Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
Accueil mise à jour le 27 mars, 2008   Encyclopédie jacquaire survol du site Page précédente
 

 

F

Retour liste alphabétique

Faïences
Voir objets de piété domestique
Faux
Document* comportant des éléments (souvent la date) ou des informations ne correspondant pas à la réalité de faits constatés par ailleurs, modifiant un document authentique ou écrit entièrement imaginaire. Le Moyen Age a composé beaucoup de fausses généalogies, de faux actes de propriété, de fausses chroniques telles que la Chronique* de Turpin. Au XVIIe siècle, la publication en Espagne des fausses Chroniques de Dexter* a déclenché un scandale. Dans le même temps et dans le même but, entre 1588 et 1682 ont été mis à jour à Grenade et dans le Sacromonte des plaques de bronze gravées de textes relatant la prédication de saint Jacques en Andalousie. En 1682, le pape Innocent II les a reconnus faux. Le XXIe siècle n’est pas en reste, et par exemple, en 2006 la chaîne de télévision ARTE s’est appuyée sur un faux document pour diffuser un “ documentaire ” qui est une parfaite fiction*.
Feltin (cardinal Maurice)
En sa qualité de président de Pax Christi, le cardinal Feltin, archevêque de Paris (1949-1966), accompagné de M. Bernard Lafay, président de l'Assemblée parisienne, participa aux cérémonies du 25 juillet 1954 à Compostelle à l’occasion de la première année sainte* d’après-guerre. Il y retrouva 200 étudiants français et européens participant à la marche de la paix organisée par ce mouvement. Dans son allocution, le président déclara : “ Le message de saint Jacques de Compostelle revêt en ce moment un indéniable caractère d’actualité… il ne vient pas nous prêcher un lâche renoncement. Sans manquer à la charité envers les âmes, il nous indique clairement qu’à certaines périodes le devoir est dans l’intransigeance. L’Eglise peut pardonner aux hérétiques repentis, elle ne peut pardonner à l’hérésie. Il en va de même dans notre monde terrestre… ”.
Ferme (Saint-Jacques)
Les cartes mentionnent parfois des fermes ou lieux-dits Saint-Jacques. L'origine de ces toponymes est généralement un hôpital* local auquel la ferme ou le terrain avaient été donnés. Ces dénominations ne signalent donc pas des passages de pèlerins de Galice même si elles alimentent les rêves* des pèlerins contemporains.
Fêtes
Durant tout le Moyen Age, fête et pèlerinage sont étroitement liés, souvent associés à une foire commerciale. C’est seulement la Contre-Réforme qui a tenté de mettre fin aux réjouissances bruyantes et profanes qui accompagnaient tout pèlerinage. Elles ont parfois été réprimées très brutalement. L’Eglise de France du XIXe siècle a clos ce chapitre et les villes-sanctuaires sont bien plus austères que leurs homologues espagnoles.
- Fêtes de saint Jacques
Dans diverses versions du Livre des miracles puis à Compostelle, trois fêtes liturgiques rappellent le souvenir de saint Jacques, chacune d'elles commémorant l’anniversaire d’un fait. Le 25 juillet eut lieu la translation* du corps d'Iria à Compostelle, le 30 décembre le corps fut déposé dans le tombeau* nouvellement construit, le 3 octobre eut lieu le miracle* XVII du Livre des miracles du pèlerin ressuscité. Le 25 mars, date du martyre de l’apôtre, n'a pas de célébration liturgique, alors qu’au XVIIIe siècle il en a une à Toulouse. A Paris* Saint-Jacques de la Boucherie fut la seule église qui garda ces trois fêtes, celle d’octobre devenant, le 6, la date de la dédicace de l’église. La fête du 1er mai y était célébrée, comme partout ailleurs en France où se célèbrent indifféremment les fêtes des deux saint Jacques (1er mai et 25 juillet), assorties de foires et de réjouissances profanes. Aujourd’hui en Espagne où saint Jacques reste le Patron*, ces fêtes sont célébrées de différentes manières. En Galice le 25 juillet est une journée particulière parce qu'on célèbre aussi le Dia de Galicia. Etonnamment les galleguistas revendiquaient cette journée depuis 1920 comme Dia da Patria Galega. Les secteurs le plus à gauche préféraient une autre date sans connotation religieuse mais finalement le 25 juillet s'est imposé à tout le monde.
- Fête nationale espagnole
La fête nationale en Espagne n’est pas le 25 juillet bien que saint Jacques en soit le patron*. En 1918, le roi Alphonse XIII décréta que le jour fête nationale serait la date retenue comme celle de la découverte de l'Amérique, le 12 octobre. Il la déclara Fiesta de la raza (Fête de la race), en référence à une race hispano-américaine née grâce au mélange des arrivants espagnols avec les habitants du nouveau continent. Le franquisme n'a officiellement reconnu cette fête qu'en 1958 par décret, définie alors Dia de la Hispanidad. En 1981, un décret royal ratifia le 12 octobre comme Fiesta nacional de España y Dia de la Hispanidad. Finalement, une loi de 1987 établit cette date comme Fiesta Nacional et fait disparaître toutes les autres dénominations à connotation impérialiste, voire raciste.
- Fêtes des confréries Saint-Jacques
Les confréries sont en fête chaque année, le 25 juillet, jour de l’assemblée générale. La fête commence la veille. La journée est marquée par plusieurs temps : la messe, la reddition des comptes, l’élection des nouveaux maîtres, la procession* et le banquet. La dénonciation des excès commis pendant les repas des confréries intervient régulièrement depuis le IXe siècle car ce banquet est souvent fauteur de troubles. Les statuts de Nîmes essaient de prévenir et exigent que “ pendant le repas, chacun doit être doux et patient, sans mener le bruit du siècle, pour qu’on entende celui qui nous fera la lecture ”. A Paris* en 1578 où les pratiques de la confrérie Saint-Jacques-de-l’Hôpital deviennent soudain insupportables : “ Durant ce banquet celui qui dit les mots les plus lascifs et qui y fait le plus d’insolences… et aultres vilenies… est le mieux estimé, et jamais telles assemblées ne se font qu’il n’y ait du scandale public… Après ce banquet, ces pèlerins s’en vont dansant par la rue Saint-Denis, principalement ces vieilles pèlerines avec telle impudence que le vulgaire même en a horreur ”. L’entrée en confrérie* est aussi prétexte à une fête, plus grave, qui a lieu parfois lors de l’assemblée générale. Elle exige une prestation de serment dont l’importance doit être soulignée par une solennité toute particulière.
Feu de saint Jacques
A l’abbaye de Savigny, en Mayenne, fut soignée, à une date indéterminée, une personne atteinte d'une affection appelée le “ feu de Saint-Jacques ”. Est-elle à rapprocher du “ mal saint Jacques ” dit aussi “ mal S. Martin ”, qui semble un mal de gorge ?
FFRP (Fédération Française de la Randonnée Pédestre)
Créée en 1978, la FFRP a succédé au CNSGR, Comité national des Sentiers de Grande Randonnée, fondé en 1947 et reconnu d'utilité publique en 1971. Elle a pour but de développer la randonnée pédestre en France, tant pour sa pratique sportive que pour la découverte et la sauvegarde de l'environnement, le tourisme et les loisirs. Elle a joué un rôle moteur dans le développement de chemins de pèlerinage contemporains vers Compostelle. Le plus célèbre d’entre eux est le GR* 65 qui relie Le-Puy-en-Velay* à Compostelle, tracé à partir de 1970. Des topo-guides* existent pour tous les grands chemins contemporains. En 2006, la FFRP regroupe près de 3000 associations dont les bénévoles participent à l’entretien de 180000 km de sentiers GR* et PR* balisés. Elle édite 260 topo-guides décrivant ces sentiers pour 170 000 licenciés et des millions de pratiquants qui se baladent ou randonnent.
Figures du chemin contemporain
Chaque pèlerin garde le souvenir de l’accueil reçu à certains moments de son chemin. Au risque d’oublier plusieurs de ces hospitaliers bénévoles, retenons, pour les années antérieures à la ruée de 1993 le chanoine Navarro à Roncevaux*, Don Elías Valiña Sampedro, curé du Cebreiro*, Don José Maria, curé de San-Juan de Ortega*. Ce furent ensuite Don José Ignacio, curé de l’église Santiago à Logroño* et Louis Janin*, pèlerin multirécidiviste depuis 1963 et hospitalier en Espagne depuis 1994. Dans un autre style, Tomas, le faux Templier de Manjarin* et Felisa qui proposait “ figues, eau et amour ” à l’arrivée à Logroño. En France, nombreuses sont les voix qui ont chanté la qualité de l’accueil du père Ihidoy à Navarrenx*.
Finisterre
Fisterra en galicien. “ Etoile obscure ”, d’après le sens que les pèlerins allemands donnaient au mot par approximation phonétique (Finsteren Stern, Finstern) cité entre autres par Léon de Rozmital* au XVe siècle. Cap et ville les plus occidentaux de l’Espagne où se terminaient beaucoup de pèlerinages après la visite de Compostelle. Lié au culte à saint Jacques par le récit de la translation* de la dépouille de l’apôtre dans le Livre III du Codex Calixtinus. Le plus haut mont du cap est le mont Pindo (O Pindo), l’Olympe celtique des galiciens, avec de mystérieux rochers de granit rosé. Plus loin, Fisterra, ville de pêcheurs centrée sur la place de l’Arc Solis, en mémoire de l’autel érigé par les Romains pour adorer le Soleil. Là est édifié le sanctuaire de Notre-Dame* de Fisterra. La route mène au bout du cap. C'est l'extrême Occident, le bout du monde médiéval. Aujourd’hui, un phare guide le défilé incessant les navires d’un des trafics maritimes les plus intenses du monde. A cet emplacement existait autrefois un ermitage dédié à saint Guilhem du Désert* (mentionné au XVe siècle par Nompar de Caumont*) et des pierres travaillées de caractère sacré. La Chronique* de Turpin dit que Charlemagne* y planta sa lance dans la mer “ en rendant grâces à Dieu et à saint Jacques ”. Sur ordre de Charlemagne, Turpin baptisa les Galiciens qui le souhaitaient. Les autres furent exécutés ou faits prisonniers. voir une carte du cap
Fisterra
“ Diplôme ”, établi sur le modèle de la Compostela, accordé aux pèlerins de Compostelle qui ont poursuivi leur voyage jusqu’au cap Finisterre. L’initiative de la création de cette reconnaissance relève des opérations de marketing des autorités locales pour attirer des visiteurs.
Fita (Père Fidel)
Jésuite, historien, directeur de l’Académie royale d’Espagne. Il a, le premier, édité le dernier Livre du Codex Calixtinus en 1882. Cette édition, intervenant au moment de la redécouverte du corps de saint Jacques à Compostelle (1879) a été le point de départ de l’activité intellectuelle qui a ouvert la voie au phénomène contemporain. Elle est à l'origine de l'idée fausse de Guide* du pèlerin ayant conduit à l’authentification actuelle de “ quatre routes historiques* ”
Flamel (Nicolas)
En 1562, l’alchimiste Jacques Gohory raconte, pour la première fois, comment Nicolas Flamel (1330-1418), un riche marchand parisien, aurait réussi à fabriquer de l’or et de l’argent au retour d’un pèlerinage à Compostelle : “ il acheta en 1357 un vieux livre d’alchimie* qu’il étudia sans relâche pendant vingt-et-un ans. Sans résultat. Pour le comprendre il fit un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle et reçut en Espagne des explications partielles. Rentré à Paris il dut encore travailler trois ans. Enfin le lundi 17 janvier 1382 vers midi il opéra la projection en blanc (transmutation en argent) et le 25 avril la projection en rouge (transmutation en or). Il mit son savoir en sculptures sur les bâtiments qu’il édifiait, notamment au charnier [cimetière] des Innocents et au portail de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris ”*. En 1612, Pierre Arnaud, dans Figures hiéroglyphiques de Nicolas Flamel affirme que ce sont bien des figures qu’il aurait étudiées sur le chemin Compostelle puis comprises et reproduites sur les monuments parisiens. Aujourd’hui disparues, ces figures poussent encore des alchimistes à venir rôder dans le quartier de la tour Saint-Jacques et se retrouver à l’auberge Flamel… ou à parcourir le chemin “ alchimique ” de Compostelle, espérant dans les fameuses rencontres* dont ils sont friands, trouver celui qui… Qui sait ?
Flamme
Une flamme publicitaire (ou flamme postale, ou flamme d’oblitération) est une oblitération de forme rectangulaire utilisée pour annuler plusieurs timbres à la fois. Les collectionneurs s’appellent des phlogophilistes ou maximécanophilistes. Les premières flammes sont apparues à Paris à la fin du XIXe siècle, émises par l’administration postale. Elles étaient en forme de drapeau, de flamme, d’où leur nom. D’autres, à but touristique, ont été demandées par les villes et communes. Les plus touchées par le syndrome* de Compostelle ont multiplié les coquilles sur les flammes afin de pouvoir se situer sur un chemin historique, fut-il secondaire ou même bretelle. A ne pas confondre avec les blasons* communaux.
Flèches jaunes
Dès le printemps 1982, le chanoine Navarro, prieur de Roncevaux* avait marqué de jaune les pierres du chemin venant de Saint-Jean-Pied-de-Port*. L’année suivante, Don Elías Valiña, (1929-1989), abbé du Cebreiro* de 1956 jusqu'à sa mort, entreprit la signalisation systématique du chemin avec des flèches de couleur jaune entre la France et Santiago. Dans La Voz de Galicia du 21 avril 2004, son neveu raconte : “ Nous avions choisi le jaune parce qu'il était très visible et parce qu’on nous en faisait cadeau dans les chantiers sur les routes ”. Les flèches jaunes sont les seules balises* présentes sur tous les chemins de Compostelle.
Foi
Tous les marcheurs qui prennent le chemin de Compostelle ne font pas une démarche de foi. Beaucoup d’ailleurs réfutent le terme simplificateur de pèlerin par lequel ils sont vite désignés et qui les rattache à une pratique religieuse qu’ils rejettent. Athées ou non, tous sont tentés par la visite des sites religieux qui s’offrent à eux, tel celui-ci qui déclare “ je n’entre jamais dans une église, mais sur le chemin de Compostelle je n’en ai pas raté une ”. La plupart des témoignages convergent : ceux qui sont allés à Compostelle reviennent avec une certaine foi en des valeurs de tolérance, et de fraternité, une foi en l’homme qu’ils ont expérimentée dans les rencontres* d’un chemin dont une athée a écrit qu’il “ transpire la paix, la sérénité et l'amour du prochain.... ”. Une foi dont ils ont peut-être éprouvé la réalité ou qu’ils ont pressentie dans l’émotion du “ baiser de paix ” de la Messe des pèlerins à la cathédrale de Compostelle, à laquelle presque tous assistent. “ On sentait l'émotion, la vérité, l'échange réel et profond ” écrit une pèlerine. Consciemment ou non tous ceux qui marchent sur le chemin de Saint-Jacques poursuivent une quête* qu’ils ne savent pas définir. Approfondissement personnel, recherche de sens à l’existence, envie de vivre une expérience humaine enrichissante, souci d’authenticité*, de libération des contraintes de la société de consommation … préalables à l’accueil de la foi si elle s’offre à eux, en chemin ou après, ou occasions d’approfondir sa relation à Dieu*.
Folklore
L’augmentation du nombre de marcheurs et de curieux sur le chemin a inévitablement entraîné des activités ou des comportements folkloriques, à l’image de ceux qui ont toujours accompagné les grands.rassemblements
Foncebadon
(Croix de Fer) Contrairement à une idée répandue, la Croix de Fer de Foncebadon n’est pas plantée sur un tas de pierres apportées par les pèlerins.

«Dans son sac, ce professeur de lettres américain a apporté une petite pierre de chez lui, marquée de son prénom et de celui de sa femme, pour la déposer au pied de la Cruz de Ferro. A quelques kilomètres de Rabanal, sur les montagnes du Bierzo, cette croix de fer plantée au bout d’un long mât de bois, à 1504 m. d’altitude, est l’un des symboles les plus simples et les plus anciens de Compostelle. En jetant à ses pieds un caillou, les pèlerins marquent leur chemin et poursuivent une tradition antérieure à la romanisation. Une fois ce rituel accompli, il redescendent vers Pontferrada  (Le Point n° 1347, juillet 1998, p. 68, col. 3).»

Trop souvent, une lecture rapide d'une information de ce genre occulte la dernière proposition et laisse penser qu'il s'agit là d'une tradition pèlerine. Pourquoi ces raccourcis inutiles, alors que plusieurs ouvrages, même récents, racontent : Au haut du col de Foncebadon existait, bien avant les pèlerinages à Compostelle, un monticule de pierre dédié à Mercure, le dieu romain des voyageurs. L’endroit fut christianisé, dit-on, au XIe siècle par l’abbé du monastère de Foncebadon qui y planta une croix de fer, la Cruz de Ferro. Pourquoi une croix de Fer ? Sans doute parce que la route mène à Pontferrada, la ville du fer qui, au temps des Romains, exploitait aussi un gisement d’or. Longtemps, les moissonneurs galiciens qui allaient louer leurs bras pour moissonner en Castille, jetaient eux aussi, une pierre au pied de cette croix. La tradition s’est ensuite perdue, jusqu’à ce que, vers 1948, le médecin de Foncebadon pense à relever cette croix que l’abbé Branthomme a vue lors de son premier pèlerinage d’après-guerre. Que les pèlerins modernes aient repris à leur compte ce geste des anciens voyageurs n’autorise pas à occulter les traditions plus anciennes. En 1949 lorsque l’abbé Branthomme y est passé, cette coutume existait mais c’était les paysans galiciens allant faire les moissons en Castille qui apportaient une pierre.
Fondation David Parou Saint-Jacques
Connue aussi sous le nom de Fondation Européenne pour la Recherche sur les Pèlerinages (FERPEL), cette association de chercheurs professionnels et indépendants a été créée en 2002. Elle poursuit des actions de recherche et valorisation de la recherche sur saint Jacques, Compostelle et les pèlerinages. Elle s’intéresse en particulier aux vestiges des cultes à saint Jacques et au patrimoine qu’ils nous ont légué. Le nom de David Parou lui a été donné en hommage à un jeune pèlerin tragiquement disparu. Au sein de l’association* de la région Centre dont il faisait partie, il avait aidé la recherche et la sauvegarde du patrimoine pour contribuer au développement du pèlerinage et à la mise en valeur culturelle et touristique de la Région.
Fontaine Saint-Jacques
Les fontaines sont parfois sous l’invocation de saint Jacques. Est-ce en fonction de son pouvoir de protecteur* des eaux ? A Compostelle, le Guide* du pèlerin décrit la fontaine Saint-Jacques, semblable à la Fontaine du Paradis, “ fontaine admirable qui n’a pas son pareil dans le monde entier ”. A Padron* et à Saint-Marcel* en Savoie, saint Jacques en a fait surgir une en frappant le sol de son bâton. En France, quelques-unes ont gardé leur vocable, à Autruy-sur-Juine (Loiret), à Blois* (Loir-et-Cher), à Fontaine-les-Ribouts (Eure-et-Loir), à Amiens* ; elles sont nombreuses en Bretagne : Trémeven, Plouberzé, Languidic, Ergué-Gabéric. Lors des processions, ces fontaines sont souvent le but ou une étape. Celle de Saint-Yaguen (Landes) est au cœur du culte. Souvent, elles sont des sources alimentant des ruisseaux auxquels elles donnent parfois leur nom, ainsi à Evron (Mayenne), à la Chapelle d'Angillon*, à Névache*. Certaines sont pratiquement oubliées, ainsi celle de Ménetou-Salon (Cher). Les eaux protégées par saint Jacques semblent avoir souvent des vertus guérisseuses. C’est ainsi que l’on constate que plusieurs parmi les plus anciennes des confréries Saint-Jacques siègent dans des lieux connus pour la valeur de leurs eaux thermales. Par exemple, en 1370 viennent à Saint-Christaud (Haute-Garonne) des gens malades ou “ affligés d’une infirmité ” demander leur inscription pour essayer d’obtenir l’aide de saint Jacques. La fontaine de l’Hospitalet* et celle d’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), bien oubliées aujourd’hui, avaient des vertus thérapeutiques qui attiraient les pèlerins. A l’inverse, la fontaine de Plougastel-Daoulas* est peut-être entrain de devenir fontaine Saint-Jacques, par la vertu du syndrome* de Compostelle.
- La légende de la fontaine du renégat
En Espagne, le prêtre desservant du Cebreiro* racontait une légende située avant Puente-la-Reina, entre Zariquiegui et Urtega, au haut d’une montée où se trouve la “ fontaine du renégat ” : un pèlerin arrive un jour au sommet, mourant de soif. Un voyageur (le diable) qui se trouvait là lui propose de lui montrer une source à condition qu’il renie Dieu, la Vierge et saint Jacques. Le pèlerin refuse. Presque mourant, il est sauvé par un pèlerin qui survient (saint Jacques) et qui le mène à la fontaine cachée et lui donne à boire dans une coquille.
Fontana (Bartolomeo)
Citoyen de la République de Venise, son père était marchand. Le 19 février 1539 il décide d'aller à Saint-Jacques-de-Compostelle, il y arrive le 18 septembre. En 1550, il publie le compte-rendu de son voyage, rédigé à partir de ses notes journalières. Il le commence ainsi : “ Désireux de voir les nombreuses vénérations et les innombrables reliques laissées par nos croyants, désireux aussi de voir les différentes parties du monde, je décidai l'année 1538 d'aller dans cette Galice si renommée. Je mis donc mon manteau et mon chapeau, je pris mon bourdon et c'est ainsi que je devins pèlerin. Le 19 février de la même année, premier jour de carême, je pénétrai sur la très longue route du bienheureux saint Jacques ”. En une soixantaine d'étapes, il a passé environ deux mois en France, du 29 avril à Mulhouse au 24 juin à Perpignan, d'où il partit le lendemain matin pour se diriger vers le col du Perthus. Il est l'un des rares pèlerins à être passé par Aubrac* au retour. Son souvenir épouvanté prouve que les légendes sur la difficulté du passage n'étaient pas surfaites.
France-Espagne
Plusieurs organismes portant ce nom se sont préoccupés de développer les relations culturelles entre les deux pays. En 1934, des intellectuels français créent une association France-Espagne, sous le haut patronage de M. Edouard Herriot et de M. l’ambassadeur d’Espagne. Elle a pour but, selon ses statuts, “ le développement des relations intellectuelles, artistiques et économiques entre la France et la République espagnole ainsi que l’étude, dans un esprit de concorde et d’amitié, de toutes les questions pouvant intéresser réciproquement les deux nations ”. Sa première action est l’organisation d’un voyage en Galice, relaté dans un rapport du consulat de France à la Corogne conservé dans les archives du Ministère des Affaires étrangères : “ Des intellectuels français en Galice … excursion présidée par le sénateur ex-ministre Mario Roustan et Jean Camp, agrégé d’université, composée d’une quarantaine d’excursionnistes distingués [ils ont reçu] un accueil des plus chaleureux. Ils venaient en dernier lieu de Santiago de Compostelle ”. En 1938, avec des objectifs semblables, mais dans un contexte politique différent, l’association est devenue le comité France-Espagne présidé par Charles Pichon*.
Franc-Maçonnerie
Issue de traditions qui pourraient remonter au delà de la construction du Temple de Salomon, la Franc-Maçonnerie opérative, en tant que groupement de métiers, a été liée au gigantesque mouvement de construction des édifices religieux médiévaux, dont bien sûr les sanctuaires que visitent les pèlerins de Compostelle. Ces compagnons bâtisseurs ont-ils transmis dans leurs œuvres des signes que seuls quelques-uns d'entre eux peuvent aujourd'hui encore comprendre ? Certains pensent que oui. En témoignerait, sur de nombreuses églises, la présence du “ Chrisme* ” ou, comme à Estella et Compostelle, celle de “ la pierre cubique ” compagnonnique qui seraient autant de marques probatoires du chemin parcouru. La Franc-Maçonnerie spéculative qu'on connaît aujourd'hui,ée au 18ème siècle de la scission de loges opératives, garde la tradition de l'errance sacrée qui portera le maçon de la redécouverte des principes naturels à la connaissance de soi jusqu'à celle des plus hautes valeurs spirituelles. De là à passer du voyage symbolique au voyage réel il n'y a qu'un pas que quelques Francs-Maçons n'hésitent pas à franchir. Cependant la Franc-Maçonnerie en tant que telle n’a pas de relation particulière avec Compostelle. Le “ cheminement ” qui deviendra pèlerinage est affaire personnelle pour le maçon comme pour tout individu. On peut cependant noter l’existence d’une association dont l’objectif est “ d’étudier et faire connaître l'apport des sociétés initiatiques traditionnelles (Franc-Maçonnerie, Compagnonnage*…) à l'histoire et à l'actualité des chemins de la tradition pèlerine (Jérusalem, Rome, Compostelle).
Franco (général)
Francisco Franco y Bahamonde, général espagnol (1892-1975) né en Galice. Chef des forces nationalistes qu’il dirigea pendant la guerre civile (1936-1939) avant de devenir chef de l'Etat espagnol à partir de mars 1939. Mort en novembre 1975. Son origine galicienne, le prédisposait à manifester son attachement au culte de saint Jacques. Il a favorisé la recherche sur Compostelle en facilitant l’accès aux archives de la cathédrale et en créant un prix qui a couronné en 1945 les travaux de trois chercheurs espagnols L. Vasquez de Parga, J.M. Lacarra et J. Uri. Une peinture murale allégorique “ Franco et la croisade ” le représente en chevalier, sous le saint Matamore* chevauchant son destrier blanc. Due à Reque Meruvia, elle est encore visible aux Archives Générales Militaires à Madrid.
François d’Assise
Contrairement à ce qui est écrit couramment, saint François d’Assise (~1182-1226) n’a pas été pèlerin de Compostelle. Ses deux premiers biographes, Thomas de Celano et saint Bonaventure, ses contemporains, n’en parlent pas et aucun historien spécialisé dans les études franciscaines ne parle d’autre chose que de légende. Mais cette légende naît dès avant la fin du XIIIe siècle, ce qui prouve à quel point le pèlerinage à Compostelle était connu et capable de renforcer la notoriété du saint. On la trouve dans les Fioretti, (en français Les petites fleurs de saint François), où il est expliqué que saint François reçut là, de Dieu, la révélation de fonder des couvents partout dans le monde. Elle est reprise en 1370 par Arnaud de Sarant, Ministre Provincial des frères mineurs d’Aquitaine, dans sa Chronique des vingt-quatre Généraux où il rassemble “ tout ce qu'il a pu trouver au sujet de saint François ”. Il y ajoute la fondation qu’il aurait faite des couvents de Burgos et Logrono. A Compostelle, sans doute lors de la création du premier couvent franciscain, la légende s'est embellie d'un épisode local : François demande au pauvre charbonnier Cotolay de construire ce couvent. Il loue le terrain contre une corbeille de poissons payable chaque année au couvent bénédictin et Cotolay trouve l'argent nécessaire près d'une fontaine. Comme souvent, l'histoire vraie se bâtit sur la foi d'une légende car, encore au XVIIIe siècle, le couvent des Franciscains apportait encore la corbeille ! La légende chemine : en Espagne, à Viana, sur l’Ebre fut même construite une église Saint-François en souvenir, dit-on, de son passage. Il existe une fontaine Saint-François-d’Assise à Rocaforte, village proche de Sangüesa, sur le camino aragonese
Fraternité
Sur le chemin de Compostelle l’anonymat favorise les échanges entre les pèlerins et l’expérience de relations fraternelles qui malheureusement ne subsistent pas toujours dans les relations après le pèlerinage.
Frères hospitaliers
Voir donnés, donats
Fulcanelli
Le mystère plane sur l’identité du maître de l’alchimie* moderne, qui se cache sous ce pseudonyme (1841-1923). On n’a de lui aucun portrait ou photographie. On lui prête même l’immortalité : un de ses élèves l’aurait rencontré en 1954. Dans les Demeures philosophales, à propos du symbolisme des sculptures de la maison dite de l’Homme des bois à Thiers, il écrit: “ saint Jacques ne quitte point le livre ouvert de l’Apocalypse* ; avec la calebasse*, le bourdon* bénit et la coquille* il possède les attributs nécessaires à l’enseignement caché du grand œuvre. C’est là le premier secret*, celui que les philosophes ne révèlent point et réservent sous l’appellation énigmatique de chemin de Saint-Jacques. Ce pèlerinage, tous les alchimistes sont obligés de l’entreprendre. Au figuré au moins, car c’est là un voyage symbolique et celui qui désire en tirer profit ne peut, fut-ce un seul instant, quitter le laboratoire. Compostelle, cité énigmatique, n’est point située en terre espagnole mais dans la terre même du sujet philosophique ”

Retour liste alphabétique

La propriété intellectuelle du contenu de ce site est protégée par un dépôt à la Société des Gens de Lettres

Page précédente haut de page Accueil

nous écrire