Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
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Cacéres
En Extrémadure, lieu où fut fondé l’Ordre* des “ frères de Cáceres ” qui devinrent chevaliers de l’Ordre* de Santiago.
Cadillac
(Gironde, ar. Bordeaux)
Un hôpital Saint-Léonard avait été fondé au XIIe siècle, lors de l’expansion démographique qui a poussé villes, villages, paroisses et seigneurs à fonder des hôpitaux pour recevoir les pauvres malades du voisinage ainsi que les passants, les voyageurs et les pèlerins. Comme il était d’usage, il était hors les murs de la ville. Sur la grande route d’Espagne, on le voit en 1532 distribuer des aumônes à des pèlerins revenant de Compostelle. En 1617, le duc d’Epernon décide d’une reconstruction. Les douze lits prévus étaient réservés aux malades de Cadillac et Benauge, mais, dans un autre bâtiment furent aménagées six cellules pour loger, une ou deux nuits, les pèlerins et autres passants nécessiteux. Au XVIIIe siècle, les registres des entrées de l’hôpital mentionnent quelques pèlerins de Compostelle soignés plus longtemps à cause d’une maladie. Mais n’y a jamais eu de registre pour les cellules dont on ignore qui elles ont hébergé, combien de pèlerins et, parmi eux, combien de pèlerins de Compostelle. Par miracle, ces cellules ont continué leur fonction, par delà la Révolution, et jusqu’à nos jours. Si le fait n’est pas rare (les hôpitaux généraux continuent d’être tenus de recevoir les passants sans-logis), il est unique que les bâtiments soient restés les mêmes, même si deux cellules seulement sont affectées au logement désormais exclusif des pèlerins.
Caillou
A Rabanal del Camino, les moines bénissent ceux qui seront déposés à la Cruz* de Ferro. Cette habitude de marquer son passage en déposant un caillou, s’apparentant à la construction des cairns*, a été étendue à de nombreux lieux symboliques, par exemple des socles de croix.
Cairn
Premier élément du balisage* d’un itinéraire, marque d’un passage humain par l’empilement de quelques pierres (parfois deux seulement). Enrichi par les passants successifs, le cairn devient un tas de pierres visible de loin. Les cairns sont peu fréquents sur les chemins de Compostelle qui bénéficient d’une signalétique* plus élaborée. Cette habitude ancestrale des nomades* trouve aujourd’hui des applications plus symboliques, voire folkloriques, le long du chemin.
Calahons (Saint-Jacques de)
(Pyrénées-Orientales, ar. Prades, com. Catllar)
Sur un site-frontière habité depuis longtemps, Saint-Jacques de Calahons est un petit sanctuaire à relique* dédié à un “ bienheureux Jacques de Calaons ” (XIIIe siècle) vers lequel les pèlerinages* ont perduré miraculeusement peut-on dire, tant ont été nombreuses les disparitions imposées par la Contre-Réforme*. A Calahons, les transformations faites à la statue, sans doute au XVIIIe siècle, sont particulièrement révélatrices du souci de mettre “ aux nouvelles normes ” ce saint Jacques à l’authenticité douteuse en l’habillant en pèlerin. C’est sans doute ce qui l’a préservé de la disparition totale. Autre survivance particulièrement intéressante, les dates des fêtes de saint Jacques qui montrent, une fois de plus, la double fête* du 1er mai et du 25 juillet attribuées l’une au Mineur l’autre au Majeur. Contrairement à ce que certains n’hésitent pas à affirmer, au prix de l’apposition de coûteux panneaux sur la route départementale 619, voisine de l’ermitage, cette petite chapelle*, pas plus d’ailleurs que les églises Saint-Jacques de Villefranche-de-Conflent* et de Nyer, ne balise un quelconque chemin de Compostelle sous le seul prétexte de son vocable. (D’après Yvan Marquié)
Calebasse
Nom du fruit de plusieurs espèces de cucurbitacées, dont la courge. Vidée et séchée, la calebasse (ou gourde*) sert à contenir des liquides.
Camail
Etymologiquement, vient de cap, la tête et mail, l’armure. D’abord armure de tête, puis, à la fin du XVIe siècle, cape* et, plus tard, pèlerine* (souvent de cuir) protégeant la tête et les épaules des voyageurs et des pèlerins. Dans l’iconographie*, ce vêtement figure parmi les attributs* du pèlerin.
Calixte II, pape
Guy de Bourgogne (v. 1050-1124) était fils du comte de Bourgogne Guillaume Ier Tête hardie, frère de Raymond (père d’Alphonse VII*). De son enfance, l’histoire n’a pratiquement rien reconnu, sinon des légendes forgées après sa mort pour célébrer sa mémoire et fixées au XVIIIe siècle. C’est ainsi que le château de Quingey* passe pour être le lieu de sa naissance. Une seule chose est certaine, sa scolarité chez les chanoines* de la cathédrale* de Besançon. Prenant à la lettre les dires du Codex Calixtinus (dont on lui accorda longtemps la paternité), la légende lui prête un pèlerinage à Compostelle dans son adolescence pour recueillir les miracles de saint Jacques. Ce n’est pas plus juste que le fait qu’il ait été moine à Cluny*. En 1108, il fut élu archevêque de Vienne (Isère). La même année, il alla à Compostelle, à la mort de son frère Raymond qui laissait un orphelin de trois ans, le futur Alphonse VII, dont il devient le tuteur. A partir de ce moment, il fit beaucoup pour étendre la renommée de Compostelle, en étroite liaison avec l’évêque Diego Gelmirez*. Il fut élu pape en 1119, à Cluny, sous le nom de Calixte II. Dès février 1120, il transforma l’évêché de Compostelle en archevêché.
Camino
Dénomination espagnole d’un chemin, ce mot, utilisé d’abord dans des expressions comme Camino francés finit par être employé comme substantif désignant le chemin de Saint-Jacques : on est, on marche sur “ Le Camino ” ce qui implicitement renvoie Camino francés. L’afflux des pèlerins contemporains a conduit à en définir plusieurs autres : Camino aragonese, Camino del Levante, Camino de l’Ebro. L’Espagne multiplie les caminos venant de tous les horizons, plus d’une douzaine ont été dénombrés début 2006.
- Camino francés
C’est LE chemin espagnol. Il relie Puente-la-Reina à Compostelle. Voie naturelle de déplacement dans le Nord de l’Espagne, il a été la voie de communication terrestre reliant Galice et Aragon. Il a été une voie de pénétration pour le repeuplement des villes après la reconquête sur les Sarrasins. Dans plusieurs de ces villes des quartiers “ francs ” avaient été institués pour attirer l’immigration. Ce “ chemin des Francs ” fut un chemin d'échange entre la Galice et l'Europe et de peuplement du nord de l'Espagne. Comme toutes les autres routes, il n'a jamais été réservé aux seuls pèlerins ni tracé à leur intention. Remis en honneur par sa reconnaissance comme Itinéraire Culturel Européen* (1987), puis son inscription au Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* (1993). Il est le chemin de pèlerinage vers Compostelle le plus fréquenté en Espagne.
- Camino primitivo
Nom espagnol désignant le chemin qui conduit à Santiago en passant par la côte Cantabrique. Ce chemin également appelé Camino del Norte comporte comme les autres des variantes. Plus difficile et moins fréquenté que le Camino francés, il offre plus d’occasions d’aventure*.
Camping
Les pèlerins aux revenus modestes qui ne souhaitent pas vivre de la charité publique ou ceux qu’effraie la promiscuité des gîtes recourent au camping. Assez fréquent en France où les terrains aménagés sont nombreux, il est moins courant en Espagne. Quoiqu’interdit, le camping sauvage reste pratiqué. Il existe heureusement des tentes d’un poids* moyen de 2 kg. qui limitent la charge à transporter.
Cantigas
Strophe lyrique traditionnelle de l'aire galaïco-portugaise, équivalente de la canso occitane, mais dans le sens que donnaient les troubadours au mot “ chanson ” et non pas dans le sens actuel, affadi et sans mystère.
Canville-la-Rocque
(Manche, ar. Coutance, c. La Haye-du-Puits)
Village normand dont l’église Saint-Malo est décorée d’un important ensemble de fresques datées du XVIe siècle (1520-1540). La chapelle seigneuriale, située au Nord de l’église, a été décorée de peintures, au XVIe siècle, sur les voûtes et sur trois des murs. Les peintures des voûtes, représentant le Jugement dernier, les quatre Evangélistes, le soleil et la lune ont été classées Monuments historiques en 1923 et restaurées en 1930 et 1950. Les peintures des murs, représentant la légende du pendu-dépendu*, ont été découvertes en 1952, sous le badigeon qui s’écaillait, et n’ont été complètement dégagées qu’en 1983, puis restaurées. Sur les quatorze scènes, six sont encore lisibles aujourd’hui : pendaison du jeune pèlerin ; départ des parents pour Compostelle ; les parents agenouillés devant le juge demandent leur fils ; la dépendaison ; le jugement de la servante ; la servante conduite au supplice. La lune, symbole des Ténèbres, est peinte au dessus des parents suppliant le juge de dépendre leur fils ; le soleil, un peu plus à l'est, symbole de Lumière, est au dessus de la dépendaison et au début de la Résurrection des morts. Trois groupes de trois âmes sortent des tombeaux, tendant les bras vers le ciel et se dirigent vers le Christ au sud, sauf la première âme encore courbée et la seconde qui retourne en arrière, vers les Ténèbres. Cette chapelle était sans doute la chapelle* funéraire des seigneurs de Canville. Ils pouvaient espérer que saint Jacques, passeur* des âmes, leur serait reconnaissant d’avoir représenté l’un de ses miracles les plus célèbres, et les aiderait à gagner le Paradis. (Janine Michel et Pierre Hébert)
Cap Saint-Jacques
La toponymie* mentionne un cap Saint-Jacques (aujourd'hui Vung Tau) exporté au Vietnam par les marins portugais et adopté par les colons français, à 120 km. de Saigon. Un autre existe au Canada, sur l'île de Montréal, au point de rencontre du lac des Deux-Montagnes et de la rivière des Prairies. Plus modeste, on trouve encore une “ pointe de Saint-Jacques ” au sud de Vannes, à l'est de Saint-Gildas de Rhuys. Un bateau-hôpital* français portait ce nom de “ cap Saint-Jacques ” en 1946. Un “ hauturier ” le porte encore aujourd'hui, géant des mers, immatriculé à Boulogne et qui pêche en mer du Nord.
Cape
Capuchon, manteau de voyage protégeant la tête, dont l’iconographie fait un des attributs* désignant le pèlerin. Synonymes : camail*, mantelet, pèlerine*. La cape est souvent de gros drap ou de cuir. La cape de confrérie était un élégant ornement fait de tissu léger, destiné simplement à évoquer le pèlerinage. Au fil des siècles, elle s’orna de coquilles* et d’enseignes* de pèlerinage, de plus en plus nombreuses.
Carta itineriae Europae
Voir Oberstrasse. De cette carte des routes de l’Europe rééditée en 1520 ne reste qu’un exemplaire, conservé au Tiroler Landesmuseum Ferdinandeum à Innsbrück.
Carnet de pèlerin
Egalement dénommé crédenciale* ou parfois passeport du pèlerin. Petit livret dont sont munis les pèlerins de Compostelle* pour prouver leur condition. Son utilité première est de servir de justificatif de l’itinéraire parcouru pour obtenir la Compostela*. A cet effet, le pèlerin fait apposer chaque jour un tampon* daté d’un lieu de passage. Le nombre de tampons spéciaux a suivi l’augmentation de celui des pèlerins. Le carnet permet aussi d’obtenir des “ prix* pèlerins ”, voire même la gratuité de l’hébergement, dans certains gîtes*. Il est délivré, ou vendu, par tout individu ou organisme qui s’autoproclame autorisé à le faire ou, s’il a eu la conscience de le faire, en a demandé l’autorisation au Bureau* des pèlerinages de Compostelle. Selon les cas, il est remis après un “ entretien ” ou envoyé par courrier, gratuitement ou non. Le plus souvent l’association* qui le délivre demande en échange une adhésion. Il en existe une grande variété, chaque association cherchant à faire preuve d’originalité, mais une attestation sur l’honneur de l’état de pèlerin, établie sur papier libre, peut le remplacer. Le projet d’un modèle européen unique est périodiquement évoqué. En France, en 1998, l’Eglise a défini, sous le nom de créanciale*, un carnet de pèlerin catholique destiné à mieux qualifier la démarche pèlerine de celui qui en fait la demande. Il est en vente en particulier à la cathédrale du Puy*.
Cartes
Des cartes peuvent être utiles au pèlerin qui s’écarte des sentiers balisés* et se perd, ou pour celui qui souhaite se situer dans un environnement plus vaste et tracer son propre chemin. Certains guides* (comme les topo-guides* de la FFRP*) présentent les chemins sur un fond de carte. Ils ne remplacent pas toujours les cartes. La carte au 1/100 000 convient généralement. Dans certains cas une échelle plus grande est souhaitée, au prix de l’augmentation du nombre de cartes nécessaires. De savants découpages préalables ou l’envoi périodique aux proches des cartes utilisées permettent d’en réduire le poids*. Pour certains pèlerins, sur les petites routes des Asturies, la carte Michelin au 1/400 000 a été suffisante. A défaut de carte, demander son chemin est une manière de provoquer des rencontres et d’entrer en communication avec les habitants*.
- Carte des chemins
Depuis l’édition du dernier Livre du Codex Calixtinus* par le père Fita* des cartes des chemins de Compostelle ont été régulièrement produites, par les érudits puis les marchands. Celle datée de 1648 est un faux* édité dans les années 1970. A partir des années 1980, elles ont été prolongées jusqu’aux extrémités de l’Europe, satisfaisant les vœux du Conseil* de l’Europe.
Catalogues apostoliques
Livres apocryphes* écrits entre les IIe et Ve siècles (Bréviaire des Apôtres et Naissance et Mort des Pères) qui, avec les Actes des Apôtres* ont été la trame première de la légende de saint Jacques. Ils consacrent à saint Jacques une brève notice informant qu’il a prêché l’Evangile “ en Ibérie et dans d’autres contrées occidentales ”. Si les Espagnols ont traduit Ibérie par Espagne, les Irlandais l’ont traduit par Irlande que ce mot désignait aussi au Moyen Age. D’autres “ contrées occidentales ” semblent avoir pris prétexte de ces notices pour mettre en valeur des traces du passage de saint Jacques, ainsi Buxerolles* ou la Tarentaise*.
Cathares
Adeptes du catharisme*. Certains se sont camouflés sous l’habit du pèlerin de Compostelle pour fuir les persécutions.
Catharisme
Hérésie provenant d’Orient et particulièrement répandue dans les provinces méridionales du royaume de France au XIIIe siècle. Certains Cathares* repentis ont été condamnés à des pèlerinages pénitentiels*. La lutte contre le catharisme a été utilisée par le roi de France comme prétexte pour faire rentrer les comtés du Sud dans sa mouvance.
Cathédrale
Eglise principale du diocèse où siège l’évêque sur sa cathèdre (chaire). A ne confondre ni avec la basilique*, ni avec l’abbatiale* même si, en France depuis la Révolution et la nouvelle carte des diocèses, d’anciennes abbatiales ont été transformées en cathédrales (par exemple Saint-Denis dans le Val d’Oise). L’évêque est entouré d’un chapitre (communauté) de chanoines* réguliers, vivant sous la règle de saint Augustin. Dès le IXe siècle, Saint-Jacques-de-Compostelle* a ravi à Iria Flavia le siège du diocèse*.
Catllar
(Pyrénées-Orientales, ar. et canton Prades,)
Voir Calahons
Cebreiro
A 1293 m. d’altitude, le col d’El Cebreiro (O Cebreiro en galicien) marque la frontière orientale de la Galice. En ce point de passage, un prieuré dépendant de Saint-Géraud d’Aurillac* fut fondé au XIe siècle. C’est une étape importante pour les pèlerins qui y ressentent de façon intense leur arrivée prochaine. Le village a rénové ses habitations primitives, les pallozas, aux toits de chaume. L’église conserve un calice et une patène en souvenir d’un miracle* célèbre (santo Milagro). Vers 1750, les passionnés d’ésotérisme* commencèrent à voir ce calice comme étant le saint Graal* (Santo grial gallego) des légendes arthuriennes, arguant que “ Perceval le Gallois ” peut aussi se dire “ le Galicien ”. D’aucuns vont aujourd’hui jusqu’à prétendre que c’est pour cela que la Galice autonome a choisi pour blason* officiel un calice surmonté d’une hostie, en 1981. Officiellement, il s’agit du Saint-Sacrement de Lugo, exposé perpétuellement dans la cathédrale au moins depuis le XIIe siècle. Mais sait-on jamais les raisons cachées ? Ainsi vont les légendes… Le lieu doit beaucoup à l’abbé Elías Valiña Sampedro, curé de la paroisse de 1956 à 1989 (il est enterré dans l’église et son buste orne la cour). Promoteur du pèlerinage et inventeur des flèches*, jaunes on lui doit un guide du chemin dans lequel il rappelle l’importance du Cebreiro en tant que lieu de pèlerinage où sont fêtés Santa Maria la Real, patronne de la région, et le santo Milagro. Comme partout, ce lieu finit par n’être plus considéré que comme une étape sur le Camino francés. A tel point que des pèlerins aquitains, étonnés de ne pas voir une statue de saint Jacques dans l’église, en ont offert une, en 1999, sculptée par les moines de Solesmes. Comme celle du Puy*, cette statue renforce l’idée, ô combien fausse, qu’aucun lieu de pèlerinage n’aurait jamais existé sans Compostelle.
Celtes
Les passionnés de culture celte trouvent en Galice* un terrain de prédilection qui commence au Cebreiro* avec ses pallozas, ces maisons aux toits de chaume dont la technique de construction remonterait à l’époque celtique. Au-delà, les férus d’ésotérisme trouveront matière à rêver avec les romans de Charpentier* et Vincenot*.
Certificat de pèlerinage
Voir Compostela
Châlons-en-Champagne
(Marne)
En 1998, l'église Notre-Dame-en-Vaux a été classée par l'UNESCO* Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Compostelle. Cette église abrite trois vitraux consacrés à saint Jacques, des XVe et XVIe siècles. L'un raconte la légende de Charlemagne* vue par la Chronique de Turpin*, l'autre le miracle* du pendu-dépendu*, le troisième l'apparition de saint Jacques au cœur des batailles (Clavijo* ou Las Navas de Tolosa). A défaut d'avoir vu passer des pèlerins de Compostelle, la ville témoigne d'une ardente dévotion à saint Jacques. L'église Saint-Alpin possède deux vitraux copiés sur ceux de Notre-Dame-en-Vaux (Clavijo et le pendu-dépendu). La ville compte encore aujourd'hui un quartier* Saint-Jacques qui ouvrait sur la ville par une porte* Saint-Jacques, né sans doute autour d’une léproserie Saint-Jacques. Enfin, une “ confrérie* des vignerons de la porte Saint-Jacques ” avait son siège dans l'église Saint-Louis. Elle a laissé un ex-voto* montrant deux confrères taillant un cep de vigne, ainsi qu'une statue de l'apôtre.
Champ jacquet
D’aucuns pensent que ces champs étaient des lieux de rassemblement pour les “ jacquets ”*, pèlerins en partance pour Compostelle. Devant le nombre de ces toponymes en Bretagne, un historien amateur, bien que touché par le syndrome* de Compostelle, a cependant renoncé à cette hypothèse, constatant que tant de départs auraient vidé la région !
Chanaleilles
(Haute-Loire, ar. Le Puy-en-Velay, c. Saugues)
Voir Hospitalet (col de l')
Chanoine
Membre d'un chapitre cathédral ou collégial
Chants de pèlerins
Contrairement à une idée répandue, le Codex Calixtinus ne contient pas de chants de pèlerins, mais des pièces liturgiques destinées à la célébration des offices dans la cathédrale de Compostelle. On y trouve simplement la recommandation que certaines messes soient chantées par les pèlerins ainsi que la mention de messes dites pour les pèlerins. Pourtant les pèlerins chantent dans l’église, dit le Livre I, chap. XVII : ils “ veillent en chantant toutes sortes d’airs… On y entend des chants d’Allemands, d’Anglais, de Grecs et des autres races et peuples de l’univers entier ”. Quelques versions de ces répertoires sont parvenues jusqu’à nous, brodées sur différents thèmes. La Grande Chanson des pèlerins de Saint-Jacques popularisée par les livrets de colportage du XVIIIe siècle, et dont la version des pèlerins d’Aurillac* semble dater du XIVe siècle, met en musique des différentes étapes du chemin afin de les mémoriser plus facilement. Celle de Yann* Derrien, datable du XVIe siècle, raconte un pèlerinage original. Les chants composés depuis les années 1990 ne se comptent plus.
Chapelet
Objet de dévotion introduit par saint Dominique. Il est constitué de grains enfilés que l’on fait passer successivement entre ses doigts en récitant des dizaines d’Ave Maria séparés par des Gloria et des Pater Noster (d’où le nom médiéval de patenôtre*). Il est parfois en jais*. L'usage s'en développe vers 1500 et les images le mettent volontiers dans la main des pèlerins.
Chapelle d’Angillon (La)
(Cher, ar. Bourges)
La Chapelle d'Angillon a pour patron saint Jacques*, un saint Jacques différencié de ses homonymes par la dénomination “ de Saxeau ”, nom primitif du village. Le corps était conservé dans l’église primitive, hors-les-murs, sur la prairie, entre ville et château. Il n’en restait que des débris au XIXe siècle, noyés aujourd’hui dans le plan d’eau. On y accédait par la porte* Saint-Jacques. Le prieur y disait une messe chaque dimanche et fête, ainsi que deux messes le jour “ des fêtes* solennelles et le jour de saint Jacques, patron de l’église ”. Les bâtons* des confréries étaient amenés processionnellement depuis les maisons des bâtonniers. Cloches sonnées, cierges allumés, “ oublies ” distribuées, tout était fête et les offrandes étaient importantes. Jusqu’au XVIe siècle et la destruction de l’église par les Huguenots, l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges, dont dépendait la paroisse, a laissé faire, mais lorsque l’église fut reconstruite, elle le fut à l’autre extrémité du village, et les moines ont écrit la Vie d’un saint jardinier qui aurait vécu et serait mort là, au IXe siècle. Les fidèles y sont restés indifférents. En 1604, alors que ne reste plus que le chef* de saint Jacques, l’authentique* rédigée par les paroissiens explique : “ Ceci est du propre chef de monsieur St. Jaque… ”. Un siècle plus tard, dans la procession* de 1702 figurent des “ pèlerins chacun en manteau à la pèlerine* garnie de coquilles ”. Encore en 1878, une nouvelle authentique parle du “ reliquaire* de St. Jacques, patron de la paroisse ”. Il faut attendre 1886 pour qu’un curé fasse imprimer et largement diffuser la vie du saint jardinier pour que l’apôtre soit enfin oublié. Aujourd'hui, saint Jacques est fêté le 19 novembre, date anniversaire de sa mort, en un pèlerinage qui reprend vie après quelques années d'interruption, sous l'impulsion de l'association Saint-Jacques du village. Mais plus rien ne rappelle l’apôtre.
Chapelle des rois de France à Compostelle
A la mort d’Alphonse* de Poitiers en 1271, le Poitou fut réuni au domaine royal, et le roi honora le testament* du prince, dépense prise en charge par les finances de la Saintonge*. En 1372, cette rente fut englobée dans celle de 3 000 florins qui fut constituée par Charles V pour six messes quotidiennes à célébrer dans la chapelle du Saint-Sauveur (chapelle axiale) de la cathédrale de Compostelle qui prit dès lors le nom de chapelle des rois de France. Les archives de Compostelle et celles du royaume de France conservent quelques traces de ces paiements, qui furent néanmoins interrompus puisqu’en 1467, Louis XI “ rétablit ” la fondation de Charles V, mais seulement pour trois messes quotidiennes. Les paiements ont donc repris, mais, un siècle plus tard, le chapitre de Compostelle envoya un rappel à l’ordre pour demander le paiement. Cette chapelle fut nommée, au début du XXe siècle “ chapelle Saint-Louis des Français ”. Après la guerre, elle fut desservie pendant quelque temps par un curé français. Aujourd’hui, l’appellation courante, à Compostelle, est celle de l’origine, chapelle du Saint-Sauveur.
Chapelles Saint-Jacques
Les chapelles peuvent être des bâtiments isolés ou des chapelles incluses dans des églises. Les chapelles isolées sont (ou ont été) de différentes natures : chapelles castrales (Saint-Jacques-de-Tarentaise*, Fontaine-les-Ribouts*), chapelles de confréries* (Bourges*, Cordes*, Orléans*), chapelles d’hôpitaux* (Nîmes*, Blois*), chapelles de pèlerinages (Calahons*) avec fontaines* de dévotion (Trémeven*, Mâcot-la-Plagne*), chapelles d’alpages parfois à 2000 m. d’altitude (Névache* dans les Hautes-Alpes, le Châtel ou Seraz à Sainte-Foy-Tarentaise en Savoie). Certaines sont minuscules, d’autres atteignent la taille d’une église. Elles peuvent cumuler les fonctions de confrérie, hôpital et sanctuaire de pèlerinage (Saint-Jacques-aux-pèlerins à Paris*). Leur implantation géographique est très variable : en ville, dans les faubourgs, dans un village, au haut d’une montagne, sur un pic dominant une rivière, au fond des bois, etc. Les considérer comme des balises sur les chemins de Saint-Jacques est un symptôme caractéristique du syndrôme* de Compostelle. Les chapelles incluses dans des églises peuvent être des chapelles funéraires (Canville-la-Roque*, Cléry Saint-André*), des chapelles de confréries* ou des lieux de pèlerinage quand elles abritent une relique (Aire-sur-la-Lys*, Arras*).
Chapiteau
Elément architectural qui coiffe une colonne ou un pilier, généralement décoré de motifs ornementaux ou de scènes représentant des épisodes de l’Ancien ou du Nouveau Testament ou de la vie de saints (chapiteaux historiés).
Chapitre
Le mot désigne simultanément la salle où se réunissait la communauté religieuse, les membres de cette communauté, la réunion au cours de laquelle se prenaient les décisions. Le chapitre général est la réunion (chaque année ou davantage) de tous les religieux d'un même Ordre.
Charlemagne
Roi des Francs en 768, Charlemagne (742 – 814) devient empereur d’Occident en 800. L'un de ses soucis fut de faire des Pyrénées une barrière à la menace musulmane. D'autre part, en tant que chef de l'Eglise, il s'est beaucoup intéressé à l’adoptianisme*. Si l'empereur n'est jamais allé à Compostelle*, il est évident qu'il s'entretint de cette question avec les rois chrétiens de la péninsule et en particulier avec celui de Galice qui portait déjà la bannière de saint Jacques. Ce n’est qu’au XIIe siècle que la Chronique de Turpin* le fait aller délivrer le tombeau de saint Jacques, ce que contestent d’ailleurs les chroniques espagnoles. Certaines prétendent qu’il n’a jamais passé les Pyrénées, d’autres qu’il est néanmoins l’ancêtre des rois de Castille. L’Histoire retient qu’il a fondé une “ marche frontière ” en Catalogne, qu’il a aidé l’évêque d’Urgel à lutter contre l'adoptianisme, mais qu’il n’est jamais allé au-delà. Tout le reste, on le sait depuis le XVIIIe siècle, relève de la légende. De nombreuses églises prétendent avoir été fondées par lui et dotées de reliques de saint Jacques à son retour de Compostelle.
Charles V (sceptre du roi de France)
Le musée du Louvre conserve le sceptre que le roi Charles V (1338-1380) fit confectionner lors de son accession au trône, en 1364. Le thème iconographique prouve que le roi se veut le descendant de Charlemagne* : l'extrémité porte une statuette de l'Empereur. L'ornementation du nœud introduit saint Jacques dans l'image de la royauté, par trois scènes empruntées à la Chronique de Turpin*. La première représente saint Jacques apparaissant à Charlemagne pour lui ordonner de partir délivrer son tombeau en Galice, la seconde décrit le miracle* des lances fleuries, la troisième rappelle la mort du grand empereur dont l’âme fut arrachée au démon par saint Jacques. Sur les bords sont gravés ces mots : Sanctus Karolus magnus Italia, Roma, Germanica. Le roi annonce ainsi qu'il a l'intention de soutenir l'un des deux prétendants au trône de Castille, Henri Trastamare, en envoyant à son secours la chevalerie française, et en espérant que cette bonne action lui sera comptabilisée par saint Jacques à l’heure de sa mort*. Durant son règne, le roi a envoyé plusieurs fois des ambassadeurs à Compostelle, porteurs de dons à la chapelle* des rois de France.
Charpentier (Louis)
Dans son livre ésotérique* Les Jacques et le mystère de Compostelle, publié en 1971, se côtoient les pèlerins, les Celtes*, les Basques, les Templiers*, la cathédrale de Chartres, les Compagnons*, les alchimistes*, les Cagots, la grande pyramide, le Graal*, etc. Pas de doute, “ le chemin Saint-Jacques, en Espagne, est un chemin initiatique* qui date du néolithique et dont le parcours semble bien n’avoir jamais été interrompu. Son nom lui vient du fait qu’il est un chemin d’initiés, c’est-à-dire de savants ”. Méconnaissant l’histoire et la diversité qui caractérisaient les anciens compagnonnages, il leur prête un état d’esprit et des pratiques imaginaires. Pourtant, son livre suggère des pistes de recherche et fournit quelques documents qui ne sont pas inintéressants. C’est à lui que l’on doit le récit de la légende de la “ pendule* à Salomon ”
Chartres
(Eure-et-Loir)
Si la cathédrale de Chartres figure sur les listes du Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* depuis 1979, elle n’a pas eu l’honneur d’y être retenue au titre des chemins de Compostelle. Elle recèle pourtant un nombre important de témoignages de dévotions à saint Jacques, principalement dans ses vitraux. Les deux plus intéressants, datés du XIIIe siècle, se trouvent dans les verrières basses du chœur : la baie 5 représente le martyre de saint Jacques et la baie 7 l’histoire de Charlemagne, d’après la Chronique* de Turpin. Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, saint Jacques apparaît encore, en compagnie de donateurs* ou d’autres saints, sur plusieurs autres vitraux. Dans la chapelle Saint-Clément de la crypte de la cathédrale, subsiste une peinture murale échappée par miracle à la destruction, datable du XIIe ou XIIIe siècle. Elle met en scène six personnages nimbés, à des hauteurs différentes selon leur place sous la voûte. De gauche à droite on reconnaît Charlemagne* assistant à la fameuse “ messe de saint Gilles* ”, puis un évêque, puis saint Pierre. Ensuite, le quatrième et le plus haut en taille est saint Jacques* bénissant, reconnaissable aux coquilles* qui couvrent son manteau. Puis saint Nicolas et saint Clément. Malheureusement, rien ne permet de comprendre le sens de l’ensemble. On peut seulement remarquer que se retrouvent côte à côte saint Gilles, Charlemagne et saint Jacques et que le miracle II du Livre des miracles* de saint Jacques raconte le même miracle* que celui de saint Gilles : le coupable est un Italien anonyme et le prêtre est l’évêque de Compostelle. De Chartres provient la relique de saint Jacques donnée par l’évêque en 1862 à l’église Saint-Jacques de Montlandon*.
Chaussures
L’erreur à ne pas commettre est de partir avec des chaussures neuves. Cheville bien tenue ou chaussure plus basse et plus légère ? Les deux écoles existent. Les inconditionnels des sentiers et des parcours boueux auront intérêt à choisir des chaussures montantes, éventuellement complétées de guêtres. Certains font des milliers de kilomètres en sandales. Des conseils : quel que soit votre choix, casser vos chaussures avant de partir* et choisissez des chaussettes d’excellente qualité, à changer souvent et n’hésitez pas à prendre une pointure de plus que vos chaussures de ville.
Chef
Synonyme de “ tête ” : une relique* du chef de saint Jacques est tout ou partie de sa tête. Elle est conservée dans un buste-reliquaire*
Cheminant
Terme parfois utilisé pour désigner les personnes qui parcourent les chemins de Compostelle, évitant ainsi l’emploi du mot pèlerin, même dans son acception la plus générale. Un pèlerin en donne la raison suivante : « les termes "cheminement" et "cheminants" ont été préférés à ceux plus courants de pèlerinage ou de pèlerins qui portent actuellement avec eux une connotation religieuse réductrice au regard de l'universalisme souhaitable. Nous le regrettons d'autant plus, qu'à nos yeux, ce qui est "religieux" est, dans son étymologie, ce qui "relie" les hommes entre eux et, avec eux, l'humanité au Sacré. C'est cette "mise en relation" qui nous paraît conférer au fait religieux un sens éminemment "catholique", c'est à dire authentiquement "universel", sous la réserve de ne pas le réduire à une religion particulière aussi respectable et estimable soit elle ». Cependant pour la majorité de nos contemporains le mot pèlerin a un sens, hérité de l’histoire, que n’a pas le mot cheminant. Que son utilisation soit à ce point refusée mérite réflexion.
Chemins
Des raisons de sécurité et le développement de la marche comme activité sportive ont conduit les pèlerins contemporains à utiliser des chemins plutôt que les routes moins favorables aux piétons. Certains croient en les empruntant se mettre dans les conditions des pèlerins médiévaux, ce qui est une erreur. Les pèlerins médiévaux utilisaient les routes.
- Chemins de Compostelle
Sous le nom “ chemins de Compostelle ” se cachent des réalités différentes selon les pays et les interlocuteurs. En Espagne il s’est agi pendant longtemps du seul Camino francés*. Ce chemin étant de plus en plus fréquenté les pèlerins recherchant le calme ou par des récidivistes* avides de changement, empruntent de nouveaux itinéraires parmi lesquels la Via* de la Plata. En France, depuis l’édition, en 1882, du dernier Livre du Codex Calixtinus (paru en 1938 sous le titre de Guide* du pèlerin), les chemins de Compostelle désignent essentiellement les quatre chemins tracés d’après les indications du Guide, qualifiés de chemins historiques*. Ils ont ensuite été prolongés et complétés de bretelles et itinéraires de liaison qui forment finalement l’écheveau de toutes les possibilités de se rendre d’un point de départ quelconque à l’un des passages des Pyrénées couramment utilisés par l'ensemble des voyageurs. En Europe, depuis la déclaration du Conseil* de l’Europe de 1987, chaque pays s’est efforcé de retrouver ou définir ses chemins de Compostelle. Pour cela, des lieux de cultes à saint Jacques dont, en général, rien ne prouve qu’ils aient eu avec le sanctuaire galicien d’autre relation que la dévotion au même saint, ont souvent fait office de balises*.
- Chemins de Saint-Jacques
Sur les cartes* et les plans, un chemin de Saint-Jacques est un chemin qui mène à un lieu-dit Saint-Jacques ou en vient. Si des pèlerins l’ont emprunté, ils allaient à quelque sanctuaire local, à l’hôpital Saint-Jacques ou vers un sanctuaire plus lointain, Compostelle peut-être ? La Voie Lactée* est devenue chemin de Saint-Jacques par la légende rapportée par la Chronique de Turpin*.
- Chemins historiques
En France prévalent “ quatre chemins historiques ” esquissés par le Guide du pèlerin* et cartographiés, très théoriquement, dès la fin du XIXe siècle. Devant la concurrence de plus en plus forte, on arrive à des conflits entre tenants de tel ou tel itinéraire. Telle association s’indigne de ce que “ des sauvages balisent des itinéraires erronés propres à détourner le pèlerin du chemin historique ”. Des pèlerins candides n’osent pas s’écarter du GR* 65, de peur que leur pèlerinage ne soit pas valable… Comme si la valeur du pèlerinage tenait à l’historicité du chemin ou au pourcentage de route goudronnée* ! En réalité, on peut parler de “ chemins historiques ” lorsqu’il s’agit d’itinéraires réellement empruntés par des pèlerins, par exemple, en 1592, le chemin recommandé par la confrérie au départ d’Orléans passe par Cléry Saint-André, Saint-Laurent-des-Eaux, Blois, Amboise, évite Tours pour aller directement à Port-de-Pile, Châtellerault et la grande route d’Espagne par Blaye et Bordeaux. Le retour coïncide avec le tracé de la Nationale 20 actuelle : Toulouse, Limoges, Châteauroux. Ce chemin fut celui d’un pèlerin d’Orléans qui indique aux autres confrères la route qu’il a suivie. On peut dire qu’il y a presque autant de “ chemins historiques ” que de pèlerins.
- Chemins initiatiques
Voir Alchimie*
- Chemins roumieux
Chemins empruntés par des pèlerins de Rome, puis, par extension, chemins conduisant à des sanctuaires de pèlerinage.
Chevaliers
Tout au long du Moyen Age, les chevaliers-pèlerins participent à la Reconquista*. Ils se veulent les descendants des preux compagnons de Charlemagne* exaltés par la Chronique* de Turpin, et sont des figures banales sur les routes menant vers l’Espagne et, parfois, à Compostelle. Mélangeant histoire* et légendes*, combats et Pas d’Armes, s’y rencontrent par vagues Adalard* et ses compagnons, les Bourguignons* des XIe et XIIe siècles, Du Guesclin envoyé par Charles V*, les chevaliers envoyés par Charles VI pour aider le roi de Castille contre les Anglais, Jean de Werchin*, Jacques de Montmayeur*, Bayard* même qui serait venu incognito. L’imagination de vraie noblesse, un ouvrage rédigé au début du XVe siècle à l’intention des jeunes bourguignons conseille : “ Il est bienséant en temps de paix que les jeunes hommes de noble lignages accomplissent des pèlerinages tels que Jérusalem, Sainte-Catherine ou Saint-Jacques et parcourent les royaumes chrétiens. Qui plus est, qu’ils s’emploient en guerre contre les Sarrasins et les mécréants, car un jeune homme ne peut nulle part mieux apprendre les affaires du monde que par ces voyages et apprendre le métier des armes qu’en pays étrangers ”
Chevet
Arrière d’une église*.
Chiens
Ils ont remplacé les loups dans le catalogue des dangers* dont tout pèlerin est menacé. Incontournables sur le chemin tant en France qu’en Espagne où on dit qu’ils sont habitués au passage des pèlerins. Néanmoins, ils ne sont pas toujours maîtrisés et les plus hargneux obligent parfois à des détours. Contrairement à une idée reçue, il ne faut jamais brandir son bourdon* pour s’en défendre, cela peut rendre agressif un chien paisible. Il convient de s’arrêter ou de se déplacer très lentement, de ne pas manifester sa peur* et de regarder le chien dans les yeux, jusqu’à ce qu’il recule. D’aucuns vont même jusqu’à préconiser de se mettre à quatre pattes ! Aujourd’hui, les sifflets à ultra-sons* semblent assez efficaces.
Chœur
Voir Eglise
Chrisme
Voir Pendule à Salomon.
Christophe (saint)
Comme saint Jacques*, saint Christophe passe pour avoir succédé à Hermès*, bien que d’une manière différente. Tous les trois sont (ou étaient) fêtés le 25 juillet, au moment de l’arrivée de la Canicule qui se levait du 19 au 26 juillet (constellation du Chien). Dans l’iconographie, saint Christophe est parfois représenté avec une tête de chien, ce qui en fait le descendant du dieu gréco-égyptien Hermanubis unissant sous ce nom les fonctions semblables du dieu égyptien Anubis (dieu des morts à tête de chien) et du dieu grec Hermès* (dieu conducteur des âmes). Comme saint Jacques, saint Christophe est celui qui assure la traversée des eaux, le passage entre la vie et la mort. Pour toutes ces raisons, on retrouve fréquemment les deux saints associés dans les vocables de confréries (Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris*) et d’églises (Guermantes en Seine-et-Marne, Aubervilliers* en Seine-Saint-Denis, la Villette à Paris).
Chronique d’Alphonse VII
La Chronique d’Alphonse VII a été écrite vers 1157. Elle relate les cérémonies de 1135 qui avaient fait de ce roi l’empereur successeur de Charlemagne : “ Ils furent égaux par la race, identiques par la force des armes ”. Y figure la liste de ceux qui avaient accepté de le reconnaître comme empereur et qui avaient été invités aux cérémonies depuis “ toute la Gascogne et toutes les régions qui s’étendent jusqu’au Rhône, ainsi que de Montpellier… des seigneurs de France et des Poitevins en grand nombre ”. Ainsi, dit la chronique, Alphonse VII aura pu “ étendre les frontières de son royaume des rives de l’Océan, c’est-à-dire du rocher de saint Jacques, jusqu’au cours du Rhône ”. La période était propice car le duché d’Aquitaine* était encore une principauté indépendante et les relations avec le duc Guillaume X* semblaient excellentes. Cette vision castillane des choses reprenait le vieux rêve d’une souveraineté espagnole jusqu’aux rives du Rhône, qui avait existé avant l’invasion des Wisigoths et qu’un chroniqueur décrit ainsi : “ Les rois espagnols gouvernèrent du Rhône, le plus grand fleuve de Gaule, jusqu’à la mer qui sépare l’Europe de l’Afrique, l’ensemble des six provinces, la Narbonnaise, la Tarragonaise, la Bétique, la Lusitanienne, la Carthagénoise et la Galice. ” Rédigé à la même époque, le dernier Livre du Codex Calixtinus donne la liste des sanctuaires préférés de ces nobles invités. Ce n’est sans doute pas pure coïncidence. Et reportées sur une carte, les six provinces dessinent la carte qui peut être déduite de l’énumération des sanctuaires. Les chemins de Compostelle sont ceux des seigneurs qui se sont rendus au couronnement d’Alphonse VII plus que ceux de pieux et pauvres pèlerins médiévaux que le XIXe et le XXe siècles ont imaginés.
Chronique de Turpin
Ce document constitue le Livre IV du Codex Calixtinus*. Il a été rédigé au XIIe siècle par trois co-auteurs, l’évêque de Compostelle Diego Gelmirez*, le pape Calixte II* et l’abbé de Saint-Denis en France. Les deux premiers agissent pour le jeune Alphonse VII*, le troisième pour le roi de France Louis VI. Attribuée à l’évêque Turpin*, cette chronique raconte l’histoire de Charlemagne*, de Roland et des chevaliers partis, au nom de saint Jacques, délivrer l’Espagne. Elle s’ouvre sur l’apparition de saint Jacques demandant à Charlemagne de venir en Galice en suivant la Voie Lactée* et se développe autour du récit des expéditions aboutissant à la mort du roi païen Aigolan. Elle s’achève sur la défaite de Roncevaux et la mort de Charlemagne. Elle a été considérée comme véridique jusqu'au XVIIIe siècle où il a été montré qu'elle n'était que légende et pure invention ; elle est dénommée depuis Pseudo-Turpin*. Utilisée comme document historique authentique en France, en Espagne et dans l’Empire germanique pour justifier les prétentions des rois au titre d’Empereur descendant de Charlemagne, elle figure dans des centaines de manuscrits épars à travers l’Europe. Connue de toute la noblesse européenne, elle contribua plus que le nombre de pèlerins à la renommée de Compostelle.
Chronique du Turpin saintongeais
Nom donné à une variante de la Chronique de Turpin* racontant longuement, au début du XIIIe siècle, les batailles de Charlemagne* et de Roland en Saintonge*. Ce récit a laissé de nombreuses traces dans le patrimoine de la région. Outre la statue de l’Empereur à Saintes*, on retrouve son souvenir, entre autres, sur la chaussée Saint-James de Taillebourg où il a livré une bataille, à Saint-Saturnin-de-Séchaud, dont il a fondé l’église dans le cimetière où il a enterré les morts. A Moragne, au village de la Pillette il s’est battu contre le géant Golias devant la fontaine Sainte-Lucie. A Châtellaillon, il massacra encore des Sarrasins. A Lussac, il a fondé la chapelle Saint-Martin dont il ne reste que le portail. A Puyrolland, il a reçu le renfort de Roland et Olivier : le pays en garde une jolie légende dans laquelle Roland, pour l’amour d’une belle, a détourné les eaux de la Boutonne pour les faire passer au pied de la colline de Saint-Marmé. Saint-Agnant a remis en valeur la fontaine Charles et la fontaine Charlemagne. A Saint-Léger*, Charlemagne aurait encore fondé l’église Notre-Dame de l’île, près de la Seugne et y aurait déposé “ la croix qu’il portait à son cou ”. Une fontaine Charlemagne y a longtemps attiré les pèlerins.
Ciboire (du maréchal Pétain)
Le musée de la cathédrale de Compostelle* conserve le ciboire remis en 1943 par l'ambassadeur de France au nom du Maréchal Pétain*.
Clavijo (bataille de)
Bataille légendaire relatée seulement au XIIe siècle, sans doute à partir d'éléments réels : le roi des Asturies Maurégat (783-789) avait obtenu l’aide de l’émir de Cordoue pour déjouer des complots destinés à le détrôner. En échange, il devait donner chaque année cent jeunes filles aux harems d'Andalousie. En 844, le roi Ramire Ier refusa de payer. Une bataille s’ensuivit, à Clavijo près de Logroño au cours de laquelle saint Jacques apparut, monté sur un cheval blanc, déployant un grand étendard blanc lui aussi. Galvanisée, l’armée chrétienne remporta la victoire au cri de : “ Santiago y cierra España ” (saint Jacques, et reste ferme Espagne). En remerciement, Ramire se serait engagé à verser chaque année une contribution financière à la cathédrale de Compostelle, le voto de Santiago (Vœu à saint Jacques*). L’image du saint Matamore* (tueur de Maures) en découle.
Clermont-Ferrand
(Puy-de-Dôme)
L'église Notre-Dame-du-Port est classée par l'UNESCO* Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Saint-Jacques. Cette église, fondée dans le quartier marchand, est l'une des cinq plus belles églises romanes d'Auvergne. Elle fut un grand sanctuaire de pèlerinage à une Vierge Noire conservée dans la crypte, mais ne présente aucun rapport, ni avec saint Jacques, ni avec Compostelle. En revanche, Clermont possède un quartier Saint-Jacques très récent, sur un plateau dominant la ville, en direction du Sud-est. Symboliquement, l'apôtre y protège la vie médicale en ce lieu récemment urbanisé : un hôpital* Saint-Jacques (CHU), une résidence universitaire, une cité-jardin construite en 1920 et rénovée, une église* (qui a perdu en 2004 son titre de paroisse) et un cimetière Saint-Jacques. Ce quartier moderne succède à un village Saint-Jacques qui était installé là, au milieu des vignes, au pied du puy de Gravenoire.
Cléry-Saint-André
(Loiret, ar. Orléans)
Le 22 mars 1994, la commune de Cléry a adopté la coquille* dans ses armoiries*. En 1998 une croix de fer ancienne fut posée sur un socle de pierre neuf, à proximité de l’église. Sur ce socle fut sculptée une coquille par les artisans qui restauraient l’église. Ce symbole de la coquille rattache aujourd’hui Cléry à l’imaginaire compostellan. Cléry fut longtemps située sur l’une des grandes routes menant de Paris vers l’Espagne, par Bordeaux ou Toulouse. Sanctuaire très couru, dédié à Notre-Dame, il fut naturellement une étape sur cette route très passante. L'église fut dotée au XVIe siècle d’une chapelle Saint-Jacques, richement décorée par les frères Pontbriant qui la voulurent comme chapelle* funéraire. Ce geste témoigne d’une dévotion universelle à saint Jacques passeur* des âmes vers l’Au-delà. Elle fut un lieu de rassemblement d’une confrérie* Saint-Jacques dans le cadre de la Contre-Réforme, quand le pèlerinage de Compostelle prit une ampleur nouvelle. Elle compta quelques anciens pèlerins de Compostelle parmi ses membres. Auparavant rien n’indique des passages fréquents de pèlerins de Compostelle. Jérôme Münzer en 1494 décrit ainsi le village : “ … Au village de Notre-Seigneur de Cleri, on trouve une très belle église voûtée avec une nef élevée qui fut établie par le roi Louis [XI] en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et dotée de 12 chanoines. Le roi Louis y est enseveli, ainsi que son épouse Charlotte, un de ses fils et le second fils de Charles (VIII), né de la duchesse Anne de Bretagne. ”. Bien plus tard, en septembre 1663, le poète La Fontaine en voyage écrit à sa femme : “ De Cléry à Saint-Dié, qui est le gîte ordinaire, il n'y a que 4 lieues, chemin agréable et bordé de haies, ce qui me fit faire une partie de la traite à pied. Il ne m'y arriva aucune aventure digne d'être écrite, sinon que je rencontrai, ce me semble, deux ou trois gueux et quelques pèlerins de Saint-Jacques ”. Peut-on imaginer que des pèlerins ont porté la renommée de Notre-Dame de Cléry jusqu’à Compostelle ? C’est en effet vers la Vierge de Cléry que se sont tournés en 1554 “ cent vingt pèlerins galiciens qui y vinrent en pèlerinage, porteurs d’une châsse de saint Jacques, afin de demander de l’eau pour leur pays désolé par une sécheresse depuis trois ans ”.
Cloches des égarés
Dans des régions difficiles et cependant parcourues par des voyageurs, plusieurs lieux se sont munis d’une cloche dite “ des égarés ” qui servait de guide sonore en cas de brouillard ou de mauvais temps. A Saint-Hubert, elle ramenait à l’abbaye les pèlerins perdus dans la forêt d’Ardenne. Dans les Ardennes belges, sur le pilgerweg entre Raeren et Katlertherberg trouvaient dans le désert de la Fagne un établissement religieux destiné à venir en aide aux voyageurs. Une ordonnance de Jean, duc de Juliers, du 20 juillet 1515 ordonne de faire installer une nouvelle cloche à “ notre maison sur le Reinart ” pour le secours des voyageurs. A Cohaifagne, encore au cœur des Hautes-Fagnes belges, non loin de Sart et de Verviers, un hôpital Saint-Nicolas “ sonnait tous les soirs une cloche, afin que ceux qui se trouvaient à portée pussent s’adresser au moyen du son, vers ce refuge de la charité … On sonnait aussi cette cloche pendant le jour … lorsque l’air se trouvait obscurci soit par les flots de neige, soit par les brouillards épais qui sont très fréquents dans ces parages ” Sur le Causse, celle de Sonac servait aux pèlerins de Rocamadour. La cloche Maria, dite “ cloche des perdus ” d’Aubrac*, marquée de cette inscription à double sens : “ Jubile pour Dieu / Chante pour les clercs / Chasse les démons / Rappelle les égarés ”. Elle guidait tous ceux qui sillonnaient l'immense plateau. Plusieurs fois fondue, déménagée, celle qui sonne aujourd’hui a échappé à la Révolution et à la convoitise des paroissiens de Saint-Chély d’Aubrac. A Roncevaux*, accrochée au campanile de la chapelle Saint-Jacques, est la cloche de Saint-Sauveur de Ibañeta qui signalait autrefois le chemin de la Collégiale aux voyageurs perdus (une autre fut remise en 1965 à la chapelle moderne d’Ibañeta). Non loin du mont Pilat, près du crêt de la Perdrix, le refuge de la Jasserie dresse encore sa cloche des égarés.
Clou
Pour affirmer leur présence sur les chemins contemporains de Compostelle, des villes de plus en plus nombreuses balisent* leur traversée par des clous de bronze à base de coquille* stylisée. Une association a même conçu ce balisage comme marque d’un itinéraire qu’elle prétend historique. Elle a acquis des droits exclusifs de diffusion d’un modèle déposé qu'elle propose aux municipalités ignorantes de l'histoire et soucieuses de se mettre en valeur. Périgueux* a été la première ville dotée de ces clous. On en trouve aussi à Limoges*, Issoudun* et dans diverses autres villes de la “ voie de Vézelay* ”. Des modèles particuliers existent à Montpellier* et Bordeaux* où il est aussi apposé sur les plaques de rues. Des initiatives semblables ont été prises dans des villes étrangères comme Namur ou Bruxelles.
Cluny
(Saône-et-Loire, ar. Mâcon)
Ce puissant monastère bourguignon fondé au début du Xe siècle a étendu son influence sur toute l’Europe. Ses relations avec Compostelle au XIIe siècle étaient liées à celles des comtes de Bourgogne*. Contrairement à une idée répandue, on ne peut pas dire qu'il a organisé le pèlerinage à Compostelle. Mais, à la demande de Sanche III de Navarre et Alphonse VI de León-Castille (1040-1109), il a joué un rôle important pour l’introduction en Espagne du rite grégorien imposé par Rome à la place du rite propre de l’Eglise espagnole hérité des usages mozarabes. Parmi ses reliques*, Cluny a possédé une portion de chair de saint Jacques.
Codex Calixtinus
Nom d’un manuscrit du XIIe siècle conservé à la cathédrale de Compostelle, également connu sous les noms de Livre de Calixte ou Livre de saint Jacques ou Jacobus ou Liber sancti Jacobi (traduction intégrale en français publiée, en 2003, par Bernard Gicquel chez Tallandier). Il s’ouvre par une lettre-prologue faussement attribuée au pape Calixte II* pour en augmenter la notoriété. Il comprend cinq Livres : I, des sermons (les 4/5 du volume total) ; II, Livre des Miracles* ; III, Translation* ; IV, Chronique de Turpin* ; V, sans titre, (titré au XXe siècle Guide du pèlerin* dans la traduction française). Ce manuscrit est une compilation de textes antérieurs rassemblés, pour des raisons politiques, (à Vézelay* ?) vers 1160, après la mort de Diego Gelmirez. On ne peut donc pas le considérer comme le document fondateur de la légende compostellane. Il a été très peu utilisé, ainsi qu’en témoigne son état neuf ; il n'en existe que trois copies datant du XIVe siècle, au Vatican, à Madrid et au British Museum à Londres. Il n’a donc pas contribué directement à la diffusion de cette légende. En revanche, les textes antérieurs, qui en sont les sources, ont continué leur vie propre et ont été plus largement diffusés. On les retrouve dans de nombreuses bibliothèques, souvent appelés, improprement, Livres des Miracles du pape Calixte. Leur contenu est variable, incluant ou non la Lettre de Calixte, la Translation, la Chronique de Turpin, les miracles ainsi que des passages du Livre V. Vers 1255, le dominicain Jacques de Voragine a puisé dans ces textes pour écrire la Légende Dorée. Souvent recopiée puis rééditée, elle a fait de la légende* de saint Jacques une histoire sainte incontournable.
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Coelho (Paulo)
Par la publication en 1996 du roman de fiction Le Pèlerin de Compostelle, l'écrivain Paulo Coelho a mis en route de nombreux pèlerins et popularisé Compostelle au Brésil. Cet ouvrage ne doit pas être lu comme un récit de pèlerinage. Il a fortement contribué à vulgariser la dimension initiatique du pèlerinage.
Cœur (Jacques)
Grand argentier du roi Charles VII, Jacques Cœur (1395-1456) avait une forte dévotion pour son patron, saint Jacques. Dans ses armoiries*, il adopte les coquilles* ; à la cathédrale de Bourges* il finance, dans sa chapelle, le vitrail de l’Annonciation sur lequel figure saint Jacques en pèlerin ; deux de ses navires sont placés sous la protection de l’apôtre (“ Notre-Dame-Saint-Jacques ” et “ Santa-Maria-e-Sant-Jacme ”). Néanmoins, lors de son procès, parmi toutes les charges qu’on accumulait contre lui, on lui reproche d’avoir été à l’origine du suicide d’un jeune pèlerin allemand “ honnête homme et de bonne conversation ” qui, étant en route pour Compostelle, se vit arrêter et embarquer de force sur la Notre-Dame-Saint-Jacques. De désespoir il se jeta à l’eau. L’argentier se défendit en alléguant l’ignorance des faits, connus de lui seulement par ouï-dire. Peut-être en souvenir de ce malheureux pèlerin, pendant ses années de prison, il fit vœu* d’un pèlerinage à Compostelle s’il échappait à ses ennemis, ce qu’il n’a d’ailleurs pas fait. Par testament*, il a chargé son quatrième fils d’exécuter cette promesse. Mais ce dernier a obtenu du pape la dispense d'accomplissement, faisant valoir son mauvais état de santé. En 1655, Pierre Borel, dans ses Dictionnaire des termes du vieux français ou Trésor de recherches et antiquitez gauloises et franques reprend pour Jacques Cœur l’idée de l’interprétation alchimique* de sa fortune : comme Flamel*, il a sculpté des allégories sur ses maisons de Montpellier. Borel rapporte une autre histoire, celle d’un Jacques Cœur né à Poussan près de Montpellier, fort pauvre jusqu’à ce qu’il rencontre Raymond Lulle*, lequel lui aurait “ communiqué son secret de faire de l’or ”. La chose ne lui paraît pas impossible, vu, dit-il, que “ Jacques Cœur en sa jeunesse le pourrait avoir vu, car Lulle vivait l’an 1337 [ce en quoi il se trompe] et vécut 140 ans ”.
Collège
Du latin collegium, ensemble de magistrats ou de prêtres. Corps de personnes revêtues de la même dignité : le collège des apôtres*.
Collégiale
Eglise importante fondée pour augmenter le service divin et, pour ce faire, desservie par un collège* de chanoines*. Ces chanoines sont le plus souvent réguliers (vivant sous la règle de saint Augustin), mais certains sont séculiers (vivant dans le siècle). En général, la collégiale assume le service paroissial.
Colloques
Plusieurs colloques internationaux ont été organisés par le Conseil* de l’Europe, ce qui a contribué à développer la conscience européenne de la place des pèlerinages. Deux d’entre eux ont été particulièrement importants, celui de Bamberg en 1988 et celui de Viterbe en 1989. Malheureusement leur objectif n’a pas toujours été l’accroissement des connaissances et l’ouverture. Ils ont progressivement été détournés au service du seul chemin de Compostelle et des intérêts qui lui sont liés. Les chercheurs qui émettaient des réserves sur l’impact du pèlerinage n’ont jamais été réinvités.
Collonges-la-Rouge
(Corrèze, ar. Brive-la-Gaillarde, c. Meyssac)
Au XIVe siècle, un seigneur de Collonges, Barthélémy de Vassinhac, fonda une chapelle* Saint-Jacques dans l’église (elle est aujourd’hui transformée en sacristie). Cette chapelle était desservie par un vicaire, mais on ignore sa fonction initiale. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que des érudits locaux, imprégnés des hypothèses de cette époque (voir Chemins), ont fait de Collonges une “ ancienne étape des pèlerins de Compostelle ”. En 1955, Roger Ouvradou, habitant de Collonges et membre de la société savante des Amis de Collonges, partit à Compostelle, sans aucun doute en voiture car il en rapporta une statue de facture ancienne qu’il fit poser sur une pierre saillante, en façade de sa maison. Depuis, elle accrédite l’idée que Collonges a, depuis longtemps reçu des pèlerins de Compostelle, faisant oublier ceux qui allaient à Rocamadour. Cette même année 1955, le 16 juillet, s’ouvrit, dans le village déserté, un restaurant qui prit pour enseigne Relais Saint-Jacques-de-Compostelle. Les touristes pouvaient désormais s’arrêter dans ce lieu, connu déjà comme étant l’un des plus beaux villages de France.
COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne)
La COMECE est un instrument de liaison entre les Conférences épiscopales et la Communauté européenne. Elle a vu le jour le 3 mars 1980. Les conférences épiscopales de Roumanie, Croatie et Bulgarie y ont un statut d’observateur. Entre le 17 et le 21 avril 2004, à l'invitation de l'archevêque de Compostelle, la COMECE a organisé un pèlerinage afin de célébrer l’adhésion de dix nouveaux États membres en mai 2004. A cette invitation ont répondu 300 pèlerins de plus de 25 pays européens, parmi lesquels 40 évêques ainsi que des prêtres, des religieux et religieuses et des laïcs. A cette occasion, le Pape Jean-Paul II* a qualifié Compostelle* de “ capitale spirituelle de l’Europe ”.
Commerce
Pendant la période médiévale, les marchands étaient nombreux sur les routes, profitant de leurs déplacements pour aller vénérer des sanctuaires. Ces dévotions courantes, à cette époque, ne permettent pas pour autant de les considérer comme des pèlerins au sens moderne du terme. Le développement contemporain du pèlerinage a renforcé des activités commerciales parfois moribondes, et en a fait naître de nouvelles, comme les services de transport de bagages. Des prestataires traditionnels y ont trouvé de nouvelles opportunités. Ainsi un paysan du Gers a-t-il pu dire “ je ne fais plus de canard, je fais du pèlerin ”. Une activité commerciale en relation avec leur expérience pèlerine a tenté beaucoup d’anciens pèlerins : édition de livres ou de guides, ouverture de gîtes, production de spectacles. Toutes ne sont peut-être pas d’une grande rentabilité mais elles permettent à ceux qui les exercent de poursuivre leurs rêves en cherchant à rendre service à leurs successeurs.
Commynes (Philippe de)
Philippe de Commynes (1447-1511), seigneur de Renescure (près d’Aire-sur-la-Lys*), fut d’abord conseiller et chambellan du duc de Bourgogne Charles le Téméraire avant de passer dans le camp ennemi, celui du roi de France Louis XI. Il semblerait que, pour partir, il ait annoncé un départ à Compostelle. C’est ce qui ressort d’un message envoyé dans l’été 1471 au duc de Bourgogne par un de ses espions, Symon de Quingey, par ailleurs écuyer d'écurie de Louis XI* : “ Monseigneur de Renescure s'en va à Saint-Jacques, et passe par la Bretagne ”, auquel répondit, en marge, Charles le Téméraire : “ Commynes a été rencontré à Orléans, donc il ne peut manquer de passer par vous ”. Dans la nuit du 7 au 8 août 1472, Commynes passa au service de Louis XI. Stratagème vraisemblable. La famille de Commynes portait les coquilles* Saint-Jacques dans ses armes et un grand-père avait demandé un sauf-conduit pour aller à Compostelle. Le musée du Louvre conserve le tombeau de Commynes et de son épouse avec, sur le socle, les armes de la famille, de gueule au chevron d’or, accompagné de trois coquilles de même.
Compagnons du Tour de France
L’idée reçue selon laquelle il existe une relation entre le Compagnonnage et le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle est relativement nouvelle (1950) dans la littérature consacrée aux Compagnons du tour de France. Elle repose sur deux éléments. D’une part, des auteurs établissent une relation entre le tour de France considéré comme un voyage et cet autre voyage qu’est le pèlerinage à Saint-Jacques. D’autre part, une analogie s’établit entre saint Jacques et le nom de l’un des fondateurs légendaires des Compagnons du Devoir, Maître Jacques*. C’est à partir de ces similitudes entre deux pratiques d’itinérance et deux noms, que se sont élaborées les certitudes des férus de mystère et de secrets initiatiques. Elles conduisent à trois affirmations erronées : le pèlerinage à Saint-Jacques était celui des Compagnons du tour de France ; ils se rendaient au tombeau de saint Jacques, qui n’est autre que Maître Jacques, en un pèlerinage à caractère ésotérique*. Leur succès actuel est dû pour beaucoup aux livres de Louis Charpentier*, Raoul Vergez* et Henri Vincenot*. La trace écrite la plus anciennement connue aujourd’hui de pèlerinages de compagnons à Compostelle date du XVIIIe siècle ; elle est due à Jacques-Louis Ménétra*. Certains chefs-d’œuvre de compagnons sont inspirés de saint Jacques, en particulier une serrure à secret conservée au musée Calvet à Avignon. (D’après Laurent Bastard)
Compostela
Certificat de pèlerinage, la Compostela est un document rédigé en latin, par le Bureau* des pèlerinages de Compostelle, délivré aux pèlerins remplissant les conditions requises. Il se rattache à la tradition médiévale qui voulait qu’un pèlerin rapporte un témoignage de son arrivée au sanctuaire. Si ce texte rédigé en latin n’est pas compris de tous, son contenu varie au fil des années. En 1976, le texte était le suivant : “ Nous soussigné, (évêque) de Compostelle, recteur de l’éminent chapitre de la cathédrale de Compostelle, attestons que M… après avoir parcouru le chemin dit de Saint-Jacques, comme il ressort des tampons apposés en chaque lieu sur son carnet de route par les institutions du chemin, suivant les traces des pèlerins des siècles passés, a visité dévotement en cette année jubilaire de 1976 le tombeau* de saint Jacques le Majeur que garde avec vigilance l’église cathédrale de Compostelle ”. En 2000, le “ chemin ”, les “ tampons ”, les “ pèlerins des siècles passés ” et le “ tombeau ” ont disparu, faisant place à un texte plus emphatique, moins concret, voire énigmatique (“ au vu des circonstances ” ?) et rappelant que saint Jacques est un saint espagnol : “ Le chapitre de cette bienheureuse église métropolitaine et apostolique de Compostelle, garde des sceaux de l'autel du Bienheureux Apôtre Jacques, afin de délivrer à tous les Fidèles et Pèlerins du Monde entier parvenant auprès de saint Jacques, notre Apôtre, patron et protecteur des Espagnes, mus par la dévotion ou par un vœu, un certificat de pèlerinage, au vu des circonstances, certifie que M…, mû(e) par sa foi, a dévotement visité ce très saint Temple. Au nom de cette foi, je lui remets la présente attestation, munie du sceau de cette Sainte Eglise ”. Aujourd’hui, les pèlerins qui ne se déclarent pas “ mus par la dévotion ” reçoivent une attestation-souvenir, obtenue de haute lutte grâce à la pression populaire. Au Moyen Age, ce certificat était une “ lettre sous scel authentique ” et n’était une obligation que lorsqu’il s’agissait d’un pèlerinage pénitentiel*. On n’en conserve que de très rares exemplaires, tel celui-ci, daté de 1594, qui n’est en réalité qu’une sorte de “ billet de retard ” expliquant pourquoi cette pèlerine de Choue (Loir-et-Cher) est restée aussi longtemps absente : “ Moi soussigné Denis Suchay, hospitalier du grand hôpital de Monsieur saint Jacques certifie à tous ceux qui ces présentes lettres verront que Matalina Rugiere, née et native de la paroisse de Choue est venue au voyage à monsieur Saint Jacques de Galice qui est à Compostelle, qui est arrivée le jour des Rogations en ladite cité de Compostelle, laquelle a été malade au grand hôpital de saint Jacques pendant l’espace de six semaines. Après qu’elle a été guérie de la maladie qu’il a plu à Dieu, est revenue à la santé, et retournée en son pays ”. Les certificats sont devenus obligatoires à la suite des réglementations des XVIIe et XVIIIe siècle. Une version tardive de la Grande Chanson raconte comment “ toute la troupe courut pour prendre la patente de confession ”. Celui de Louis Piau (de Saint-Georges-le-Gaultier, dans la Sarthe) a été traduit : “ Moi, Joachim-Ignace Pardo, chanoine avec la dignité de cardinal de l'auguste, apostolique et métropolitaine église de Compostelle, qui ai la garde de cette construction, député par un article de la loi et par Illmus, doyen, à l'administration de la chapelle du très chrétien roi des Francs située au même lieu, je fais cette lettre pour qu'elle soit donnée à titre de serment à tous les fidèles et étrangers du monde entier qui, par dévotion ou en raison d'un vœu, viennent au temple de notre apôtre, le plus grand en Espagne et le seul apôtre, et son protecteur SAINT JACQUES. Je fais la présente lettre pour faire connaître à tous et en particulier à ceux qui la consulteront que Louis Piau de nationalité française retournant en son pays a visité ce sanctuaire très saint, s'est confessé, a été absout et a reçu le corps eucharistique de Notre Seigneur, en foi de quoi je lui remets la présente lettre signée de mon nom et munie du sceau de la même église. Fait à Compostelle le neuvième jour du mois avril année mil sept cent soixante trois ”.
Compostelle
Voir Saint-Jacques-de-Compostelle, en espagnol Santiago de Compostela
Compostelle-Rome-Jérusalem
Ces trois sanctuaires ont été décrétés “ grands pèlerinages de la chrétienté ”, seulement à la fin du XVe siècle par le pape Alexandre VI*. Il ne faut pas confondre cette expression avec les quatre pèlerinages* pénitentiels majeurs listés au XIIIe siècle.
Concile
Assemblée d’évêques et de théologiens qui décident de questions de dogmes de l’Eglise ou prennent des décisions d’ordre juridique. Les conciles ont joué un grand rôle dans l’histoire de l’Eglise, manifestant dès ses origines un souci de collégialité. Ils ont eu des formes très diverses, conciles régionaux organisés par un archevêque, conciles œcuméniques convoqués par le pape ou par l’empereur. Leurs compétences n’étant pas codifiée, les sujets traités ont été les plus divers. L’essentiel reste cependant la défense de la foi et la discipline de l’Eglise.
- Concile de Latran
Une joute oratoire eut lieu le 13 novembre 1215, dans les jours qui ont précédé l’ouverture du concile de Latran IV. L’archevêque de Tolède, Rodrigue Ximenez de Rada, s'y inscrivit en faux contre les prétentions de l'archevêque de Compostelle à supplanter Tolède pour la primatie d'Espagne en s'appuyant sur la possession d'un grand sanctuaire. Il y exprime son doute à propos de la venue de saint Jacques en Espagne, à laquelle il n’accorde “ d’autre crédit que celui qu’on peut accorder à des contes de nourrices ”. Il rappelle que la grandeur de Compostelle* ne date que de 1124, “ par la grâce du pape Calixte* qui avait élevé au rang d’archevêché un très modeste oratoire qui n’avait jamais attiré qu’un nombre très limité de pèlerins ”. L’authenticité de ce document redécouvert au XVIe siècle par Baronius* a été longuement discutée pendant des siècles. Elle est parfaitement reconnue, seulement depuis le milieu du XXe siècle.
- Concile de Trente
Tenu à Trente entre les années 1545 et 1563 le concile de Trente eut pour but de réformer l’Eglise dans le cadre de la Contre-Réforme*. Son impact fut important sur tous les pèlerinages locaux où étaient vénérés des saints pas toujours très “ canoniques ” (conformes au droit de l’Eglise dit “ droit canon ”). Beaucoup de petits sanctuaires disparurent au profit des plus grands à l’origine parfois tout aussi contestable. Compostelle, qui, en outre, n’avait pas été touchée par la Réforme*, bénéficia de la disparition des sanctuaires Saint-Jacques. A partir de ce moment se multiplient les pèlerinages de groupes de fidèles.
Confrère
Le confrère d’une confrérie* Saint-Jacques n’est pas obligatoirement un ancien pèlerin de Compostelle. Il s’inscrit dans un groupe de sociabilité dans le cadre de sa paroisse (Ourdis-Cotdoussan*), d’une œuvre hospitalière (Nîmes*), d’un sanctuaire de pèlerinage local (Aire-sur-la-Lys*), d’un groupement de métier (Bourges*). Aux XIVe et XVe siècles les confrères anciens pèlerins de Compostelle sont généralement aisés, souvent marchands, capables de quitter leur domicile plusieurs semaines sans mettre en péril leur foyer ou leurs affaires. Théoriquement, ils doivent rester pour la vie “ comme bons frères du ventre d’une mère ”. Pourtant, certains vont jusqu’à s’entre-tuer comme ces deux qui, en 1447, “ étaient frères du voyage de Saint-Jacques qu'ils avoient fait ensemble ”. A partir du XVIe siècle, le recrutement change et, partout, des gens modestes intègrent des confréries après avoir accompli le pèlerinage : le protestantisme progresse et l’un des recours est le pèlerinage vers l’Espagne restée catholique. Certains déplorent cette baisse du niveau social. A Paris*, on attribue le déclin de la confrérie de Saint-Jacques-aux-pèlerins au recrutement des maîtres qui ne se fait plus que parmi gens “ mécaniques et nécessiteux ”. En 1513 à Toulouse le mélange se fait mal et les “ gens de cour ou marchands ” sont contestés par les “ gens de métier ” et obligés de compter avec eux.
Confréries Saint-Jacques
Parmi toutes les confréries médiévales, les confréries Saint-Jacques occupent un rang très modeste (7 % environ entre les XIIIe et XVIe siècles). La meilleure manière de comprendre leur fonctionnement est la lecture de la vingtaine de statuts conservés. Contrairement à l’idée reçue, ils montrent que moins de la moitié sont des confréries d’anciens pèlerins de Compostelle. Pèlerins ou non, leur vie se déroule à l’écart de la vie paroissiale, autour de l’autel de leur chapelle* Saint-Jacques. Vêtus de leurs costumes* de cérémonie, ils sortent en procession* lors des grandes fêtes* de la ville et le jour des fêtes solennelles de saint Jacques, derrière le maître de la confrérie et les porteurs de tous les objets identitaires, bannières*, statues*, reliquaires* et torches. A Paris*, le 9 février 1492, lors de l’entrée d’Anne de Bretagne couronnée à Saint-Denis la veille, les confrères de Saint-Jacques ont présenté un tableau vivant devant la porte de l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins : un Charlemagne géant monté sur un cheval géant lui aussi harangue la reine puis la précède jusqu’à Notre-Dame, entouré des confrères-pèlerins en grande tenue. (Au-delà de la fiction, les bourgeois marquent leur puissance en s’affichant comme les égaux des nobles compagnons de Charlemagne). A Arras* en 1516, lors de la visite de Charles Quint, les confrères de Saint-Jacques ont mimé la prise de Grenade. Chaque année a lieu un banquet après la messe, au cours duquel se tient l’assemblée générale avec l’élection et la prestation de serment des nouveaux responsables. Les chapelles* de confréries sont, en règle générale, réservées à l’usage des confrères. Elles sont nombreuses à posséder une cloche. Des cierges y brûlent en permanence. Elles abritent parfois les insignes* de la confrérie dans un coffre soigneusement gardé. Certaines fois, comme à Béthune, le banquet annuel y a lieu. Parfois, comme à Saint-Jacques-aux-pèlerins à Paris*, elles veillent sur une relique* de saint Jacques et règlent la vie du sanctuaire. Dans certains cas, comme à Nîmes* ou Blois* les confréries sont fondatrices d’hôpitaux. Certaines regroupent des “ métiers ”, comme à Amiens* et à Bourges*. Protection du groupe par le groupe, la confrérie fonctionne comme une assurance mutuelle contre la maladie et la pauvreté. Aucune, fut-elle de pèlerins, ne signale jamais dans ses comptes d’aumône aux pèlerins et seules quelques-unes distribuent des aumônes ponctuelles aux pauvres. Elles sont aussi des lieux politiques et, comme telles, souvent frondeuses vis-à-vis des pouvoirs en place qui s’en méfient beaucoup. Pour cette raison, à partir du XVe siècle, elles sont souvent contrôlées, voire dirigées, par des ecclésiastiques. Et de plus en plus souvent, elles font obligation à leurs membres d’être allés à Compostelle. A toutes les époques, par le culte qu'elles vouent à saint Jacques, par les légendes qu'elles mettent en scène, toutes ces confréries ont contribué à diffuser les légendes compostellanes et ont inévitablement suscité des désirs de voyages vers la Galice.
Confrérie européenne des Rois Catholiques
La reconstruction par les Rois Catholiques* de l’hôpital* des pèlerins de Compostelle fut assortie de la création d’une confrérie internationale afin de recueillir des fonds pour assurer son financement. Les rois étendaient à l'Europe deux très anciens systèmes, les quêtes et les associations de prières. Plusieurs campagnes ont eu lieu. Par exemple, en 1609, le procureur général de Saint-Jacques-de-Compostelle obtint l'autorisation d'effectuer, en France des “ quêtes en faveur de l'église et de l'hôpital du dit saint Jacques ”. Il est possible que l’image conservée à Rodez* ait été imprimée à l’occasion d’une de ces quêtes.
Connaissance
En schématisant, on peut écrire qu’il y a sur le chemin ceux qui cherchent et ceux qui savent, ceux qui sont sûrs et ceux qui doutent. Connaître n’a pas la même signification pour ces deux catégories de pèlerins. Savoir statique pour les uns, la connaissance est pour d’autres un processus proche de l’expérience pèlerine qui ne se termine pas dans l’étreinte de la statue du saint, l’un des gestes* du pèlerin à son arrivée à Compostelle ; le pèlerinage ouvre à la connaissance de soi et des autres plus qu’à l’enfermement sur des certitudes. Pour les alchimistes*, le chemin de Saint-Jacques ouvre encore d’autres perspectives.
Conques
(Aveyron, ar. Rodez)
Trois coquilles* figurent aujourd’hui sur le blason* de Conques. Sa description héraldique* est : “ de gueules au pairle alaisé d’argent accompagné de trois coquilles du même ”. Aux pèlerins et aux touristes, les guides expliquent que “ les coquilles sont celles des pèlerins de Compostelle et que le Y représente les chemins de Compostelle, un qui arrive à Conques et deux qui en repartent. Son origine remonte au XIe siècle au moins et est due au passage de saint Jacques à Conques ”. Pourquoi douter ? L’abbaye n’est-elle pas mentionnée par le Guide du pèlerin* et, depuis 1998, l’abbatiale* et le pont sur le Dourdou classés au Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* comme “ éléments essentiels de l’architecture au long des chemins de Compostelle ” ? Pourtant, des études locales sérieuses et concordantes remarquent qu’aucun blason des abbés de Conques ne porte de coquille, mais qu’au XIVe siècle, le blason de la ville porte une marmite, dite conca en occitan. Il pourrait s’agir alors d’armes* parlantes, allusion au site dans lequel est bâtie l’abbaye, une vallée enchâssée dans des montagnes, une sorte de conca. En 1696, l’Armorial général de France (voir Héraldique) fait apparaître des perles et des coquilles d’huîtres sur les armes de la ville et celles du chapitre*. Le 11 avril 1954, le Conseil municipal de Conques transforme les “ perles ” en “ pairle ” (on nomme ainsi le Y) et les “ coquilles d’huîtres ” en “ conques ”. En 1995, l’Armorial général des communes de France, avec une fausse référence, transforme la “ conque ” en “ coquille ”. Et c’est ainsi que Conques, oubliant son identité propre et tous les pèlerins venus en foule vénérer sainte Foy, depuis le XIe siècle, ne se présente plus que comme une “ étape majeure sur le chemin de Compostelle ”.
Conques de saint Jacques (Tubae marium sancti Jacobi)
Un problème de traduction : conque ou trompe* ? Une certitude : quand le pèlerin fait du bruit, il a moins peur. Le Codex Calixtinus* l’affirme : “ On rapporte que, partout où le son d’une conque marine de saint Jacques, que les pèlerins ont coutume d’emporter avec eux, résonne aux oreilles des populations, la dévotion de la foi se trouve augmentée en elles et que toutes les embûches de l’ennemi sont écartées : le fracas de la grêle, les bourrasques de l’ouragan, la fureur des tempêtes sont apaisés, le tonnerre et la foudre, les coups de vent se font plus retenus et moins dangereux, les puissances des airs sont dominées ”. Tout se passe comme si saint Jacques permettait que le souffle humain soit plus fort que le souffle des éléments déchaînés, sur mer ou sur terre.
Conseil de l'Europe
Le Conseil de l'Europe a été voulu en 1949 comme une institution capable de promouvoir les droits de l'homme et la démocratie et de développer, dans les pays membres, la conscience d'une identité européenne fondée sur des valeurs communes. En 1982, l’association Amigos* de los Pazos a demandé au Conseil* de l’Europe de désigner le Chemin de Compostelle comme “ bien culturel européen ” et d'élaborer un plan d'action concertée comprenant : “ la construction d'une bonne route moderne, bien balisée, un inventaire de tous les monuments qui jalonnent le Chemin et un programme de conservation de ces monuments, la publicité nécessaire pour mieux faire connaître le Chemin de Compostelle, notamment parmi les jeunes ”. En 1984, après étude de cette demande par sa Commission de la Culture, le Conseil de l’Europe recommande aux Etats membres d’élargir la perspective à “ d’autres itinéraires internationaux de pèlerinage, en s'inspirant de l'exemple du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ”. Il soutient les initiatives prises pour ce Chemin mais souligne aussi l'intérêt général que présentent les routes de pèlerinage pour une coopération culturelle européenne axée sur des Itinéraires* culturels européens.
Contre-Réforme
Nom donné à la réaction, au XVIe siècle, de l’Eglise catholique vis-à-vis de la Réforme protestante. L’un des effets de ce redressement spirituel fut de retirer du calendrier des saints ceux qui n’étaient pas canoniques et de supprimer les reliques multiples d’un même saint, ce qui entraîna la disparition de nombreux sanctuaires de pèlerinage à saint Jacques. Son acte majeur est le concile* de Trente. C’est l’époque où, contrairement à une idée reçue, les pèlerinages à Compostelle se sont faits plus nombreux, vers cette Espagne qui seule avait su rester très catholique. Mais qui court les routes ? Des catholiques convaincus, allant prier en Galice un saint Jacques qui, ailleurs, avait disparu des sanctuaires qui lui étaient voués. Souvent aussi de pauvres hères, de ceux que Jacques Callot, graveur célèbre du début du XVIIe siècle, met en costume de pèlerin sous le titre de “ Gueux ”, fuyant la misère. Car le pèlerinage de ces époques est lié à l’errance, à la pauvreté et à la délinquance.
Conversion
Le chemin de Saint-Jacques est parfois un chemin de conversion, une occasion de retrouver ou d’approfondir la foi* de l’enfance ou d’engager une relation avec Dieu*.
Coquillard
Ce nom apparaît au XVe siècle, il désigne à la fois des mendiants déguisés en pèlerins et une bande de brigands ayant sévi dans la région lyonnaise. Il est repris largement dans ce sens dans la littérature à partir du XIXe siècle sans véritable justification historique.
Coquille
Aujourd’hui, le syndrome* de Compostelle conduit à considérer, bien à tort, la moindre coquille sur un bâtiment comme une preuve du passage de pèlerins de Compostelle. Certes, depuis le XIIe siècle, la coquille possède un lien très fort avec Compostelle, mais ce lien n’est pas exclusif. Tout d’abord, on la pêche partout, et pas seulement sur les côtes de Galice. Dans l’Antiquité, la coquille est symbole de la conception et de la fécondité (en évoquant les eaux où elle se forme), ce qui en fait l’attribut de Vénus, déesse de l’Amour. Elle préserve de la sorcellerie, des mauvais sorts et des maladies. On place des coquilles au côté des dépouilles mortelles (on en a ainsi retrouvé à Paris dans les tombes d'un cimetière mérovingien, bien avant Compostelle) ; elles sont offrandes mortuaires, symboles de la tombe qui enveloppe les corps, symboles aussi de la barque-nacelle qui mène vers l’Au-delà, symboles enfin de la résurrection*. Contrairement à une idée reçue, leur présence dans une sépulture n'indique donc pas forcément un pèlerin ni, a fortiori, un pèlerin de Compostelle. Par analogie avec ce pèlerinage qu’est le passage de la vie à la mort, la coquille est sans doute devenue emblème du pèlerin terrestre, mais insigne commun à tous les pèlerins : par exemple, lorsque l’Empereur Charles IV vient en visite à Paris en 1377 et qu’il se rend en pèlerinage à Saint-Maur-des-Fossés, le roi lui “ envoie des coquilles parce qu'il est pèlerin ”. Les pèlerins du Mont-Saint-Michel reviennent également chargés de coquilles. En héraldique*, la coquille n’est souvent qu’un “ meuble ” au même titre que les autres, pour lequel il est impossible d’établir un lien systématique avec Compostelle, même s’il existe parfois.
Coquille Saint-Jacques
Dès le XIIe siècle, Compostelle se fait une spécialité de la coquille qu’elle vend comme souvenir aux pèlerins. Les marchands en expliquent la symbolique : les lignes en éventail, disposées comme les doigts d’une main, sont l’image des œuvres que le pèlerin doit poursuivre (le mot “ œuvres ” pris dans le sens de “ œuvres charitables ”, mais aussi de “ travail ”). Peu à peu, les représentations iconographiques* de l'apôtre saint Jacques adjoignent une coquille, qui sur la besace, qui sur le chapeau, qui sur la pèlerine. Elle fait partie des attributs* du pèlerin. A Toulouse* en 1513 chaque confrère de la confrérie Saint-Jacques est tenu de timbrer d’une coquille le linteau de sa porte. En 1554, Guillaume Rondelet, dans son Histoire entière des poissons, attribue différents noms à l’espèce Pecten : “ en Languedoc Large coquille, ailleurs Coquille S. Iaques, en Italie Cape sante ”, ce qui officialise, partiellement, l'alliance de la coquille et du pèlerinage de Compostelle. En 1726 Guillaume Manier en note une sur une auberge à Bayonne*.En 1758, Linné, dans sa classification, ne donne plus que le terme “ coquille Saint-Jacques ”. Mais, encore aujourd’hui, cette dénomination n’est pas universelle. En Normandie par exemple, elle est appelée “ gofiche ” à Granville, “ goufique ” ou “ goufigue ” dans la Hague, “ cilleux ” ou “ peigne ” dans le Val-de-Saire. Et, très curieusement, en galicien, coquille Saint-Jacques se dit vieira, sans aucune référence à l'apôtre
Corps de saint Jacques
Voir Reliques et tombeau
Costume
L’iconographie* montre que, souvent, dans des scènes décrivant sans ambigüité un pèlerinage, les pèlerins sont habillés comme tous les voyageurs. Ce n’est que lorsque le dessinateur veut désigner un pèlerin isolé qu’il lui donne ses attributs* symboliques. A plus forte raison quand il s’agit de désigner saint Jacques.
- Costume du confrère
Dans les confréries Saint-Jacques, le port du costume traditionnel du pèlerin n’est pas aussi obligatoire qu’on a voulu le dire. Certains statuts décrivent des costumes n’ayant qu’un lointain rapport avec celui du pèlerin théorique. A Nîmes, seuls les quatre recteurs portent un “ manteau de soie ” sur lequel est attaché un “ insigne* ”. A Tournai en 1351 chacun reçoit pour insigne une “ blanche courroie ” et une “ blanche verge ”. Seuls les confrères de Lisieux en 1449 portent des chaperons uniformes. Cependant, en général, les confrères aiment se parer du costume traditionnel, même s’ils ne sont pas allés à Compostelle. Ils peuvent le faire à l’exclusion de quelques uns des attributs* les plus symboliques, en particulier la chandelle, ou l’écharpe*, ou le bourdon*, ou le bijou de jais* qu’on ne peut rapporter que de Compostelle.
- Costume du confrère-pèlerin
Les confréries* de pèlerins parlent plus volontiers du costume dont ils sont fiers. Au Mans* les jours de fête, les confrères portent “ écharpes, bourdons et chapeaux tout ainsi qu’ils avaient quant ils revinrent ” de Compostelle. En 1459 à Cordes, chaque confrère doit porter “ jammeta, coquille et bourdon ”. En 1513 à Toulouse* chacun porte plus simplement un “ chapeau avec les enseignes* de Mgr. saint Jacques, à savoir une coquille et un saint Jacques. A la main un bourdon* et un chapelet de jais* ”. A Moissac*, tous doivent être vêtus “ comme des pèlerins, avec leurs chapeaux et bourdons ”, de même ceux de Bordeaux* en 1525. D’autres confrères portent des costumes très riches qui n’ont rien à voir avec le costume que nous croyons traditionnel : ceux de Paris* sont aux couleurs de la ville, les femmes chapeautées de fleurs. Ceux de Béthune* changent chaque année la couleur et la forme de leur chaperon, au gré des ordres du prévôt. Ceux d’Angers* brillent dans le taffetas, le brocart rouge et vert, le velours brodé avec des armoiries faites de coquilles d’argent disposées autour d’un saint Jacques doré. Si ceux de Chalon doivent théoriquement “ être accoutrés en pèlerins, avec chapeaux et bourdons en la manière accoutumée ”, leur image dessinée en première page du livre de confrérie les montre dans une tenue d’apparat qui n’a rien à voir avec les conseils. Aujourd'hui, le costume du pèlerin s’apparente à l’uniforme du randonneur acheté dans les grands magasins de sport. Certains se croient obligés de se singulariser en portant ce qu’ils croient être le costume traditionnel des temps anciens.
Cotdoussan
(Ourdis-Cotdoussan, Hautes-Pyrénées, ar. Argelès-Gazost, c. Lourdes)
En 1998, l'église* Saint-Jacques de Cotdoussan a été classée par l'UNESCO* Patrimoine Mondial* au titre des chemins de Compostelle, bien que nul n'ait gardé souvenir d'un quelconque pèlerin passant par là. Cette inscription a cependant été fort utile en permettant la restauration d'un splendide retable commandé en 1662 par les habitants de ce ravissant village de montagne. Le contrat prévoyait “ trois tableaux en basse taille dans deux desquels sera représenté le martyre de saint Jacques, dans l'autre le même saint Jacques dans la gloire avec des figures de pèlerins implorant son intercession, dans le troisième Dieu le Père ”. Pour représenter le martyre, les sculpteurs ont scrupuleusement suivi la Vie de saint Jacques le Majeur telle qu’elle est décrite au XIIIe siècle dans la Légende Dorée* ; ils l'ont représenté en deux scènes : “ Le grand prêtre Abiathar fit passer une corde au cou de l'apôtre (scène de gauche avec saint Jacques, le garde Josias et le prêtre Abiathar en arrière-plan) et le conduisit devant le roi Hérode Agrippa qui le condamna à avoir la tête tranchée (scène de droite avec saint Jacques, Hérode et le bourreau) ”. Ces scènes sont très fréquemment représentées mais souvent saint Jacques est tenu par une corde passée, non autour du cou mais autour de sa taille. Le troisième tableau, représentant saint Jacques dans sa gloire, reprend deux des miracles* rapportés dans la Légende Dorée, dans lesquels saint Jacques apparaît devant celui qui le prie : “ un prisonnier ne cessait d'invoquer saint Jacques. Le saint lui apparut ”... “ Il invoqua saint Jacques qui apparut ”. De nombreux imagiers montrent ainsi des pèlerins agenouillés aux pieds de l’apôtre. Depuis 1615, les habitants étaient groupés en une confrérie* que les statuts, très classiques, montrent comme un groupement d'entraide mutuelle. De nombreux articles des statuts évoquent la mort.
Courants telluriques
Voir tellurisme.
Coût
Voir budget et mendicité.
Covadonga
Village des Asturies situé dans la sierra de Covadonga, dans les Pics de l’Europe, lieu de la première victoire remportée en 722 par les chrétiens sur les Sarrasins.
Créanciale
En France, carnet de pèlerin* édité par l'Eglise catholique et ainsi défini par elle : “ Le pèlerinage […] certains le vivent dans un esprit évangélique : laissant place à la prière, en lisant l'Evangile, […] à