| Jacobée
Voir herbe de saint Jacques
Jacobite
Nom des fidèles d'une église orientale dissidente que les
catholiques prétendent née au VIe siècle dont le
nom dériverait de celui de son fondateur, Jacques Baradaï.
L'église jacobite affirme, elle, tenir son nom de l’apôtre
Jacques, lequel serait l’auteur d’une liturgie utilisée
jusqu’au XIIe siècle à Antioche, Jérusalem
et Chypre dans des églises de rites catholiques admis par Rome.
Quel serait cet apôtre ? Selon Michel le Syrien, patriarche jacobite
d’Alexandrie au XIIe siècle, ce serait Jacques, fils de Zébédée,
ce que prétend encore le voyageur Pierre Belon au XVIe siècle.
Certains membres de l'église jacobite actuelle se réclament
encore de l'apôtre Jacques, sans préciser lequel.
Jacobéen, jacobite, jacobipète
Adjectifs dérivés de Jacques ou Jacob désignant ce
qui est relatif à saint Jacques. Employés comme substantifs,
ces mots ont désigné les pèlerins de Compostelle,
les senjaqués des parlers languedociens et les jacobipetae des
hagiographes latins (voir romieu). Tous ces mots ont été
remplacés par “ jacquet ” qui prévaut aujourd’hui.
Jacquaire
Adjectif, sans doute dérivé de “ sentjacquaire ”
qui a désigné jusqu’aux années 1950 les pèlerins
de Saint-Jacques. Jacquaire est utilisé depuis les années
1980 dans le milieu des pèlerins de Compostelle. Il a progressivement
remplacé les adjectifs plus anciens comme jacobéen*, jacobite,
jacobipète. Il qualifie la plupart des associations d’anciens
pèlerins de Compostelle et progressivement tout ce qui se rapporte
à saint Jacques, on parle ainsi de patrimoine jacquaire même
sans lien avec le pèlerinage.
Jacquerie
Dès 1356, le chroniqueur Jean de Venette explique que “ les
nobles commencèrent, pour tourner en dérision la simplicité
des paysans et des pauvres gens, à leur donner le nom de Jacques
Bonhomme. On désigna dès lors les paysans sous le nom de
Jacques ”, sans doute à cause de la fréquence de l’attribution
du prénom Jacques parmi les paysans. Le soulèvement des
paysans d’Ile-de-France en 1358 fut tout naturellement désigné
comme une “ jacquerie ”
Jacques (prénom)
- Prénoms masculins
Jacques (Jacque ou Jakmes) n’apparaît guère en France
avant la fin du XIIe siècle. A la fin du XIIIe, 5,5% à Sailly
(Pas-de-Calais) ; au XIVe siècle, entre 0,5 et 2,5% en Normandie
; au XVIe siècle à Issoudun 3,8% et 7,5% à Saint-Pol
(Pas-de-Calais) ; à Coutances, 5% aux XVIIe et XVIIIe siècles,
à Leucate (Aude) 5% au XVIIe et 9% au XVIIIe. A cette forme se
substitue souvent, à partir du XIIIe siècle, la forme savante
venue de l’hébreu, Jacob, latinisé en Jacobus. En
France, on trouve les dérivés Jacquet, Jacquemin, Jacquelin,
Jaume en provençal, Jamet, Jaime dans les Pyrénées,
James en Aquitaine, dérivé de l’Anglais et transformé
parfois en “ Jemme ” ou “ Gemme ”, prénom
féminin.
- Prénoms féminins
Les répliques féminines sont Jacqueline, Jacquette, Jaquemine,
Jacquotte. Jame a donné Jamine, Gemme. Assez rare, Jacquine. Il
semble que ce dernier prénom ait été mal compris
par le peintre de cette assiette de mariage, un classique objet* de piété
domestique (car il s’agit bien d’une assiette de mariage et
non de l’annonce d’un départ à Compostelle).
Au lieu d’écrire le nom de la jeune mariée, officiellement
nommée “ Jacquine Chaslot ”, le peintre a marqué
“ je quitte Chalotte ”, Chalotte étant la façon
usuelle de désigner la fille de Chaslot.
- Jacques en Europe
Allemagne : Jakob ; Angleterre : James ; Espagne : catalan, Jaume ; castillan,
Jacobo, Jaime, Diego, Iago, Santiago (Sant Iago) ; galicien, Xacobo, Iago
; basque, Jagoba, Jakua (Le chemin de saint Jacques au pays basque est
indiqué Donejakua bidea (done=saint , bidea=chemin) ; Italie :
Giacobbe, Giacomo ; Portugal : Jaco, Jaime, Diogo, Iago, Tiago.
Jacques (maître)
Voir Maître Jacques
Jacquet, jacquot
Si “ jacquet ” désigne un pèlerin de Saint-Jacques
(ainsi dans champ jacquet), il est bien plus souvent le diminutif de Jacques.
Mais en Berry, à Neuvy-Saint-Sépulchre*, le jacquet est
un crapaud gris à ventre jaune. Les sorciers le capturent la nuit,
avant qu’il n’ait trois jours ; ils lui attachent un fil rouge
à la patte et le font sauter dans une écuelle pour faire
tarir le lait des vaches du voisin. D’où l’expression
“ avoir le jacquet chez soi ” qui signifie être ensorcelé.
“ Jacquot ” est moins utilisé et a pris un sens péjoratif.
L’utilisation de ce mot pour désigner un perroquet est sans
doute dérivée de jacqueter*.
Jacqueter
Bavarder. Au XVIe siècle, les statuts de la confrérie Saint-Jacques
de Chalon interdisent de “ jacqueter pendant les processions ”,
d’où les jacquots*, animaux parleurs.
Jacquette
Coffret de pèlerinage ou boîte de jeux, d’où
le jeu de jacquet. C’est aussi une pièce de vêtement,
à l’origine pourpoint du paysan, le jacques*.
Jacques de Montmayeur
Voir Montmayeur
Jacques (saint)
Contrairement à une expression couramment employée aujourd’hui,
il n’y a pas eu de “ saint Jacques de Compostelle ”,
comme il y a eu “ saint François d’Assise ”.
Saint-Jacques-de-Compostelle n’est pas un personnage mais une ville
où est vénéré l’apôtre Jacques,
fils de Zébédée. Mais il y a eu d’autres personnages,
également reconnus comme saints, portant ce nom de Jacques. Peu
de textes parlent de l’apôtre. Pour bâtir son histoire
Compostelle a emprunté des éléments aux Vies et aux
légendes de ces autres saints. Si aujourd’hui saint Jacques
nous apparaît multiple, pour le fidèle du Moyen Age, il n’y
avait qu’un saint Jacques, l’apôtre. Chacun s’appropriait
le sien (c’est “ nout’ ” saint), sans se soucier
de son identité, surtout s’ils en possédaient une
relique*. Ces différents saints Jacques* se retrouvent sous une
identité commune et dotés de pouvoirs* similaires. Quelle
que soit son identité et sa localisation, saint Jacques apôtre
est patron* des pèlerins et des marchands, patron des bateliers
et des marins. Il est aussi invoqué comme passeur des âmes*,
thaumaturge* ou exorciste*.
Jacques (saints du Nouveau Testament)
Les théologiens ont toujours hésité sur l'identité
à accorder aux “ Jacques ” cités dans le Nouveau
Testament. Quatre saints personnages peuvent être dégagés
qui ont été parfois rapportés à trois, à
deux, voire à un seul, “ l'apôtre ”, cet apôtre
qui fut chargé d’évangéliser l’Occident
et qui a laissé des traces de son passage dans différentes
régions, en particulier en Tarentaise*, en Bretagne et en Poitou.
- Jacques, fils de Zébédée, frère de Jean
Jacques et Jean étaient pêcheurs et ont répondu à
l'appel de Jésus (Mt 1, 19 et 4, 21 ; Lc 5, 10). Ils font partie
des douze apôtres (Mt 10, 2 ; Lc 6, 14). Jésus a donné
le surnom de Boanergès* (Mc 3, 17 ; Lc 9, 54). Ils apparaissent
dans plusieurs événements importants sa vie. Ils sont avec
lui lors de la résurrection de la belle-mère de Pierre (Mc1,
29) et celle de la fille de Jaïre (Lc 8, 51 ; Mc5, 37). Encouragée
peut-être par les faveurs dont ils jouissent, leur mère réclame
pour eux des places privilégiées (Mat 20, 20) ; eux-mêmes
font cette demande (Mc10, 35), à l'indignation des autres (Mc 10,
41). Ils assistent à la Transfiguration* (Lc 9, 28 ; Mc 9, 2 ;
Mt17, 1). Avant la Passion ils font partie du petit groupe (Pierre, André,
Jacques, Jean) qui recueille un enseignement particulier, “ à
l’écart ” (Mc 13, 3). Avec Pierre encore, ils sont
invités à veiller pendant l’Agonie* de Jésus
à Gethsémani sur le mont des Oliviers (Mc14, 33 ; Mt 26,
37) et, après la Crucifixion, attendent l'Esprit Saint (Ac 1, 13).
Après la Résurrection, Jean les montre encore avec quelques
disciples au bord du lac de Tibériade pour une pêche miraculeuse
au petit matin (Jn 21, 2). Plus tard, Jésus se rend visible aux
Onze tandis qu'ils étaient à table… “ Allez
par tout l'Univers, clamez l'annonce à toute la création"
(Mc 16, 14-16). Jacques est le premier apôtre à imiter son
maître en acceptant le martyre*. Tardivement, Jacques fils de Zébédée,
est dit le Majeur. A partir du VIIIe siècle, il entre dans la légende*
de Compostelle.
- Jacques (fils d'Alphée)
Il est cité parmi les douze apôtres (Mt 10, 3 ; Mc 3; 18
; Lc 6, 15 ; Ac 1, 13). Il est dit le Mineur ou le Juste. Il est parfois
confondu avec Jacques, frère du Seigneur.
- Jacques (frère du Seigneur)
Dans les Evangiles, Jacques est cité comme frère de Jésus
(Mt 13, 55), fils du charpentier et de Marie comme “ Joseph, Judas
et Simon ”. La Vierge Marie est l'une des Trois Maries*, les deux
autres étant Marie-Madeleine, l'autre Marie-Salomé, mère
des fils de Zébédée (Mc 6, 3, 15, 40, 16, 1 ; Mt
27, 56 ; Lc 24, 10). Marc le nomme Jacques le Petit. C'est lui que Paul
rencontre “ je n'ai vu que Jacques, le frère du Seigneur
(Ac 21, 18 ; Ga 1, 19). Jude lui-même se dit “ frère
de Jacques ” (Jd 1, 1), ce qui est dit aussi dans les Actes des
apôtres (1, 13). Luc (6, 16) fait de Jude le “ fils de Jacques
” et non plus son frère. Dans un souci de rigueur, on a tendance
à amalgamer le frère du Seigneur et le fils d'Alphée,
ce dernier devenant Cléophas pour coïncider avec la Sainte
Parenté*
- Jacques auteur de l'Epître
L'auteur de l'Epître de Jacques se définit ainsi : “
Jacques, serviteur de Dieu et du Christ Jésus, le Seigneur, salue
les Douze tribus dispersées dans le monde ”. Si les théologiens
d'aujourd'hui savent que l'auteur de cette lettre n'est pas un apôtre
(tout en hésitant sur la date de la rédaction), il n'en
a pas toujours été de même. Au Moyen Age, de nombreux
théologiens l'attribuent à Jacques le Majeur. Le XIXe siècle
a semblé trancher en faveur du Mineur, mais, jusqu'au XXe siècle,
certains Espagnols (dont Franco*) s'y réfèrent pour justifier
la lutte contre le communisme, en référence à ce
passage maintes fois repris : “ sans œuvres la foi est morte
”. Un autre passage, celui de l'onction aux malades, a conduit au
sacrement de l'Extrême-onction*
Jacques (autres saints)
A d’autres Jacques que ceux du Nouveau Testament (ou aux mêmes)
sont attribués des textes qui n’ont pas été
retenus dans le Canon de l’Eglise, Protévangile* de Jacques,
Actes* de Jacques. Lors des Croisades, des saints Jacques orientaux ont
été découverts. Plusieurs siècles avant l’invention
du tombeau en Galice, on trouve dans leurs Vies des éléments
qui seront repris par la légende* de Compostelle. Ainsi, Théodoret
de Cyr, au Ve siècle, présente Jacques de Nisibe, un saint
ressemblant à Jacques le Juste qui apparait au cœur des batailles
et Jacques de Cyr, dit “ Le grand Jacques ”, porteur de lourdes
chaînes. Ces Vies orientales ont certainement inspiré les
rédacteurs occidentaux, souvent sollicités, dès le
XIIe siècle pour écrire des biographies, dans le cadre de
la réforme grégorienne, en un temps où il fallait
réorienter les croyances populaires encore très teintées
de paganisme. Au XIIIe siècle, Jacques de Voragine, dans la Légende
Dorée, présente d’autres Jacques orientaux : l’Intercis,
martyr perse mort découpé en petits morceaux durant neuf
heures, en commençant par les doigts de la main ainsi qu’un
Jacques breton, archevêque d’Antioche (dans la légende
des Onze Mille Vierges). En France, il existe deux saints Jacques dont
les Vies ont été rédigées tardivement, saint
Jacques de Tarentaise* au XIIe siècle et saint Jacques de La Chapelle-d’Angillon*
au XVIe.
- Saint Jacques en Bretagne
Du sud au nord de la Bretagne on retrouve trace du passage du saint apôtre
parti évangéliser l’Occident : à Saint-Gildas-de-Rhuys,
un fond marin et une pointe de la côte portent son nom comme s’il
était surgi de la mer. Tout proche est le bourg Saint-Jacques dont
on disait encore en 1636 que c’est celui “ par où …
saint Jacques passa, et que c'est le chemin de saint Jacques ou Voye lactée
”. La légende alimente une longue querelle avec Redon : saint
Jacques marchait sur le ruban d’écume blanche qui, avec la
marée, remontait la Vilaine (ce qui n’existe plus depuis
la construction du barrage d’Arzal en 1970) : “ Il était
fatigué et voulait s’arrêter à Rieux qui était
une grande ville ; mais cette ville était pleine de Huguenots et
ces mécréants ne permirent point à saint Jacques
de se reposer sur ce bord inhospitalier. Le saint, irrité, s’écria
d’un ton prophétique O ville de Rieux, tu seras détruite
! Et, continuant sa route, il alla fonder la ville de Redon ”. Une
autre fois, saint Jacques remontait la Vilaine dans une barque. Près
de Rieux, des lavandières se moquent de lui. Alors l’apôtre
maudit Rieux, qui commença de s’appauvrir au profit de Redon.
Ces deux versions ajoutent que, en mémoire de cela, on appela “
chemin de saint Jacques ” le ruban d'écume qui couvrait parfois
la Vilaine. Une autre légende raconte que le Yaudet, avant-port
de Lannion aurait été évangélisé par
les compagnons de Joseph d’Arimathie, dont saint Jacques. Des faux*
qui circulent en Espagne au XVIe siècle se font l’écho
de ce passage de saint Jacques en Bretagne : “ En l’an 41,
Jacques visita les Gaules et les Bretagnes et les places fortes de la
région de Vannes où il prêcha ”. Pas étonnant
que, mort, saint Jacques y soit revenu :
- Saint Jacques de Locquirec*
(Finistère, ar. Morlaix, c. Lanmeur)
“ Une nuit, des marins virent sur la mer une barque étrange,
en forme de huche à pétrir, qu'enveloppait une nuée
lumineuse. Elle venait vers le rivage, contre vents et marées,
sans voiles, sans équipage, sans gouvernail. Quand elle eut abordé,
les gens s'approchèrent et virent, étendu dans le fond,
le corps d'un moine vêtu d'un habit de pèlerin. Des pêcheurs
qui avaient voyagé reconnurent saint Jacques et dirent c'est saint
Jacques, d'Espagne ou de Turquie. Il vient pour faire des miracles dans
notre contrée. Recevons-le avec respect, d'autant plus que saint
Kirec est bien vieux ”. Cette légende a été
recueillie par écrit à la fin du XIXe siècle, mais
elle semble dater du début du XVIIe siècle, du temps où
la Contre-Réforme* se préoccupa de mettre de l'ordre dans
le calendrier des saints. Le saint patron, Kirec, peu conforme aux nouvelles
exigences de l'Eglise, fut remplacé par saint Jacques, qui connut
à cette époque un regain de ferveur. Peut-être a-t-on
pensé à lui parce que deux familles nobles du village portaient
des coquilles dans leurs armes ? Comme Kirec, il avait le pouvoir de protéger
les enfants morts, voire de les ressusciter (c’est sans doute pourquoi
la procession est ouverte par deux enfants en costume, l’un représentant
saint Jacques, l’autre saint Kirec). Après la Révolution,
une fois détruits le corps de saint Jacques et son reliquaire,
une goutte de son sang resta comme seule relique*.
- Saint Jacques de Turquie
Ce “ saint Jacques de Turquie ” mentionné à
Locquirec se retrouve à Pouldavid* et dans la chanson populaire
de Yann* Derrien. Il est possible que cette introduction soit liée
aux accords de commerce signés avec la Turquie dès le règne
de François Ier. Ces traités impliquaient que des Bretons
traversent la Méditerranée sur laquelle ils prétendaient
ne pas naviguer, pour travailler dans des pays aux mains d’Infidèles
qu’on leur avait toujours présentés comme infréquentables.
Il est possible que ces légendes s'inscrivent dans ce contexte
de propagande, tout comme le faisait le livre de Pierre Belon du Mans
dans son livre publié en 1553, Observations de plusieurs singularités
et choses mémorables de divers pays estranges, qui soulignait “
qu’il est permis à toutes les religions chrétiennes
vivant en Turquie d'avoir chacune son église à part. Car
les Turcs ne contraignent personne de vivre à la mode Turquoise,
ainsi est permis à un chacun vivre en sa loi ”. Il pouvait
en outre les rassurer en rappelant que là-bas vivaient aussi des
chrétiens : “ les Jacobites* sont de la religion convertie
à la foi par saint Jacques le Majeur ”. Cela leur permettait
de relire la Légende Dorée* où, dans la légende
des Onze mille vierges, l’archevêque d’Antioche était
un breton appelé Jacques.
- Saint Jacques en Tarentaise
Au XIIe siècle, était vénéré en Tarentaise*
un saint Jacques qui devait être assimilé à l’apôtre,
évangélisateur de l’Occident. Comment a-t-il pu disparaître
? En 1108, Guy de Bourgogne (futur pape Calixte II*) devint en même
temps archevêque de Vienne et tuteur de son neveu, le futur Alphonse
VII*, héritier du trône de Castille. En accord avec l’archevêque
de Compostelle, Diego Gelmirez*, il se préoccupa d’augmenter
la renommée de Compostelle et s’avisa de l’ombre que
pouvait lui faire le diocèse de Tarentaise qui faisait partie de
son propre archevêché. Comment saint Jacques aurait-il pu
évangéliser à la fois la Tarentaise et la Galice
? Guy de Bourgogne aurait alors pris la plume et écrit, en bonne
et due forme, une histoire visant à prouver que le saint n’avait
pas évangélisé la Tarentaise avant le Ve siècle.
Il la compléta d’un récit de miracles. Il offrit ensuite
ce texte, non signé bien sûr, au chapitre cathédral
de Moutiers, en même temps qu’un récit de la translation*
de saint Jacques en Espagne et un récit de ses miracles, afin de
bien faire comprendre la différence entre les deux saints. A-t-il
vraiment convaincu ? Rien de moins sûr. Dans les années 1640,
le père Jésuite Pierre-François Chifflet émettait
déjà l’idée d’un faux* écrit par
Guy de Bourgogne car, disait-il “ nous lisons que celui-ci a écrit
plusieurs vies de saints. Or la Tarentaise est dans la province de Vienne.
Et, dans notre manuscrit, cette Vie fait suite au livre de Calixte sur
la translation et les miracles de saint Jacques apôtre en Espagne
”. De fait, un missel de Tarentaise daté du Xe siècle
(bibliothèque publique de Genève) ne mentionne pas saint
Jacques mais saint Marcel, son successeur d’après la légende.
Et, toujours selon Chifflet, l’évangélisation de la
Tarentaise serait bien antérieure au Ve siècle. Il est donc
fort possible que la plume alerte de Calixte II ait simplement transcrit
quelques-uns des miracles qui se racontaient dans la vallée. Elle
n’aurait cependant pas tout repris car, étrangement, d’autres
miracles font partie du fonds populaire local, dans lesquels saint Jacques
est aux prises avec le diable, soit dans les profondeurs des mines de
plomb argentifère de Mâcot-la Plagne, soit à Granier
(où le saint est représenté en pèlerin), soit
sur le mont* Saint-Jacques. Ces légendes ne seraient-elles pas
des réminiscences de celles qui se racontaient avant le XIIe siècle
et qui seraient restées dans la culture orale ? A ces saints, on
pourrait en rajouter d’autres, postérieurs. Par exemple,
au XVIIe siècle, les Dominicains fêtaient le 23 août
un membre de leur congrégation, saint Jacques de Bevagna, mort
en 1401.
Jacques Ier d’Aragon
Jacques (Jaume en catalan) Ier d’Aragon (1208-1276) fut baptisé
du nom de l’apôtre Jacques par sa mère Marie de Montpellier*
qui s’était conformée à une coutume locale.
Le roi en personne raconte : “ elle fit faire douze cierges chacun
d’un poids et d’une taille semblables et les fit allumer en
même temps, et à chacun fit mettre le nom d’un des
apôtres et promit à Notre Seigneur que celui qui durerait
le plus, celui-là donnerait mon nom. Et dura celui de saint Jacques
trois travers de doigt de plus que les autres. Et pour cela et par la
grâce de Dieu qu’on me donna le nom de ce saint apôtre
”. (Aujourd’hui encore, cette manière de procéder
est parfois utilisée en Vallespir). Toute sa vie, Jacques Ier se
référa à son saint patron qu’il considérait
comme l’auteur de l’Epître*. Il ouvre son Livre des
faits par ces phrases qui y font référence : “ Mon
seigneur saint Jacques fait ce reproche : la foi sans les œuvres
est lettre morte ; il dit encore que quand elles sont conjuguées,
elles produisent leur fruit ; c’est celui qui conjugue foi et œuvres
que Dieu veut recevoir en sa demeure. Sans doute avions-nous des qualités
natives, mais nos œuvres nous ont amélioré ”.
Jacques Ier nomme également son fils Jacques (le futur roi de Majorque)
et on lui doit l’hôpital Saint-Jacques de Montpellier et,
sans doute, l’église Saint-Jacques de Perpignan*. Après
lui, les nobles commencèrent à donner le prénom –jusque
là peu fréquent– de Jaume à leurs enfants et
la coutume s’est ensuite étendue à l’ensemble
de la société.
Jais
Dès le XIIe siècle, Compostelle était réputée
pour le travail de ses orfèvres qui offraient aux pèlerins
des objets-souvenirs réalisés en différentes matières,
en particulier en jais. Le jais est une variété de lignite
dure, noire, plane et se prêtant bien au polissage. Il provient
du bois de conifères qui se sont très progressivement fossilisés
en charbon. En Espagne on en trouve en Léon, en Aragon, en Galice.
La meilleure qualité provient des Asturies, de mines proches d’Oviedo.
Depuis l’Antiquité, on appelle aussi le jais “ambre
noire”, à cause de ses propriétés magiques
analogues à celles de l’ambre. Les tailleurs de jais se sont
différenciés peu à peu. En 1443, ils forment un groupement
de métier indépendant, avec des dynasties familiales très
fermées qui ont le monopole de la fabrication et de la vente de
leurs produits dont ils garantissent la qualité. Ateliers et magasins
sont groupés aux alentours de la cathédrale mais ce n’est
qu’au XVIIIe siècle qu’ils se cantonnent “ place
des azabacheria ” (en espagnol, jais se dit azabaches). Après
avoir failli disparaître, la production connaît un nouvel
essor depuis la fin des années 1930. Aujourd’hui comme hier
on fabrique en majorité des petites pièces, moins coûteuses,
coquilles, statuettes, pendentifs, bénitiers, rosaires et chapelets.
Janin (Louis), dit el mago
L’une des figures* les plus discrètes du chemin est sans
conteste Louis Janin, né en 1923. Tout a commencé par une
conférence de Raymond Oursel*, à Annecy, vers 1962. L’année
suivante, son épouse, Denise, lui offrait l’édition
originale du Guide* du pèlerin traduit par Jeanne Vielliard*. En
1963, disposant d’une douzaine de jours, il a commencé sa
marche en couvrant la distance Pampelune-Compostelle. Et, chaque année,
il est revenu, plus ou moins longtemps. Depuis 1994, il double ses marches
de la fonction d’hospitalier* qu’il exerce en relation avec
don José Ignacio (voir Logroño) et selon les mêmes
principes. Il choisit toujours un village où n’existent ni
épicerie, ni bar, ni restaurant. Il attend le pèlerin, lui
porte son sac, lui ouvre la maison, l’invite à sa table,
lui sert le petit déjeuner et l’accompagne un bout de chemin
après l’avoir muni d’un sandwich. C’est pour
lui, dit-il, sa façon de vivre l’Evangile et de remercier
les Espagnols qui l’ont si souvent aidé.
Jayet
Synonyme de jais*
Jean de Lancastre
Voir Lancastre
Jean de Tournai
Voir Tournai
Jean-Paul II
Parmi ses nombreux voyages, Karol Wojtila (18 mai 1920-2 avril 2005),
pape sous le nom de Jean-Paul II (1978) en a consacré deux à
Compostelle. En 1982, il a voulu être lui-même pèlerin
de Saint-Jacques à titre personnel. De Compostelle, il a lancé
un appel à l’Europe pour qu’elle retrouve ses “
racines chrétiennes ”, donnant à sa démarche
une autre dimension. En 1989 il y a convoqué les JMJ* (Journées
Mondiales de la Jeunesse), contribuant ainsi à faire plus largement
connaître à ce pèlerinage.
Jessé (arbre de)
Représentation de la généalogie humaine du Christ,
inspirée par une vision du prophète Isaïe (11, 1) :
“ Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton sortira
de ses racines ”. Habitant de Bethléem issu de la lignée
du patriarche Juda. Il fut le père du roi David et ancêtre
de Salomon, puis de Roboam père de Marie. Cette intégration
de la mère de Jésus dans la descendance de David est due
aux commentateurs médiévaux qui ont fait du rameau (virga)
l’image de la Vierge (virgo). Cette généalogie a inspiré
les imagiers du XIe au XVIe siècle : de Jessé couché
à terre jaillit un arbre dont chaque branche porte un des ancêtres
de Jésus. A Compostelle, le trumeau*du Porche de la Gloire, sculpté
en arbre de Jessé, est une étape importante de la gestuelle*
des pèlerins. Il est couronné par la statue de saint Jacques
qui accueille les pèlerins, signe d’une dévotion commune
à l’apôtre et à la Vierge.
Jeu de l’oie
Quelques passionnés de mystère éditent un “
jeu de l’oie jacquaire ”, inspiré des remarques des
amateurs d’ésotérisme selon lesquels le chemin de
Compostelle est balisé de toponymes venus de cet oiseau : Oie,
Auch, Ouche, Oca, Oja ou du jars, ainsi que de signes en forme de pied
palmé. Ces marques seraient la projection sur terre de la Voie*
lactée. Le mot aurait les mêmes racines que “ oreille
” et “ entendre ”. Le jeu de l'oie permettrait ainsi
de mieux comprendre le monde. Son tracé en forme de spirale rappelle
le labyrinthe à parcourir pour arriver à cette connaissance.
Pont, puits, prison, mort sont autant de figures du parcours du pèlerin,
chaque obstacle étant inspiré des étapes du chemin.
Lauzerte et Logroño ont dessiné ce jeu dans l’espace,
le premier sous forme d’un jardin, le second sous forme d’un
dallage géant sur une place de la ville, près de la fuente
de peregrinos.
Jeu de rôles
A observer les pèlerins, au cours des siècles, leur démarche
apparaît comme un gigantesque “ jeu de rôles ”
prenant place dans la série des fêtes et des cultes. Le pèlerinage,
en effet, obéit à des règles qui sont celles du théâtre,
voire même du théâtre religieux. Par essence, il a
un commencement et une fin. Il se déroule sur une scène,
l’espace bien délimité de la route, bornée
dans sa longueur par le point de départ et d’arrivée
et dans sa largeur par des lois qui codifient des usages. Autrefois, la
règle voulait que le pèlerin ne franchisse pas une limite
latérale au delà de la route faute de quoi la protection
qui lui était due disparaissait. Le pèlerinage médiéval
se déroulait au milieu des autres voyageurs, dans le décor
offert par les auberges, les nombreux hôpitaux et sanctuaires jalonnant
les routes. Aujourd’hui la scène est marquée par des
balises* sur des chemins spécifiques dont peu osent dire qu’ils
se sont écartés. Les pèlerins se retrouvent entre
eux dans des gîtes mais tous, y compris les non-croyants, recherchent
les croix, les oratoires et les églises, ainsi que les coquilles
et autres marques diverses, parfois visibles pour le seul “ initié
”. Le costume est très important, hier connu surtout par
l’imagerie religieuse, aujourd’hui conforme à l’équipement
des randonneurs mais obligatoirement distingué par la coquille.
Le scénario est simple, identique pour chaque acteur-pèlerin
; il s’agit de trouver son chemin, de surmonter des épreuves
et d’arriver au but. Certains y voient la référence
à des situations connues, jeu de piste (les anciens scouts), terrain
de manœuvres (les anciens militaires), “ jeu* de l’oie
” (les rêveurs et les amateurs d’ésotérisme),
jeu de l’aventure (les sédentaires en mal de mobilité).
D’autres le transforment en chemin de croix ou en parcours initiatique.
Il ne faut pas oublier le jeu éminemment religieux de la longue
liturgie en forme de procession, en se souvenant que, longtemps, procession
et pèlerinage ont été des mots synonymes. Quant aux
personnages, la littérature et l’imagerie offrent quantité
de modèles et de recettes pratiques, aussi valables aujourd’hui
qu’hier : le riche joue au pauvre, le pauvre se donne la fonction
sociale dont il rêve, l’évêque et le patron se
fondent dans l’anonymat. Quel qu’il soit, consciemment ou
non, chaque pèlerin joue donc un “ jeu du pèlerinage
”, ainsi d’ailleurs que les hospitaliers, les prêtres,
les autorités locales qui endossent un second rôle, celui
de la charité auquel ils se sentent plus ou moins tenus et, au
demeurant, plus facile que d’ouvrir leur porte à de “
vrais ” pauvres. Ce jeu se déroule devant une infinité
de spectateurs qui y prennent part à leur façon, les habitants*
regardent passer le pèlerin et parfois lui demandent “ Priez
pour nous à Compostelle ”, les journalistes écrivent
des scénarios et font des reportages, les téléspectateurs,
aventuriers en chambre, se font berner par des émissions pseudo-scientifiques.
Lointain ou proche, le pèlerinage est rejoué à l’infini,
répété d’année en année ou évoqué
(autrefois dans les confréries d’anciens pèlerins,
aujourd’hui dans les associations* jacquaires et les récits*
de pèlerins). Ce théâtre magique est ouvert à
chacun quelle que soit sa place dans la société et ses convictions
religieuses. En guise d’applaudissements, la Compostela* est délivrée
au vu d’un carnet* dûment tamponné.
JMJ
Journées Mondiales de la Jeunesse, une nouvelle forme de célébration
inventée par Jean Paul II* pour atteindre et mobiliser les jeunes
de la fin du XXe siècle. Elles se tiennent tous les quatre ans
dans un pays différent. Les quatrièmes ont eu lieu à
Saint-Jacques-de-Compostelle en 1989 où 600 000 jeunes ont réfléchi
à la question suivante du pape : “ Pourquoi êtes-vous
ici, jeunes gens des années 90 et du XXe siècle ? Ne sentez-vous
pas en vous l'esprit du monde ? Le thème proposé était
: “ Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6)
Joëlette
Appareil inventé par Joël Claude pour le transport* de personnes
à mobilité réduite. Il ne comporte qu'une seule roue
et permet ainsi de se faufiler dans les sentiers. Le siège, à
adapter en fonction du handicap*, est placé au dessus de la roue.
Des brancards à l'avant et à l'arrière permettent
de faire rouler l'engin et de le porter si nécessaire. Grâce
à la joëlette de nombreuses personnes handicapées peuvent
retrouver le contact avec la nature. Elle a été utilisée
aussi pour des pèlerinages, en particulier à Compostelle.
Josias
Scribe converti par saint Jacques. Il est mentionné dès
le IIe siècle par Clément d'Alexandrie. A l'appel du grand
prêtre jaloux de son succès, Jacques se voit passer la corde
au cou qui le mène au roi Hérode. La condamnation de Jacques
est prononcée. Sur le chemin du supplice, il guérit un paralytique.
Josias se convertit et est décapité avec Jacques. Cette
scène, développée dans les Actes latins des apôtres
signés d'un pseudo-Abdias, est une source d'inspiration pour de
nombreux artistes.
Journal
Tenir un journal quotidien est une activité de beaucoup de pèlerins.
Au retour, certains le publient sous une forme qu’ils pensent attrayante,
agréable et utile pour ceux qui prendront le chemin derrière
eux. Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi car tout pèlerin
n’est pas un homme de lettres, d’autant que ces auteurs néophytes
se croient, inconsciemment, obligés d’avoir ressenti ce que
d’autres avaient déjà rapporté. Heureusement,
ces journaux restent pour beaucoup des souvenirs personnels.
Joyeuse
Joyeuse, l'épée de Charlemagne* passe tantôt pour
être un cadeau de sa fiancée, Galienne, fille du roi de Tolède,
tantôt pour avoir appartenu à son père Pépin
le Bref. Elle aurait été façonnée par Veland,
un forgeron doué de pouvoirs magiques. Sa lame jetait une clarté
incomparable et son possesseur ne pouvait être empoisonné.
Charlemagne avait placé une relique* dans son pommeau, un éclat
de la Sainte Lance qui avait percé le flanc du Christ. Avant de
mourir, il en fit don à Guillaume d'Orange, en le chargeant de
protéger son fils Louis.
Jubilé
Le jubilé tient son nom du mot hébreu yobel = bélier,
en raison de la corne de bélier qui servait à annoncer le
début des années jubilaires célébrées
par les Juifs : “ vous ferez retentir le son de la trompe dans tout
le pays. Vous déclarerez sainte cette cinquantième année
” (Lv 25, 9-10). Ces années de grâce de l’Ancien
Testament sont à l’origine de la coutume de l’Eglise
catholique de célébrer des années* saintes. La célébration
des jubilés s’apparente à celle des années
saintes, sans avoir la même ampleur. Leur durée est plus
limitée, d’un jour à quelques semaines. Leur origine
est inconnue. Au Puy*-en-Velay, le jubilé est célébré
lorsque le Vendredi Saint et la fête de l’Annonciation (25
mars), coïncident. Le premier jubilé du siècle y a
eu lieu en 2005, les prochains se tiendront en 2016 et 2157. Au Puy on
fait remonter cette coutume, sans preuve, à 992, le premier jubilé
attesté datant de 1407.
Julien (saint)
A mi-chemin entre hagiographie et généalogie, vers 1260,
un poète anonyme inclut le thème de saint Jacques dans la
Légende de saint Julien, long texte écrit à la gloire
de saint Julien, fils unique du duc d’Angers : “ Dans la forêt
du Mans au cours d’une partie de chasse, Julien adolescent rencontre
une bête à “ face d’homme ” qui lui prédit
qu’il tuera son père et sa mère. Il décide
de fuir et, dès ce moment se donne à saint Jacques et prend
la route de Compostelle. Au bout de quelques jours, il a “ tant
marché ” qu’il est devenu “ noir maigre et décharné
”, ce qui lui vaut les premières injures, on l’appelle
“ faux pèlerin ”. Il arrive à Compostelle et
se confesse à un prêtre qui l’envoie à Rome
pour recevoir l’absolution. Le pape l’envoie Outre-mer où
il reste deux ans au service de l’Hôpital. Bien qu’il
n’ait pas décliné sa noblesse, sa valeur au combat
contre les Turcs fait qu’il est armé chevalier. Mais un jour
“ devant Acre arrive un bateau de pèlerins ” français.
Sans se faire reconnaître, Julien demande des nouvelles et apprend
que son père est mort. Il décide donc de rentrer. Après
avoir à nouveau tout perdu dans un naufrage, il arrive à
Rome dans un piteux état “ les pieds blessés, le corps
maigre et le teint noir. Il continue et, selon un itinéraire curieux,
on le retrouve, au delà de “ Saint-Gilles… en la terre
d’Espagne… sur le chemin droit qui du Mans à Saint-Jacques
va ”. Là il rencontre des pèlerins manceaux qui lui
disent que son père est vivant. Il renonce donc à rentrer
au pays et, avant de reprendre la route, délivre des Turcs le château
voisin en combattant un géant réputé invincible…
épouse la châtelaine et coule une vie enfin heureuse. Mais
un jour arrivent à l’auberge du village deux pèlerins
qui vont “ à Saint-Jacques en pèlerinage ” et
qui sont les parents de Julien. Ils apprennent que le seigneur du château
est leur fils, se présentent à l’épouse de
Julien qui leur offre sa chambre en attendant le retour de l’époux.
Julien rentre, entre dans la chambre, croit y voir sa femme adultère
et la prédiction s’accomplit, il tue ses parents. Julien
et sa femme, accablés, décident de se faire pèlerins
sans espoir de retour. Ils partent à Rome où le pape leur
donne l’absolution à condition qu’ils créent
un hôpital pour pèlerins “ en un lieu qui soit un périlleux
passage, ou passent fols et sages, et marchands et pèlerins…
”. Un soir, un lépreux arrive, qui veut dormir avec la comtesse.
C’est le Christ, qui disparaît. Ils sont assassinés
par des larrons qui les croient riches. “ A Brioude on porta les
corps… encore y sont les os ”. Ainsi qu’on peut le constater,
l’auteur a réuni sous le nom de Julien tous les saints éponymes
en les mêlant étroitement à saint Jacques : saint
Julien l’Hospitalier, saint Julien le Pauvre, saint Julien premier
évêque du Mans et saint Julien martyr dont les reliques sont
conservées à Brioude. Comme un écho du souvenir de
l’imaginaire Julien, pendant le Moyen Age et bien au-delà,
la ville du Mans, le 25 juillet, a fêté à la fois
saint Jacques et la translation des reliques de leur saint Julien, comte
d’Angers et du Mans, pèlerin puis hospitalier sur les routes
de Saint-Jacques. Malgré certaines mises en garde du clergé,
cette utilisation du pèlerinage à Compostelle comme un tronçon
du chemin vers la sainteté était promise à un bel
avenir.
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