| Habitants
Avant les années 1990 et depuis le Moyen Age, les pèlerins
qui racontaient leur pèlerinage à Compostelle s’intéressaient
tous aux habitants des abords du chemin, à leur aspect physique,
à leur travail, qu’il soit agricole ou industriel, aux outils
qu’ils employaient, aux légendes qu’ils leur racontaient.
Grâce à eux, le lecteur visite des jardins, regarde les villes,
perçoit des odeurs, participe à des fêtes, entre dans
les auberges et goûte à des nourritures inhabituelles. Aujourd’hui,
si les bars* sont toujours recherchés, les plus belles photos gomment
souvent les machines, les équipements industriels et les récits
sont muets sur la vie extérieure au chemin. Disparus le paysan
auvergnat, le berger, le vigneron, le moissonneur espagnol, les enfants,
les habits du dimanche… Et pourtant ils sont toujours là,
mais les pèlerins ne les voient plus. Dans les gîtes*, ils
ne s’intéressent qu’aux “ merveilleuses rencontres*”
avec leurs semblables ou quelques hospitaliers, eux-mêmes souvent
étrangers au pays. Certains habitants, désappointés
de voir passer des pèlerins sans qu’ils les regardent, cherchent
à attirer leur attention. L’un installe un banc avec une
glacière d’eau fraîche, un livre d’or et un support
pour l’appareil photo, l’autre fait dans son vieux chêne
un oratoire très bizarrement décoré pour que les
pèlerins s’arrêtent un instant et le photographient,
d’autres invitent à boire ou offrent fruits et légumes.
Derrière ces initiatives se cachent des envies réelles d’approcher
le pèlerin, de lui parler, voire de le toucher, de partager un
instant de son pèlerinage. Mais hélas, à l’inverse,
il arrive que, submergés de demandes inconsidérées,
des habitants prennent la fuite à la vue de la moindre coquille...
Halte
Chaque pèlerin fait halte à son rythme et selon ses besoins.
Mais des haltes plus ou moins sommairement aménagées lui
sont proposées par des habitants* du bord du chemin qui vivent
ainsi le pèlerinage à leur façon et en tirent peut-être
un petit profit. D’abord initiatives isolées de figures*
du Camino, elles prolifèrent sur les itinéraires les plus
fréquentés.
Handicap
Comme beaucoup d’autres activités, le pèlerinage s’est
ouvert depuis quelques années aux personnes atteintes d’un
handicap. Plusieurs témoignages rendent compte d’expériences
de pèlerins ayant pris le chemin dans des conditions difficiles,
certains seuls, en fauteuil roulant, d’autres avec le concours d’amis
ou d’associations* en joëlettes*. D’anciens pèlerins
accompagnent aussi des pèlerins mal-voyants sur les chemins de
Compostelle. On ne saurait oublier les précurseurs qui, en 1958,
ont quitté Parthenay* avec des handicapés et ont rallié
Compostelle d’une seule traite avec une carriole hippomobile.
Harff (Arnold von)
Arnold von Harff, jeune noble originaire de Cologne, part en 1496 alors
que Grenade est conquise. Rien d’autre à faire que marcher
à travers l’Europe et le Moyen Orient pour s’ouvrir
l’esprit et s’enrichir l’âme. Naturellement les
grands sanctuaires jalonnent sa route, dont celui de Compostelle. De Cologne
il part vers Rome, puis le couvent de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï,
le tombeau de saint Thomas, Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle
et le Mont Saint-Michel. Il rentre en octobre 1499. Il chemine en compagnie
des marchands, pour profiter de leur expérience, de leur connaissance
des langues, des monnaies et des routes. Il prend des notes en cours de
route et rédige un récit inspiré par les récits
de voyages antérieurs, mais néanmoins très vivant
et dénotant un sens aigu de l’observation.
Hébergement
Avec l’itinéraire*, la santé et la nourriture, la
recherche d’un hébergement est la préoccupation quotidienne
du pèlerin. Les possibilités sont nombreuses (auberges*,
gîtes*, hôtels, chambres d’hôtes … ou autre
local collectif ou privé) et il est rare de devoir dormir à
la belle étoile. Beaucoup le font cependant par plaisir personnel
lorsque le temps s’y prête. Mais il faut dans certaines circonstances
avoir recours au bivouac* ou à des hébergements de fortune
chez l’habitant.
Héraldique
L'héraldique emploie assez fréquemment des éléments
également utilisés comme symboles pour le pèlerinage
ou les pèlerins, coquilles*, besaces* ou bourdons*. Les rapporter
tous au chemin de Compostelle ou à un pèlerinage à
Compostelle est une erreur. L’Armorial général de
France de Charles d’Hozier, juge d’armes de France, fut réalisé
en 1696 à la demande du roi Louis XIV. Chaque ville et communauté
devait déclarer ses armoiries afin qu’elles soient répertoriées,
mais il leur fallait payer. Pour cette raison, hormis quelques rares déclarations
spontanées, la plupart des blasons décrits ne sont que des
créations dues à l’imagination parfois fertile des
employés de l’Armorial. Depuis une cinquantaine d’années,
une imagination débordante est mise au service du “ chemin
” de Compostelle, dont la ville de Conques* détient certainement
la palme. D’autres, comme Bouligny*, restent heureusement plus réalistes.
Les nombreux blasons* ornant les hôtels particuliers espagnols ne
sont, pas plus que les autres, à mettre en relation avec Compostelle,
même s’ils comportent des coquilles.
Herbe de saint Jacques ou Jacobée
Nom populaire donné au seneçon. On dit aussi grande Jacobée*
ou Jacobée élégante. La Jacobée maritime est
un des noms vulgaires de la cinéraire maritime.
Hermès
Les saints ont-ils pu apparaître comme “ successeurs des Dieux
” ? La question est contestée. Une certaine parenté
semble pourtant se dessiner entre saint Jacques et Hermès. L'Evangile
de Marc (3, 13-19), dit que Jésus “ imposa à Jacques
et Jean, fils de Zébédée, le nom de Boanergès*.
Cette dénomination de “ fils du Tonnerre ” rapproche
saint Jacques du Dieu Hermès, fils de Zeus, détenteur de
la foudre. Autre indice, les Actes des Apôtres (14, 11-12) indiquent
que les contemporains des apôtres faisaient, eux aussi, ce rapprochement
entre dieux et saints : lors de la guérison d’un boiteux
par saint Paul à Lystres, “… la foule éleva
la voix, disant : - Les dieux sous une forme humaine sont descendus vers
nous. Et ils appelaient Barnabé Zeus, et Paul Hermès, parce
que c'était lui qui portait la parole”. Jacques partagerait
ainsi avec les autres apôtres cette similitude avec Hermès
laquelle ne tient pas seulement à la fonction de porte-parole,
mais aussi au pouvoir miraculeux de guérison rattaché à
la puissance d'Hermès. Au IIIe siècle, Clément d'Alexandrie
écrivait encore : “ Le Christ est le véritable, l'unique
Hermès, le guide qui sait. Il possède le don de sauver les
âmes […] d'assurer la divinisation, d'écarter définitivement
la menace de l'animalisation… ”. Il existe donc la possibilité
d’une récupération chrétienne du dieu Hermès,
à partir de l'effet bienfaisant qu'il dispense en permettant à
l'âme d'échapper au mal et d'accéder au bien suprême.
Elle rejoint la fonction de passeur* des âmes attribuée à
saint Jacques. L'attribut inséparable d’Hermès est
le caducée (virga et caduceum) qui prend tous les sens dont la
personnalité d'Hermès est revêtue. Une fonction d'Hermès
étant de guérir les âmes, un rapprochement a pu s'opérer
ultérieurement avec le bâton entouré d'un serpent
qui est l'emblème d'Asklepios / Esculape, le médecin divin,
et donner à ce symbole une signification médicale et pharmaceutique.
Par ce biais, la liaison s'établirait aussi entre le dieu Hermès
et le saint Jacques qui a donné son nom à beaucoup d'hôpitaux.
Hermès est également vénéré comme le
Dieu des voyageurs. Ces attributs* spécifiques à cette fonction
se retrouvent aussi dans l’iconographie* de saint Jacques. (D’après
B. Gicquel)
Hermogène
Magicien converti par saint Jacques dont l'histoire apparaît pour
la première fois au VIe siècle dans les Actes latins des
apôtres signés d'un auteur qu’on appelle aujourd’hui
Pseudo-Abdias. Le récit est amplifié dans le Livre I, chapitre
IX du Codex Calixtinus* : saint Jacques prêche en Judée.
Un mage nommé Hermogène envoie son disciple Philète
pour s’opposer à lui en public. Mais Philète est converti.
Hermogène, furieux, paralyse Philète lequel est libéré
par saint Jacques. Hermogène demande aux démons d’enchaîner
saint Jacques et à Philète et de les lui amener. Saint Jacques
refuse et demande aux démons de lui amener Hermogène enchaîné.
Ce qui fut fait. Puis Philète délivre son maître,
lequel se convertit et jette ses livres de magie. Saint Jacques donne
à Hermogène son bourdon pour le protéger. Le Livre
III du Codex Calixtinus s’ouvre sur l’affirmation qu'Hermogène
fit partie des “ douze apôtres ” que le saint choisit
avant de mourir : “ Il faut savoir que saint Jacques eut de nombreux
apôtres mais qu’il en eut particulièrement douze. On
lit qu’il en choisit trois dans la région de Jérusalem
: Hermogène, qui fut fait le chef, et Philète, archidiacre
après la passion d’Hermogène à Antioche (ou
plus tard), furent distingués par de nombreux miracles et reposèrent
en Dieu par leur vie sacrée, tandis que le bienheureux Josias,
sénéchal d’Hérode, mourut, avec la couronne
du martyre, en même temps que l’apôtre. On dit que l’apôtre
en choisit neuf en Galice, pendant qu’il y vivait, dont sept –
les deux autres restant en Galice pour prêcher – l’accompagnèrent
à Jérusalem et rapportèrent par mer son corps en
Galice après son martyre ”. La Légende Dorée*
a popularisé cette légende que l'on retrouve dans des vitraux
(Auxerre, Bourges*, Chartres* par exemple) ou des sculptures (Amiens*,
Auxerre)
Hérode Agrippa
(10 av. JC – 44 ap. JC)
Roi des Juifs qui fit subir le martyre* l’apôtre Jacques et
emprisonner saint Pierre.
Histoire
Histoire et légendes sont intimement mêlées, plus
peut-être encore pour Compostelle que pour d’autres villes.
Cité chrétienne, connue pour abriter le tombeau d’un
apôtre, Compostelle a une dimension mythique, pôle de résistance
à l’envahisseur musulman, elle a une histoire politique,
vue différemment en-deçà et au-delà des Pyrénées.
Sur l’histoire de la ville se greffe celle du pèlerinage,
phénomène humain aux multiples facettes qui a occupé
l’imaginaire des hommes de toutes les époques plus qu’il
ne les a jetés sur les routes. Sa signification et sa pratique
ont varié au cours des siècles et il a laissé peu
d’écrits officiels. Une part d’inconnu pèse
sur son histoire. La mobilisation récente du pèlerinage
à Compostelle au profit d’une ambition politique européenne
ne facilite pas une lecture apaisée de ces histoires entrecroisées.
Les intérêts économiques, l’idéologie
parfois, viennent en troubler l’écriture sereine. Les multiples
interventions d’historiens* divers ne manquent pas de compliquer
une question largement reprise et déformée (parfois sciemment)
par les médias. Au point qu’il n’est pas clair de savoir
qui fait l’histoire. La multiplicité des canaux de diffusion
par les associations*, les récits* de pèlerins les sites
Internet*, rend la situation encore plus confuse. Bien qu’elles
s’en défendent, les associations* de pèlerins s’intéressent
à l’histoire dans la mesure où celle-ci apporte une
justification à la démarche pèlerine : “ on
marche dans les pas de ceux qui nous ont précédés
”. Pour elles, il est donc important que l’historien soit
un conservateur de la tradition.
- Histoire et Tradition
S’agissant de Compostelle, le travail historique sérieux
est particulièrement controversé par les tenants de la Tradition*
qui voient dans les résultats de la recherche des “ vérités
qui ne sont pas bonnes à dire ”, voire des attaques contre
la foi. En février 2006, Benoît XVI fournissait un éclairage
que l’on peut appliquer à cette question en affirmant : “
il y a pas de compétition entre la raison et la foi ”. 
Historiens
Le métier d’historien a du mal à être reconnu,
chacun s’arrogeant le droit de porter ce titre, journalistes, médecins,
avocats, etc.… La définition du Petit Robert est surprenante,
qui prétend qu’est historien celui qui “ d’écrit
des ouvrages d’histoire ”. Cela n’est pas suffisant
pour être historien. C’est un métier qui a ses règles
et, comme les autres, s’apprend. Les professionnels devraient donner
l’exemple et ne pas arrêter le travail historique à
sa première phase, la lecture et la synthèse (pour ne pas
dire le plagiat) des ouvrages traitant du même sujet. Doivent suivre
la critique, la patiente recherche des documents*, de leur datation et
de leur authenticité puis leur(s) interprétation(s). Mais
ce travail est très long. Rares sont ceux qui s’y soumettent.
Malheureusement, comme le soulignait, en 2001, André Burguière
dans le Monde des Débats, “ le besoin d’enchantement
autour du thème de Compostelle a souvent entraîné
dans ses dérives les historiens les plus chevronnés ”.
Depuis cette date, de telles dérives se multiplient. La pression
médiatique sur ces professionnels n’y est sans doute pas
étrangère.
Historia Compostelana (Histoire de Compostelle)
Vers 1107, Guy de Bourgogne (futur pape Calixte II*) et l'évêque
de Compostelle Diego Gelmirez* ont décidé de donner à
Compostelle une place prépondérante, tant dans l'Eglise
que dans toute l'Europe. Ils ont commencé par la doter d'une histoire
écrite, l'Historia Compostelana, dont l’une des ambitions
est de prouver que la ville mérite d'être placée à
la tête d'un archevêché. Ecrite par trois chanoines*
du chapitre, elle s’ouvre sur la découverte du tombeau* et
s'achève à la mort de Diego Gelmirez* en 1140.
Historiographie
Faire l’historiographie du pèlerinage à Compostelle,
c’est essayer de comprendre quand, comment, par qui et dans quelles
conditions il a été connu et promu ou, au contraire attaqué.
L’historiographie est l’histoire de l’histoire. Celle
de Compostelle est particulièrement riche car le grand sanctuaire
galicien, souvent attaqué, s’est justifié de ses prétentions
par des textes historiques ou pseudo-historiques. Dès le XIIe siècle,
la Chronique* de Turpin et l’Historia* Compostelana ouvrent la série,
pour asseoir une existence encore chancelante. En 1215, un compte-rendu
d’une séance du concile de Latran témoigne des oppositions
venues de l’archevêque de Tolède Ximenez* de Rada à
laquelle Compostelle veut ravir la suprématie. Au XIVe siècle
l’archevêque de Compostelle Béranger* de Landore fait
réécrire des manuscrits. Les productions les plus nombreuses
datent du XVIIe siècle, en réponse aux attaques de Baronius*.
Le connétable de Castille don Jean Ferdinand de Velasco publie
une défense de saint Jacques intitulée Dos discursos en
que se defiende la venida y predicacion del apostol Santiago en España.
En 1609 le jésuite Jean Mariana (1536-1624) publie à Cologne
le livre I de Tractatus septem, intitulé De adventu B. Jacobi apostoli
in Hispaniam. En 1610 ce fut, sous la plume de dom M. de Castella Ferrer
une volumineuse Histoire de saint Jacques avec “ approbation du
roi, de l’ordre de Saint-Dominique et de la cathédrale de
Santiago ”. En 1625, Francisco de Quevedo Villegas publie un Memorial
por el patronato de Santiago y por todos los santos naturales de Espana
qui présente la défense de saint Jacques : son patronat
sur l’Espagne est de droit divin et ne peut donc lui être
retiré par des hommes. En ce même siècle, en France,
ces publications incitent des auteurs opposés à l’Espagne
à prendre fait et cause pour les contradicteurs, entre autres à
Angers* et à Grenoble (sous la plume de l’historien du Dauphiné,
Nicolas Chorier). En France, au XIXe siècle, les mouvements de
rechristianisation et le Romantisme relancent l’intérêt
pour Compostelle, intérêt qui prend son envol après
la publication de la Bulle* Deus omnipotens. Les travaux érudits
se multiplient, les uns littéraires (Joseph Bédier* ou Jeanne
Vielliard*) ou d’histoire de l’art (Emile Mâle*), suivis
par une pléiade de curés, originaires principalement du
Sud-Ouest, dont certains furent d’éminents chercheurs, comme
l’abbé Daux*. Après la guerre de 14-18, avec l’avènement
de l’automobile et du tourisme moderne, les pèlerins les
plus fortunés parmi les intellectuels catholiques, prennent le
chemin de Compostelle et composent les premiers récits contemporains.
Ainsi dès 1919, le curé doyen de Paulliac écrit-il,
sous le pseudonyme de Laurent d’Arce, Sur les Routes de Compostelle,
publié à l’occasion de l’année* sainte
1925, suivi par Mabille de Poncheville en 1930. Henri Ghéon (1875-1944),
l’un des fondateurs de la Nouvelle Revue Française, fonde
une troupe destinée à promouvoir le théâtre
populaire chrétien. Il en compose le répertoire, dont La
farce du pendu-dépendu et Le bon voyage ou la mort à cheval,
une adaptation de l’un des miracles* de saint Jacques, celui du
pèlerin malade abandonné par ses compagnons. Puis ce fut,
en 1945, la publication de l’ouvrage de L. Vasquez de Parga, J.M.
Lacarra et J. Uri, lauréats du prix Franco* Puis, malgré
quelques voix prudentes, ce fut l’envolée et la frénésie
autour de la recherche des chemins de Compostelle, orchestrée par
la Société* des amis de Saint-Jacques et les publications
de Jean Secret, Raymond Oursel*, Yves Bottineau*, etc.
Hôpital
Contrairement à l’idée reçue, tous les hôpitaux
n'étaient pas construits pour les pèlerins et tous les pèlerins
qu'ils hébergeaient n'étaient pas des pèlerins de
Saint-Jacques en Galice. Au Moyen Age, ils jalonnaient les routes (sans
pour autant former un “ réseau ”) et ils s’ouvraient
à tous les voyageurs pauvres, le temps d’une nuit, voire
davantage si le temps était trop mauvais. Selon leur implantation
citadine ou rurale, selon la qualité des fondateurs, ils étaient
luxueux ou très modestes. Les plus riches, comme celui d'Issoudun*,
comportaient une grande salle et une chapelle, parfois unies l’une
à l’autre par une galerie au-dessus d’une arche enjambant
le chemin. L’accueil était assuré par un maître,
des frères et sœurs hospitaliers* ainsi que des serviteurs.
Le financement était assuré par des dons et par les revenus
de domaines parfois très importants. Les plus modestes n’étaient
parfois qu’une partie d’une chapelle dans laquelle un unique
hospitalier épandait de la paille. Les seules sources de revenus
étaient alors le produit de la petite exploitation cultivée
tout autour par ce même hospitalier. La direction de ces établissements
était souvent assurée par des communautés d’habitants
ou par des seigneurs laïcs, parfois en lien étroit avec les
communautés religieuses, parfois en opposition. Dans tous les cas,
la chapelle était desservie par un chapelain. A partir du XVIe
siècle, ces multitudes de petits établissements ont progressivement
été rattachées à de plus grandes unités,
qui ont fini par être regroupées en Hôpitaux Généraux
aux XVIIe et XVIIIe siècles. Très curieusement, aujourd’hui
encore, ces grands hôpitaux sont toujours tenus de recevoir les
passants selon les mêmes modalités et, tout aussi curieusement,
l’accomplissement de ce devoir d’hospitalité est toujours
exigé par des vagabonds qui continuent d’arpenter les routes
en se communiquant les bonnes adresses. Quant aux établissements
disparus, ils ont souvent laissé leur nom à la ferme* qui
les a fait vivre.
Hôpital des Rois Catholiques à Compostelle
En 1486, soit dix ans après le début de leur double règne,
les Rois Catholiques* Ferdinand et Isabelle accomplissent le pèlerinage
en Galice et décident d'entreprendre la reconstruction du vieil
hôpital proche de la cathédrale. En 1490, Jean de Tournai
passe devant sans le voir car il devait être encore en piteux état,
puisque la construction ne commence qu’en 1501. Lorsqu’en
mars 1512, Jehan de Zeilbeke le visite, il ne tarit pas d’éloges
sur ce luxueux établissement, dont la structure est la même
aujourd’hui. Les malades occupent deux étages superposés
donnant sur la première cour. Certaines chambres ouvrent sur la
chapelle afin que, du lit, on puisse entendre la messe. Sur la seconde
cour ouvre une salle pour les femmes malades. Mais, remarque-t-il, seulement
sept lits sont réservés gratuitement chaque jour aux pèlerins.
Pour les autres, “ chacun qui veut loger là est logé
selon son état ”, c’est-à-dire selon ses moyens,
dans “ plusieurs belles chambres où on loge les gens de bien
”, à l’étage. Il ajoute que “ plusieurs
belles chambres pour loger le Roi quant il y vient ou la Reine ”
sont spécialement affectées à cet usage et que d’autres,
garnies de “ beaux lits richement équipés de courtines
” sont mises à la disposition des “ médecins,
chirurgiens et confesseurs ”. Il visite la pharmacie “ pleine
de pots, flacons, boîtes et autres médecines pour les malades
” et est particulièrement surpris de voir les malades “
servis dans des vaisselles d’argent ” par des infirmiers et
infirmières “ habillés comme des gens de bien ”.
Il n’a sans doute pas vu les locaux destinés à loger
300 enfants orphelins qui vivent là. Imprimée en 1718, La
Grande Chanson du devoir des pèlerins informe que dans cet hôpital,
“ de coutume ancienne, on y prend la portion, mangeant le pain des
anges qui descendirent du ciel pour notre Salut ”, une jolie manière
de rappeler qu’il offre à manger aux pèlerins. Jusqu’en
1953, date de sa transformation en Parador* national, l’établissement
fut le seul hôpital et orphelinat de la ville. Par devoir, le luxueux
hôtel continue la tradition : d’admettre chaque jour, dix
pèlerins à y prendre un repas, certes dans les sous-sols,
mais après s’être servis à la cuisine de l’hôtel.
Hôpital Saint-Jacques
Le choix du vocable Saint-Jacques pour un hôpital n’implique
pas une relation privilégiée avec le pèlerinage de
Compostelle. On peut seulement remarquer que, lorsque d’anciens
pèlerins de Compostelle fondent un hôpital, ils le font volontiers
sous ce vocable. Toute une série se constitue au XIVe siècle
: Saint-Jacques-aux-Pèlerins* à Paris et Saint-Jacques de
Tournai* en 1319, Saint-Jacques de Nîmes* en 1321, Saint-Jacques
de Blois* en 1360…. Mais ils sont strictement indépendants
les uns des autres et rien n’y indique une fréquentation
plus grande de pèlerins de Compostelle qui, pas plus là
qu’ailleurs, n’y figurent en grand nombre. Comme tous, ils
étaient construits à l'usage de l'ensemble des voyageurs,
avec parfois des clauses spécifiques pour ces multiples pèlerins
qui sillonnaient les routes. Une exception, l’hôpital Saint-Jacques
de la Rochelle*, fondé en 1349 pour les pèlerins de Galice.
Ce qui tend à confirmer l’importance des pèlerinages
par voie de mer à partir de ce port. D’autres hôpitaux
Saint-Jacques semblent plutôt avoir été construits
pour recevoir des pèlerins venus vénérer une relique
de l’apôtre, comme à Mâcon* ou bénéficier
des vertus d’une fontaine guérisseuse ayant souvent été
à l’origine de la fondation, comme à l’Hospitalet*
dans les monts de la Margeride. D’autres enfin l’ont été
parce que le fondateur se prénommait Jacques et avait une vénération
pour son saint patron, ainsi celui de Montpellier* Comme à Mâcon,
plusieurs de ces hôpitaux Saint-Jacques ne se sont réclamés
de Compostelle qu’à partir de la fin du XVIe siècle.
Ils l’ont fait pour se défendre d’une confiscation
de leurs biens au profit d’hôpitaux plus importants. La première
menace fut un édit de François Ier signé en 1528.
Les réglementations royales se poursuivirent, 1561, 1566…
jusqu’à la décision radicale prise par Louvois au
nom de Louis XIV en 1672, qui ordonnait que tous les établissements
charitables n’exerçant plus la charité soient réunis
à l’ordre de Saint-Lazare (en 1693, ils en ont été
retirés pour être unis à de plus grands hôpitaux
qui devinrent les Hôpitaux Généraux). Des procès
ont été intentés et l’un des systèmes
de défense des hôpitaux Saint-Jacques menacés a été
de se prévaloir de leur vocable pour prétendre que, dès
leur fondation, ils avaient reçu les pèlerins de Compostelle
et qu’ils continuaient à le faire. Sans plus chercher, l’histoire
contemporaine a ensuite adopté ces arguments comme s’ils
avaient été basés sur des documents authentiques.
Hospice
Ce mot, parfois employé à tort, n’est pas synonyme
d’hôpital. Il n’apparaît que tardivement, fin
XVIIe, pour désigner une maison accueillant des voyageurs et des
pèlerins.
Hospitalet (col de l')
La petite route qui unit Saugues* à Aumont-Aubrac* franchit les
monts de la Margeride par le col de l’Hospitalet situé à
1304 m. d’altitude. Un peu en contrebas, à 1280 mètres,
de part et d’autre de la limite de deux départements, une
fontaine* (en Haute-Loire, commune de Chanaleilles) et une chapelle Saint-Roch*
(en Lozère, commune de Lajo). Le lieu est très désert
et on à peine à imaginer que, jusqu’au XVIe siècle,
il y eut là tout un village né autour d’un petit hôpital*
(20 m. x 8) fondé, dit-on, en 1198 auprès d’une fontaine
réputée pour guérir les maladies de peau et celles
des yeux. Une chapelle en angle (8 x 4 m.) et un cimetière complétaient
ce lieu d’accueil. L’ensemble fut placé sous le vocable
Saint-Jacques. Les bâtiments ouvraient sur une place formant le
cœur d’un village. Alentours se groupaient maisons, granges
et jardins des villageois, le tout entouré de murs. Au-delà,
des champs, des prés et des bois. L’hôpital était
géré par des frères hospitaliers, les donats*, ainsi
que par des serviteurs. Tout au long de l’année, ils accueillaient
des voyageurs et des pèlerins passants, ainsi que les nombreux
pèlerins qui venaient en ce lieu chercher la guérison à
la fontaine. Comme dans tous les sanctuaires* locaux, un pèlerinage
solennel avait lieu le jour de la Saint-Jacques, le 25 juillet. Un récit
de 1340 décrit l’affluence des pèlerins dès
la veille, comme le voulait la coutume. De graves incidents ont conduit
à interdire, d’année en année, le port d’armes
à tout arrivant. Il semble en effet que la richesse de l’hôpital
et du village ait excité bien des convoitises. Sans que l’on
en connaisse la raison, toute cette communauté s'éteignit
progressivement à partir de la seconde moitié du XVIe siècle.
Seules la chapelle et la fontaine sont restées, passant progressivement
sous le vocable Saint-Roch* (en 1650, on donne le double vocable), qui
l’emporte définitivement au XVIIIe siècle. La chapelle
disparaît alors. L’hôtel-Dieu du Puy* dont dépendait
ce village s’en désintéresse totalement (contrairement
à l’idée reçue, jamais les Templiers* n’ont
été présents : la donation faite au Puy par l’évêque
de Mende* est déjà mentionnée en 1216). En 1712,
le lieu réintègre tacitement le diocèse de Mende
et les habitants de Lajo viennent y chercher des pierres pour construire
leur église. En 1869 un curé de Saint-Alban commence à
redonner vie à la fontaine. Un curé de Lajo reconstruit
une chapelle mais en ayant soin de la placer sur sa paroisse (diocèse
de Mende), alors que la première se trouvait sur le terroir de
Chanaleilles (diocèse du Puy). En 1897, 1910 et 1930 des orages
ou tempêtes l’endommagent gravement mais elle est chaque fois
reconstruite. Aujourd’hui, la chapelle est sur le GR* 65. Saint
Jacques est bien oublié, malgré le passage de nombreux pèlerins
en route vers Compostelle via Conques*. La fête patronale a toujours
lieu, mais le jour de la fête de saint Roch.
Hospitalier
Sous l’Ancien Régime, l’hospitalier est celui qui gère
la maison hospitalière et reçoit tous les arrivants, quels
qu’ils soient. Il remplit parfois le rôle du maître
lorsque celui-ci ne réside pas sur place. Dans les petites unités,
il est en même temps exploitant agricole, d’où la tentation
progressive, lorsque personne ne demandait de comptes, de ne plus accueillir
quiconque afin de garder les revenus. Aujourd’hui, d’anciens
pèlerins qui veulent “ rendre ce qu'ils ont reçu sur
le chemin ” se font hospitaliers bénévoles pour un
temps limité dans des lieux d'accueil qui reçoivent des
pèlerins. Ils apportent l'assistance et les conseils sortant du
cadre des relations commerciales habituelles. Il peut malheureusement
arriver que cette main-d’œuvre gratuite évite le recours
à des emplois salariés. Certains gîtes* fonctionnent
uniquement avec des hospitaliers bénévoles qui peuvent être
comparés aux donats*. C'est le cas en particulier de l'Hospitalité
Saint-Jacques d'Estaing*.
Hospitalité
Au Moyen Age, le devoir d’hospitalité faisait partie des
sept œuvres de Miséricorde*. Il devait être exercé
autant par les laïcs que par les clercs. La création des hôpitaux*
a été une première forme d'organisation collective
pour l'exercice de ce devoir, principalement à l'égard des
pauvres. Aujourd'hui, sur les chemins de Compostelle, l'hospitalité
est pratiquée par des communautés et des particuliers s'inspirant
de cette tradition chrétienne d'ouverture et d'accueil* désintéressé.
En Espagne, certains sont devenus de véritables figures*. Elle
l’est aussi par des organismes commerciaux. D'anciens pèlerins
se font aussi un devoir d’apporter leur contribution en se faisant
temporairement hospitaliers* bénévoles dans ces structures
d’accueil. Ainsi présentée comme une tradition médiévale,
l'hospitalité est parfois considérée par les pèlerins
comme un dû. La formule Priez* pour nous à Compostelle, popularisée
par Barret et Gurgand* peut aussi leur donner le sentiment qu’ils
remplissent, en quelque sorte, une fonction sociale méritant la
reconnaissance par l’accueil.
Humilité
Tout au long de sa marche* le pèlerin apprend l’humilité.
Il lui arrive de devoir accepter ses propres limites physiques. Il expérimente
le besoin qu’il a de recourir à l’aide d’autrui,
pour demander son chemin, faire remplir sa bouteille d’eau, chercher
une cabine téléphonique, un commerce… Apprendre à
demander est un des bénéfices* du chemin.
Hymne à saint Jacques
Chant accompagnant la cérémonie du Botafumeiro.
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