page mise à jour le 27 mai, 2008
Compostelle et saint Jacques : l'encyclopédie B
présentée par la Fondation David Parou Saint-Jacques (FERPEL)
auteurs : Denise Péricard-Méa et Louis Mollaret
Plus de 1000 définitions, un condensé d'expérience scientifique et pèlerine, un résumé des connaissances actuelles sur saint Jacques et Compostelle.

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Babelon, Jean
Conservateur du Cabinet des médailles à la Bibliothèque Nationale à Paris. Président-fondateur de la Société* des amis de saint Jacques, Jean Babelon (1889-1978) assuma cette charge de 1950 à 1978. Il avait été, en 1934, secrétaire de l'association France*-Espagne. Malgré cette longue activité et de nombreuses publications, il n'a consacré qu'un seul article au pèlerinage à Compostelle.
Balisage
Le balisage s'inscrit dans la tradition des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques qui venaient en aide aux voyageurs en construisant des ponts ou en aménageant des routes. Aujourd'hui ces services sont pris en charge par la collectivité mais la plupart des pèlerins ne suivent plus les routes marchandes empruntées par le trafic automobile. Ils suivent des chemins tracés pour eux. Les principaux sont devenus des GR* dont le balisage est réalisé par des bénévoles de la FFRP*. Un bon balisage est un élément de sécurité pour les randonneurs et pèlerins. En dehors des GR*, le balisage est plus aléatoire. Dans certains cas des portions importantes de chemins ont été définies et balisées par des associations* de pèlerins. Plusieurs villes ont réalisé un balisage avec des clous* de bronze pour marquer des itinéraires prétendus plus historiques que d’autres.
Balise
Marque ou signe conventionnel apposé de façon très visible sur un itinéraire pour en faciliter la fréquentation. Elle sert le plus souvent à indiquer la nature de l’itinéraire. Parfois elle indique la direction à prendre pour se diriger vers un but défini, c’est le cas des flèches* jaunes des chemins de Compostelle. La FFRP* utilise des marques de peinture rouge et blanche (couleur déposée) sur les rochers, les arbres, les murs, les poteaux. Des marques d’autres couleurs sont utilisées pour d’autres itinéraires locaux ou régionaux. En dehors des chemins de la FFRP, aucune règle générale n’existe et la fantaisie la plus complète peut régner. Des organismes publics comme les Conseils Généraux contribuent à entretenir la diversité de la signalétique*. Les indicateurs médiévaux étaient sans doute encore plus originaux si l’on retient la description suivante d’enseignes annonçant un modeste sanctuaire Antonin* : « monjoies, mains, potences, images, plats de Saint-Antoine et autres signes mis au village et la statue au nom de saint Antoine ».
Bannière
Etendard que l’on porte aux processions et qui sert à distinguer une paroisse ou une confrérie. La bannière est un symbole, un signe de ralliement, un objet identitaire. Plusieurs paroisses conservent des bannières de saint Jacques, dont les plus anciennes datent du XVIIe siècle. Elles sont souvent en soie brodée.
Bar
La providence des pèlerins qui permet de se reposer assis sur une chaise.
Barjouville
(Eure-et-Loire, ar. Chartres, c. Chartres SW) A 3,5 kilomètres de Chartres, le village possède une église* paroissiale Saint-Jacques, sans histoire écrite, qui conserve un vitrail, une statue* et bâton* de procession.
Baronius (Cesare
Cesare Baronius (1538-1607), Oratorien, confesseur du pape et futur cardinal se vit confier la direction des recherches historiques entreprises sur injonction du concile* de Trente, à savoir éliminer du calendrier une bonne partie des trop nombreux saints critiqués par les Protestants et doter d’une histoire sérieuse ceux qui étaient reconnus. En 1584 est publié le nouveau Martyrologe romain qui, à la date du 25 juillet, met très clairement en doute la véracité de la légende compostellane. Quatre ans plus tard, les Annales ecclésiastiques du même Baronius, reprennent ces conclusions. Devant l'ampleur des réactions en Espagne, Rome corrige sa position en 1602, dans un nouveau Bréviaire de la Vie des saints indiquant que saint Jacques est peut-être venu en Espagne. Ses travaux ont déclenché en Espagne des contre-études volumineuses qui, reprises aujourd'hui, contribuent fortement à étayer la légende de Compostelle.
Barque
C'est dans une barque de pierre, sans voile ni gouvernail, que, selon la légende, les disciples ont rapporté le corps de saint Jacques de Palestine en Galice (voir Translation*). Une barque a également été utilisée par la Vierge* pour venir visiter saint Jacques pendant sa mission d'évangélisation. Il en reste le souvenir à Muxia* en Galice.
Barret (Pierre)
Journaliste (l'Express et Europe 1), il a fait en 1977 le pèlerinage à pied de Vézelay à Compostelle avec Jean-Noël Gurgand*. A publié avec lui en 1978 Priez* pour nous à Compostelle. Comme lui, il est mort à 53 ans, en 1989.
Bas-côté
Voir Eglise, Nef.
Basilique
Mot dont le sens a évolué au fil des siècles, souvent employé mal à propos. Dans le monde romain, il désigne une grande salle rectangulaire où les citoyens traitent leurs affaires pendant la mauvaise saison. Pendant les premiers siècles du Moyen Age, le terme désignait souvent les bâtiments du culte (le terme « église » étant plutôt réservé à la cathédrale). Depuis le Concordat de 1801 (complété de décrets en 1968 et en 1989), « basilique » est un titre honorifique décerné par le pape à certaines églises ayant une grande valeur architecturale, une valeur historique spéciale, tout en continuant d'être un lieu de prière et de liturgie. Ces églises deviennent supérieures à toutes les autres, excepté la cathédrale. Quelques cathédrales portent ce titre (Chartres, Saint-Denis). Toutes les basiliques sont dites « mineures » à l’exception des quatre de Rome qui sont dites « majeures » et dans lesquelles seul le pape peut célébrer la messe.
Bâton de procession
Contrairement à une idée répandue, un bâton de procession n’est pas un bâton de pèlerin ! A la différence du bourdon*, ce n'est pas un objet personnel. C’est l’un des insignes de la confrérie*, au même titre que la bannière*, la statue* et le reliquaire* (quand il y en a un). Il se compose souvent d’une statuette du saint abritée sous une architecture légère et dressée au haut d’un manche haut de 2 mètres ou plus, ce qui lui permet de dominer la foule. Tous ces objets identitaires sortent lors des processions* organisées à certaines grandes fêtes* ou lors du départ* d’un pèlerin vers une destination lointaine.
Bâton de Jacob ou de saint Jacques    
Ces mots sont employés dans divers domaines. En botanique, il désigne l'asphodèle jaune, le Lys* des jardins, lilium candidum ou encore la rose trémière. Voir aussi bourdon* de saint Jacques. En astronomie, les trois étoiles du baudrier d'Orion* dessinent un “ bâton de saint Jacques ”. En géométrie ou astronomie, ce fut le nom d’un instrument permettant de mesurer des hauteurs ou des distances. En magie, ce peut être aussi la baguette d'un escamoteur.
Bayard (Pierre Terrail, seigneur de)      
Rien, dans la vie du chevalier Bayard, (1476-1524) ne permet de dire qu'il soit allé à Compostelle. Néanmoins son biographe, Champier, décrit son pèlerinage car, dans l’imaginaire du XVIe siècle un chevalier parfait se devait encore d'être allé à Compostelle. Il coupe court à toute contradiction en précisant que Bayard est parti en anonyme. “ Et, parce qu’il avait longtemps porté les armes contre la nation hispanique, voulut voir les Espagnes et monta sur mer à la Rochelle*. Et, comme pèlerin, sans se donner à connaître, alla à Saint-Jacques en Galice, là où il demeura quelque temps pour voir le pays jusqu’à Saint-Sauveur à Oviedo, retourna à Saint-Jacques et par la mer retourna en France ”
Bayonne
(Pyrénées-Atlantiques, ch.-l. ar.) Dans le faubourg du Saint-Esprit, au début du XVIIIe siècle, Madame Belcourt recevait les pèlerins dans une auberge* à l’enseigne d’une coquille* Saint-Jacques attachée au–dessus de la porte. Guillaume Manier* qui y logea en octobre 1726, note que “ c’est là où tous les pèlerins de Saint-Jacques logent en allant et venant. Cette femme est connue aux quatre coins du monde pour cela ”.
Béarn
En 1976, l'historien du Béarn Pierre Tucoo-Chala, écrivant sur Lacommande, un relais en Béarn sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, conclut, au terme d'une recherche approfondie, que la carte des quatre chemins de Saint-Jacques n’était “ qu’une vue de l’esprit ” et que “ la notion de chemin de Saint-Jacques parfaitement défini et individualisé n’est pas valable en Béarn ”. Les lieux, tels que Béost*, qui prétendent aujourd'hui se situer sur le chemin de Compostelle ne peuvent donc le faire qu'au titre de chemins contemporains, n'ayant rien d'historique.
Beaugency
(Loiret, ar. Orléans) A Beaugency, le pont sur la Loire passe pour avoir été construit par le Diable. C’est peut-être pour annuler ses effets maléfiques qu’une petite chapelle Saint-Jacques a été construite sur une arche. Il est en effet dans les pouvoirs* de saint Jacques de protéger du diable, aussi bien sur terre que dans les eaux. Mentionnée au XIIe siècle, cette chapelle fut démolie en 1767, remplacée par une croix qui fut bombardée pendant la seconde guerre mondiale. A la fin du XVIIIe siècle, on disait que cette chapelle avait été fondée par la confrérie des anciens pèlerins de Compostelle. La fête de saint Jacques y était encore célébrée solennellement devant la foule abritée sous des toiles tendues spécialement. On y accueillait ceux qui revenaient de Compostelle, tels, au début du XVIIe siècle, le maître cordonnier Guillaume Preudhomme ou le tourneur Guillaume Ytasse*, dont le musée conserve la pierre tombale gravée à son effigie, celle du Christ et celle de saint Jacques. Il avait demandé ce monument par testament passé devant notaire.
Bédier (Joseph)
Breton, Joseph Bédier (1864-1938) vécut les premières années de sa vie à la Réunion où ses ancêtres s’étaient installés au XVIIIe siècle. Il vint à Paris pour préparer le concours de l’École Normale Supérieure, qu’il réussit en 1883 avant de passer l’agrégation de lettres et d’obtenir, en 1893, sa thèse de doctorat. Après avoir enseigné quelques années à l’université de Fribourg, il fut nommé maître de conférences à la Faculté de Caen puis à l’École Normale Supérieure. En 1903, lui fut attribuée la chaire de langue et de littérature française du Moyen Age au Collège de France. Il fut élu à l'Académie française en 1920. Médiéviste exceptionnel, Joseph Bédier fit beaucoup pour la résurrection des grands textes de la littérature française. Il a détruit l'idée que les légendes épiques avaient un fonds historique venu de cantilènes contemporaines des événements. En ce qui concerne Compostelle, il a exagéré l’importance des “ chemins de saint Jacques ” comme source d’inspiration poétique, tout comme Emile Mâle* l’a fait dans le domaine de l’architecture. Il a ainsi contribué à répandre l’idée fausse de l’existence de chemins de pèlerinage spécifiques au long desquels des chansons auraient été composées par des jongleurs sur les champs de foire pour “ attirer et retenir, édifier et récréer un même public de marchands et de pèlerins ”.
Bégude
En Provence, auberge* ou buvette (de begudo, participe passé du verbe beure, boire).
Belin, (Belin-Beliet, Gironde, ar.Bordeaux)
“ Heureux petit village de Belin où reposent tant de héros ”, chante la Chronique de Turpin* racontant l’inhumation des morts ramenés de Roncevaux*, parmi lesquels Olivier*, le compagnon préféré de Roland*, fils du comte de Genève
Bellem
Trois-mâts construit en 1896 à Nantes, racheté par la Caisse d’Epargne en 1979 et remis à flots en 1986, en tant que navire-école. Avec ce fleuron du patrimoine maritime français, Hélène Leroux, alors présidente de l' “ Association des amis de saint Jacques en Bretagne et Loire-Atlantique ” renoua avec la tradition des pèlerinages* maritimes en organisant un pèlerinage de Lorient à Compostelle à l'occasion de l'année* sainte 1993, du 30 avril au 8 mai. Elle a pu le faire en tant qu’épouse du président-fondateur des chantiers navals Leroux-Navale (ou Leroux et Lotz). L’un de ses plus beaux souvenirs : les cloches de l’Armor-Plage qui, à la sortie de Port-Louis, ont sonné pour le départ.
Bénédiction
Au Moyen Age, le départ* en pèlerinage s’accompagnait généralement d’une cérémonie religieuse, comprenant une messe et la bénédiction du pèlerin. De nombreux rituels contiennent les formules utilisées par les prêtres lorsqu’ils bénissent un départ de pèlerin pour une destination lointaine. Celles-ci, tirées du Codex Calixtinus*, sont adaptées à un départ pour Compostelle: “ Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace*, insigne* de ton pèlerinage afin que, purifié et libéré, tu parviennes à la maison de saint Jacques où tu veux te rendre, et qu'ayant achevé ton voyage, tu reviennes parmi nous en bonne santé et joyeux, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen ”, “ Reçois ce bourdon*, réconfort contre la fatigue de la marche sur le chemin de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre les embûches de l’Ennemi et parvenir en toute tranquillité au sanctuaire de saint Jacques, et que ton but atteint, tu nous reviennes avec joie, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen ”. Aujourd'hui, de telles cérémonies ont encore lieu, lorsque les pèlerins le désirent.
Bénéfices
Les pèlerins les plus religieux les appelleront grâces. Quelle que soit leur dénomination, les bienfaits du pèlerinage sont nombreux. Apprendre l’humilité* et le détachement*, expérimenter la fraternité et la tolérance et se réjouir des rencontres* du chemin, s’émerveiller des beautés de la nature et, pour certains, louer son créateur, en font partie.
Béost
(Pyrénées-Atlantiques, ar. Oloron-Sainte-Marie, c. Laruns) Une grande énigme plane sur Béost et son église Saint-Jacques : des squelettes sont enfermés dans le clocher. Depuis quand et pourquoi ? Bien que connus des habitants du village, ils ont été redécouverts officiellement en 1968. Les hypothèses allèrent bon train, à partir d’un fait historique, l’épidémie de peste de 1602, et du vocable Saint-Jacques, mentionné au XVIIe pour la première fois. En 1968, ce vocable était déjà interprété comme marquant une route de Compostelle. Apparut alors un texte liant les deux éléments historiques, rapportant que trente pèlerins, morts de la peste au retour de Compostelle, avaient été emmurés afin d'éviter la contagion. Malheureusement, ce texte n'a été vu que par une seule personne, avant de disparaître. Il est donc impossible d'y ajouter foi. Le mystère demeure. Aujourd'hui, Béost se dit sur un chemin de Compostelle en référence au titre d'abbé laïc* porté par les seigneurs locaux qui, hypothèse fantaisiste, auraient exercé l'hospitalité au XIIe siècle (bien qu’une liste des abbayes laïques de 1385 ne mentionne pas Béost).
Béranger de Landore
Ce Français fut archevêque de Compostelle de 1318 à 1330. Il est né dans l’Aveyron au château de Salmiech en 1262, dans une famille apparentée aux comtes de Rodez. A vingt ans il entre chez les Dominicains où ses qualités intellectuelles sont remarquées. Parallèlement à une formation universitaire poussée, il gravit les échelons dans son Ordre : en 1313 il est Maître général. A partir de 1309, les papes lui confient des missions politiques et religieuses très importantes. Le 15 juillet 1317, il entre dans l’histoire de Compostelle en y étant nommé archevêque par le pape Jean XXII. Le 30 avril 1318, il reçoit l’onction épiscopale en Avignon. Le 29 juin, il bénit le nouveau chœur de l'église du prieuré Notre-Dame de Rabastens* puis prend la route de l’Espagne. Mais Compostelle lui fut fermée par les édiles, offusqués de cette nomination. Intimidations, séquestrations, attentats, il triomphe de tout et se venge. Le 27 septembre 1321 il peut enfin quitter Noia où il s’était réfugié et entrer dans Compostelle. Le 16 juillet suivant, il accorde son pardon aux anciens rebelles et décide que “ le jour de saint Jacques serait bon pour tous [et] célèbre avec une grande dévotion sa première messe solennelle sur l’autel du très saint apôtre ”. Cette année-là le 25 juillet tombait un dimanche. Peut-on voir dans cette journée exceptionnelle la première année* jubilaire ? Béranger fut chargé ensuite par le pape d’autres missions au Portugal et en Espagne. En 1328, il fait reconstruire l’église Sainte-Marie de Noia et s’y fait représenter en effigie entre la Vierge et saint Joseph, sur le tympan du porche principal. En 1330, il accompagne le roi en Andalousie lors d’une croisade et meurt au couvent dominicain de Séville, où il fut inhumé. En 1404, selon sa volonté, ses restes furent transférés au couvent des dominicains de Rodez. Son tombeau fut détruit lors de la révolution de 1793. Et c’est sans doute à lui que l’on doit l’iconographie nouvelle de saint Jacques qui, en Espagne, remplace l’apôtre par le combattant. S’est-il identifié à saint Jacques ?
Berenguela      
Tour de la cathédrale de Compostelle construite par Béranger* de Landore. Cette tour fait face à la tour de l'horloge, également terminée par Béranger de Landore. Elle servit à la lutte contre les habitants de la ville, plusieurs fois révoltés contre lui.
Béret
Pour un artisan de Saugues, il est devenu, à côté du “ Sauguin ”, le “ Saint-Jacques ” présenté comme coiffure traditionnelle des pèlerins.
Besace
Sac ou gibecière que l’on porte en bandoulière (en latin pera ou sporta, en français “ escherpe ” (écharpe), du francisque skerpa = sac en bandoulière, poche). Au XVIe siècle, elle se nomme “ mallette ”. L’ “ ecarcelle ” semble être cette même poche que l’on attache à la ceinture. Les bergers, les mendiants y mettaient du pain et des provisions de toutes sortes, les chasseurs leur gibier.... C’est aussi l’un des attributs* du pèlerin. Il y range le coffret à papiers de pèlerinage, renfermant les lettres de recommandation* données au départ et, au retour, le billet* de confession et de communion délivré à Compostelle dès le XIIe siècle. Au XIVe siècle les chancelleries d'Espagne délivrent aussi des sauf-conduits qui prennent place dans cette besace. Le sermon Veneranda dies* en définit ainsi le symbolisme : “ C'est un sac étroit qui est ouvert en haut sans être fermé au moyen de lacets. L'étroitesse de la gibecière du pèlerin signifie que, confiant dans le Seigneur, le pèlerin ne doit emporter que de modestes provisions. Elle est faite de la peau d'un animal mort, parce que le pèlerin doit lui-même mortifier sa chair sujette aux vices et au désir, par la faim et la soif, le jeûne, le froid et la nudité, les efforts et l'opprobre. Elle est toujours ouverte, à l'image du pèlerin, qui partage au préalable ses biens avec les pauvres et, plus tard, est disposé à prendre et à donner.”
Besançon
(Doubs) Besançon possède un hôpital Saint-Jacques, et, pour qui sait les trouver dans la cour d’une école, les ruines d'une chapelle primitive à laquelle il a emprunté son vocable. Ces ruines sont le premier témoin du souci d’hospitalité manifesté dans cette ville, premier maillon de la longue chaîne qui a mené jusqu’au Centre Hospitalier Universitaire d’aujourd’hui.
Bible (et pèlerinage)
La Bible autant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, n'est pas avare pour parler du pèlerinage. Abraham*, père des croyants, est, pour ainsi dire, père des pèlerins dans la mesure où, le premier, il se met en route pour se rendre vers un pays inconnu sur l'appel de Dieu (Genèse 12, 1 et Hébreux 12, 8 s.). Le peuple juif est appelé à se rendre à Jérusalem pour célébrer les trois grandes fêtes évoquées dans le livre de l'Exode (23, 13-17) : fêtes des pains sans levain ou Pessah, de la moisson ou Chavouot, des Cabanes ou Soukkot. Jésus est fidèle à la pratique de ces fêtes, respecte les pèlerinages bibliques dès sa jeunesse (cf. notamment Luc 2, 41 s.). Dans la Parole de Dieu, la démarche de pèlerinage signifie profondément ce qu'est la vie humaine : " Tes décrets sont devenus mes cantiques, dans ma demeure de pèlerin ", dit le psalmiste (PS. 118, 53). Des psaumes, appelés Cantiques des Montées, sont les chants scandés par les pèlerins qui s'approchent de la Ville Sainte. Et l'épître aux Hébreux rappelle aux croyants qu'ils sont des étrangers et des voyageurs sur la terre (11, 13). Le pèlerinage n'est donc pas seulement un temps particulier réservé à la recherche de Dieu, il est la condition même de l'homme en route vers le Royaume.
Billet de confession - Billet de communion
Attestations délivrées à Compostelle, par l’archevêque, dès le XIIe siècle. Ces billets font foi de l’accomplissement du pèlerinage. Dans le cas d’un pèlerinage pénitentiel, l’attestation doit être authentifiée devant notaire. Ces billets sont l’ancêtre de l’actuelle Compostela*.
Bitume
Beaucoup le fuient autant que son frère le goudron*.
Bivouac
Une grange, un porche d’église, un préau d’école s’offrent parfois comme seul abri pour le pèlerin lorsqu’aucun autre hébergement* n’est disponible. Mais certains y recourent habituellement, préférant l’inconfort à la promiscuité des gîtes*.
Blanche de Castille
Au XIIIe siècle le dominicain Etienne de Bourbon (v. 1190-v. 1260) rapporte comment la reine Blanche de Castille (fille d'Alphonse VIII* de Castille et d'Aliénor d'Angleterre, 1185-1252) fut dissuadée de partir à Compostelle par l’évêque de Paris qui la délia de son vœu* et l'envoya chez les Dominicains de Paris*. La reine suivit le conseil mais, en 1239, envoya néanmoins un pèlerin par procuration*, son sommelier.
Blason
Il existe des “ enveloppes émises par les mairies ” (EDM) où sont apposés des blasons communaux. Une association d’héraldophilie communale présidée par Gérard Heurtier a recensé environ 300 de ces blasons portant coquille, bourdon et/ou besace. Voir héraldique.
Blaye     
(Gironde, ch.-l. ar.) Avec Arles*, Blaye abrite l’un des “ deux cimetières sacro-saints et vénérables ” où furent enterrés la majeure partie des morts de Roncevaux*. Blaye n’accueillit que le corps de Roland qui, selon la Chronique* de Turpin, était comte du Mans et seigneur de Blaye. Il arriva “ dans un cercueil tapissé d’or et recouvert d’une étoffe somptueuse ”. Dans l’église Saint-Romain, Charlemagne “ fit déposer son épée [Durandal*] près de sa tête et son olifant à ses pieds ”. Pour garder ce tombeau, Charles donna aux pauvres, comme à Arles, 12000 onces d’argent et autant de besants d’or. Il dota richement les chanoines de Saint-Romain afin qu’ils honorent perpétuellement la mémoire de Roland. La même chronique assure que l’olifan de Roland fut ensuite déposé à Saint-Seurin de Bordeaux*. En 1466, Léon de Rozmital* contemple ce tombeau de Roland* dont il fait, d’une manière étonnante, le fils du roi Salomon et qui “ périt sur ordre de celui-ci. Son épée est aussi conservée là. Là repose aussi Olivier*, compagnon de Roland. On y trouve aussi le tombeau de sainte Belaude (la belle Aude) qui était fille du roi Salomon et sœur de Roland. Ce furent des gens d’une taille exceptionnelle ”. L’histoire s’est déjà transformée… Aujourd’hui encore, l’histoire est contée aux visiteurs, au château et devant les ruines de l’église Saint-Romain dans laquelle on n’a pas encore retrouvé le corps de Roland.

Blois
(Loir-et-Cher) Blois est parfois citée par les pèlerins des XVe-XVIIe siècles. En 1495 Hermann Künig* parle d'une ville de “ très belle apparence ”. La même année, Jérôme Münzer* voit “ un gros bourg ” dont le site est “ extraordinairement agréable et délectable. Il admire le château et le pont de pierre sur la Loire. En 1531, Heinrich Schönbrunner* apprécie le “ beau château et un jardin comme on n'en trouve pas deux ”. Au centre de la ville, au bas de l'actuelle rue Denis Papin, la fontaine Saint-Jacques est pratiquement l'unique vestige d'un hôpital* et d'une collégiale* Saint-Jacques fondés en 1358. Ils furent le fait d’anciens pèlerins de Compostelle dans le but, non pas d'en accueillir d’autres, mais de faire face à la misère due aux guerres et à l’afflux des gens des campagnes venus chercher du secours en ville. Ils étaient émus de les voir “ gésir la nuit par les rues et avoir été par plusieurs fois trouvés morts de froidure et pauvreté ”. Il avait existé, au XIIIe siècle, une aumônerie Saint-Jacques dont ne connaît rien d'autre que le sceau du prieur. Les anciens pèlerins ont-ils construit au même endroit ? On ne sait. Ils se sont installés au bord de l'Arrou, un ruisseau aujourd'hui disparu qui baignait le mur nord du château, dans l'actuelle rue Denis Papin, à hauteur de la place du Marché Neuf. Cet hôpital a d'abord été  géré par ces anciens pèlerins groupés en confrérie puis par des chanoines membres d’une collégiale dont les bâtiments (église et logis) étaient situés en face, à hauteur du 80 de l'actuelle rue du Commerce. Mais, dès 1443, les chanoines s'étaient attribué tous les revenus de l'hôpital et ne recevaient plus personne. Une tentative de restructuration eut alors lieu, mais sans succès. Seule la collégiale et la confrérie continuèrent vraiment à fonctionner. En 1511, la fontaine qui était dans l'hôtel-Dieu fut déplacée pour devenir fontaine publique car “ pour l'atteindre il fallait descendre cinq ou six marches dans l'obscurité, “ on n'y voyait goutte et là se faisaient plusieurs paillardises et lubricités ”. Elle fut alors adossée à l'église collégiale. La même année, l'église fut gravement endommagée par une crue de l'Arrou. En 1568, la collégiale fut saccagée par les Huguenots. Elle ne fut pas vraiment relevée et ses biens furent affectés à la cathédrale créée en 1699. L'église Saint-Jacques fut détruite peu après. Il subsiste quelques vestiges dans les bâtiments modernes.

Blues
Chaque pèlerin connaît des jours de blues, de vague à l’âme, de découragement ou d’inquiétude. Rien n’est acquis et il lui faut se battre et faire effort pour surmonter cette épreuve. Parfois un bon sommeil et un nouveau départ à l’aube* suffisent à effacer ce sentiment mais cette épreuve peut aussi se prolonger, voire conduire à l’abandon... mais qu’en sait-on ? Les récits* de pèlerins parlent rarement des échecs.
Boanergès (fils du Tonnerre)
Surnom donné par Jésus à Jacques* et Jean (Marc, 3, 13-19) : à “ Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques, et il leur donna le surnom de Boanergès, c'est-à-dire fils du Tonnerre ”. L’Evangile de Luc (9, 51-56) constate sans étonnement que les deux frères commandent effectivement le feu du ciel : à Jésus qu’un village de Samarie refuse d’accueillir, ils proposent : “ Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu tombe du ciel et les consume ? ” Mais Jésus les réprimanda.
Bonnecaze (Jean)
Jean Bonnecaze (1726-1804) est né à Pardies (Pyrénées-Atlantiques). En 1748, souhaitant étudier en Espagne, il a “ pris le prétexte d’aller à Saint-Jacques ” et partit en cachette avec trois compagnons. Après avoir failli se faire enrôler de force dans l’armée (voir réglementations*), il souffrit beaucoup sur le chemin. Craignant sa mort, ses compagnons l’abandonnèrent mais, comme dans la légende, il arriva finalement à Compostelle avant eux. Sur le chemin du retour, atteint de fièvre*, il se vit administrer un remède efficace par une bonne femme qui l’a vigoureusement fouetté avec des orties. Mais il renonce à rester en Espagne et retrouve ses parents qui le croyaient mort. Il devint ensuite curé d’Angos (Angous, Pyrénées-Atlantiques, ar. Oloron-Sainte-Marie, c. Navarrenx).
Bordeaux
(Gironde) Trois églises de Bordeaux sont aujourd'hui inscrites au Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle, la cathédrale Saint-André, Saint-Seurin, Saint-Michel. Cette inscription ne doit pas faire oublier que la ville est riche d'un patrimoine relatif à saint Jacques sans lien direct avec le pèlerinage à Compostelle. A la cathédrale, dans l'ancienne chapelle Saint-Jacques (actuelle chapelle Sainte-Anne), une peinture murale montre l'âme d'un chanoine élevée au ciel par saint André et saint Jacques, témoignant ainsi du rôle de passeur* des âmes de ce dernier. C'est dans l'église Saint-Seurin que, selon la Chronique de Turpin*, Charlemagne* aurait fait déposer l'olifan de Roland, rapporté de Blaye*. Dans le cimetière de cette église il aurait fait inhumer les corps embaumés de quinze mille chevaliers morts à Roncevaux*. La ville est riche aussi de la légende de la jeunesse de Charlemagne en Espagne. C'est là que le jeune prince aurait installé sa première épouse, Galienne, fille du roi de Tolède dans un palais que la légende a localisé dans l’amphithéâtre romain et qui reste le “ palais Gallien ”. Au cœur d'un quartier d'artisans et de matelots, l'église Saint-Michel fut le siège, à partir du XIVe siècle, d'une confrérie Saint-Jacques très florissante, qui a compté plusieurs anciens pèlerins parmi ses membres. Au début du XVIIe siècle, cette confrérie eut sa chapelle particulière, aujourd'hui restaurée, dont la pièce maîtresse est un retable retraçant l'apothéose de saint Jacques. La rue Saint-James conduisait à l'hôpital* du même nom fondé au XIIe siècle, situé dans l'actuelle rue du Mirail. La vocation de cet établissement, comme de tous les autres, était d'accueillir tous les pauvres passants, pèlerins y compris, tous n'allant pas en Galice, tant s'en faut. En 1495 Hermann Künig* ne le mentionne pas, expliquant simplement qu'à “ Bordeaux où tu trouveras des échoppes à bon marché. Tu demanderas l'aumône en cas de besoin, et l'on donne volontiers en ville le vin et le pain ”.
Borne
Certains départements ou collectivités locales ont implanté des bornes spécifiques comme balises* de portions du chemin sur leur territoire, parfois d’autant plus hautes qu’elles sont censées signaler un chemin plus historique que les autres. Dans certains cas elles ont l’intérêt de signaler un monument ou un site particulier mais, pour le pèlerin, le manque de continuité dans la signalétique est le plus souvent un inconvénient. Des flèches* jaunes les remplaceraient avantageusement mais flatteraient moins les orgueils locaux. En 1965, René de La Coste-Messelière*, dans son enthousiasme, faisait de la tour Saint-Jacques à Paris* “ la première borne* haute de cinquante-huit mètres qui marque le point de départ vers Compostelle ”, hypothèse que les recherches ultérieures ont démentie.
Botafumeiro
Le Botafumeiro, (boîte à fumée) est un encensoir géant (haut de 1,50m.) suspendu aux voûtes du croisement du transept* de la cathédrale de Compostelle. Son usage remonte au XIVe siècle ; on dit qu’à l’origine les vapeurs de l’encens avaient pour but supplémentaire de masquer l’odeur des pèlerins. Il aurait également servi de brasero pendant les rudes hivers galiciens. Fait de métal argenté, son poids est de 54kg. Il est actionné par huit hommes qui lui impulsent un mouvement pendulaire le portant jusqu’aux voûtes des bras du transept. L’arc ainsi dessiné couvre une cinquantaine de mètres. On affirme qu’il est parfois tombé, sans jamais faire de victimes, entre autres en 1501, 1662, 1925 et 1937. Il est aujourd’hui mis en action chaque jour, à la fin de la messe des pèlerins, mais aussi lors des processions épiscopales et lors des grandes fêtes*. Plusieurs de ces Botafumeiro ont existé. Celui de 1851 fut exécuté par Losada et se trouve au musée. Celui qui fonctionne est une réplique offerte en 1971 par la confrérie des Porte-drapeau provisoires. Une hymne à saint Jacques composée en 1920 accompagne le mouvement de cet encensoir. La plupart des touristes-pèlerins considèrent ce rituel comme une attraction folklorique et applaudissent à tout rompre à la fin de l'encensement, ce qui n'est pas toujours du goût du clergé.
Bottineau (Yves)
Né en 1925, il est archiviste-paléographe, ancien membre de l'École des hautes études hispaniques à la Casa Vélasquez de Madrid (1950-1951), puis conservateur au Musée du Louvre, département des objets d'art. Il fut professeur d’histoire de l’art à Paris X-Nanterre. En 1989, il est nommé Inspecteur général des musées, chargé de Versailles et des Trianons. Bien que l’un des premiers membres de la Société* des amis de Saint-Jacques, il n’hésitait pas, dès 1964, dans son livre Les chemins de Saint-Jacques, à nuancer ses affirmations en constatant que “ les chemins de Saint-Jacques ne sont que le nom de bien des routes ouvertes et empruntées dès l’Antiquité et souvent utilisées à d’autres fins que religieuses ”.
Boue
Il est rare qu’elle ne soit pas accompagnée de pluie*. Elle peut donc être considérée comme la principale ennemie du pèlerin. “ Lorsqu’elles commencent à tomber, les gouttes mouillent la poussière d’argile. Les souliers, dès qu’ils s’y posent, relèvent une couche de glaise, de plus en plus compacte, de plus en plus pesante et épaisse à mesure que la terre s’imbibe ”.  A cette constatation d’une pèlerine on peut ajouter que la boue est dangereuse parce que glissante et qu’elle est parfois épaisse au point qu’on s’y enfonce jusqu’à mi-mollet. Il peut même arriver qu’on y perde sa chaussure. Rien n’empêche cependant de quitter les sentiers quand ils deviennent si peu hospitaliers et de leur préférer le goudron* qui a souvent du bon.
Bouligny
(Meuse, ar. Verdun, c. Spincourt) Dans la Meuse, Bouligny, dont le blason* est d’azur à la bande d’argent chargée de trois coquilles de sable est l’un des rares lieux à n’en pas tirer profit pour se prétendre sur un chemin de Compostelle. Ces coquilles auraient pour origine un méfait d’un seigneur de Bouligny, commis en 1415 sur des députés en route pour le concile* de Constance. En compagnie d’un de ses parents, ce seigneur les aurait mis au cachot à Sancy (Meurthe-et-Moselle). En punition, il dut aller en pèlerinage avec tous les membres de sa maison. Jusque là, tout est vraisemblable. Pas un n’en revint, dit l’histoire. En mémoire de quoi les trois coquilles* (symboles du pèlerinage) auraient été adoptées. Mais là se pose une question fondamentale : qui aurait posé des coquilles sur le blason d’une famille disparue ?
Bourdon
Bâton du pèlerin. Son étymologie viendrait de ce qu’il est le support de la marche lorsque le pèlerin est démuni d’un animal dit bordo, issu du croisement du cheval et de l’ânesse. Sur les images, le bourdon est montré avec embout ferré à la base, un pommeau au sommet et une seconde excroissance sur le fût. A la fin du Moyen Age, entre ces deux renflements, un crochet où on suspend le sac ou la gourde. Sur les images antérieures à 1400 il est plus petit que le pèlerin. Il grandit avec les siècles. Dans le Veneranda dies*, il donne au pèlerin le troisième pied qui symbolise la foi en la Sainte Trinité. Comme le bâton chasse chiens* (ce qui est faux) et loups, l’Esprit apporte son aide pour se défendre du mal. Le bourdon enrubanné de la statue du porche de la cathédrale de Compostelle incite certains à le comparer au bâton des compagnons*. Assimilé parfois au phallus, il devient, en parallèle avec la coquille* (de Vénus), symbole du sexe* masculin.
Bourdon de saint Jacques ou bâton de saint Jacques
Nom populaire donné à la rose trémière Althœa rosea, à la guimauve Althœa officinalis et au delphinium. Voir bâton de Jacob.
Bourdonnet
Petits bourdons en os ou en ivoire destinés à être cousus sur les vêtements, isolément ou par croisés par paires. Il y avait à Compostelle une branche spéciale de fabricants en 1553 (15000 de ces bourdonnets sont mentionnés dans un inventaire).
Bourges
(Cher) La cathédrale de Bourges a été classée par l'UNESCO* Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Compostelle, en 1998. Certes, elle est un monument majeur riche de plusieurs témoignages de dévotion à saint Jacques : un vitrail du XIIIe siècle raconte la légende de la vie et du martyre de l'apôtre, d'autres vitraux montrent des donateurs présentés au Ciel par saint Jacques intervenant comme intercesseur*. De même, dans la crypte, le chanoine* Jacques Dubreuil, donateur de la Mise au Tombeau du XVIe siècle, s’est-il fait représenter en pèlerin pour prier son patron d’intercéder pour lui. Rien dans ces représentations ne permet une relation avec Compostelle. C’est la légende qui tisse un lien ténu entre Compostelle et Bourges : à la fin du XIIe siècle, un chroniqueur, s'inspirant de la Chronique de Turpin*, affirme que l'abbaye Saint-Jacques (devenue Saint-Laurent au XVe siècle, située à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Bonnet) a été fondée par Charlemagne* à son retour d'Espagne, et dotée par lui d'une relique. Cette relique fut ensuite transférée dans une chapelle* Saint-Jacques construite rue Mirebeau, siège de la confrérie* Saint-Jacques des pâtissiers. La légende la suit et, dorénavant, c'est cette chapelle qui passe pour avoir été fondée par Charlemagne. La relique fit retour à son lieu d'origine en 1786 lorsque la chapelle fut désaffectée (il n'en reste qu'un fragment de fenêtre visible de la place Bascoulard). Elle se trouve actuellement à l'église Saint-Bonnet qui faisait partie de l'enclos abbatial et qui ne dû sa survie qu'à son affectation paroissiale. On ignore la date de fondation de la confrérie* Saint-Jacques. En 1519, l'un des maîtres est le tenancier de “ l'image de saint Jacques ”, située rue d'Auron (partie gauche de l'actuel n° 109). A ce moment, la confrérie compte une centaine de personnes, dont tous ne sont pas pâtissiers et dont aucun n'est mentionné comme pèlerin de Compostelle. Elle devient confrérie de métier en 1574. Bourges a encore possédé un hôpital* Saint-Jacques proche de la Sainte-Chapelle du duc de Berry, laquelle chapelle conservait une partie du chef* de saint Jacques, réservé à la dévotion personnelle du duc. Déjà à partir du XVIIe siècle, un historien, Catherinot, commence à parler de l’abbaye de Bourges fondée “ sur la route de Compostelle, pour la commodité des pèlerins ”. En 1885, lors de la reconnaissance de Léon XIII*, l'archevêque remit la relique à l'honneur en affirmant que la confrérie accueillait les “ nombreux pèlerins ” qui passaient par là, éléments des “ foules innombrables ” courant vers Compostelle. Comment contester une parole aussi autorisée ?
Bourguignons en Galice
A partir du XIe siècle, les comtes de Bourgogne ont soutenu les rois de Castille dans leur politique de Reconquête. Des alliances hispano-bourguignonnes se concluent par des mariages entre les deux maisons. En 1080, Constance, nièce de l’abbé de Cluny*, saint Hugues est donnée en mariage à Alphonse VI* de Castille. Peu après, Guillaume Ier Tête Hardie, comte palatin de Bourgogne et de Mâconnais donne son fils Raymond en mariage à Urraca*, fille d’Alphonse VI et son fils Henri à Thérèse, une autre fille du même roi. Raymond reçoit le comté de Galice et devient héritier du trône de Castille tandis qu’Henri reçoit le Portugal. Un autre fils du comte, Guy, est le futur pape Calixte II*. A ces époques ont lieu quelques rares “ pèlerinages ” qui mêlaient les objectifs diplomatiques et militaires à la dévotion au tombeau de saint Jacques : dès 1078, le jeune comte Hugues de Chalon, vassal des comtes de Bourgogne était mort en partant “ visiter le tombeau de saint Jacques ”. En 1107 est venu de Grenoble le comte Guignes III, lui aussi vassal des comtes de Bourgogne. Les liens se resserrent lorsqu’il s’agit, à partir de la double mort de Raymond (1108) et Alphonse VI (1109), de garder le trône de Castille à l’enfant Alphonse VII*, menacé par le roi d’Aragon Alphonse le Batailleur qui a épousé Urraca. A Compostelle, de nombreux français vivent dans l’entourage de l’évêque Diego Gelmirez*. Les archives livrent quelques noms de pèlerins : en 1120 arrivent “ des régions de Vienne, Genève et Grenoble ” des auxiliaires pour aider au transfert houleux de l’archevêché de Mérida à Compostelle. Ils sont dits “ confrères de l’église de saint Jacques qui étaient allés jadis à Saint-Jacques et s’étaient soumis eux-mêmes à l’apôtre ”. Parmi eux, le comte de Bourgogne en personne, Hugues II dit Borel, qui effectue un autre voyage vers 1130, peut-être en compagnie de Pierre, abbé de Saint-Bénigne de Dijon.
Boussole
Complément indispensable de la carte*, cet instrument est nécessaire au pèlerin qui part seul sur des itinéraires peu fréquentés. Son utilisation, comme celle des cartes, ne s’improvise pas et suppose un apprentissage préalable. Il peut également être prudent de se munir d’un altimètre si l’on veut tracer son propre itinéraire en s’écartant des chemins balisés, par exemple dans la Cordillère Cantabrique.
Branthomme, Mgr. Henri
L'un des pionniers du renouveau des pèlerinages dans la France d'après guerre. Prisonnier en Allemagne, l’abbé Branthomme (1906-2004) apprit à connaître Compostelle par des compagnons de captivité qui avaient lu les œuvres de Joseph Bédier* et Emile Mâle*. De retour dans son diocèse du Mans, on lui confie les pèlerinages diocésains et il organise en 1949 le premier grand pèlerinage d’après-guerre à Compostelle. En 1952, il tourne un film sur le Camino francés* avec Robert Chateau. Il consacre ensuite toute son activité pastorale à la promotion des pèlerinages et son activité intellectuelle à leur étude. Il dirige la réalisation de plusieurs ouvrages collectifs sur les pèlerinages en collaboration avec Jean Chélini.
Bréviaire des apôtres
Voir Catalogues apostoliques.
Brigitte de Suède (sainte)
Brigitte de Suède (1302 -1373) et son mari furent pèlerins de Compostelle en 1341-1342. Sainte Brigitte est née à Finstad, dans l'Uppland dans une famille noble. Dès l’âge de dix ans, elle a des visions. Elle épousa, en 1320, Ulf Gudmarson, sénéchal de Néricie, dont elle eut huit enfants. Son mari étant membre du Conseil royal, le couple suit le roi à Stockholm. En 1339, Brigitte part en pèlerinage sur le tombeau* de Olaff II de Norvège. En chemin, elle ressent la nécessité de se convertir à une vie totalement spirituelle. Puis elle s’immisce dans les troubles politiques de son pays en soutenant la haute noblesse contre le roi Magnus. En 1341, le couple décide d’aller en pèlerinage jusqu’à Compostelle en ayant fait vœu* de chasteté. Ils sont accompagnés de laïcs et d’ecclésiastiques et suivent un chemin qui leur est très personnel : premier sanctuaire, celui de Botvid, martyr du XIe siècle. C’est ensuite Cologne avec la châsse des rois Mages, puis Aix-la-Chapelle et, sans transition, Tarascon sur le tombeau de sainte Marthe, puis la Sainte-Baume. Ils s’embarquent à Marseille et arrivent par mer sur les côtes espagnoles. Brigitte fut introduite, dit-on, sous les voûtes du sanctuaire par les chevaliers de Saint-Jacques. Elle supplia saint Jacques de protéger la chrétienté et de réveiller chez les fidèles le désir de croisade. Au retour, les pèlerins traversent la France. Ulf tombe malade à Arras* et manque de trépasser. Les époux décident de se séparer pour entrer en religion. Après la mort de son mari, en 1344, Brigitte se retire au couvent d'Alvastra, où elle eut d’autres visions. En 1345-1346 elle supplie son roi d’entreprendre une croisade contre les Russes pour les convertir : selon elle, Marie l’a choisie pour la représenter. Le monde perdu par Eve sera sauvé par une femme, puisque les clercs n’en sont pas capables. Elle part en Italie puis presse les papes d'Avignon de retourner à Rome où elle-même se rend pour le jubilé de 1350. Elle reste en Italie puis, en 1371-1372 elle part à Jérusalem. Elle meurt à son retour à Rome, le 23 juillet 1373. Canonisée en 1391, elle fut déclarée co-patronne de l’Europe par le pape Jean-Paul II en 1999.
Brouillard
Encore un des dangers* qui guettent le pèlerin et peut transformer la belle aventure* en drame s’il le surprend sur un plateau désert, en montagne ou en fin de journée quand la fatigue se fait sentir. Marcher en groupe est alors un avantage si la zizanie* ne trouble pas les relations. La technique moderne met maintenant à la disposition des pèlerins des appareils GPS qui leur permettent de se localiser. Attention cependant à ne pas leur faire confiance sans savoir parfaitement comment utiliser leurs informations, inutiles sans référence à une carte.
Bru (Saint-Jacques du)
(Cantal, ar. Saint-Flour, c. Allanche, com. Charmensac,) Le hameau du Bru possède une chapelle* vouée à saint Jacques dont la première mention date du XVIe siècle. Elle rapporte que le 25 juillet 1389 eut lieu sur l’actuel “ champ de la bataille ” un combat entre le seigneur Jacques de Mercœur et les Anglais. Sur le point d’être battu, Jacques de Mercœur invoqua son saint patron en lui promettant de lui construire une chapelle s’il gagnait. Ce qui eut lieu. Il honora sa promesse. La chapelle actuelle, soigneusement entretenue par les habitants, date de 1831. Elle contient un beau retable en bois polychrome du XVIIe siècle, naïf et original. Il représente une descente de croix au pied de laquelle sont saint Jacques et sainte Anne (la patronne de l’épouse de Jacques de Mercœur). Cette scène centrale est encadrée de deux statues, dont une de saint Jacques, dit le “ vieux ” en opposition au plus récent, de bois doré, qui est sorti lors du pèlerinage local où est vénérée une minuscule relique* dont on ignore l’origine. La fête du village, le 25 juillet ou le dimanche suivant, bien que laïcisée, est l’héritière de ce pèlerinage. La journée débute par la messe, suivie d’une procession jusqu’à la grande croix du village. Le prêtre, la statue* du saint et les fidèles suivent les bannières*, (une du XVIIe siècle représentant un saint évêque, au dos de laquelle est brodé “ saint Jacques, patron du Bru ”, une autre du XIXe siècle représentant saint Jacques en pèlerin). Comme à Locquirec*, ce sont des enfants qui portent la statue. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, ce privilège était mis aux enchères, sous le nom de “ reinage ”, les sommes reçues servant à l’entretien de la chapelle. Saint Jacques est invoqué pour protéger les enfants, en particulier pour favoriser la marche des bébés. Même si on l’a oublié, c’est à l’auteur de l’Epître* qu’on demande aussi de protéger “ les biens de la terre ” (JC  5, 7), tradition que l’on retrouve par exemple à Nevers au XVe siècle. Autre tradition aujourd’hui perdue, celle de faire bénir du vin qui servait toute l’année à protéger des maladies, tradition que l’on peut peut-être lier à l’onction des malades (JC 5,14).
Budget
Rien n'est gratuit sur le chemin, le pèlerin avisé doit prévoir un budget* et ne pas compter sur la charité publique, ce qui se fait parfois sous le prétexte fallacieux de vouloir vivre comme au Moyen Age. Sur le chemin du Puy, les riverains sont lassés de répondre à des demandes constantes qui ne sont que de la mendicité pratiquée par des gens qui ont souvent plus de moyens qu’eux-mêmes. Cette tendance n’est pas nouvelle : en 1450, l’hôpital Saint-Jacques de Mâcon se plaint des “ larrons contrefaisant les pèlerins ” et cherche à reconnaître “ les gens de bien ” parmi les pèlerins qui leur arrivent. Ils cherchent ainsi à dépenser leur budget à bon escient. En Espagne, à la fin du XVIe siècle, un auteur dénonce l’afflux de pèlerins vivant sur la communauté : “ On voit passer et on héberge chaque année à l'hospice de Burgos, où on leur donne à manger gratis deux ou trois jours, huit à dix mille Français et Gascons, qui viennent dans nos royaumes à l'occasion du pèlerinage… En France, dit-on, ils promettent pour dot à leurs filles ce qu'ils auront amassé au cours d'un voyage aller et retour à Saint-Jacques, comme si c'était aux Indes, en venant en Espagne avec des pacotilles ”
Bulle Deus Omnipotens
Désignation, d’après les premiers mots du texte, de la Lettre Apostolique par laquelle le pape Léon XIII* officialisa en 1884 la redécouverte des reliques* de saint Jacques et de ses deux disciples sous le chœur de la cathédrale de Compostelle qui avait eu lieu en 1879.
Bureau des pèlerinages
A Compostelle, organisme dépendant du chapitre de la cathédrale, chargé de la délivrance du certificat de pèlerinage ou Compostela*. Pour l’obtenir il faut avoir parcouru les kilomètres* requis et déclarer l’avoir fait “ dans un but religieux ” (pietatis causa). Ces obligations minimales ne confèrent pas une valeur particulière au pèlerinage qui reste une démarche personnelle dont nul n’est juge. L’Eglise de Compostelle a par ailleurs édité un document dans lequel elle définit la valeur qu’elle entend donner au pèlerinage.
Bustes-reliquaires
Objets du culte destinés à offrir à la vénération tout ou partie du chef* d'un saint. La forme en est apparue au XIIIe siècle. Quelques exemples médiévaux de bustes-reliquaires de saint Jacques nous sont connus, soit qu’ils aient été conservés (Compostelle*, Asquins près Vézelay*, Montesquieu-Volvestre*), soit par des textes ou des dessins (Aire-sur-la-Lys*, Toulouse*). A partir de la Contre-Réforme*, davantage de bustes-reliquaires nous sont parvenus, notamment en bois. Une grande partie est dans le Sud-Ouest de la France, peut-être influencée par le grand sanctuaire de Toulouse. La relique* est conservée dans le buste lui-même, souvent dans une logette ménagée dans la poitrine, ou dans le socle sur lequel repose le buste. La plupart de ces bustes-reliquaires sont dans de petites églises et réalisés par des artisans locaux. A l’époque baroque, il en existe deux types. D’un côté, un certain nombre continuent, dans une veine plus réaliste, d’illustrer le type médiéval du “ pèlerin fatigué ” sur lequel peuvent se greffer des attributs* traditionnels. De l’autre, une veine moderne, où le symbole de la coquille est souvent le seul accessoire permettant l’identification du saint (et encore ce symbole se partage-t-il avec saint Roch*). La facture est résolument baroque, avec des angelots, des dorures et des drapés. Le visage du saint exprime moins la lassitude du pèlerin terrestre que l’extase ou le recueillement du mystique. Les XVIIe et XVIIIe siècles ont été la grande époque où les fabriques paroissiales ont commandé des bustes reliquaires. La Révolution en a détruit de nombreux (Rabastens*, Aire-sur-la-Lys*) et des reliques ont été dispersées. A l'exception de Toulouse* qui a commandé un nouveau buste-reliquaire au XIXe siècle, l'objet tombe progressivement dans l'oubli au profit d'autres formes. Mary Sainsous
Buxerolles (le Pas de saint Jacques)
(Vienne, ar. et c. Poitiers) Dans la banlieue nord de Poitiers, à Buxerolles, sur les hauteurs qui dominent la ville, les visiteurs sont guidés vers un lieu bucolique, le “ Pas de saint Jacques ”. Dans un pré, un rocher conserve des empreintes considérées comme celles du pied et du bourdon de saint Jacques qui serait passé par là lorsqu’il évangélisait l’Occident… Ce rocher aurait attiré des pèlerins venus y prier saint Jacques (au XIVe siècle, une inscription sur le tombeau d’un chanoine de Limoges* dit qu’il est allé en pèlerinage à “ Saint-Jacques-du-Poitou ”). Par la suite, ce lieu qu’on peut qualifier de sanctuaire* local aurait été déserté au profit de l’église du village, dédiée à saint Jacques, mais pas avant le XVIIIe siècle. Au XVIIe siècle, le village comptait deux auberges nommées l'une “ au grand saint Jacques ” (de Compostelle ?) et l'autre “ au petit saint Jacques ” (de Buxerolles ?) Au XIXe siècle, une grande croix fut dressée au-dessus de la pierre, comme pour christianiser l’endroit de manière un peu plus orthodoxe. Car les paroissiens y venaient encore en procession le 25 juillet, après les vêpres et y chantaient des cantiques. Ils égrenaient des souvenirs datant du temps où le seigneur servait des fouaces dans le cimetière de l'église aux pèlerins qui passaient. Déjà à cette époque, ces pèlerins étaient pour eux des pèlerins de Compostelle !
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