des chemins de Compostelle, en 1998. Certes, elle est un
monument majeur riche de plusieurs témoignages de dévotion à saint Jacques :
un vitrail du XIIIe siècle raconte la légende de la vie et du martyre de
l'apôtre, d'autres vitraux montrent des donateurs présentés au Ciel par
saint Jacques intervenant comme intercesseur*. De même, dans la crypte,
le chanoine* Jacques Dubreuil, donateur de la Mise au Tombeau du XVIe siècle,
s’est-il fait représenter en pèlerin pour prier son patron d’intercéder
pour lui. Rien dans ces représentations ne permet une relation avec Compostelle.
C’est la légende qui tisse un lien ténu entre Compostelle et Bourges :
à la fin du XIIe siècle, un chroniqueur, s'inspirant de la
Chronique
de Turpin*, affirme que l'abbaye Saint-Jacques (devenue Saint-Laurent
au XVe siècle, située à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Bonnet)
a été fondée par Charlemagne* à son retour d'Espagne, et dotée par lui d'une
relique. Cette relique fut ensuite transférée dans une chapelle* Saint-Jacques
construite rue Mirebeau, siège de la confrérie* Saint-Jacques des pâtissiers.
La légende la suit et, dorénavant, c'est cette chapelle qui passe pour avoir
été fondée par Charlemagne. La relique fit retour à son lieu d'origine en
1786 lorsque la chapelle fut désaffectée (il n'en reste qu'un fragment de
fenêtre visible de la place Bascoulard). Elle se trouve actuellement à l'église
Saint-Bonnet qui faisait partie de l'enclos abbatial et qui ne dû sa survie
qu'à son affectation paroissiale. On ignore la date de fondation de la confrérie*
Saint-Jacques. En 1519, l'un des maîtres est le tenancier de “ l'image
de saint Jacques ”, située rue d'Auron (partie gauche de l'actuel n°
109). A ce moment, la confrérie compte une centaine de personnes, dont tous
ne sont pas pâtissiers et dont aucun n'est mentionné comme pèlerin de Compostelle.
Elle devient confrérie de métier en 1574. Bourges a encore possédé un hôpital*
Saint-Jacques proche de la Sainte-Chapelle du duc de Berry, laquelle chapelle
conservait une partie du chef* de saint Jacques, réservé à la dévotion personnelle
du duc. Déjà à partir du XVIIe siècle, un historien, Catherinot, commence
à parler de l’abbaye de Bourges fondée “ sur la route de Compostelle,
pour la commodité des pèlerins ”. En 1885, lors de la reconnaissance
de Léon XIII*, l'archevêque remit la relique à l'honneur en affirmant que
la confrérie accueillait les “ nombreux pèlerins ” qui passaient
par là, éléments des “ foules innombrables ” courant vers Compostelle.
Comment contester une parole aussi autorisée ?
Bourguignons en Galice
A partir du XIe siècle, les comtes de Bourgogne ont soutenu
les rois de Castille dans leur politique de Reconquête. Des alliances hispano-bourguignonnes
se concluent par des mariages entre les deux maisons. En 1080, Constance,
nièce de l’abbé de Cluny*, saint Hugues est donnée en mariage à Alphonse
VI* de Castille. Peu après, Guillaume Ier Tête Hardie, comte palatin de
Bourgogne et de Mâconnais donne son fils Raymond en mariage à Urraca*, fille
d’Alphonse VI et son fils Henri à Thérèse, une autre fille du même roi.
Raymond reçoit le comté de Galice et devient héritier du trône de Castille
tandis qu’Henri reçoit le Portugal. Un autre fils du comte, Guy, est le
futur pape Calixte II*. A ces époques ont lieu quelques rares “ pèlerinages ”
qui mêlaient les objectifs diplomatiques et militaires à la dévotion au
tombeau de saint Jacques : dès 1078, le jeune comte Hugues de Chalon,
vassal des comtes de Bourgogne était mort en partant “ visiter le tombeau
de saint Jacques ”. En 1107 est venu de Grenoble le comte Guignes III,
lui aussi vassal des comtes de Bourgogne. Les liens se resserrent lorsqu’il
s’agit, à partir de la double mort de Raymond (1108) et Alphonse VI (1109),
de garder le trône de Castille à l’enfant Alphonse VII*, menacé par le roi
d’Aragon Alphonse le Batailleur qui a épousé Urraca. A Compostelle, de nombreux
français vivent dans l’entourage de l’évêque Diego Gelmirez*. Les archives
livrent quelques noms de pèlerins : en 1120 arrivent “ des régions
de Vienne, Genève et Grenoble ” des auxiliaires pour aider au transfert
houleux de l’archevêché de Mérida à Compostelle. Ils sont dits “ confrères
de l’église de saint Jacques qui étaient allés jadis à Saint-Jacques et
s’étaient soumis eux-mêmes à l’apôtre ”. Parmi eux, le comte de Bourgogne
en personne, Hugues II dit Borel, qui effectue un autre voyage vers 1130,
peut-être en compagnie de Pierre, abbé de Saint-Bénigne de Dijon.
Boussole
Complément indispensable de la carte*, cet instrument est
nécessaire au pèlerin qui part seul sur des itinéraires peu fréquentés.
Son utilisation, comme celle des cartes, ne s’improvise pas et suppose un
apprentissage préalable. Il peut également être prudent de se munir d’un
altimètre si l’on veut tracer son propre itinéraire en s’écartant des chemins
balisés, par exemple dans la Cordillère Cantabrique.
Branthomme, Mgr. Henri
L'un des pionniers du renouveau des pèlerinages dans la France d'après guerre.
Prisonnier en Allemagne, l’abbé Branthomme (1906-2004) apprit à connaître
Compostelle par des compagnons de captivité qui avaient lu les œuvres de Joseph
Bédier* et Emile Mâle*. De retour dans son diocèse du Mans, on lui confie
les pèlerinages diocésains et il organise en 1949 le premier grand pèlerinage
d’après-guerre à Compostelle. En 1952, il tourne un film sur le
Camino
francés* avec Robert Chateau. Il consacre ensuite toute son activité pastorale
à la promotion des pèlerinages et son activité intellectuelle à leur étude.
Il dirige la réalisation de plusieurs ouvrages collectifs sur les pèlerinages
en collaboration avec Jean Chélini.
Bréviaire des apôtres
Voir
Catalogues apostoliques.
Brigitte de Suède (sainte)
Brigitte de Suède (1302 -1373) et son mari furent pèlerins
de Compostelle en 1341-1342. Sainte Brigitte est née à Finstad, dans l'Uppland
dans une famille noble. Dès l’âge de dix ans, elle a des visions. Elle épousa,
en 1320, Ulf Gudmarson, sénéchal de Néricie, dont elle eut huit enfants.
Son mari étant membre du Conseil royal, le couple suit le roi à Stockholm.
En 1339, Brigitte part en pèlerinage sur le tombeau* de Olaff II de Norvège.
En chemin, elle ressent la nécessité de se convertir à une vie totalement
spirituelle. Puis elle s’immisce dans les troubles politiques de son pays
en soutenant la haute noblesse contre le roi Magnus. En 1341, le couple
décide d’aller en pèlerinage jusqu’à Compostelle en ayant fait vœu* de chasteté.
Ils sont accompagnés de laïcs et d’ecclésiastiques et suivent un chemin
qui leur est très personnel : premier sanctuaire, celui de Botvid,
martyr du XIe siècle. C’est ensuite Cologne avec la châsse des rois Mages,
puis Aix-la-Chapelle et, sans transition, Tarascon sur le tombeau de sainte
Marthe, puis la Sainte-Baume. Ils s’embarquent à Marseille et arrivent par
mer sur les côtes espagnoles. Brigitte fut introduite, dit-on, sous les
voûtes du sanctuaire par les chevaliers de Saint-Jacques. Elle supplia saint
Jacques de protéger la chrétienté et de réveiller chez les fidèles le désir
de croisade. Au retour, les pèlerins traversent la France. Ulf tombe malade
à Arras* et manque de trépasser. Les époux décident de se séparer pour entrer
en religion. Après la mort de son mari, en 1344, Brigitte se retire au couvent
d'Alvastra, où elle eut d’autres visions. En 1345-1346 elle supplie son
roi d’entreprendre une croisade contre les Russes pour les convertir : selon
elle, Marie l’a choisie pour la représenter. Le monde perdu par Eve sera
sauvé par une femme, puisque les clercs n’en sont pas capables. Elle part
en Italie puis presse les papes d'Avignon de retourner à Rome où elle-même
se rend pour le jubilé de 1350. Elle reste en Italie puis, en 1371-1372
elle part à Jérusalem. Elle meurt à son retour à Rome, le 23 juillet 1373.
Canonisée en 1391, elle fut déclarée co-patronne de l’Europe par le pape
Jean-Paul II en 1999.
Brouillard
Encore un des dangers* qui guettent le pèlerin et peut
transformer la belle aventure* en drame s’il le surprend sur un plateau
désert, en montagne ou en fin de journée quand la fatigue se fait sentir.
Marcher en groupe est alors un avantage si la zizanie* ne trouble pas les
relations. La technique moderne met maintenant à la disposition des pèlerins
des appareils GPS qui leur permettent de se localiser. Attention cependant
à ne pas leur faire confiance sans savoir parfaitement comment utiliser
leurs informations, inutiles sans référence à une carte.
Bru (Saint-Jacques du)
(Cantal, ar. Saint-Flour, c. Allanche, com. Charmensac,)
Le hameau du Bru possède une chapelle* vouée à saint Jacques
dont la première mention date du XVIe siècle. Elle rapporte que le 25 juillet
1389 eut lieu sur l’actuel “ champ de la bataille ” un combat
entre le seigneur Jacques de Mercœur et les Anglais. Sur le point d’être
battu, Jacques de Mercœur invoqua son saint patron en lui promettant de
lui construire une chapelle s’il gagnait. Ce qui eut lieu. Il honora sa
promesse. La chapelle actuelle, soigneusement entretenue par les habitants,
date de 1831. Elle contient un beau retable en bois polychrome du XVIIe
siècle, naïf et original. Il représente une descente de croix au pied de
laquelle sont saint Jacques et sainte Anne (la patronne de l’épouse de Jacques
de Mercœur). Cette scène centrale est encadrée de deux statues, dont une
de saint Jacques, dit le “ vieux ” en opposition au plus récent,
de bois doré, qui est sorti lors du pèlerinage local où est vénérée une
minuscule relique* dont on ignore l’origine. La fête du village, le 25 juillet
ou le dimanche suivant, bien que laïcisée, est l’héritière de ce pèlerinage.
La journée débute par la messe, suivie d’une procession jusqu’à la grande
croix du village. Le prêtre, la statue* du saint et les fidèles suivent
les bannières*, (une du XVIIe siècle représentant un saint évêque, au dos
de laquelle est brodé “ saint Jacques, patron du Bru ”, une autre
du XIXe siècle représentant saint Jacques en pèlerin). Comme à Locquirec*,
ce sont des enfants qui portent la statue. Jusqu’à la seconde guerre mondiale,
ce privilège était mis aux enchères, sous le nom de “ reinage ”,
les sommes reçues servant à l’entretien de la chapelle. Saint Jacques est
invoqué pour protéger les enfants, en particulier pour favoriser la marche
des bébés. Même si on l’a oublié, c’est à l’auteur de l’
Epître* qu’on
demande aussi de protéger “ les biens de la terre ” (JC 5, 7),
tradition que l’on retrouve par exemple à Nevers au XVe siècle. Autre tradition
aujourd’hui perdue, celle de faire bénir du vin qui servait toute l’année
à protéger des maladies, tradition que l’on peut peut-être lier à l’onction
des malades (JC 5,14).
Budget
Rien n'est gratuit sur le chemin, le pèlerin avisé doit
prévoir un budget* et ne pas compter sur la charité publique, ce qui se
fait parfois sous le prétexte fallacieux de vouloir vivre comme au Moyen
Age. Sur le chemin du Puy, les riverains sont lassés de répondre à des demandes
constantes qui ne sont que de la mendicité pratiquée par des gens qui ont
souvent plus de moyens qu’eux-mêmes. Cette tendance n’est pas nouvelle :
en 1450, l’hôpital Saint-Jacques de Mâcon se plaint des “ larrons contrefaisant
les pèlerins ” et cherche à reconnaître “ les gens de bien ”
parmi les pèlerins qui leur arrivent. Ils cherchent ainsi à dépenser leur
budget à bon escient. En Espagne, à la fin du XVIe siècle, un auteur dénonce
l’afflux de pèlerins vivant sur la communauté : “ On voit passer
et on héberge chaque année à l'hospice de Burgos, où on leur donne à manger
gratis deux ou trois jours, huit à dix mille Français et Gascons, qui viennent
dans nos royaumes à l'occasion du pèlerinage… En France, dit-on, ils promettent
pour dot à leurs filles ce qu'ils auront amassé au cours d'un voyage aller
et retour à Saint-Jacques, comme si c'était aux Indes, en venant en Espagne
avec des pacotilles ”
Bulle Deus Omnipotens
Désignation, d’après les premiers mots du texte, de la
Lettre Apostolique par laquelle le pape Léon XIII* officialisa en 1884 la
redécouverte des reliques* de saint Jacques et de ses deux disciples sous
le chœur de la cathédrale de Compostelle qui avait eu lieu en 1879.
Bureau des pèlerinages
A Compostelle, organisme dépendant du chapitre de la cathédrale,
chargé de la délivrance du certificat de pèlerinage ou Compostela*. Pour
l’obtenir il faut avoir parcouru les kilomètres* requis et déclarer l’avoir
fait “ dans un but religieux ” (
pietatis causa). Ces obligations
minimales ne confèrent pas une valeur particulière au pèlerinage qui reste
une démarche personnelle dont nul n’est juge. L’Eglise de Compostelle a
par ailleurs édité un document dans lequel elle définit la valeur qu’elle
entend donner au pèlerinage.
Bustes-reliquaires
Objets du culte destinés à offrir à la vénération tout
ou partie du chef* d'un saint. La forme en est apparue au XIIIe siècle.
Quelques exemples médiévaux de bustes-reliquaires de saint Jacques nous
sont connus, soit qu’ils aient été conservés (Compostelle*, Asquins près
Vézelay*, Montesquieu-Volvestre*), soit par des textes ou des dessins (Aire-sur-la-Lys*,
Toulouse*). A partir de la Contre-Réforme*, davantage de bustes-reliquaires
nous sont parvenus, notamment en bois. Une grande partie est dans le Sud-Ouest
de la France, peut-être influencée par le grand sanctuaire de Toulouse.
La relique* est conservée dans le buste lui-même, souvent dans une logette
ménagée dans la poitrine, ou dans le socle sur lequel repose le buste. La
plupart de ces bustes-reliquaires sont dans de petites églises et réalisés
par des artisans locaux. A l’époque baroque, il en existe deux types. D’un
côté, un certain nombre continuent, dans une veine plus réaliste, d’illustrer
le type médiéval du “ pèlerin fatigué ” sur lequel peuvent se
greffer des attributs* traditionnels. De l’autre, une veine moderne, où
le symbole de la coquille est souvent le seul accessoire permettant l’identification
du saint (et encore ce symbole se partage-t-il avec saint Roch*). La facture
est résolument baroque, avec des angelots, des dorures et des drapés. Le
visage du saint exprime moins la lassitude du pèlerin terrestre que l’extase
ou le recueillement du mystique. Les XVIIe et XVIIIe siècles ont été la
grande époque où les fabriques paroissiales ont commandé des bustes reliquaires.
La Révolution en a détruit de nombreux (Rabastens*, Aire-sur-la-Lys*) et
des reliques ont été dispersées. A l'exception de Toulouse* qui a commandé
un nouveau buste-reliquaire au XIXe siècle, l'objet tombe progressivement
dans l'oubli au profit d'autres formes.
Mary
Sainsous
Buxerolles (le Pas de saint Jacques)
(Vienne, ar. et c. Poitiers)
Dans la banlieue nord de Poitiers, à Buxerolles, sur les
hauteurs qui dominent la ville, les visiteurs sont guidés vers un lieu bucolique,
le “ Pas de saint Jacques ”. Dans un pré, un rocher conserve des
empreintes considérées comme celles du pied et du bourdon de saint Jacques
qui serait passé par là lorsqu’il évangélisait l’Occident… Ce rocher aurait
attiré des pèlerins venus y prier saint Jacques (au XIVe siècle, une inscription
sur le tombeau d’un chanoine de Limoges* dit qu’il est allé en pèlerinage
à “ Saint-Jacques-du-Poitou ”). Par la suite, ce lieu qu’on peut
qualifier de sanctuaire* local aurait été déserté au profit de l’église
du village, dédiée à saint Jacques, mais pas avant le XVIIIe siècle. Au
XVIIe siècle, le village comptait deux auberges nommées l'une “ au grand
saint Jacques ” (de Compostelle ?) et l'autre “ au petit saint
Jacques ” (de Buxerolles ?) Au XIXe siècle, une grande croix fut dressée
au-dessus de la pierre, comme pour christianiser l’endroit de manière un
peu plus orthodoxe. Car les paroissiens y venaient encore en procession
le 25 juillet, après les vêpres et y chantaient des cantiques. Ils égrenaient
des souvenirs datant du temps où le seigneur servait des fouaces dans le
cimetière de l'église aux pèlerins qui passaient. Déjà à cette époque, ces
pèlerins étaient pour eux des pèlerins de Compostelle !