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Labande (Edmond-René)
Edmond-René Labande (1908-1992) fut archiviste paléographe (1931)
puis membre de l'École française de Rome avant de devenir professeur
à l'Université de Poitiers 1947-1975). En 1954, il fut le co-fondateur
du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale
de Poitiers. Parmi ses travaux, de nombreux articles montrent qu’il s’est
essayé à comprendre le pèlerin médiéval, en
partant de sa propre expérience pèlerine. Chrétien convaincu,
il annonçait dès 1958 : “ notre intention est d’étudier
les pèlerins authentiques…C’est à l’homme voyageant
pour Dieu* que je m’attache ”. Ses travaux ont influencé les
chercheurs européens qui ont travaillé sur Compostelle, dans les
années 1960-1980, en particulier René de La Coste-Messelière*,
chartiste comme lui et de dix ans son cadet. Aurait-il été l’une
des sources des excès auxquels a donné lieu ce sujet ? Si ce fut
le cas, ce fut bien involontaire car il avait dénoncé, avant la
grande explosion du pèlerinage à Compostelle en 1993 “ certaine
obsession jacobite ; pour beaucoup de nos contemporains, parler de pèlerinage,
c’est parler de Saint-Jacques. Ils ne regardent guère ailleurs. C’est
en partie la faute des médias ”. Et il n’a pas cautionné
tous les discours sur Compostelle. Par exemple, il souligne le fait que l’énumération
des foules qui arrivent à Compostelle au XIIe siècle n’est
qu’un “ souffle épique ”, copié d’une liste
donnée dans les Actes* des apôtres.
La Coste-Messelière (René Frottier, marquis de)
René de La Coste (1918-1996) fut l’un des érudits français
qui s’est le plus intéressé à Compostelle après
la seconde guerre mondiale. Il fut élève de l’Ecole des Chartes
(1947-1950), pensionnaire de la Casa Velazquez à Madrid (1950-1952), diplômé
de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, conservateur aux Archives Nationales
à Paris de 1952 à 1986. Dans les années 1950 il rejoint les
fondateurs de la Société* des Amis de Saint-Jacques présidée
par Jean Babelon*. D'abord Secrétaire Général, il devient
“ président associé ” en 1972 puis président
en 1978. Quelques années plus tard, il crée un Centre d’études
compostellanes regroupant des chercheurs associatifs et des professionnels. En
1951 il est conseiller scientifique pour la réalisation du film de l’abbé
Branthomme* : Le chemin de Compostelle. De cette époque jusqu’à
sa mort il est souvent présent sur les chemins (il organise en 1965 une
grande chevauchée) et, tout en encourageant les pèlerins, il organise
(ou participe à) plusieurs grandes expositions et publie des articles sur
le thème des chemins de Saint-Jacques et la manière de les découvrir
et les classer. A partir de 1985, il est membre du groupe d’Experts* européens.
En France, il a été le véritable créateur et l’infatigable
promoteur des chemins “ historiques ” de Compostelle. Malheureusement,
il n’a jamais pensé à travailler sur la diffusion du Guide*
du pèlerin et les premiers travaux des chercheurs sont arrivés trop
tard pour qu’il les prenne en compte.
Lajo
(Lozère, ar. Mende, c. Saint-Alban-sur-Limagnole)
Commune sur laquelle se trouve le col de l’Hospitalet*.
Lalaing (Antoine de)
Né en 1480, Antoine de Lalaing est déjà, en 1496, officier
de la maison de Philippe le Beau (1478-1506), fils de Marie de Bourgogne, époux
de Jeanne la Folle depuis cette année 1496. En février 1502, il
est son chambellan et l’accompagne en Espagne. Philippe le Beau y rend visite
à sa belle-mère Isabelle la Catholique, dont il sera l’héritier.
Au cours de ce voyage, le 19 février, Antoine de Lalaing et deux de ses
compagnons quittent la suite princière à Burgos pour aller à
Compostelle où ils arrivent le 5 mars au soir. Il a laissé un court
récit de son pèlerinage.
Lambert (Elie)
Historien d'art et archéologue, (1888 – 1961), membre fondateur de
la Société* des amis de saint Jacques. Il a consacré de nombreux
ouvrages à l’architecture et l’art espagnols ainsi qu’au
Sud-Ouest français. Parmi ceux-ci, Le Pèlerinage de Compostelle,
études d'histoire médiévale, paru en 1958 est tout imprégné
de la mentalité de l’époque héritée en particulier
des travaux de Joseph Bédier* et du Guide* du pèlerin dont il écrit
“ qu’il était loin d’être complet ” et que
beaucoup de sanctuaires n’y sont pas mentionnés, argument qui lui
permet de conclure “ qu’il ne saurait y avoir de meilleure preuve
de l’importance considérable du pèlerinage ”.
Lancastre (Jean, duc de)
Dans les années 1960, le pèlerinage que le duc de Lancastre était
allé faire à Compostelle en 1385 a été présenté
comme un exemple de la piété des princes. La vérité
est beaucoup plus nuancée. En juin, le duc et toute sa compagnie (800 lances
et 1200 archers) se sont dirigés vers Compostelle depuis La Corogne. Le
chroniqueur Froissart rapporte que toute la Galice était “ fort effrayée
” car il arrivait pour ravir le trône du roi de Castille. La ville
de Compostelle ferme ses portes. L’émissaire de Lancastre n’hésite
pas : “ si vous êtes pris de force, vous serez tous mis à l’épée
”. Les habitants s’inclinent et viennent en procession porter au duc
les clefs de leur ville. “ Ainsi entrèrent en la ville de saint Jacques
et le premier voyage qu’ils firent, ils allèrent tout droit et à
pied à l’église de saint Jaques, duc, duchesse et tous les
enfants et se mirent en prière et à genoux devant le benoît
corps saint et y firent grandes offrandes et beaux dons ”. Qui jugera de
la valeur d’une telle dévotion ?
Légende
Le mot vient du latin legere (lire). Les légendes étaient à
l’origine des récits destinés à être lus devant
des assemblées pour l’édification ou l’instruction des
fidèles. Leur contenu, fictif, a parfois été considéré
comme rapportant des faits réels. L’imbrication entre histoire et
légendes est importante sous au moins deux aspects, d’une part la
légende est représentative des mentalités, des mœurs
et des mythes* d’une époque et d’autre part elle conduit à
“ fabriquer de l’histoire* ”. S’agissant de Compostelle,
l’exemple le plus significatif est la Chronique* de Turpin. La fontaine
“ Saint-Jacques ” de Plougastel-Daoulas* offre un exemple contemporain
de naissance d’une légende.
Légende de saint Jacques
Les éléments trop elliptiques donnés par le Nouveau Testament
sur la vie de l’apôtre Jacques* sont complétés par des
écrits apocryphes*. Dans le Livre du coq (2, 1-9), Jésus demande
à Pierre, Jacques et Jean d'entrer dans Béthanie afin qu'on prépare
chez Simon le dernier repas avant sa Passion. La femme de Simon dit à son
mari : “ il y a un coq dans notre champ. Attrape-le et tue-le pour le repas
de Notre Seigneur ”. Lors de la cérémonie du lavement des
pieds, Jésus lave ceux de Jacques juste après ceux de Pierre (3,
9-14). Jésus ayant demandé aux apôtres d'aller “ faire
des adeptes parmi tous les païens ” (Mt 28, 16) et “ par tout
l'Univers, clamer l'annonce à toute la création ” (Mc 16,14-16),
les apocryphes prêtent à Jacques d'être allé prêcher
en Inde avec Pierre, ou en Judée et en Samarie, ou en Lydie, ou en Hibernie
(l'Espagne certes, mais aussi l'Irlande). Reprenant Clément d'Alexandrie
qui, au IIe siècle, faisait de Jacques le “ passeur* des âmes
”, les Actes latins des apôtres (attribués à un Pseudo-Abdias)
et le Roman pseudo-clémentin, (Reconnaissances, I, 57, 4) le montrent prêchant
sur le thème de la Résurrection des morts. Les événements
qui précèdent son martyre*, ont été transmis par divers
textes repris dans le Codex Calixtinus et dans la Légende* Dorée
: sa prédication* en Espagne, la conversion d'Hermogène* et de son
disciple, son arrestation et la conversion du scribe Josias*. Après son
martyre la légende se poursuit par sa translation* et le récit de
ses miracles*. Ces thèmes ont souvent inspiré l’iconographie*.
Au VIIe siècle, les Bréviaires des apôtres étendent
la prédication de saint Jacques à “ d’autres contrées
occidentales ” donnant naissance à des légendes en d’autres
lieux que Compostelle. On le retrouve ainsi en Bretagne, en Irlande, en Poitou,
en Tarentaise*… (Voir Jacques, saints).
- Une légende italienne
Le personnage de saint Jacques est aussi présent dans une légende
des Abruzzes : le matin de Pâques, Marie-Madeleine et Marie-Cléophas
se rendirent au tombeau et trouvèrent un jeune homme qui demanda aux deux
femmes ce qu’elles cherchaient. “ Le Seigneur ! ” “ Votre
Seigneur n’est pas ici. Il s’est rendu dans son royaume ! ”
Marie-Madeleine et Marie-Cléophas revinrent auprès de Marie et lui
dirent : “ Nous n’avons pas trouvé le Seigneur, mais un jeune
homme habillé de blanc et au visage d’arc-en-ciel. Il nous a informées
que notre Seigneur s’était rendu dans son royaume. ” Ce jeune
homme était saint Jacques. Il était le premier des saints et entouré
de cet arc-en-ciel il alla en Espagne pour y répandre la foi. Quand Marie
apprit que saint Jacques allait au devant de la mort, elle pria son fils de le
sauver. Jésus s’y refusa. Sur ce, elle s’enveloppa d’un
nuage pour se rendre en Espagne. Jésus lui envoya ses anges. Lorsque le
nuage fut parvenu au lieu du supplice, tous ceux qui avaient martyrisé
saint Jacques, terrifiés, prirent la fuite et les badauds avec eux. Saint
Jacques resta seul. Alors le nuage s’ouvrit et une odeur paradisiaque s’en
dégagea. De tous côtés, il fut illuminé et la Vierge*
en sortit. Les fugitifs revinrent lentement pour voir le miracle et la Vierge
leur dit : “ Voilà donc saint Jacques. Vous aussi pourriez être
comme lui ! ” Elle les bénit tous et tous se convertirent au christianisme.
Alors Jésus dit à Marie : “ Si j’avais sauvé
Jacques, lui seul aurait été sauvé. Maintenant, ils sont
tous devenus chrétiens. ”
Légende Dorée
La Légende dorée est une collection de Vies*
des saints du calendrier liturgique, due au dominicain Jacques de Voragine
(v. 1230-1298). Le but était de mettre de l’ordre dans ce calendrier
et de proposer aux laïcs des images conformes aux préceptes
religieux. Jusqu’au XVIe siècle, l’ouvrage connut une
grande popularité et fut source d’inspiration pour quantité
d’imagiers. Les humanistes l’ont critiqué, le qualifiant
de Légende de fer afin de souligner le manque de fondements historiques
des récits qui propageaient, selon eux, une nouvelle forme d’idolâtrie.
Lemaire (Jacques)
Vers 1675, Jacques Lemaire a dix-huit ans et s’ennuie à Lille.
Il part pour Compostelle et décide d’un pèlerinage*
maritime. Il embarque sur un navire qui quittait Dunkerque pour l’Espagne.
Tout près du but, le navire fut arraisonné par des corsaires
algériens. Capturé avec les autres, il est racheté
par un marchand de Constantinople qui le maltraite et l’humilie tout
d’abord, puis se prend de sympathie pour lui. Il lui propose même
de l’associer à ses affaires s’il se fait musulman, ce
que Jacques refuse. Pendant ce temps, la mère du jeune homme multiplie
les contacts avec les patrons de navires. Trois ans plus tard, elle est
enfin exaucée, Jacques peut s’échapper grâce à
un capitaine qui le cache dans une cargaison de blé. Il arrive à
Lille sans avoir pensé à faire prévenir sa mère,
laquelle meurt d’émotion à l’heure des retrouvailles.
Dans la suite de sa vie, il se marie deux fois et le souvenir de son pèlerinage
manqué a été pieusement conservé dans sa famille.
Léon de Rozmital
Voir Rozmital (Léon de)
Léon XIII
Pape de 1878 à 1903, auteur en 1884 de la Lettre apostolique (dite
souvent bulle*) “ Deus omnipotens ” officialisant la redécouverte
des reliques de saint Jacques et de ses disciples et authentifiant leur
présence à Compostelle : “ …Tout doute et controverse
cessant, Nous approuvons et confirmons par Notre autorité apostolique,
de science certaine et de notre propre mouvement, la sentence de Notre Vénérable
Frère, Cardinal archevêque de Compostelle [Miguel Paya y Rico*],
au sujet de l’identité des saints corps de saint Jacques le
Majeur, apôtre, et de ses saints disciples, Athanase* et Théodore*
; et nous décrétons que cette sentence doit être sûre
et valide à perpétuité. ”. Il est ordonné
aux évêques de diffuser cette Lettre et d’inviter les
fidèles, à défaut d’aller à Compostelle,
à prier dans les églises dédiées à Saint-Jacques.
Dès le début de son pontificat, Léon XIII eut le désir
de combattre l’isolement diplomatique laissé par son prédécesseur,
Pie IX, et de maintenir à l’égard des puissances, sauf
en Italie, une attitude conciliatrice. En France, il préconise le
ralliement au gouvernement républicain pourtant anticlérical
(encyclique Au milieu des sollicitudes, 1892) ; en Espagne, malgré
la restauration de la monarchie en 1876, face à l’opposition
entre “ Carlistes ” et “ Alphonsistes ”, il invite
les espagnols à l’unité avec l’encyclique Cum
multa, en 1882. Face à tous les conflits, Léon XIII fait preuve
d’un grand talent diplomatique en appelant au zèle, au dévouement
et à l’élan des catholiques. L’appel au voyage
vers Compostelle s’inscrit vraisemblablement dans cette politique
de rassemblement qui encourage aux grands pèlerinages. Dans un autre
domaine, Léon XIII a profondément marqué l’histoire
sociale de l’Eglise par l’encyclique Rerum novarum (1891), qui
lui valut le surnom de “ pape des ouvriers ”, dont l’inspiration
et certains passages font penser à l’enseignement social de
l’Epître de Jacques*. On doit mettre encore à son actif
l’impulsion donnée aux études exégétiques
et à la recherche scientifique (encyclique Providentissimus, 1893).
(Micheline Mouradian) 
Lessive
Activité quotidienne du pèlerin qui a emporté le strict minimum
pour ne pas augmenter exagérément le poids* de son sac*.
Lettres de recommandation
A toutes les époques, les étrangers ont suscité la méfiance.
Des lettres de recommandation, les sauf-conduits ou d’autres documents leur
permettaient de justifier leur identité et le but de leur déplacement.
En voici quelques exemples : au IXe siècle, l’évêque
de Bourges* envoie un meurtrier en pèlerinage pénitentiel* mais
il le munit d’une lettre de recommandation quelque peu surprenante : “
ce misérable, cédant au piège tendu par le Vieil Ennemi,
le Serpent diabolique, a tué son frère et que nous lui avons ordonné
de partir en exil… Mais nous sommes tous des pèlerins en ce monde.
C'est pourquoi nous implorons votre piété afin que vous acceptiez
de l'accueillir en vos demeures et de faire preuve à son égard de
charité ”. Six siècles plus tard, on retrouve ce même
souci à Namur : trois pèlerins* pénitentiels partent avec
une lettre assurant qu’ils sont de “ bonne et honnête conversation
”, qu’on peut les employer s’ils le demandent et qu’en
aucun cas on ne les arrête ou les moleste. Au début du XIVe siècle,
le roi d'Aragon accorde un sauf-conduit à Jean Le Meingre, dit Boucicaut,
maréchal de France : “ Pour que vous, qui êtes notre noble
et dévot Jean Le Meingre dit Boucicaut, chevalier, maréchal de France,
qui proposez de visiter la basilique du bienheureux Jacques de Galice et d'autres
tombeaux de corps saints, soyez sain et sauf dans nos terres... nous mandons à
tous nos officiers… que, tant à l'entrée qu'au retour vous
puissiez voyager avec une escorte de cent écuyers, de serviteurs, de chevaliers
et de fantassins, ainsi qu’avec le nécessaire, d'or, d'argent, de
perles, de besaces, de pièces de monnaies, d’ustensiles, de vases,
de biens, vos objets et ceux des vôtres, quelle que soit leur espèce
”. Au XVIIIe siècle, deux jeunes garçons arrêtés
à Auch reçoivent les lettres de recommandation, rendues obligatoires
par les réglementations*, qu’ils avaient oublié de prendre
avant leur départ : 1- Nous syndics des habitants de la ville de Saint-Etienne-en-Forez,
certifions et attestons à tous que Claude Blanc, éperonnier, fils
de…, et Médard Dervieu, fils de…, âgé d’environ
16 ans, se sont toujours bien comportés, sans qu’il nous soit jamais
parvenu aucun sujet de plainte sur leur compte, qu’ils sont partis de la
dite ville il y a environ un mois et demi dans le dessein d’aller à
saint Jacques en Galice auquel ils se sont voués et de revenir de suite
à leur travail, ainsi que nous nous le sommes fait certifier par leurs
parents… Le 15 juillet 1774. 2- Je certifie que Médard Dervieu, âgé
d’environ 16 ans est mon paroissien et qu’il n’est parvenu aucune
plainte sur son compte pendant le temps qu’il a été dans ma
paroisse à Saint-Etienne. 16 juillet 1774. 3- Nous, Fromage, curé
de la paroisse de Notre-Dame à Saint-Etienne, certifions que Claude Blanc,
âgé d’environ 18 ans, d’icelle susdite paroisse est de
bonne vie et meurs, qu’il est parti de cette ville pour accomplir un vœu
qu’il avait fait d’aller à Saint-Jacques en Galice. En foi
de quoi nous lui avons délivré le présent certificat à
Saint-Etienne, le 15 juillet 1774. Mais, de tout temps, les textes de lois n’ont
pas empêché des arrestations arbitraires ni des enrôlements
forcés (voir Jacques Cœur* et Jean Bonnecaze*).
Lettres de rémission
Lettres par lesquelles le roi de France accordait grâce à certains
condamnés, non dangereux, parfois sous certaines conditions parmi lesquelles
des pèlerinages pénitentiels* plus ou moins lointains.
Lévignacq
(Landes, ar. Dax, c. Castets)
Ce village des Landes possède, dans son église Saint-Martin, une
chapelle* Saint-Jacques, construite au début du XVIIIe siècle, remarquable
par son programme iconographique présentant la vie de saint Jacques. Sur
le mur de gauche, en entrant, le tableau du retable raconte l’appel de Jésus
à Jacques, alors pêcheur sur le lac de Tibériade. La lecture
se continue, en regardant le fond, par le panneau peint du plafond : saint Jacques
part prêcher en Occident, accompagné de deux disciples, vêtus
comme lui à la mode du XVIIIe siècle. Il arrive en vue d’une
cité (Lévignacq ?). Avec cette fois trois compagnons (sur le plafond
du mur de droite), il rencontre un homme assis au pied d’un arbre, désespéré
par la mort de son compagnon qu’il est sur le point d’enterrer. A
son visage souriant et à sa main levée, on devine, sous l’œil
ébahi des assistants, que saint Jacques va le ressusciter*. Sur la troisième
image du plafond (au-dessus de l'entrée), saint Jacques dans une salle
d’hôpital, guérit deux malades. Puis, (sur le mur de gauche),
vient l’heure de son martyre, matérialisée par la statue qui
porte le glaive. Et c’est enfin, sur ce même côté, la
quatrième image du plafond, son apothéose dans les cieux. L’origine
de ce culte local à saint Jacques reste à trouver. Affirmer sans
preuve que l’église se trouve sur un chemin de Compostelle n’est
qu’une commodité qui sacrifie à la mode et prouve la réalité
du syndrome*. Il faut aussi remarquer que cette chapelle dédiée
à saint Jacques fait le pendant de la chapelle de la Vierge.
Liberté
Certains pèlerins rentrent avec le sentiment d’avoir joui d’une
très grande liberté. Liberté que confère l’anonymat,
le nombre limité de contraintes, les grandes possibilités de choix
: rester avec cet étranger sympathique, fuir celui qui ne me convient pas,
s’isoler pour un repas ou “ se retrouver autour de notre répertoire
de régiment ”, manger boire et dormir où et quand je veux
… Ils éprouvent que cette liberté a des limites pour rester
compatible avec l’esprit* du chemin qu’ils ont expérimenté
aussi et dont ils partagent les valeurs. A tout cela s’ajoute la liberté
intérieure qui s’acquiert au fil des jours de marche parce qu’elle
exige de se désencombrer de beaucoup de choses qui nous entravent. Combien
d’objets indispensables n’ont-ils pas été renvoyés
au domicile ou abandonnés sur le chemin, devenant symboles d’une
libération intérieure ?
Lieux de rassemblement
Voir points de rassemblement
Liturgie
Dans le langage courant, le mot liturgie dans le sens de cérémonial.
Elle définit l’ordonnance des cérémonies d’un
culte et les prières associées. Le Livre premier du Codex Calixtinus
comprend des pièces liturgiques pour les diverses célébrations
des fêtes* de saint Jacques. Dans la liturgie du pèlerinage on doit
aussi inclure les célébrations de bénédiction* des
pèlerins. Pour l’Eglise, ce sens est «très dévalué
». La liturgie est le « culte public rendu à Dieu* par le Christ
mystérieusement présent au sein de l'assemblée des baptisés
».
Livres de confréries
Livres de comptes ou listes de confrères qui s’ouvrent parfois sur
le texte des statuts de la confrérie*.
Livres des miracles de saint Jacques
Un Livre des miracles est un recueil des miracles réalisés
par le saint, rédigé par les gardiens du sanctuaire où
il agit afin de donner confiance aux pèlerins. En différents
endroits, de tels Livres ont été rédigés à
la gloire de saint Jacques. Le Livre II du Codex Calixtinus est l’un
d’entre eux, composé très certainement à Compostelle
après 1141, par Aimeri Picaud*, à partir de vingt-deux miracles*
qu’il aurait collectés lors de ses voyages. Le vingt-troisième,
dit miracle de Vézelay serait l’œuvre d’Albéric
d’Ostie, présent à Compostelle en 1139. Au XIIe siècle
également fut rédigé un Livre des miracles opérés
par la main de saint Jacques à Reading. Un autre fut écrit
à la gloire de saint Jacques de Tarentaise*. A la fin du XVe siècle,
un autre fut produit par la cathédrale de Toulouse*, lors de la redécouverte
du chef* de saint Jacques dans l’église Saint-Jacques.
Livre d’or
Présents dans beaucoup de lieux où passent des pèlerins,
ils sont des témoins, parfois émouvants, de leur expérience.
Ils sont aussi des documents* utiles pour la connaissance et la compréhension
des motivations* de ceux y confient leur témoignage.
Locquirec
(Finistère, ar. Morlaix, c. Lanmeur)
Chaque 25 juillet, le village de Locquirec organise un “ Grand Pardon ”
qui réunit la communauté villageoise, en présence de l’évêque,
pour obtenir les faveurs de “ son ” saint Jacques* et celles d'un
saint breton, Kirec. Après la messe, une grande procession quitte l’église
et se dirige vers le port où le clergé, la statue et la relique
de saint Jacques embarquent afin de procéder à la bénédiction
des bateaux. Le sanctuaire conserve une relique* du sang de saint Jacques authentifiée
sans sourciller par l’évêque de Brest en 1860.
Logo
Dans sa décision de mai 1984, l’assemblée parlementaire du
Conseil de l’Europe a autorisé l'utilisation d'un “ emblème
spécial par les villes et par d'autres institutions qui participent à
la sauvegarde et à la promotion des itinéraires de pèlerinage
”. Défini en 1987 après la décision ayant fait des
chemins de Compostelle un Itinéraire* culturel européen, il est
connu sous le nom de logo européen. Il est utilisé comme balise*
de ces chemins, au gré de chaque organisme qui se sent autorisé
à qualifier un itinéraire de chemin ou route de Compostelle. Signe
de marquage, ce logo est souvent utilisé comme flèche, tantôt
dans un sens, tantôt dans l’autre ce qui ne manque pas de troubler
les pèlerins. Des villes se prétendant sur cet Itinéraire
l’utilisent pour leur publicité. Son emploi est devenu anarchique,
tant sont nombreuses les institutions (associations, municipalités, départements,
régions …) qui assurent la promotion de leurs intérêts
avec celle des chemins.
Logroño
L’une des figures* du chemin, don José Ignacio-Diaz, est, en 2006,
curé de Logroño après l’avoir été à
Hervias puis à Grañon. Bien avant que les pèlerins ne se
bousculent sur le chemin, il accueillait tous les pauvres qui frappaient à
sa porte, les journaliers en quête de travail, les errants. Une chambre
leur était réservée, près de la sienne. Lorsque les
premiers pèlerins arrivèrent, il devint le rédacteur de la
nouvelle revue Pelegrino en même temps qu’il ouvrait sa maison à
ces nouveaux “ pauvres ”. Pour l’année sainte 1993, il
a fait appel à ses proches et à d’autres associations pour
qu’ils l’aident à installer des gîtes. Depuis ce temps,
c’est lui qui assure la coordination entre un grand nombre de ces gîtes
qui fonctionnent avec des donativos* et qui accueillent tous les passants, et
pas seulement les pèlerins, selon le principe des œuvres* de Miséricorde.
Mieux, la boîte de donativos est toujours ouverte, surmontée d’un
écriteau : “ laisse ce que tu peux, prends ce dont tu as besoin ”.
On lui doit cette affirmation péremptoire : “ celui qui veut être
sûr de coucher dans un lit tous les soirs, mieux vaut qu’il reste
chez lui ”. C’est à Logroño que beaucoup de pèlerins
découvrent la première statue monumentale de saint Jacques Matamore*.
Lorgues
(Var, ar. Draguignan)
A Lorgues, deux chapelles, Saint-Jaume* et Notre-Dame de Benva, et un hôpital*
sont liés à saint Jacques. L’architecture des deux chapelles
et surtout le nom de la seconde (Benva = bon voyage), indiquent indiscutablement
un lien avec la route et le voyage. Leurs porches, enjambant le chemin, offraient
un abri, le soir venu, aux voyageurs et parmi eux, aux pèlerins. Tous n’allaient
pas à Compostelle, il y avait des romieux et d’autres qui allaient
moins loin. Peut-être simplement vénérer les reliques de saint
Jacques à Pierrefeu ? A Benva, Notre-Dame et saint Jacques sont liés
sans doute grâce au Protévangile*. La fresque invite à méditer
sur la maladie, la mort et le passage vers l’Au-delà. Saint Jacques
est là dans son rôle de Passeur*. Ce patrimoine remarquable a été
sauvegardé et est entretenu et animé depuis 1972 par “ l’Association
de Sauvegarde de Saint-Ferréol et du Vieux Lorgues” (ASFVL) et, pour
Saint-Jaume, par l’amicale “ dei San-Jaumian ”. Quant à
l’hôpital, il a gardé une partie de sa fonction d’accueil
puisqu’il est devenu maison de retraite. Une statue de saint Jacques y est
encore conservée.
Louis VII
Seul roi de France à avoir accompli le pèlerinage de Compostelle.
Louis VII (1120-1180) épouse le 25 juillet 1131 Aliénor d’Aquitaine,
fille du duc d’Aquitaine qui venait de mourir à Compostelle en confiant
sa fille au roi Louis VI. Il monte sur le trône en 1137. Dix ans plus tard,
il prend la croix en confiant la régence du royaume à l’abbé
de Saint-Denis, Suger. En 1152, les époux se séparent. Quelques
semaines plus tard, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, héritier
du trône d’Angleterre. Au printemps 1154 Louis VII épouse en
secondes noces Constance de Castille, fille du roi Alphonse VII* qui, à
cette époque, se posait en héritier de Charlemagne. Entre octobre
1154 et janvier 1155, il part à Compostelle. Quelle est la cause d'un pareil
périple ? Dévotion diront les historiens, au vu d’une mention
du chroniqueur Raoul de Diceto : “ Louis, roi des Français, alla
par dévotion en pèlerinage à Saint-Jacques ”. Mais
l’abbé du Mont-Saint-Michel, Robert de Torigni, ajoute à cela
une démarche politique : “ Louis roi des Français se rendit
à Saint-Jacques de Galice pour y prier et fut favorablement accueilli en
Espagne par l'empereur son beau-père ”. En cette même année
1154, Aliénor devenait reine d’Angleterre puisqu’elle avait
épousé Henri II Plantagenêt dès sa répudiation.
Louis VII devait donc se préoccuper de s’assurer des alliances contre
l’Angleterre qui possédait en France Normandie, Anjou, Bretagne et
Aquitaine. Les chroniques espagnoles de l’époque cachent au contraire
cette démarche politique sous des ragots. Elles rapportent des calomnies
circulant sur la naissance illégitime de la jeune épouse et relatent
comment, à l’aller à Burgos et au retour à Tolède,
Louis VII fut reçu par son beau-père avec un tel faste qu’il
perdit ses “ doutes ” et repartit en disant qu’aucune cour au
monde n’était aussi noble que la cour de Castille. Constance de Castille
accoucha en 1156 de Marguerite de France et, le 4 octobre 1160 mourut en couches
à 36 ans. Louis VII épousa en troisièmes noces Adèle
de Champagne dès le 13 novembre de la même année.
Louis XI
La dévotion du roi Louis XI pour saint Jacques est d'une grande constance,
tout en étant fortement teintée de politique. Dès 1444, encore
dauphin, il envoie un pèlerin à Compostelle. En 1447, il offre à
la cathédrale un ex-voto*, une forteresse en argent d’une valeur
de 1 000 ducats. Toujours dauphin, en 1456, il choisit cinq églises dont
celle de Saint-Jacques-de-Compostelle pour bénéficier d’une
offrande de 12000 écus chacune (les autres étant Notre-Dame de Cléry*,
Saint-Pierre de Rome, Saint-Michel, Saint-Claude et l’œuvre du pont
Saint-Esprit). Implore-t-il les prières de ces lieux pour qu’ils
le protègent de son père qui menace de l’arrêter et
de le déshériter au profit de son frère ? Enfin roi, l’un
de ses premiers gestes consiste à donner, le 3 novembre 1461, 600 écus
d'or au sanctuaire de Compostelle “ laquelle somme à notre singulière
dévotion nous avons donnée et aumônée cette église
”. En 1463, c’est sa mère, Marie d’Anjou qui part pour
s’assurer que le vœu des rois de France d'entretenir à perpétuité
les deux cierges allumés devant l'autel de la chapelle* des rois de France
était réellement exécuté. En 1467, Louis XI rétablit
la fondation par Charles V des trois messes quotidiennes à cette chapelle
des rois de France. S’il n’est jamais allé à Compostelle,
il en avait pourtant formé le vœu* : en 1482, il s’en fait relever
par le pape. Il est possible qu’il ait proposé en échange
une offrande importante car, en juillet de l’année suivante il envoie
trois pèlerins (son maître d’hôtel et deux échevins
de La Rochelle), afin qu’ils fassent fondre sur place et installer dans
le clocher, deux grosses cloches. Juste avant sa mort, le roi a su que trois cloches
avaient été fondues, et que le chapitre de Compostelle disait des
messes à son intention. Le clocher devint la torre del Rey de Francia (l’actuelle
Torre del reloj). Il convient de noter que la présence des échevins
de La Rochelle indique que la Saintonge* continuait d’honorer le legs testamentaire
d’Alphonse de Poitiers*.
Lulle (Raymond)
Le philosophe catalan Raymond Lulle (1223-1315) a dicté lui-même
sa Vie* alors qu’il avait près de 80 ans. Il la commence vers sa
trentième année, lorsqu’il était “ sénéchal
du roi de Majorque ”, Jacques II, fils de Jacques le Conquérant*.
Il est marié et père de famille. A cette époque, bouleversé
par une vision, il décide d’expier ses fautes en ranimant la religion
chrétienne en Occident. Au lendemain de cette conversion (Vie, §9),
il part pour Rocamadour et Saint-Jacques en Galice. Cette Vie a été
illustrée de douze miniatures dont la première relate ses pèlerinages.
A Compostelle, vers 1261, Lulle est humblement agenouillé aux pieds de
saint Jacques assis, coiffé du chapeau du pèlerin, muni du bourdon*
et de la besace* timbrée d’une coquille*. Le texte de sa prière
à l’apôtre figure dans une “ bulle ” sortant de
sa bouche. Il demande la faveur de pouvoir mener à bien ses projets. Cette
prière intime d’un pèlerin arrivé au but constitue
un document rarissime. Bien qu’il ait été opposé à
l’alchimie*, des auteurs lui attribuent, dès 1350, des œuvres
et des doctrines d'alchimie ainsi que la connaissance de la technique de transmutation
des métaux en or (il aurait fabriqué pour le roi d’Angleterre
6 millions de “ nobles à la rose ” pour une croisade). Curieusement,
alors que sa vie est connue, aucun de ces auteurs n’a jamais fait un lien
entre l’alchimie et son pèlerinage à Compostelle.
Lupa
Cette reine régnait sur les rives inhospitalières de Galice lorsque
la barque* qui apportait les restes de saint Jacques lors de sa translation* y
accosta, elle sema des embûches sur les pas des disciples qui voulaient
ensevelir le corps mais finit par se convertir en les voyant miraculeusement triompher
de toutes les difficultés.
Lys (ou lis) Saint-Jacques
Dit aussi Amaryllis croix Saint-Jacques ou bâton* de saint Jacques. Le livre
I du Codex Calixtinus, tout en comparant les vertus du lys à celles de
saint Jacques, indique ses vertus médicinales : “ Les médecins
connaissent le lys dont les forces peuvent amollir la dureté des nerfs.
Ses feuilles cuites et appliquées guérissent les brûlures
et curent les piqûres de serpent dans les corps. Son suc, mêlé
de miel et bouilli dans un vase neuf, soigne les vieilles blessures. Sa racine
séchée et broyée avec de l’huile convient pour les
brûlures, amollit la matrice et augmente le flux menstruel. Son jus mêlé
à la boisson provoque la menstruation et l’accouchement, et sert
contre la morsure du serpent. Ses fleurs sont utiles dans toutes les indurations
de la matrice. ”
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