Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
Accueil mise à jour le 27 mars, 2008   Encyclopédie jacquaire survol du site Page précédente
 

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Habitants
Avant les années 1990 et depuis le Moyen Age, les pèlerins qui racontaient leur pèlerinage à Compostelle s’intéressaient tous aux habitants des abords du chemin, à leur aspect physique, à leur travail, qu’il soit agricole ou industriel, aux outils qu’ils employaient, aux légendes qu’ils leur racontaient. Grâce à eux, le lecteur visite des jardins, regarde les villes, perçoit des odeurs, participe à des fêtes, entre dans les auberges et goûte à des nourritures inhabituelles. Aujourd’hui, si les bars* sont toujours recherchés, les plus belles photos gomment souvent les machines, les équipements industriels et les récits sont muets sur la vie extérieure au chemin. Disparus le paysan auvergnat, le berger, le vigneron, le moissonneur espagnol, les enfants, les habits du dimanche… Et pourtant ils sont toujours là, mais les pèlerins ne les voient plus. Dans les gîtes*, ils ne s’intéressent qu’aux “ merveilleuses rencontres*” avec leurs semblables ou quelques hospitaliers, eux-mêmes souvent étrangers au pays. Certains habitants, désappointés de voir passer des pèlerins sans qu’ils les regardent, cherchent à attirer leur attention. L’un installe un banc avec une glacière d’eau fraîche, un livre d’or et un support pour l’appareil photo, l’autre fait dans son vieux chêne un oratoire très bizarrement décoré pour que les pèlerins s’arrêtent un instant et le photographient, d’autres invitent à boire ou offrent fruits et légumes. Derrière ces initiatives se cachent des envies réelles d’approcher le pèlerin, de lui parler, voire de le toucher, de partager un instant de son pèlerinage. Mais hélas, à l’inverse, il arrive que, submergés de demandes inconsidérées, des habitants prennent la fuite à la vue de la moindre coquille...
Halte
Chaque pèlerin fait halte à son rythme et selon ses besoins. Mais des haltes plus ou moins sommairement aménagées lui sont proposées par des habitants* du bord du chemin qui vivent ainsi le pèlerinage à leur façon et en tirent peut-être un petit profit. D’abord initiatives isolées de figures* du Camino, elles prolifèrent sur les itinéraires les plus fréquentés.
Handicap
Comme beaucoup d’autres activités, le pèlerinage s’est ouvert depuis quelques années aux personnes atteintes d’un handicap. Plusieurs témoignages rendent compte d’expériences de pèlerins ayant pris le chemin dans des conditions difficiles, certains seuls, en fauteuil roulant, d’autres avec le concours d’amis ou d’associations* en joëlettes*. D’anciens pèlerins accompagnent aussi des pèlerins mal-voyants sur les chemins de Compostelle. On ne saurait oublier les précurseurs qui, en 1958, ont quitté Parthenay* avec des handicapés et ont rallié Compostelle d’une seule traite avec une carriole hippomobile.
Harff (Arnold von)
Arnold von Harff, jeune noble originaire de Cologne, part en 1496 alors que Grenade est conquise. Rien d’autre à faire que marcher à travers l’Europe et le Moyen Orient pour s’ouvrir l’esprit et s’enrichir l’âme. Naturellement les grands sanctuaires jalonnent sa route, dont celui de Compostelle. De Cologne il part vers Rome, puis le couvent de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, le tombeau de saint Thomas, Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle et le Mont Saint-Michel. Il rentre en octobre 1499. Il chemine en compagnie des marchands, pour profiter de leur expérience, de leur connaissance des langues, des monnaies et des routes. Il prend des notes en cours de route et rédige un récit inspiré par les récits de voyages antérieurs, mais néanmoins très vivant et dénotant un sens aigu de l’observation.
Hébergement
Avec l’itinéraire*, la santé et la nourriture, la recherche d’un hébergement est la préoccupation quotidienne du pèlerin. Les possibilités sont nombreuses (auberges*, gîtes*, hôtels, chambres d’hôtes … ou autre local collectif ou privé) et il est rare de devoir dormir à la belle étoile. Beaucoup le font cependant par plaisir personnel lorsque le temps s’y prête. Mais il faut dans certaines circonstances avoir recours au bivouac* ou à des hébergements de fortune chez l’habitant.
Héraldique
L'héraldique emploie assez fréquemment des éléments également utilisés comme symboles pour le pèlerinage ou les pèlerins, coquilles*, besaces* ou bourdons*. Les rapporter tous au chemin de Compostelle ou à un pèlerinage à Compostelle est une erreur. L’Armorial général de France de Charles d’Hozier, juge d’armes de France, fut réalisé en 1696 à la demande du roi Louis XIV. Chaque ville et communauté devait déclarer ses armoiries afin qu’elles soient répertoriées, mais il leur fallait payer. Pour cette raison, hormis quelques rares déclarations spontanées, la plupart des blasons décrits ne sont que des créations dues à l’imagination parfois fertile des employés de l’Armorial. Depuis une cinquantaine d’années, une imagination débordante est mise au service du “ chemin ” de Compostelle, dont la ville de Conques* détient certainement la palme. D’autres, comme Bouligny*, restent heureusement plus réalistes. Les nombreux blasons* ornant les hôtels particuliers espagnols ne sont, pas plus que les autres, à mettre en relation avec Compostelle, même s’ils comportent des coquilles.
Herbe de saint Jacques ou Jacobée
Nom populaire donné au seneçon. On dit aussi grande Jacobée* ou Jacobée élégante. La Jacobée maritime est un des noms vulgaires de la cinéraire maritime.
Hermès
Les saints ont-ils pu apparaître comme “ successeurs des Dieux ” ? La question est contestée. Une certaine parenté semble pourtant se dessiner entre saint Jacques et Hermès. L'Evangile de Marc (3, 13-19), dit que Jésus “ imposa à Jacques et Jean, fils de Zébédée, le nom de Boanergès*. Cette dénomination de “ fils du Tonnerre ” rapproche saint Jacques du Dieu Hermès, fils de Zeus, détenteur de la foudre. Autre indice, les Actes des Apôtres (14, 11-12) indiquent que les contemporains des apôtres faisaient, eux aussi, ce rapprochement entre dieux et saints : lors de la guérison d’un boiteux par saint Paul à Lystres, “… la foule éleva la voix, disant : - Les dieux sous une forme humaine sont descendus vers nous. Et ils appelaient Barnabé Zeus, et Paul Hermès, parce que c'était lui qui portait la parole”. Jacques partagerait ainsi avec les autres apôtres cette similitude avec Hermès laquelle ne tient pas seulement à la fonction de porte-parole, mais aussi au pouvoir miraculeux de guérison rattaché à la puissance d'Hermès. Au IIIe siècle, Clément d'Alexandrie écrivait encore : “ Le Christ est le véritable, l'unique Hermès, le guide qui sait. Il possède le don de sauver les âmes […] d'assurer la divinisation, d'écarter définitivement la menace de l'animalisation… ”. Il existe donc la possibilité d’une récupération chrétienne du dieu Hermès, à partir de l'effet bienfaisant qu'il dispense en permettant à l'âme d'échapper au mal et d'accéder au bien suprême. Elle rejoint la fonction de passeur* des âmes attribuée à saint Jacques. L'attribut inséparable d’Hermès est le caducée (virga et caduceum) qui prend tous les sens dont la personnalité d'Hermès est revêtue. Une fonction d'Hermès étant de guérir les âmes, un rapprochement a pu s'opérer ultérieurement avec le bâton entouré d'un serpent qui est l'emblème d'Asklepios / Esculape, le médecin divin, et donner à ce symbole une signification médicale et pharmaceutique. Par ce biais, la liaison s'établirait aussi entre le dieu Hermès et le saint Jacques qui a donné son nom à beaucoup d'hôpitaux. Hermès est également vénéré comme le Dieu des voyageurs. Ces attributs* spécifiques à cette fonction se retrouvent aussi dans l’iconographie* de saint Jacques. (D’après B. Gicquel)
Hermogène
Magicien converti par saint Jacques dont l'histoire apparaît pour la première fois au VIe siècle dans les Actes latins des apôtres signés d'un auteur qu’on appelle aujourd’hui Pseudo-Abdias. Le récit est amplifié dans le Livre I, chapitre IX du Codex Calixtinus* : saint Jacques prêche en Judée. Un mage nommé Hermogène envoie son disciple Philète pour s’opposer à lui en public. Mais Philète est converti. Hermogène, furieux, paralyse Philète lequel est libéré par saint Jacques. Hermogène demande aux démons d’enchaîner saint Jacques et à Philète et de les lui amener. Saint Jacques refuse et demande aux démons de lui amener Hermogène enchaîné. Ce qui fut fait. Puis Philète délivre son maître, lequel se convertit et jette ses livres de magie. Saint Jacques donne à Hermogène son bourdon pour le protéger. Le Livre III du Codex Calixtinus s’ouvre sur l’affirmation qu'Hermogène fit partie des “ douze apôtres ” que le saint choisit avant de mourir : “ Il faut savoir que saint Jacques eut de nombreux apôtres mais qu’il en eut particulièrement douze. On lit qu’il en choisit trois dans la région de Jérusalem : Hermogène, qui fut fait le chef, et Philète, archidiacre après la passion d’Hermogène à Antioche (ou plus tard), furent distingués par de nombreux miracles et reposèrent en Dieu par leur vie sacrée, tandis que le bienheureux Josias, sénéchal d’Hérode, mourut, avec la couronne du martyre, en même temps que l’apôtre. On dit que l’apôtre en choisit neuf en Galice, pendant qu’il y vivait, dont sept – les deux autres restant en Galice pour prêcher – l’accompagnèrent à Jérusalem et rapportèrent par mer son corps en Galice après son martyre ”. La Légende Dorée* a popularisé cette légende que l'on retrouve dans des vitraux (Auxerre, Bourges*, Chartres* par exemple) ou des sculptures (Amiens*, Auxerre)
Hérode Agrippa
(10 av. JC – 44 ap. JC)
Roi des Juifs qui fit subir le martyre* l’apôtre Jacques et emprisonner saint Pierre.
Histoire
Histoire et légendes sont intimement mêlées, plus peut-être encore pour Compostelle que pour d’autres villes. Cité chrétienne, connue pour abriter le tombeau d’un apôtre, Compostelle a une dimension mythique, pôle de résistance à l’envahisseur musulman, elle a une histoire politique, vue différemment en-deçà et au-delà des Pyrénées. Sur l’histoire de la ville se greffe celle du pèlerinage, phénomène humain aux multiples facettes qui a occupé l’imaginaire des hommes de toutes les époques plus qu’il ne les a jetés sur les routes. Sa signification et sa pratique ont varié au cours des siècles et il a laissé peu d’écrits officiels. Une part d’inconnu pèse sur son histoire. La mobilisation récente du pèlerinage à Compostelle au profit d’une ambition politique européenne ne facilite pas une lecture apaisée de ces histoires entrecroisées. Les intérêts économiques, l’idéologie parfois, viennent en troubler l’écriture sereine. Les multiples interventions d’historiens* divers ne manquent pas de compliquer une question largement reprise et déformée (parfois sciemment) par les médias. Au point qu’il n’est pas clair de savoir qui fait l’histoire. La multiplicité des canaux de diffusion par les associations*, les récits* de pèlerins les sites Internet*, rend la situation encore plus confuse. Bien qu’elles s’en défendent, les associations* de pèlerins s’intéressent à l’histoire dans la mesure où celle-ci apporte une justification à la démarche pèlerine : “ on marche dans les pas de ceux qui nous ont précédés ”. Pour elles, il est donc important que l’historien soit un conservateur de la tradition.
- Histoire et Tradition
S’agissant de Compostelle, le travail historique sérieux est particulièrement controversé par les tenants de la Tradition* qui voient dans les résultats de la recherche des “ vérités qui ne sont pas bonnes à dire ”, voire des attaques contre la foi. En février 2006, Benoît XVI fournissait un éclairage que l’on peut appliquer à cette question en affirmant : “ il y a pas de compétition entre la raison et la foi ”.
Historiens
Le métier d’historien a du mal à être reconnu, chacun s’arrogeant le droit de porter ce titre, journalistes, médecins, avocats, etc.… La définition du Petit Robert est surprenante, qui prétend qu’est historien celui qui “ d’écrit des ouvrages d’histoire ”. Cela n’est pas suffisant pour être historien. C’est un métier qui a ses règles et, comme les autres, s’apprend. Les professionnels devraient donner l’exemple et ne pas arrêter le travail historique à sa première phase, la lecture et la synthèse (pour ne pas dire le plagiat) des ouvrages traitant du même sujet. Doivent suivre la critique, la patiente recherche des documents*, de leur datation et de leur authenticité puis leur(s) interprétation(s). Mais ce travail est très long. Rares sont ceux qui s’y soumettent. Malheureusement, comme le soulignait, en 2001, André Burguière dans le Monde des Débats, “ le besoin d’enchantement autour du thème de Compostelle a souvent entraîné dans ses dérives les historiens les plus chevronnés ”. Depuis cette date, de telles dérives se multiplient. La pression médiatique sur ces professionnels n’y est sans doute pas étrangère.
Historia Compostelana (Histoire de Compostelle)
Vers 1107, Guy de Bourgogne (futur pape Calixte II*) et l'évêque de Compostelle Diego Gelmirez* ont décidé de donner à Compostelle une place prépondérante, tant dans l'Eglise que dans toute l'Europe. Ils ont commencé par la doter d'une histoire écrite, l'Historia Compostelana, dont l’une des ambitions est de prouver que la ville mérite d'être placée à la tête d'un archevêché. Ecrite par trois chanoines* du chapitre, elle s’ouvre sur la découverte du tombeau* et s'achève à la mort de Diego Gelmirez* en 1140.
Historiographie
Faire l’historiographie du pèlerinage à Compostelle, c’est essayer de comprendre quand, comment, par qui et dans quelles conditions il a été connu et promu ou, au contraire attaqué. L’historiographie est l’histoire de l’histoire. Celle de Compostelle est particulièrement riche car le grand sanctuaire galicien, souvent attaqué, s’est justifié de ses prétentions par des textes historiques ou pseudo-historiques. Dès le XIIe siècle, la Chronique* de Turpin et l’Historia* Compostelana ouvrent la série, pour asseoir une existence encore chancelante. En 1215, un compte-rendu d’une séance du concile de Latran témoigne des oppositions venues de l’archevêque de Tolède Ximenez* de Rada à laquelle Compostelle veut ravir la suprématie. Au XIVe siècle l’archevêque de Compostelle Béranger* de Landore fait réécrire des manuscrits. Les productions les plus nombreuses datent du XVIIe siècle, en réponse aux attaques de Baronius*. Le connétable de Castille don Jean Ferdinand de Velasco publie une défense de saint Jacques intitulée Dos discursos en que se defiende la venida y predicacion del apostol Santiago en España. En 1609 le jésuite Jean Mariana (1536-1624) publie à Cologne le livre I de Tractatus septem, intitulé De adventu B. Jacobi apostoli in Hispaniam. En 1610 ce fut, sous la plume de dom M. de Castella Ferrer une volumineuse Histoire de saint Jacques avec “ approbation du roi, de l’ordre de Saint-Dominique et de la cathédrale de Santiago ”. En 1625, Francisco de Quevedo Villegas publie un Memorial por el patronato de Santiago y por todos los santos naturales de Espana qui présente la défense de saint Jacques : son patronat sur l’Espagne est de droit divin et ne peut donc lui être retiré par des hommes. En ce même siècle, en France, ces publications incitent des auteurs opposés à l’Espagne à prendre fait et cause pour les contradicteurs, entre autres à Angers* et à Grenoble (sous la plume de l’historien du Dauphiné, Nicolas Chorier). En France, au XIXe siècle, les mouvements de rechristianisation et le Romantisme relancent l’intérêt pour Compostelle, intérêt qui prend son envol après la publication de la Bulle* Deus omnipotens. Les travaux érudits se multiplient, les uns littéraires (Joseph Bédier* ou Jeanne Vielliard*) ou d’histoire de l’art (Emile Mâle*), suivis par une pléiade de curés, originaires principalement du Sud-Ouest, dont certains furent d’éminents chercheurs, comme l’abbé Daux*. Après la guerre de 14-18, avec l’avènement de l’automobile et du tourisme moderne, les pèlerins les plus fortunés parmi les intellectuels catholiques, prennent le chemin de Compostelle et composent les premiers récits contemporains. Ainsi dès 1919, le curé doyen de Paulliac écrit-il, sous le pseudonyme de Laurent d’Arce, Sur les Routes de Compostelle, publié à l’occasion de l’année* sainte 1925, suivi par Mabille de Poncheville en 1930. Henri Ghéon (1875-1944), l’un des fondateurs de la Nouvelle Revue Française, fonde une troupe destinée à promouvoir le théâtre populaire chrétien. Il en compose le répertoire, dont La farce du pendu-dépendu et Le bon voyage ou la mort à cheval, une adaptation de l’un des miracles* de saint Jacques, celui du pèlerin malade abandonné par ses compagnons. Puis ce fut, en 1945, la publication de l’ouvrage de L. Vasquez de Parga, J.M. Lacarra et J. Uri, lauréats du prix Franco* Puis, malgré quelques voix prudentes, ce fut l’envolée et la frénésie autour de la recherche des chemins de Compostelle, orchestrée par la Société* des amis de Saint-Jacques et les publications de Jean Secret, Raymond Oursel*, Yves Bottineau*, etc.
Hôpital
Contrairement à l’idée reçue, tous les hôpitaux n'étaient pas construits pour les pèlerins et tous les pèlerins qu'ils hébergeaient n'étaient pas des pèlerins de Saint-Jacques en Galice. Au Moyen Age, ils jalonnaient les routes (sans pour autant former un “ réseau ”) et ils s’ouvraient à tous les voyageurs pauvres, le temps d’une nuit, voire davantage si le temps était trop mauvais. Selon leur implantation citadine ou rurale, selon la qualité des fondateurs, ils étaient luxueux ou très modestes. Les plus riches, comme celui d'Issoudun*, comportaient une grande salle et une chapelle, parfois unies l’une à l’autre par une galerie au-dessus d’une arche enjambant le chemin. L’accueil était assuré par un maître, des frères et sœurs hospitaliers* ainsi que des serviteurs. Le financement était assuré par des dons et par les revenus de domaines parfois très importants. Les plus modestes n’étaient parfois qu’une partie d’une chapelle dans laquelle un unique hospitalier épandait de la paille. Les seules sources de revenus étaient alors le produit de la petite exploitation cultivée tout autour par ce même hospitalier. La direction de ces établissements était souvent assurée par des communautés d’habitants ou par des seigneurs laïcs, parfois en lien étroit avec les communautés religieuses, parfois en opposition. Dans tous les cas, la chapelle était desservie par un chapelain. A partir du XVIe siècle, ces multitudes de petits établissements ont progressivement été rattachées à de plus grandes unités, qui ont fini par être regroupées en Hôpitaux Généraux aux XVIIe et XVIIIe siècles. Très curieusement, aujourd’hui encore, ces grands hôpitaux sont toujours tenus de recevoir les passants selon les mêmes modalités et, tout aussi curieusement, l’accomplissement de ce devoir d’hospitalité est toujours exigé par des vagabonds qui continuent d’arpenter les routes en se communiquant les bonnes adresses. Quant aux établissements disparus, ils ont souvent laissé leur nom à la ferme* qui les a fait vivre.
Hôpital des Rois Catholiques à Compostelle
En 1486, soit dix ans après le début de leur double règne, les Rois Catholiques* Ferdinand et Isabelle accomplissent le pèlerinage en Galice et décident d'entreprendre la reconstruction du vieil hôpital proche de la cathédrale. En 1490, Jean de Tournai passe devant sans le voir car il devait être encore en piteux état, puisque la construction ne commence qu’en 1501. Lorsqu’en mars 1512, Jehan de Zeilbeke le visite, il ne tarit pas d’éloges sur ce luxueux établissement, dont la structure est la même aujourd’hui. Les malades occupent deux étages superposés donnant sur la première cour. Certaines chambres ouvrent sur la chapelle afin que, du lit, on puisse entendre la messe. Sur la seconde cour ouvre une salle pour les femmes malades. Mais, remarque-t-il, seulement sept lits sont réservés gratuitement chaque jour aux pèlerins. Pour les autres, “ chacun qui veut loger là est logé selon son état ”, c’est-à-dire selon ses moyens, dans “ plusieurs belles chambres où on loge les gens de bien ”, à l’étage. Il ajoute que “ plusieurs belles chambres pour loger le Roi quant il y vient ou la Reine ” sont spécialement affectées à cet usage et que d’autres, garnies de “ beaux lits richement équipés de courtines ” sont mises à la disposition des “ médecins, chirurgiens et confesseurs ”. Il visite la pharmacie “ pleine de pots, flacons, boîtes et autres médecines pour les malades ” et est particulièrement surpris de voir les malades “ servis dans des vaisselles d’argent ” par des infirmiers et infirmières “ habillés comme des gens de bien ”. Il n’a sans doute pas vu les locaux destinés à loger 300 enfants orphelins qui vivent là. Imprimée en 1718, La Grande Chanson du devoir des pèlerins informe que dans cet hôpital, “ de coutume ancienne, on y prend la portion, mangeant le pain des anges qui descendirent du ciel pour notre Salut ”, une jolie manière de rappeler qu’il offre à manger aux pèlerins. Jusqu’en 1953, date de sa transformation en Parador* national, l’établissement fut le seul hôpital et orphelinat de la ville. Par devoir, le luxueux hôtel continue la tradition : d’admettre chaque jour, dix pèlerins à y prendre un repas, certes dans les sous-sols, mais après s’être servis à la cuisine de l’hôtel.
Hôpital Saint-Jacques
Le choix du vocable Saint-Jacques pour un hôpital n’implique pas une relation privilégiée avec le pèlerinage de Compostelle. On peut seulement remarquer que, lorsque d’anciens pèlerins de Compostelle fondent un hôpital, ils le font volontiers sous ce vocable. Toute une série se constitue au XIVe siècle : Saint-Jacques-aux-Pèlerins* à Paris et Saint-Jacques de Tournai* en 1319, Saint-Jacques de Nîmes* en 1321, Saint-Jacques de Blois* en 1360…. Mais ils sont strictement indépendants les uns des autres et rien n’y indique une fréquentation plus grande de pèlerins de Compostelle qui, pas plus là qu’ailleurs, n’y figurent en grand nombre. Comme tous, ils étaient construits à l'usage de l'ensemble des voyageurs, avec parfois des clauses spécifiques pour ces multiples pèlerins qui sillonnaient les routes. Une exception, l’hôpital Saint-Jacques de la Rochelle*, fondé en 1349 pour les pèlerins de Galice. Ce qui tend à confirmer l’importance des pèlerinages par voie de mer à partir de ce port. D’autres hôpitaux Saint-Jacques semblent plutôt avoir été construits pour recevoir des pèlerins venus vénérer une relique de l’apôtre, comme à Mâcon* ou bénéficier des vertus d’une fontaine guérisseuse ayant souvent été à l’origine de la fondation, comme à l’Hospitalet* dans les monts de la Margeride. D’autres enfin l’ont été parce que le fondateur se prénommait Jacques et avait une vénération pour son saint patron, ainsi celui de Montpellier* Comme à Mâcon, plusieurs de ces hôpitaux Saint-Jacques ne se sont réclamés de Compostelle qu’à partir de la fin du XVIe siècle. Ils l’ont fait pour se défendre d’une confiscation de leurs biens au profit d’hôpitaux plus importants. La première menace fut un édit de François Ier signé en 1528. Les réglementations royales se poursuivirent, 1561, 1566… jusqu’à la décision radicale prise par Louvois au nom de Louis XIV en 1672, qui ordonnait que tous les établissements charitables n’exerçant plus la charité soient réunis à l’ordre de Saint-Lazare (en 1693, ils en ont été retirés pour être unis à de plus grands hôpitaux qui devinrent les Hôpitaux Généraux). Des procès ont été intentés et l’un des systèmes de défense des hôpitaux Saint-Jacques menacés a été de se prévaloir de leur vocable pour prétendre que, dès leur fondation, ils avaient reçu les pèlerins de Compostelle et qu’ils continuaient à le faire. Sans plus chercher, l’histoire contemporaine a ensuite adopté ces arguments comme s’ils avaient été basés sur des documents authentiques.
Hospice
Ce mot, parfois employé à tort, n’est pas synonyme d’hôpital. Il n’apparaît que tardivement, fin XVIIe, pour désigner une maison accueillant des voyageurs et des pèlerins.
Hospitalet (col de l')
La petite route qui unit Saugues* à Aumont-Aubrac* franchit les monts de la Margeride par le col de l’Hospitalet situé à 1304 m. d’altitude. Un peu en contrebas, à 1280 mètres, de part et d’autre de la limite de deux départements, une fontaine* (en Haute-Loire, commune de Chanaleilles) et une chapelle Saint-Roch* (en Lozère, commune de Lajo). Le lieu est très désert et on à peine à imaginer que, jusqu’au XVIe siècle, il y eut là tout un village né autour d’un petit hôpital* (20 m. x 8) fondé, dit-on, en 1198 auprès d’une fontaine réputée pour guérir les maladies de peau et celles des yeux. Une chapelle en angle (8 x 4 m.) et un cimetière complétaient ce lieu d’accueil. L’ensemble fut placé sous le vocable Saint-Jacques. Les bâtiments ouvraient sur une place formant le cœur d’un village. Alentours se groupaient maisons, granges et jardins des villageois, le tout entouré de murs. Au-delà, des champs, des prés et des bois. L’hôpital était géré par des frères hospitaliers, les donats*, ainsi que par des serviteurs. Tout au long de l’année, ils accueillaient des voyageurs et des pèlerins passants, ainsi que les nombreux pèlerins qui venaient en ce lieu chercher la guérison à la fontaine. Comme dans tous les sanctuaires* locaux, un pèlerinage solennel avait lieu le jour de la Saint-Jacques, le 25 juillet. Un récit de 1340 décrit l’affluence des pèlerins dès la veille, comme le voulait la coutume. De graves incidents ont conduit à interdire, d’année en année, le port d’armes à tout arrivant. Il semble en effet que la richesse de l’hôpital et du village ait excité bien des convoitises. Sans que l’on en connaisse la raison, toute cette communauté s'éteignit progressivement à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. Seules la chapelle et la fontaine sont restées, passant progressivement sous le vocable Saint-Roch* (en 1650, on donne le double vocable), qui l’emporte définitivement au XVIIIe siècle. La chapelle disparaît alors. L’hôtel-Dieu du Puy* dont dépendait ce village s’en désintéresse totalement (contrairement à l’idée reçue, jamais les Templiers* n’ont été présents : la donation faite au Puy par l’évêque de Mende* est déjà mentionnée en 1216). En 1712, le lieu réintègre tacitement le diocèse de Mende et les habitants de Lajo viennent y chercher des pierres pour construire leur église. En 1869 un curé de Saint-Alban commence à redonner vie à la fontaine. Un curé de Lajo reconstruit une chapelle mais en ayant soin de la placer sur sa paroisse (diocèse de Mende), alors que la première se trouvait sur le terroir de Chanaleilles (diocèse du Puy). En 1897, 1910 et 1930 des orages ou tempêtes l’endommagent gravement mais elle est chaque fois reconstruite. Aujourd’hui, la chapelle est sur le GR* 65. Saint Jacques est bien oublié, malgré le passage de nombreux pèlerins en route vers Compostelle via Conques*. La fête patronale a toujours lieu, mais le jour de la fête de saint Roch.
Hospitalier
Sous l’Ancien Régime, l’hospitalier est celui qui gère la maison hospitalière et reçoit tous les arrivants, quels qu’ils soient. Il remplit parfois le rôle du maître lorsque celui-ci ne réside pas sur place. Dans les petites unités, il est en même temps exploitant agricole, d’où la tentation progressive, lorsque personne ne demandait de comptes, de ne plus accueillir quiconque afin de garder les revenus. Aujourd’hui, d’anciens pèlerins qui veulent “ rendre ce qu'ils ont reçu sur le chemin ” se font hospitaliers bénévoles pour un temps limité dans des lieux d'accueil qui reçoivent des pèlerins. Ils apportent l'assistance et les conseils sortant du cadre des relations commerciales habituelles. Il peut malheureusement arriver que cette main-d’œuvre gratuite évite le recours à des emplois salariés. Certains gîtes* fonctionnent uniquement avec des hospitaliers bénévoles qui peuvent être comparés aux donats*. C'est le cas en particulier de l'Hospitalité Saint-Jacques d'Estaing*.
Hospitalité
Au Moyen Age, le devoir d’hospitalité faisait partie des sept œuvres de Miséricorde*. Il devait être exercé autant par les laïcs que par les clercs. La création des hôpitaux* a été une première forme d'organisation collective pour l'exercice de ce devoir, principalement à l'égard des pauvres. Aujourd'hui, sur les chemins de Compostelle, l'hospitalité est pratiquée par des communautés et des particuliers s'inspirant de cette tradition chrétienne d'ouverture et d'accueil* désintéressé. En Espagne, certains sont devenus de véritables figures*. Elle l’est aussi par des organismes commerciaux. D'anciens pèlerins se font aussi un devoir d’apporter leur contribution en se faisant temporairement hospitaliers* bénévoles dans ces structures d’accueil. Ainsi présentée comme une tradition médiévale, l'hospitalité est parfois considérée par les pèlerins comme un dû. La formule Priez* pour nous à Compostelle, popularisée par Barret et Gurgand* peut aussi leur donner le sentiment qu’ils remplissent, en quelque sorte, une fonction sociale méritant la reconnaissance par l’accueil.
Humilité
Tout au long de sa marche* le pèlerin apprend l’humilité. Il lui arrive de devoir accepter ses propres limites physiques. Il expérimente le besoin qu’il a de recourir à l’aide d’autrui, pour demander son chemin, faire remplir sa bouteille d’eau, chercher une cabine téléphonique, un commerce… Apprendre à demander est un des bénéfices* du chemin.
Hymne à saint Jacques
Chant accompagnant la cérémonie du Botafumeiro.

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