Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
Accueil mise à jour le 31 mars, 2008   Encyclopédie jacquaire survol du site Page précédente
 

L

Retour liste alphabétique

Labande (Edmond-René)
Edmond-René Labande (1908-1992) fut archiviste paléographe (1931) puis membre de l'École française de Rome avant de devenir professeur à l'Université de Poitiers 1947-1975). En 1954, il fut le co-fondateur du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers. Parmi ses travaux, de nombreux articles montrent qu’il s’est essayé à comprendre le pèlerin médiéval, en partant de sa propre expérience pèlerine. Chrétien convaincu, il annonçait dès 1958 : “ notre intention est d’étudier les pèlerins authentiques…C’est à l’homme voyageant pour Dieu* que je m’attache ”. Ses travaux ont influencé les chercheurs européens qui ont travaillé sur Compostelle, dans les années 1960-1980, en particulier René de La Coste-Messelière*, chartiste comme lui et de dix ans son cadet. Aurait-il été l’une des sources des excès auxquels a donné lieu ce sujet ? Si ce fut le cas, ce fut bien involontaire car il avait dénoncé, avant la grande explosion du pèlerinage à Compostelle en 1993 “ certaine obsession jacobite ; pour beaucoup de nos contemporains, parler de pèlerinage, c’est parler de Saint-Jacques. Ils ne regardent guère ailleurs. C’est en partie la faute des médias ”. Et il n’a pas cautionné tous les discours sur Compostelle. Par exemple, il souligne le fait que l’énumération des foules qui arrivent à Compostelle au XIIe siècle n’est qu’un “ souffle épique ”, copié d’une liste donnée dans les Actes* des apôtres.
La Coste-Messelière (René Frottier, marquis de)
René de La Coste (1918-1996) fut l’un des érudits français qui s’est le plus intéressé à Compostelle après la seconde guerre mondiale. Il fut élève de l’Ecole des Chartes (1947-1950), pensionnaire de la Casa Velazquez à Madrid (1950-1952), diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, conservateur aux Archives Nationales à Paris de 1952 à 1986. Dans les années 1950 il rejoint les fondateurs de la Société* des Amis de Saint-Jacques présidée par Jean Babelon*. D'abord Secrétaire Général, il devient “ président associé ” en 1972 puis président en 1978. Quelques années plus tard, il crée un Centre d’études compostellanes regroupant des chercheurs associatifs et des professionnels. En 1951 il est conseiller scientifique pour la réalisation du film de l’abbé Branthomme* : Le chemin de Compostelle. De cette époque jusqu’à sa mort il est souvent présent sur les chemins (il organise en 1965 une grande chevauchée) et, tout en encourageant les pèlerins, il organise (ou participe à) plusieurs grandes expositions et publie des articles sur le thème des chemins de Saint-Jacques et la manière de les découvrir et les classer. A partir de 1985, il est membre du groupe d’Experts* européens. En France, il a été le véritable créateur et l’infatigable promoteur des chemins “ historiques ” de Compostelle. Malheureusement, il n’a jamais pensé à travailler sur la diffusion du Guide* du pèlerin et les premiers travaux des chercheurs sont arrivés trop tard pour qu’il les prenne en compte.
Lajo
(Lozère, ar. Mende, c. Saint-Alban-sur-Limagnole)
Commune sur laquelle se trouve le col de l’Hospitalet*.
Lalaing (Antoine de)
Né en 1480, Antoine de Lalaing est déjà, en 1496, officier de la maison de Philippe le Beau (1478-1506), fils de Marie de Bourgogne, époux de Jeanne la Folle depuis cette année 1496. En février 1502, il est son chambellan et l’accompagne en Espagne. Philippe le Beau y rend visite à sa belle-mère Isabelle la Catholique, dont il sera l’héritier. Au cours de ce voyage, le 19 février, Antoine de Lalaing et deux de ses compagnons quittent la suite princière à Burgos pour aller à Compostelle où ils arrivent le 5 mars au soir. Il a laissé un court récit de son pèlerinage.
Lambert (Elie)
Historien d'art et archéologue, (1888 – 1961), membre fondateur de la Société* des amis de saint Jacques. Il a consacré de nombreux ouvrages à l’architecture et l’art espagnols ainsi qu’au Sud-Ouest français. Parmi ceux-ci, Le Pèlerinage de Compostelle, études d'histoire médiévale, paru en 1958 est tout imprégné de la mentalité de l’époque héritée en particulier des travaux de Joseph Bédier* et du Guide* du pèlerin dont il écrit “ qu’il était loin d’être complet ” et que beaucoup de sanctuaires n’y sont pas mentionnés, argument qui lui permet de conclure “ qu’il ne saurait y avoir de meilleure preuve de l’importance considérable du pèlerinage ”.
Lancastre (Jean, duc de)
Dans les années 1960, le pèlerinage que le duc de Lancastre était allé faire à Compostelle en 1385 a été présenté comme un exemple de la piété des princes. La vérité est beaucoup plus nuancée. En juin, le duc et toute sa compagnie (800 lances et 1200 archers) se sont dirigés vers Compostelle depuis La Corogne. Le chroniqueur Froissart rapporte que toute la Galice était “ fort effrayée ” car il arrivait pour ravir le trône du roi de Castille. La ville de Compostelle ferme ses portes. L’émissaire de Lancastre n’hésite pas : “ si vous êtes pris de force, vous serez tous mis à l’épée ”. Les habitants s’inclinent et viennent en procession porter au duc les clefs de leur ville. “ Ainsi entrèrent en la ville de saint Jacques et le premier voyage qu’ils firent, ils allèrent tout droit et à pied à l’église de saint Jaques, duc, duchesse et tous les enfants et se mirent en prière et à genoux devant le benoît corps saint et y firent grandes offrandes et beaux dons ”. Qui jugera de la valeur d’une telle dévotion ?
Légende
Le mot vient du latin legere (lire). Les légendes étaient à l’origine des récits destinés à être lus devant des assemblées pour l’édification ou l’instruction des fidèles. Leur contenu, fictif, a parfois été considéré comme rapportant des faits réels. L’imbrication entre histoire et légendes est importante sous au moins deux aspects, d’une part la légende est représentative des mentalités, des mœurs et des mythes* d’une époque et d’autre part elle conduit à “ fabriquer de l’histoire* ”. S’agissant de Compostelle, l’exemple le plus significatif est la Chronique* de Turpin. La fontaine “ Saint-Jacques ” de Plougastel-Daoulas* offre un exemple contemporain de naissance d’une légende.
Légende de saint Jacques
Les éléments trop elliptiques donnés par le Nouveau Testament sur la vie de l’apôtre Jacques* sont complétés par des écrits apocryphes*. Dans le Livre du coq (2, 1-9), Jésus demande à Pierre, Jacques et Jean d'entrer dans Béthanie afin qu'on prépare chez Simon le dernier repas avant sa Passion. La femme de Simon dit à son mari : “ il y a un coq dans notre champ. Attrape-le et tue-le pour le repas de Notre Seigneur ”. Lors de la cérémonie du lavement des pieds, Jésus lave ceux de Jacques juste après ceux de Pierre (3, 9-14). Jésus ayant demandé aux apôtres d'aller “ faire des adeptes parmi tous les païens ” (Mt 28, 16) et “ par tout l'Univers, clamer l'annonce à toute la création ” (Mc 16,14-16), les apocryphes prêtent à Jacques d'être allé prêcher en Inde avec Pierre, ou en Judée et en Samarie, ou en Lydie, ou en Hibernie (l'Espagne certes, mais aussi l'Irlande). Reprenant Clément d'Alexandrie qui, au IIe siècle, faisait de Jacques le “ passeur* des âmes ”, les Actes latins des apôtres (attribués à un Pseudo-Abdias) et le Roman pseudo-clémentin, (Reconnaissances, I, 57, 4) le montrent prêchant sur le thème de la Résurrection des morts. Les événements qui précèdent son martyre*, ont été transmis par divers textes repris dans le Codex Calixtinus et dans la Légende* Dorée : sa prédication* en Espagne, la conversion d'Hermogène* et de son disciple, son arrestation et la conversion du scribe Josias*. Après son martyre la légende se poursuit par sa translation* et le récit de ses miracles*. Ces thèmes ont souvent inspiré l’iconographie*. Au VIIe siècle, les Bréviaires des apôtres étendent la prédication de saint Jacques à “ d’autres contrées occidentales ” donnant naissance à des légendes en d’autres lieux que Compostelle. On le retrouve ainsi en Bretagne, en Irlande, en Poitou, en Tarentaise*… (Voir Jacques, saints).
- Une légende italienne
Le personnage de saint Jacques est aussi présent dans une légende des Abruzzes : le matin de Pâques, Marie-Madeleine et Marie-Cléophas se rendirent au tombeau et trouvèrent un jeune homme qui demanda aux deux femmes ce qu’elles cherchaient. “ Le Seigneur ! ” “ Votre Seigneur n’est pas ici. Il s’est rendu dans son royaume ! ” Marie-Madeleine et Marie-Cléophas revinrent auprès de Marie et lui dirent : “ Nous n’avons pas trouvé le Seigneur, mais un jeune homme habillé de blanc et au visage d’arc-en-ciel. Il nous a informées que notre Seigneur s’était rendu dans son royaume. ” Ce jeune homme était saint Jacques. Il était le premier des saints et entouré de cet arc-en-ciel il alla en Espagne pour y répandre la foi. Quand Marie apprit que saint Jacques allait au devant de la mort, elle pria son fils de le sauver. Jésus s’y refusa. Sur ce, elle s’enveloppa d’un nuage pour se rendre en Espagne. Jésus lui envoya ses anges. Lorsque le nuage fut parvenu au lieu du supplice, tous ceux qui avaient martyrisé saint Jacques, terrifiés, prirent la fuite et les badauds avec eux. Saint Jacques resta seul. Alors le nuage s’ouvrit et une odeur paradisiaque s’en dégagea. De tous côtés, il fut illuminé et la Vierge* en sortit. Les fugitifs revinrent lentement pour voir le miracle et la Vierge leur dit : “ Voilà donc saint Jacques. Vous aussi pourriez être comme lui ! ” Elle les bénit tous et tous se convertirent au christianisme. Alors Jésus dit à Marie : “ Si j’avais sauvé Jacques, lui seul aurait été sauvé. Maintenant, ils sont tous devenus chrétiens. ”
Légende Dorée
La Légende dorée est une collection de Vies* des saints du calendrier liturgique, due au dominicain Jacques de Voragine (v. 1230-1298). Le but était de mettre de l’ordre dans ce calendrier et de proposer aux laïcs des images conformes aux préceptes religieux. Jusqu’au XVIe siècle, l’ouvrage connut une grande popularité et fut source d’inspiration pour quantité d’imagiers. Les humanistes l’ont critiqué, le qualifiant de Légende de fer afin de souligner le manque de fondements historiques des récits qui propageaient, selon eux, une nouvelle forme d’idolâtrie.
Lemaire (Jacques)
Vers 1675, Jacques Lemaire a dix-huit ans et s’ennuie à Lille. Il part pour Compostelle et décide d’un pèlerinage* maritime. Il embarque sur un navire qui quittait Dunkerque pour l’Espagne. Tout près du but, le navire fut arraisonné par des corsaires algériens. Capturé avec les autres, il est racheté par un marchand de Constantinople qui le maltraite et l’humilie tout d’abord, puis se prend de sympathie pour lui. Il lui propose même de l’associer à ses affaires s’il se fait musulman, ce que Jacques refuse. Pendant ce temps, la mère du jeune homme multiplie les contacts avec les patrons de navires. Trois ans plus tard, elle est enfin exaucée, Jacques peut s’échapper grâce à un capitaine qui le cache dans une cargaison de blé. Il arrive à Lille sans avoir pensé à faire prévenir sa mère, laquelle meurt d’émotion à l’heure des retrouvailles. Dans la suite de sa vie, il se marie deux fois et le souvenir de son pèlerinage manqué a été pieusement conservé dans sa famille.
Léon de Rozmital
Voir Rozmital (Léon de)
Léon XIII
Pape de 1878 à 1903, auteur en 1884 de la Lettre apostolique (dite souvent bulle*) “ Deus omnipotens ” officialisant la redécouverte des reliques de saint Jacques et de ses disciples et authentifiant leur présence à Compostelle : “ …Tout doute et controverse cessant, Nous approuvons et confirmons par Notre autorité apostolique, de science certaine et de notre propre mouvement, la sentence de Notre Vénérable Frère, Cardinal archevêque de Compostelle [Miguel Paya y Rico*], au sujet de l’identité des saints corps de saint Jacques le Majeur, apôtre, et de ses saints disciples, Athanase* et Théodore* ; et nous décrétons que cette sentence doit être sûre et valide à perpétuité. ”. Il est ordonné aux évêques de diffuser cette Lettre et d’inviter les fidèles, à défaut d’aller à Compostelle, à prier dans les églises dédiées à Saint-Jacques. Dès le début de son pontificat, Léon XIII eut le désir de combattre l’isolement diplomatique laissé par son prédécesseur, Pie IX, et de maintenir à l’égard des puissances, sauf en Italie, une attitude conciliatrice. En France, il préconise le ralliement au gouvernement républicain pourtant anticlérical (encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892) ; en Espagne, malgré la restauration de la monarchie en 1876, face à l’opposition entre “ Carlistes ” et “ Alphonsistes ”, il invite les espagnols à l’unité avec l’encyclique Cum multa, en 1882. Face à tous les conflits, Léon XIII fait preuve d’un grand talent diplomatique en appelant au zèle, au dévouement et à l’élan des catholiques. L’appel au voyage vers Compostelle s’inscrit vraisemblablement dans cette politique de rassemblement qui encourage aux grands pèlerinages. Dans un autre domaine, Léon XIII a profondément marqué l’histoire sociale de l’Eglise par l’encyclique Rerum novarum (1891), qui lui valut le surnom de “ pape des ouvriers ”, dont l’inspiration et certains passages font penser à l’enseignement social de l’Epître de Jacques*. On doit mettre encore à son actif l’impulsion donnée aux études exégétiques et à la recherche scientifique (encyclique Providentissimus, 1893). (Micheline Mouradian)
Lessive
Activité quotidienne du pèlerin qui a emporté le strict minimum pour ne pas augmenter exagérément le poids* de son sac*.
Lettres de recommandation
A toutes les époques, les étrangers ont suscité la méfiance. Des lettres de recommandation, les sauf-conduits ou d’autres documents leur permettaient de justifier leur identité et le but de leur déplacement. En voici quelques exemples : au IXe siècle, l’évêque de Bourges* envoie un meurtrier en pèlerinage pénitentiel* mais il le munit d’une lettre de recommandation quelque peu surprenante : “ ce misérable, cédant au piège tendu par le Vieil Ennemi, le Serpent diabolique, a tué son frère et que nous lui avons ordonné de partir en exil… Mais nous sommes tous des pèlerins en ce monde. C'est pourquoi nous implorons votre piété afin que vous acceptiez de l'accueillir en vos demeures et de faire preuve à son égard de charité ”. Six siècles plus tard, on retrouve ce même souci à Namur : trois pèlerins* pénitentiels partent avec une lettre assurant qu’ils sont de “ bonne et honnête conversation ”, qu’on peut les employer s’ils le demandent et qu’en aucun cas on ne les arrête ou les moleste. Au début du XIVe siècle, le roi d'Aragon accorde un sauf-conduit à Jean Le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France : “ Pour que vous, qui êtes notre noble et dévot Jean Le Meingre dit Boucicaut, chevalier, maréchal de France, qui proposez de visiter la basilique du bienheureux Jacques de Galice et d'autres tombeaux de corps saints, soyez sain et sauf dans nos terres... nous mandons à tous nos officiers… que, tant à l'entrée qu'au retour vous puissiez voyager avec une escorte de cent écuyers, de serviteurs, de chevaliers et de fantassins, ainsi qu’avec le nécessaire, d'or, d'argent, de perles, de besaces, de pièces de monnaies, d’ustensiles, de vases, de biens, vos objets et ceux des vôtres, quelle que soit leur espèce ”. Au XVIIIe siècle, deux jeunes garçons arrêtés à Auch reçoivent les lettres de recommandation, rendues obligatoires par les réglementations*, qu’ils avaient oublié de prendre avant leur départ : 1- Nous syndics des habitants de la ville de Saint-Etienne-en-Forez, certifions et attestons à tous que Claude Blanc, éperonnier, fils de…, et Médard Dervieu, fils de…, âgé d’environ 16 ans, se sont toujours bien comportés, sans qu’il nous soit jamais parvenu aucun sujet de plainte sur leur compte, qu’ils sont partis de la dite ville il y a environ un mois et demi dans le dessein d’aller à saint Jacques en Galice auquel ils se sont voués et de revenir de suite à leur travail, ainsi que nous nous le sommes fait certifier par leurs parents… Le 15 juillet 1774. 2- Je certifie que Médard Dervieu, âgé d’environ 16 ans est mon paroissien et qu’il n’est parvenu aucune plainte sur son compte pendant le temps qu’il a été dans ma paroisse à Saint-Etienne. 16 juillet 1774. 3- Nous, Fromage, curé de la paroisse de Notre-Dame à Saint-Etienne, certifions que Claude Blanc, âgé d’environ 18 ans, d’icelle susdite paroisse est de bonne vie et meurs, qu’il est parti de cette ville pour accomplir un vœu qu’il avait fait d’aller à Saint-Jacques en Galice. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat à Saint-Etienne, le 15 juillet 1774. Mais, de tout temps, les textes de lois n’ont pas empêché des arrestations arbitraires ni des enrôlements forcés (voir Jacques Cœur* et Jean Bonnecaze*).
Lettres de rémission
Lettres par lesquelles le roi de France accordait grâce à certains condamnés, non dangereux, parfois sous certaines conditions parmi lesquelles des pèlerinages pénitentiels* plus ou moins lointains.
Lévignacq
(Landes, ar. Dax, c. Castets)
Ce village des Landes possède, dans son église Saint-Martin, une chapelle* Saint-Jacques, construite au début du XVIIIe siècle, remarquable par son programme iconographique présentant la vie de saint Jacques. Sur le mur de gauche, en entrant, le tableau du retable raconte l’appel de Jésus à Jacques, alors pêcheur sur le lac de Tibériade. La lecture se continue, en regardant le fond, par le panneau peint du plafond : saint Jacques part prêcher en Occident, accompagné de deux disciples, vêtus comme lui à la mode du XVIIIe siècle. Il arrive en vue d’une cité (Lévignacq ?). Avec cette fois trois compagnons (sur le plafond du mur de droite), il rencontre un homme assis au pied d’un arbre, désespéré par la mort de son compagnon qu’il est sur le point d’enterrer. A son visage souriant et à sa main levée, on devine, sous l’œil ébahi des assistants, que saint Jacques va le ressusciter*. Sur la troisième image du plafond (au-dessus de l'entrée), saint Jacques dans une salle d’hôpital, guérit deux malades. Puis, (sur le mur de gauche), vient l’heure de son martyre, matérialisée par la statue qui porte le glaive. Et c’est enfin, sur ce même côté, la quatrième image du plafond, son apothéose dans les cieux. L’origine de ce culte local à saint Jacques reste à trouver. Affirmer sans preuve que l’église se trouve sur un chemin de Compostelle n’est qu’une commodité qui sacrifie à la mode et prouve la réalité du syndrome*. Il faut aussi remarquer que cette chapelle dédiée à saint Jacques fait le pendant de la chapelle de la Vierge.
Liberté
Certains pèlerins rentrent avec le sentiment d’avoir joui d’une très grande liberté. Liberté que confère l’anonymat, le nombre limité de contraintes, les grandes possibilités de choix : rester avec cet étranger sympathique, fuir celui qui ne me convient pas, s’isoler pour un repas ou “ se retrouver autour de notre répertoire de régiment ”, manger boire et dormir où et quand je veux … Ils éprouvent que cette liberté a des limites pour rester compatible avec l’esprit* du chemin qu’ils ont expérimenté aussi et dont ils partagent les valeurs. A tout cela s’ajoute la liberté intérieure qui s’acquiert au fil des jours de marche parce qu’elle exige de se désencombrer de beaucoup de choses qui nous entravent. Combien d’objets indispensables n’ont-ils pas été renvoyés au domicile ou abandonnés sur le chemin, devenant symboles d’une libération intérieure ?
Lieux de rassemblement
Voir points de rassemblement
Liturgie
Dans le langage courant, le mot liturgie dans le sens de cérémonial. Elle définit l’ordonnance des cérémonies d’un culte et les prières associées. Le Livre premier du Codex Calixtinus comprend des pièces liturgiques pour les diverses célébrations des fêtes* de saint Jacques. Dans la liturgie du pèlerinage on doit aussi inclure les célébrations de bénédiction* des pèlerins. Pour l’Eglise, ce sens est «très dévalué ». La liturgie est le « culte public rendu à Dieu* par le Christ mystérieusement présent au sein de l'assemblée des baptisés ».
Livres de confréries
Livres de comptes ou listes de confrères qui s’ouvrent parfois sur le texte des statuts de la confrérie*.
Livres des miracles de saint Jacques
Un Livre des miracles est un recueil des miracles réalisés par le saint, rédigé par les gardiens du sanctuaire où il agit afin de donner confiance aux pèlerins. En différents endroits, de tels Livres ont été rédigés à la gloire de saint Jacques. Le Livre II du Codex Calixtinus est l’un d’entre eux, composé très certainement à Compostelle après 1141, par Aimeri Picaud*, à partir de vingt-deux miracles* qu’il aurait collectés lors de ses voyages. Le vingt-troisième, dit miracle de Vézelay serait l’œuvre d’Albéric d’Ostie, présent à Compostelle en 1139. Au XIIe siècle également fut rédigé un Livre des miracles opérés par la main de saint Jacques à Reading. Un autre fut écrit à la gloire de saint Jacques de Tarentaise*. A la fin du XVe siècle, un autre fut produit par la cathédrale de Toulouse*, lors de la redécouverte du chef* de saint Jacques dans l’église Saint-Jacques.
Livre d’or
Présents dans beaucoup de lieux où passent des pèlerins, ils sont des témoins, parfois émouvants, de leur expérience. Ils sont aussi des documents* utiles pour la connaissance et la compréhension des motivations* de ceux y confient leur témoignage.
Locquirec
(Finistère, ar. Morlaix, c. Lanmeur)
Chaque 25 juillet, le village de Locquirec organise un “ Grand Pardon ” qui réunit la communauté villageoise, en présence de l’évêque, pour obtenir les faveurs de “ son ” saint Jacques* et celles d'un saint breton, Kirec. Après la messe, une grande procession quitte l’église et se dirige vers le port où le clergé, la statue et la relique de saint Jacques embarquent afin de procéder à la bénédiction des bateaux. Le sanctuaire conserve une relique* du sang de saint Jacques authentifiée sans sourciller par l’évêque de Brest en 1860.
Logo
Dans sa décision de mai 1984, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a autorisé l'utilisation d'un “ emblème spécial par les villes et par d'autres institutions qui participent à la sauvegarde et à la promotion des itinéraires de pèlerinage ”. Défini en 1987 après la décision ayant fait des chemins de Compostelle un Itinéraire* culturel européen, il est connu sous le nom de logo européen. Il est utilisé comme balise* de ces chemins, au gré de chaque organisme qui se sent autorisé à qualifier un itinéraire de chemin ou route de Compostelle. Signe de marquage, ce logo est souvent utilisé comme flèche, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre ce qui ne manque pas de troubler les pèlerins. Des villes se prétendant sur cet Itinéraire l’utilisent pour leur publicité. Son emploi est devenu anarchique, tant sont nombreuses les institutions (associations, municipalités, départements, régions …) qui assurent la promotion de leurs intérêts avec celle des chemins.
Logroño
L’une des figures* du chemin, don José Ignacio-Diaz, est, en 2006, curé de Logroño après l’avoir été à Hervias puis à Grañon. Bien avant que les pèlerins ne se bousculent sur le chemin, il accueillait tous les pauvres qui frappaient à sa porte, les journaliers en quête de travail, les errants. Une chambre leur était réservée, près de la sienne. Lorsque les premiers pèlerins arrivèrent, il devint le rédacteur de la nouvelle revue Pelegrino en même temps qu’il ouvrait sa maison à ces nouveaux “ pauvres ”. Pour l’année sainte 1993, il a fait appel à ses proches et à d’autres associations pour qu’ils l’aident à installer des gîtes. Depuis ce temps, c’est lui qui assure la coordination entre un grand nombre de ces gîtes qui fonctionnent avec des donativos* et qui accueillent tous les passants, et pas seulement les pèlerins, selon le principe des œuvres* de Miséricorde. Mieux, la boîte de donativos est toujours ouverte, surmontée d’un écriteau : “ laisse ce que tu peux, prends ce dont tu as besoin ”. On lui doit cette affirmation péremptoire : “ celui qui veut être sûr de coucher dans un lit tous les soirs, mieux vaut qu’il reste chez lui ”. C’est à Logroño que beaucoup de pèlerins découvrent la première statue monumentale de saint Jacques Matamore*.
Lorgues
(Var, ar. Draguignan)
A Lorgues, deux chapelles, Saint-Jaume* et Notre-Dame de Benva, et un hôpital* sont liés à saint Jacques. L’architecture des deux chapelles et surtout le nom de la seconde (Benva = bon voyage), indiquent indiscutablement un lien avec la route et le voyage. Leurs porches, enjambant le chemin, offraient un abri, le soir venu, aux voyageurs et parmi eux, aux pèlerins. Tous n’allaient pas à Compostelle, il y avait des romieux et d’autres qui allaient moins loin. Peut-être simplement vénérer les reliques de saint Jacques à Pierrefeu ? A Benva, Notre-Dame et saint Jacques sont liés sans doute grâce au Protévangile*. La fresque invite à méditer sur la maladie, la mort et le passage vers l’Au-delà. Saint Jacques est là dans son rôle de Passeur*. Ce patrimoine remarquable a été sauvegardé et est entretenu et animé depuis 1972 par “ l’Association de Sauvegarde de Saint-Ferréol et du Vieux Lorgues” (ASFVL) et, pour Saint-Jaume, par l’amicale “ dei San-Jaumian ”. Quant à l’hôpital, il a gardé une partie de sa fonction d’accueil puisqu’il est devenu maison de retraite. Une statue de saint Jacques y est encore conservée.
Louis VII
Seul roi de France à avoir accompli le pèlerinage de Compostelle. Louis VII (1120-1180) épouse le 25 juillet 1131 Aliénor d’Aquitaine, fille du duc d’Aquitaine qui venait de mourir à Compostelle en confiant sa fille au roi Louis VI. Il monte sur le trône en 1137. Dix ans plus tard, il prend la croix en confiant la régence du royaume à l’abbé de Saint-Denis, Suger. En 1152, les époux se séparent. Quelques semaines plus tard, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, héritier du trône d’Angleterre. Au printemps 1154 Louis VII épouse en secondes noces Constance de Castille, fille du roi Alphonse VII* qui, à cette époque, se posait en héritier de Charlemagne. Entre octobre 1154 et janvier 1155, il part à Compostelle. Quelle est la cause d'un pareil périple ? Dévotion diront les historiens, au vu d’une mention du chroniqueur Raoul de Diceto : “ Louis, roi des Français, alla par dévotion en pèlerinage à Saint-Jacques ”. Mais l’abbé du Mont-Saint-Michel, Robert de Torigni, ajoute à cela une démarche politique : “ Louis roi des Français se rendit à Saint-Jacques de Galice pour y prier et fut favorablement accueilli en Espagne par l'empereur son beau-père ”. En cette même année 1154, Aliénor devenait reine d’Angleterre puisqu’elle avait épousé Henri II Plantagenêt dès sa répudiation. Louis VII devait donc se préoccuper de s’assurer des alliances contre l’Angleterre qui possédait en France Normandie, Anjou, Bretagne et Aquitaine. Les chroniques espagnoles de l’époque cachent au contraire cette démarche politique sous des ragots. Elles rapportent des calomnies circulant sur la naissance illégitime de la jeune épouse et relatent comment, à l’aller à Burgos et au retour à Tolède, Louis VII fut reçu par son beau-père avec un tel faste qu’il perdit ses “ doutes ” et repartit en disant qu’aucune cour au monde n’était aussi noble que la cour de Castille. Constance de Castille accoucha en 1156 de Marguerite de France et, le 4 octobre 1160 mourut en couches à 36 ans. Louis VII épousa en troisièmes noces Adèle de Champagne dès le 13 novembre de la même année.
Louis XI
La dévotion du roi Louis XI pour saint Jacques est d'une grande constance, tout en étant fortement teintée de politique. Dès 1444, encore dauphin, il envoie un pèlerin à Compostelle. En 1447, il offre à la cathédrale un ex-voto*, une forteresse en argent d’une valeur de 1 000 ducats. Toujours dauphin, en 1456, il choisit cinq églises dont celle de Saint-Jacques-de-Compostelle pour bénéficier d’une offrande de 12000 écus chacune (les autres étant Notre-Dame de Cléry*, Saint-Pierre de Rome, Saint-Michel, Saint-Claude et l’œuvre du pont Saint-Esprit). Implore-t-il les prières de ces lieux pour qu’ils le protègent de son père qui menace de l’arrêter et de le déshériter au profit de son frère ? Enfin roi, l’un de ses premiers gestes consiste à donner, le 3 novembre 1461, 600 écus d'or au sanctuaire de Compostelle “ laquelle somme à notre singulière dévotion nous avons donnée et aumônée cette église ”. En 1463, c’est sa mère, Marie d’Anjou qui part pour s’assurer que le vœu des rois de France d'entretenir à perpétuité les deux cierges allumés devant l'autel de la chapelle* des rois de France était réellement exécuté. En 1467, Louis XI rétablit la fondation par Charles V des trois messes quotidiennes à cette chapelle des rois de France. S’il n’est jamais allé à Compostelle, il en avait pourtant formé le vœu* : en 1482, il s’en fait relever par le pape. Il est possible qu’il ait proposé en échange une offrande importante car, en juillet de l’année suivante il envoie trois pèlerins (son maître d’hôtel et deux échevins de La Rochelle), afin qu’ils fassent fondre sur place et installer dans le clocher, deux grosses cloches. Juste avant sa mort, le roi a su que trois cloches avaient été fondues, et que le chapitre de Compostelle disait des messes à son intention. Le clocher devint la torre del Rey de Francia (l’actuelle Torre del reloj). Il convient de noter que la présence des échevins de La Rochelle indique que la Saintonge* continuait d’honorer le legs testamentaire d’Alphonse de Poitiers*.
Lulle (Raymond)
Le philosophe catalan Raymond Lulle (1223-1315) a dicté lui-même sa Vie* alors qu’il avait près de 80 ans. Il la commence vers sa trentième année, lorsqu’il était “ sénéchal du roi de Majorque ”, Jacques II, fils de Jacques le Conquérant*. Il est marié et père de famille. A cette époque, bouleversé par une vision, il décide d’expier ses fautes en ranimant la religion chrétienne en Occident. Au lendemain de cette conversion (Vie, §9), il part pour Rocamadour et Saint-Jacques en Galice. Cette Vie a été illustrée de douze miniatures dont la première relate ses pèlerinages. A Compostelle, vers 1261, Lulle est humblement agenouillé aux pieds de saint Jacques assis, coiffé du chapeau du pèlerin, muni du bourdon* et de la besace* timbrée d’une coquille*. Le texte de sa prière à l’apôtre figure dans une “ bulle ” sortant de sa bouche. Il demande la faveur de pouvoir mener à bien ses projets. Cette prière intime d’un pèlerin arrivé au but constitue un document rarissime. Bien qu’il ait été opposé à l’alchimie*, des auteurs lui attribuent, dès 1350, des œuvres et des doctrines d'alchimie ainsi que la connaissance de la technique de transmutation des métaux en or (il aurait fabriqué pour le roi d’Angleterre 6 millions de “ nobles à la rose ” pour une croisade). Curieusement, alors que sa vie est connue, aucun de ces auteurs n’a jamais fait un lien entre l’alchimie et son pèlerinage à Compostelle.
Lupa
Cette reine régnait sur les rives inhospitalières de Galice lorsque la barque* qui apportait les restes de saint Jacques lors de sa translation* y accosta, elle sema des embûches sur les pas des disciples qui voulaient ensevelir le corps mais finit par se convertir en les voyant miraculeusement triompher de toutes les difficultés.
Lys (ou lis) Saint-Jacques
Dit aussi Amaryllis croix Saint-Jacques ou bâton* de saint Jacques. Le livre I du Codex Calixtinus, tout en comparant les vertus du lys à celles de saint Jacques, indique ses vertus médicinales : “ Les médecins connaissent le lys dont les forces peuvent amollir la dureté des nerfs. Ses feuilles cuites et appliquées guérissent les brûlures et curent les piqûres de serpent dans les corps. Son suc, mêlé de miel et bouilli dans un vase neuf, soigne les vieilles blessures. Sa racine séchée et broyée avec de l’huile convient pour les brûlures, amollit la matrice et augmente le flux menstruel. Son jus mêlé à la boisson provoque la menstruation et l’accouchement, et sert contre la morsure du serpent. Ses fleurs sont utiles dans toutes les indurations de la matrice. ”

Retour liste alphabétique

La propriété intellectuelle du contenu de ce site est protégée par un dépôt à la Société des Gens de Lettres

Page précédente haut de page Accueil

nous écrire