Mabille de Poncheville (André)
Journaliste et écrivain essentiellement régional, André
Mabille de Poncheville (1886-1969) a collaboré à La Voix
du Nord ou à La Libre Belgique. Membre de l'Académie Royale
de Belgique, il était aussi poète et ami de Verhaeren, Maurois,
Bernanos... François Mauriac l'appelait le “ pèlerin-poète
”. Il a effectué un pèlerinage à Saint-Jacques,
à une époque (1927-28) où personne ne marchait plus
vers Compostelle. Sur les routes d’Espagne, il s’est retrouvé
en vrai pèlerin, en étranger. Son témoignage campe
avec talent sa vision des mœurs des populations rencontrées.
Mais l’histoire qu’il présente est celle connue à
son époque et doit donc être lue avec circonspection.
Mâcon
(Saône-et-Loire)
Au XVe siècle, Mâcon possède un hôpital* simplement
désigné comme “ l’hôpital Saint-Jacques
de Mâcon ”, sans qu’il y ait une quelconque mention
de la Galice. Il est un sanctuaire* local qui reçoit des pèlerins
venus vénérer, sur place, une relique* de saint Jacques
conservée dans la chapelle sous forme “ d’un tableau
avec reliques aux deux bouts et aux deux autres bouts des coquilles ”.
Le personnel est formé de “ donnés ”*. Deux
menus sont prévus, un pour les “ gens de bien ” et
un pour les autres, avec une base commune faite de potage, pain et vin
avec viande pour les jours gras, œufs les vendredis et samedis et
harengs en Carême. Les premiers doivent payer un écot, les
autres semblent employés à quelque tâche, ainsi celle
“ d’enfouir les trépassés ”. Ce n’est
qu’à partir des années 1580 qu’apparaît
l’obligation de “ recevoir tous pèlerins allant ou
revenant de Saint-Jacques en Galice ”. On est à l’époque
de la Contre-Réforme* où beaucoup de pèlerins partent
effectivement pour Compostelle, venus des régions où le
Protestantisme s’implante et pensant trouver du réconfort
dans l’Espagne restée catholique. On est également
à l’époque où les petits hôpitaux* Saint-Jacques
sont menacés de fermeture. Au XXe siècle, le syndrome* de
Compostelle naissant pousse un érudit à écrire que
dès sa fondation au XIIIe siècle la maison fut un “
hôpital ouvert aux pèlerins qui se rendent à Saint-Jacques-de-Compostelle
”.
Madeleine
A Illiers-Combray*, Marcel Proust, dans Du côté de chez Swann,
a immortalisé “ ces gâteaux courts et dodus appelés
Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés
dans la valve rainurée d'une coquille Saint-Jacques ”. Il
en souligne les formes féminines : “ petit coquillage de
pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère
et dévot ”. Le nom de ce petit gâteau apparaît
en 1769 et il semble porter le nom de deux cuisinières qui l’auraient
fait connaître, une Madeleine originaire de Commercy et qui travaillait
à la cour du roi de Pologne Stanislas Leczinski ou une Madeleine
Paumier, au service d’une Madame Perrotin de Barmond. Si les moules
à madeleines sont depuis longtemps métalliques, il est possible
que les premiers aient été des coquilles Saint-Jacques.
Magie
Le terme de “ magie du chemin de Compostelle ” est souvent
utilisé pour manifester que le chemin de Saint-Jacques “
n’est pas comme les autres ”. Plusieurs explications sont
possibles, certaines factuelles : tout le monde marche dans la même
direction et vers le même but, l’anonymat y est une règle
tacite qui gomme les différences. D’autres tiennent à
l’état d’esprit de ceux qui l’empruntent. Ils
ne se sentent pas “ simples randonneurs ” et savent à
l’avance que ce chemin est différent même s’ils
ne savent pas en quoi. Ils ont d’abord ce “ désir,
indicible, de mettre leurs pas dans ceux d'autres pèlerins, marcheurs
de l'Histoire ”. Le chemin est en quelque sorte peuplé de
tous ces ancêtres. Ils ont “ envie de réaliser une
route hors du temps, d'accomplir un chemin de paix, de rencontre, d'humilité,
un chemin intérieur … ”. Alors l’allègement
du sac prend une valeur d’humilité qui ne lui serait pas
conférée s’il s’agissait de faire la traversée
de la Corse. Ils ont aussi ce sentiment de vivre avec d’autres une
expérience exceptionnelle “ le soir au gîte, c'est
là que s'opère la magie des rencontres ”. Enfin, “
arrivés à Saint-Jacques, ils se retrouvent tout bêtes
sur le parvis de la cathédrale : c'est fini … ”. (Tous
les passages entre guillemets sont extraits de témoignages de pèlerins).
L’émotion* de l’arrivée qui mêle la fatigue
et une certaine angoisse du retour participe aussi de la magie du chemin
que les pèlerins transmettent à leur retour. Pour les croyants,
cette magie n’est autre que la grâce que Dieu* dispense à
ceux qui se mettent en chemin.
Maître Jacques
Maître Jacques est le constructeur légendaire du Temple de
Salomon et fondateur, tout aussi légendaire, d’une grande
partie des Compagnons* du Devoir. Cette légende n’est connue
qu’à partir du milieu du XIXe siècle, et encore selon
des versions contradictoires. Certains y voient, non sans raison, la laïcisation
de saint Jacques. L’une d’entre elle concerne le pays Basque
à partir des suppositions de Louis Charpentier* qui présente
les Basques comme les créateurs de la fraternité pyrénéenne
des enfants de “ maître Jacques ”. En basque, le mot
Jakin désigne le savoir et Jakinak, ceux qui savent, d'où
dérivent les Jacques, dont l’auteur fait, sans sourciller,
les voyageurs continuateurs des hommes préhistoriques et constructeurs
de mégalithes.
Maire
Dans les villages, il est avec le curé* le recours pour trouver
un hébergement* pour la nuit, gymnase, salle municipale ou tout
autre abri en l’absence d’autre solution. Le titre de pèlerin
mis en avant quand on s’adresse à lui est, plus ou moins
consciemment, présenté comme une sorte de sésame
devant attirer ses bonnes dispositions, même par ceux qui en récusent
la connotation chrétienne.
Mâle (Emile)
En 1889 Emile Mâle (1864-1954) soutint sa thèse sur L’Art
religieux au XIIe siècle en France. En 1912, il obtint la chaire
d'histoire à la Sorbonne. Il fut ensuite directeur de l'École
française de Rome. Spécialisé dans l’art chrétien
médiéval, il a laissé une œuvre importante dans
laquelle il souligne le rôle essentiel qu’ont joué
les pèlerinages dans l’art en général et dans
l’architecture* en particulier. C’est lui qui a remarqué
et étudié les formes nouvelles des églises de pèlerinages,
nécessaires à la circulation des nombreux pèlerins
; il a été cependant victime de la notion erronée
de routes spécifiquement pèlerines. Il est à noter
qu'il n'a pas souhaité figurer parmi les fondateurs de la Société*
des Amis de saint Jacques.
Maladerie-maladrerie
Etablissement que les passants trouvaient souvent à la périphérie
des villes, la maladerie pour recevoir les malades, la maladrerie pour
recevoir les ladres (les lépreux). Mais ce ne sont que subtilités
d’écriture, les mêmes lieux pouvant être désignés
par l’un ou l’autre mot. Car, contrairement aux idées
reçues, les pauvres pouvaient aussi être hébergés
dans les léproseries.
Mallette
Un couplet de la Grande Chanson* montre un usage de ce mot par les pèlerins.
Il désigne ici la besace*. “ Mon compagnon devint malade/Dont
j'eus le cœur très dolent/Du pain de ma malette, /J'en donnai
du plus blanc. /J'allai le réconfortant. ”
Manier (Guillaume)
Tailleur d’habits, né à Carlepont en 1704, Guillaume
Manier, prend le chemin de Compostelle le lundi 26 août 1726. Il
expose ainsi la raison de ce voyage : “ Dans ce temps, de fréquentes
demandes que mon capitaine me faisait pour aller payer des billets qu’il
m’avait fait faire, ne me voyant pas en état d’y pouvoir
satisfaire si tôt, me firent prendre la résolution de sortir
du pays ” L’idée lui en est venue en voyant revenir
dans son village quatre pèlerins partis pour Saint-Claude, en Franche-Comté.
Se joignent à lui trois compagnons saisis de la même envie
de partir. Tous les quatre sont munis des papiers nécessaires.
Arrivés à Compostelle le 1er novembre 1726, ils rentrent
en passant par Madrid dans l’hiver 1727. Manier fait ensuite le
voyage de Rome avant d’écrire ses mémoires en 1736.
Manjarin
En Galice, le village de Manjarin était déserté par
ses habitants. Depuis une dizaine d’années, des maisons sont
relevées. Au bord du chemin se dresse une étrange cabane,
un capharnaüm habité par Tomas, une autre figure* du chemin.
Il se dit Templier, ce qu’il n’est pas malgré une partie
de la salutation templière (réservée aux adeptes),
gravée sur son tampon, non nobis domine. Souvent habillé
en Templier, il appelle le pèlerin et lui offre un bon feu, un
grabat au-dessus et une fontaine parfois polluée, ce qui lui a
déjà valu d’avoir des ennuis avec les services d’hygiène.
Manosque
(Alpes-de-Haute-Provence, ar. Forcalquier)
En Provence, de nombreux livres de comptes des hôpitaux et des œuvres
de charité situés à proximité de la voie Domitienne
restent à dépouiller pour trouver des traces d'éventuels
pèlerins de Galice. La région a aussi été
traversée par des “ roumieux ” ou pèlerins de
Rome. Elle a aussi été marquée par les années
de présence de la papauté en Avignon.
Mantelet
Voir cape
Maragateria
Au sud d’Astorga est le pays des Maragatos, une terre accidentée
et peu fertile que les pèlerins traversent souvent sans en saisir
sa particularité. Tout au plus certains se régalent-ils
du cocido maragato, un excellent pot-au-feu fait à base de salaisons
de grande qualité. Au XIXe siècle encore, les hommes se
faisaient muletiers et laissaient leurs femmes cultiver les maigres champs.
Les voyageurs étaient tous frappés par leur allure austère.
L’abbé Daux rapporte le portrait dressé par le chantre
des types espagnols, Salvador Rueda : “ Cet homme est une tache
d'encre. Il ressemble à une ombre chinoise. On le croirait trempé
dans un encrier… Il porte des espadrilles à cordons noirs,
des bas noirs qui montent jusqu'aux genoux, un pantalon tout aussi noir,
une ceinture de la même nuance sombre, une veste, un gilet et une
cravate de couleur identique et le chapeau plus noir encore, s'il est
possible ” Quelle est leur origine ? Des Maures captifs ? Des Berbères
? Des Celtes ? Plus vraisemblablement leur nom ne serait pas antérieur
au XIVe siècle et viendrait de leurs activités de transports
de marchandises : mercaderes-mericator. Aujourd’hui encore, les
habitants revendiquent cette origine maragato, leurs fêtes folkloriques
en étant le témoignage le plus visible. A Astorga, la tour
de l’hôtel de ville est munie d’une cloche dont les
heures sont sonnées par un couple d’automates, les maragatos
(XVIIIe siècle). Peu après Astorga, le village typique de
Castrillo de los Polvazares a été déclaré
Monument d’intérêt national.
Marche
Compostelle a bénéficié de l’engouement pour
la marche, pratiquée en France par des millions d’adeptes
et encouragée par la FFRP* (Fédération Française
de la Randonnée Pédestre). La marche est une activité
naturelle à l’homme qui ne nécessite pas de préparation
particulière. Son rythme permet la découverte* progressive
des lieux traversés, il favorise les rencontres*. La marche procure
des bienfaits physiques incontestables, elle est apaisante, élimine
le stress et développe les sens. Les personnes qui souhaitent des
conseils plus précis consulteront avec intérêt les
recommandations de la FFRP* et constateront comme le dit son slogan qu’“
Un jour de sentiers c’est huit jours de santé ”. Bernard
Ollivier, grand marcheur, dit de la marche qu’elle est “ un
remède à la folie de l’urgence ” et que “
le marcheur refuse de laisser le temps le prendre, il prend son temps
”.
- Marche au long cours
La marche au long cours, telle que pratiquée sur les chemins de
Compostelle, pendant plusieurs semaines et des centaines de kilomètres
apporte ses bénéfices propres. Pour les personnes qui ont
une activité physique régulière, les premiers jours
servent d’entraînement aux suivants mais il faut avoir la
sagesse de partir progressivement. Les personnes sédentaires seront
bien avisées de prévoir un petit entraînement* en
marchant régulièrement et progressivement dans les semaines
précédant leur départ (cela leur permettra de casser
leurs chaussures*). Passés les premiers jours, le corps a pris
le rythme, les épaules et les hanches se sont faites au sac. Viennent
les bénéfices sensoriels, intellectuels, spirituels. Les
sens en éveil plus qu’à l’accoutumée
s’affinent ; le marcheur devient plus sensible aux couleurs, aux
odeurs, aux sons … Le contact avec la nature y contribue fortement.
Les pensées se focalisent, s’ordonnent, s’envolent
selon le tempérament, la situation du marcheur et ses besoins du
moment. Insensiblement le calme envahit l’esprit, l’être
se retrouve dans sa profondeur. Bienheureux le marcheur qui sait doser
ses efforts et boire régulièrement pour que la fatigue ou
des troubles physiques ne viennent pas lui faire perdre ces bénéfices
de la marche.
Marcher
Une dimension spirituelle de la marche est donnée par la proposition
suivante de Mgr Christophe Dufour, évêque de Limoges : “
Marcher, c’est se laisser décrasser le cœur, aller au-delà
de soi et y percevoir la présence de Dieu* ”.
Marie (les 3)
Voir Sainte Parenté
Martin, Joseph-Marie (Monseigneur)
Né le 9 août 1891 à Orléans, élu évêque
du Puy* le 6 février 1940, sacré à Bordeaux le 2
avril 1940, archevêque de Rouen le 15 octobre 1948, cardinal le
22 février 1965, démissionnaire le 6 mai 1968. Alors qu’il
était aumônier des étudiants à Bordeaux, l’abbé
Martin organisa un pèlerinage à Compostelle en 1935. Devenu
évêque du Puy, il mit dans ses armes la coquille* emblème
des pèlerins et les étoiles de la voie lactée et
il est probable qu'on lui doit la popularité de Godescalc*. En
1954, première année* sainte d’après-guerre,
il participa avec le cardinal Feltin*, archevêque de Paris aux cérémonies
du 25 juillet à Compostelle. Il était alors archevêque
de Rouen. En septembre 1942, il a participé à un pèlerinage
au sanctuaire de la Peña de Francia avec des représentants
de mouvements de jeunes de France. En 1962, il se rendit au Puy pour les
cérémonies du millénaire de Saint-Michel l’Aiguilhe
présidées par l’archevêque* de Compostelle. 
Martyre
Jacques* le Majeur périt par le glaive en 44 après JC, sous
le règne d'Hérode* Agrippa. Il est le premier apôtre
martyr. Ceci est rapporté par les Actes des Apôtres (Ac 12,
1-2), unique fois où Jacques le Majeur est mentionné seul
dans le Nouveau Testament. L'un des apocryphes attribue les causes de
sa mort aux thèmes développés dans sa prédication
: “ Jacques, fils de Zébédée se rendit auprès
des douze tribus dispersées ” et là, il interdit de
payer tribut aux rois, en particulier Hérode* et Néron ;
furieux, Hérode se lève et lui tranche la tête. Mais
des récits différents courent çà et là,
souvent venus d’Orient : Michel le Syrien, historien des croisades
et patriarche jacobite d’Alexandrie au XIIe siècle, raconte
qu’il fut martyrisé par le marteau du foulon (martyr attribué
au Mineur dans l’iconographie* occidentale : “ Jacques fils
de Zébédée et son frère étaient de
la tribu de Zabulon, du village de Beit-Çayda. Jacques prêche
à Jérusalem même et ensuite il fut martyrisé
par les Juifs à l’aide d’un bois de foulon ”.
Une peinture murale d’une église copte du Caire évoque
une troisième forme : l’apôtre, nu, fut découpé
progressivement en morceaux (comme saint Jacques l’Intercis, décrit
par la Légende* Dorée). Plus surprenant encore, cette peinture
montre saint Jacques renaissant de ce corps émietté et sautant
sur un cheval blanc qui s’élève dans les cieux. C’est
là une tout autre interprétation du Matamore*.
Massages
Bien qu’il ne soit pas une épreuve sportive, le pèlerinage
à Compostelle nécessite des efforts physiques auxquels beaucoup
d’organismes ne sont plus habitués bien que la marche* soit
une activité naturelle. Il est parfois nécessaire de recourir
à des mains expertes ou charitables pour masser des pieds endoloris,
des muscles raidis ou des épaules qui répugnent à
reprendre le sac*..
Mataindios
Nom donné à saint Jacques par les conquérants espagnols
de l'Amérique lorsqu'il est venu les aider dans leurs luttes contre
les Aztèques (infidèles) comme il les avait aidés
dans la lutte contre les Sarrasins. 
Matamasones
Dans une église de Samora Correia au Portugal près de Lisbonne,
se trouve une représentation de saint Jacques à cheval poursuivant
un personnage qui laisse tomber derrière lui un compas, une équerre
et un ciseau symboles franc-maçons. Certains voient en ce saint
Jacques un “ Matamasones ”.
Matamore
Depuis la légende de la bataille de Clavijo*, ce nom est utilisé
en Espagne pour désigner saint Jacques intervenant sous la forme
d'un cavalier l'épée au poing soutenant les combats contre
les Maures (Etymologie de matar : tuer, du latin mactare et Moro, Mores).
Sans doute inspiré du “ Fils du Tonnerre ” de l’Evangile,
il apparaît dans le ciel sur son cheval pour donner aux chrétiens
la victoire à Simancas (938), à Coimbra (1064), à
Las Navas de Tolosa (1212), à Xérès (1233). Puis
il aida à vaincre les Protestants, à Anvers en 1585, ainsi
que les Indiens (il devient le Mataindios*) ou les Turcs. Dès le
XIIe siècle, l'effigie du Matamore orne les bannières des
chevaliers de l'Ordre de Santiago* et on la retrouve sur nombre d'étendards
jusqu'au XVIIIe siècle. Charles Quint et Philippe II se sont fait
représenter en Matamores, imités, plus tard, par Franco*
dont les troupes invoquaient encore “ l’irrésistible
vainqueur de Clavijo ”. En France, cette représentation iconographique
est rare. Au XVIIe siècle, les comédies espagnoles et françaises
s'emparent du personnage pour en faire “ un faux brave qui ne cesse
de vanter ses prétendus exploits contre les Maures ”. Dans
Les Rodomontades espagnoles (1607), il est question du très épouvantable,
terrible et invincible Capitaine Matamores. Corneille en fait un héros
de l'Illusion comique (1636) auquel la diffusion du mot doit beaucoup.
En 1637, Mareschal donne Le Véritable Capitan Matamore, et Scarron
Les Boutades du Capitan Matamore (1647). Le personnage se retrouve chez
Rotrou, Cyrano et Tristan. Le nom est passé ensuite dans l'usage
courant comme nom commun, puis comme adjectif.
Mauron (Marie)
Auteur, intellectuellement proche des républicains espagnols, et
femme engagée, Marie Mauron (1896-1986) a fait un voyage à
Compostelle en 1955, “ sans doute par un désir ancestral
qui voulait se réaliser ”. Elle est partie “ comme
un de ces Gentils épris d’autre chose que de piété
qui, à une faim d’art roman, joignent l’envie profane
d’un long voyage à l’étranger ”. Elle
a laissé une relation de ce voyage avec des descriptions saisissantes
de l’Espagne d’après-guerre qui l’a profondément
bouleversée. Elle a également tiré de son expérience
un roman.
Médaille
Il n’existe pas de médaille souvenir du pèlerinage
à Compostelle, par contre, à la cathédrale du Puy*,
une médaille est donnée à chaque pèlerin à
l’issue de la bénédiction* qui clôt la messe
des pèlerins.
Médiéval – Moyenâgeux
Contrairement à un usage fréquent, ces deux adjectifs ne
sont pas synonymes. Le second a pris un caractère péjoratif
et signifie souvent dépassé, suranné, voire barbare
ou obscurantiste. Le premier, plus récent et scientifique, doit
être utilisé pour désigner ce qui est relatif à
la période historique du Moyen Age, on parlera ainsi de pèlerins
médiévaux, de traditions médiévales.
Mendicité
Voir budget
Ménétra (Jacques-Louis)
Parmi les pèlerins qui sont allés à Compostelle,
il y eut des artisans au nombre desquels figuraient des Compagnons*. Parmi
eux, Jacques-Louis Ménétra, Compagnon vitrier du Devoir,
raconte, en 1763 : “ Comme j’étais en argent, étant
à Toulouse, il me prit envie d’aller à Saint-Jacques.
Nous partîmes trois de compagnie (…) Nous fûmes à
Bayonne, passant par toute cette Biscaye. Comme nous étions, à
ce que je puis me ressouvenir, sortis de Saint-Jean-Pied-de-Port, ou de
Saint-Jean-de-Luz, pour entrer dans la Biscaye espagnole, nous vîmes
arriver des compagnons qui en revenaient et qui étaient dans un
état minable. Je demande au l’Angevin et au l’Agenais,
qui étaient mes camarades de voyage, dont l’un était
ferblantier et l’autre coutelier, de ne pas aller plus loin, et
nous retournâmes à Bayonne. ”
Menthon (Nicod de)
Nicod de Menthon, “ seigneur de Montrottier ” part en pèlerinage
à Saint-Jacques en 1429. La recommandation signée du duc
de Savoie* dont il est chambellan donne un raccourci réaliste de
ce que représente Compostelle pour un noble du XVe siècle
: “ Nous recommandons à nos fidèles officiers, sujets
et contribuables… notre aimé fidèle chambellan Nicod
de Menthon... qui part pour la solennité des noces du très
illustre prince, notre très cher neveu, le seigneur duc de Bourgogne
et de son illustre épouse [ il s’agit du mariage de Philippe
le Bon avec Isabelle de Portugal] et ensuite se dispose à aller
en pèlerinage au monastère de saint Jacques, comme l'usage
en est chez de tels nobles, et les autres royaumes d'Espagne. Avec vingt
cinq chevaliers et écuyers… ”. Ses armes figurent sur
le reliquaire de Sallanches*.
Merci
Un mot fréquent à la bouche du pèlerin qui a souvent
besoin d’autrui sur le chemin. Mais sans doute plus fréquent
encore dans ses pensées et son cœur tant l’expérience
du chemin est gratifiante. Il y a bien sûr des jours de pluie, d’ampoules,
de tendinites ou de fatigue où se mot vient moins spontanément.
Mais c’est dans l’émotion* de l’arrivée
que ce sentiment de gratitude envahit pleinement le pèlerin, avec
l’angoisse du retour.
Méreau
Mérelle*, merel, marel, marelles sont des mots qui viennent de
marr = pierre. Ce sont des petites pièces de plomb, de cuivre,
quelquefois d’argent, dont chacun avait le droit de faire usage
en tant que bons, attestations de présence, laissez-passer ou marques
de reconnaissance. Les ecclésiastiques en firent un grand usage.
Aux XIVe et XVe siècles, l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins
en produisit des milliers, certainement d’aspect différents
selon leur usage : comptabilité de la maison, distributions de
nourriture, attestations de prières faites pour les confrères,
attestations de paiement de taxes les jours de foire et de cotisations
les jours de votes. On trouve aussi des méreaux de jeu. L’appellation
“ méreau de pèlerinage ” parfois employée
aujourd’hui ne correspond à rien de précis : aucun
texte ne permet d’imaginer des distributions de méreaux en
guise d’attestation de pèlerinage. Ces méreaux sont
aujourd’hui des pièces rares car, n’ayant aucune valeur
marchande, ils ont pratiquement tous été détruits,
perdus ou refondus. (D’après Isabelle Rousselin et Jacques
Labrot)
Mercure
Nom romain du dieu grec Hermès* dont il a pris les fonctions. Mercure
comportant la même racine que mercator, le marchand, les artistes
romains ont ajouté une bourse (ou besace* ou escarcelle) à
ses représentations iconographiques. On la retrouve dans l’iconographie*
de saint Jacques.
Mérelle de Compostelle
Selon Fulcanelli*, la mérelle de Compostelle est la coquille* Saint-Jacques.
Dans la symbolique alchimique*, elle sert à désigner le
principe “ Mercure 1 ”, appelé encore voyageur ou pèlerin.
Elle est portée par ceux qui cherchent à obtenir l’étoile*
qui rayonne sur le compost philosophal (compost stella), le mercure, d’où
naîtra l’or, c’est-à-dire la sagesse. En arrivant
à Compostelle, la coquille se transforme en astre éclatant.
Meseta
Etymologiquement : petite table. Voir Désert
Messe
Deux messes des pèlerins encadrent le parcours de la majorité
des pèlerins français, celle du Puy* au départ et
celle de Compostelle* à l’arrivée. La plupart des
pèlerins “ jouent le jeu* ” et s’y retrouvent
comme à l’un des rites indispensables au pèlerinage.
Les pèlerins catholiques les plus fervents s’efforcent d’assister
quotidiennement à la Messe, ce qui impose parfois des détours,
des kilomètres supplémentaires ou le recours à des
moyens de transport.
Miam-Miam Dodo
Régulièrement tenu à jour, ce guide des hébergements
sur le chemin du Puy, conçu et réalisé par un pèlerin
qui en a fait son fonds de commerce, est unanimement apprécié
dans le monde pèlerin. Existe aussi sur le même modèle
pour le Camino francés depuis 2003.
Millions de pèlerins
Cliché habituellement utilisé pour dire qu'il y avait beaucoup
de pèlerins à Compostelle au Moyen Age. Cette image, faussement
déduite des premières estimations du nombre* des pèlerins,
a en fait son origine dans celle des foules d’élus marchant
vers la Jérusalem céleste. Elle vient des textes du Nouveau
Testament, copiés des Actes* de Apôtres et de l’Apocalypse*,
utilisés par les chanoines de Compostelle dès le XIIe siècle
pour mettre en valeur leur cité, en particulier dans le Veneranda
dies*. Elle est régulièrement reprise dans les documents
des papes qui ont contribué à la renforcer. Malheureusement
prise au pied de la lettre par des chercheurs trop enthousiastes, cette
image symbolique a conduit à échafauder des hypothèses
erronées pour estimer le nombre de pèlerins qui furent ensuite
transformées en postulat*.
Miracles
Aujourd’hui, des pèlerins partent encore à Compostelle
avec l’espoir d’être témoins de miracles. Si
certains sont déçus, d’autres racontent volontiers
ces petits ou grands miracles dont ils ont été les bénéficiaires,
la fontaine qui surgit un jour de grande soif, la chute qui aurait pu
être mortelle et dont ils sortent indemnes, les lunettes retrouvées
dans des broussailles inextricables. Au fil des siècles, les miracles
de saint Jacques ont inspiré imagiers et conteurs, ceux de la translation*
(arrivée de saint Jacques sur une barque* ou un rocher, les démêlés
avec la reine Lupa*), le miracle du chevalier couvert de coquilles. De
la trentaine de manuscrits des vingt-deux miracles de saint Jacques (rédigés
vers 1132-1135 et, vers 1160, inclus dans le Codex Calixtinus* et fêtés
le 8 octobre), quelques uns sont régulièrement évoqués.
- Miracle II : le billet effacé
Un homme avait écrit une très grave faute sur un papier
qu’il avait déposé sur l’autel de saint Jacques.
Lorsque l’évêque déplia ce papier, la faute
avait été effacée. On retrouve ce même miracle
à propos d’un péché commis par Charlemagne*
et écrit puis effacé miraculeusement sur l’autel de
saint Gilles*. La crypte de la cathédrale de Chartres* en conserve
une représentation sur une peinture murale.
- Miracle IV : le pèlerin mort
Dans un groupe de pèlerins, l’un tombe malade. Les autres
l'aident au début, puis l'abandonnent. Un seul reste près
de lui jusqu'à sa mort. Terrifié, le survivant implore saint
Jacques qui arrive sur son cheval et transporte le mort et le vif en une
nuit jusqu’à Compostelle. Ce miracle a donné naissance
à des variantes qu’on racontait encore en Auvergne au début
du XXe siècle.
- Miracle V : le Pendu-dépendu
Ce miracle est l’un des plus populaires de ceux attribués
à saint Jacques. Sa particularité est que son contenu s’enrichit
tout au long du Moyen Age. Au XIIe siècle, les Livres des miracles
de saint Jacques racontent l’histoire de deux pèlerins allemands,
le père et le fils, se rendant en 1090 au tombeau de saint Jacques.
Ils s'arrêtent dans une auberge à Toulouse*. L'hôtelier
cupide les enivre et cache une coupe d'argent dans leurs bagages pendant
leur sommeil. Il les accuse ensuite de vol. Ils sont arrêtés,
condamnés par le juge et le fils est pendu tandis que tous leurs
biens sont attribués à l’hôtelier. Le père
continue son chemin jusqu'à Compostelle. Au retour, 36 jours après,
il découvre son fils encore vivant, soutenu par saint Jacques.
Il se rend à la ville, “ rassemble le peuple ” qui
déclare l'aubergiste coupable, dépend le pendu “ en
grand honneur ”. L'aubergiste, par “ un jugement unanime ”,
est condamné à mort et pendu “ sur-le-champ ”.
C’est ainsi que le raconte et le popularise la Légende Dorée.
Au XIVe siècle, un auteur allemand introduit le miracle des coqs
: après avoir dépendu le jeune homme, le père et
les juges vont chez l'aubergiste qui ne croit pas que le pendu soit plus
vivant que ses poulets cuisant à la broche. Mais les poulets s'envolent
! Et l'aubergiste est pendu. Au XVe siècle, le pèlerin Nompar
de Caumont* situe le miracle à Santo-Domingo-de-la-Calzada, en
Espagne. Il y ajoute la mère et un scénario plus détaillé
: la servante de l’auberge s’éprend du fils et qui
l’éconduit. Furieuse, elle fait condamner le jeune homme.
Au XVIe siècle, la même histoire racontée en Italie
remplace la servante par la fille de l’hôtelier.
Janine Michel
- Miracle XVII : le pèlerin suicidé
Vers 1115, Guibert de Nogent relatait un miracle qu’un informateur
bourguignon lui avait raconté, qui “ le tenait lui-même
de quelqu’un qui avait vu le ressuscité ” : un jeune
homme avait eu commerce avec une femme et ne s’était pas
confessé avant de partir pour Compostelle. Le diable, déguisé
en saint Jacques, lui conseilla, pour se faire pardonner, de se faire
eunuque. Le malheureux obéit et en mourut. Saint Jacques le rattrape
avant qu’il ne soit emporté par le Diable et le ramène
à la vie.
- Le miracle du chevalier couvert de coquilles
Cette légende se raconte sur les côtes de Galice : de grandes
fêtes avaient lieu à l’occasion du mariage d’un
noble chevalier. L'époux, seigneur du pays, était à
cheval, accompagné d’un nombreux cortège. Tout à
coup le coursier n'obéit plus, il s'élance et emporte son
cavalier dans la mer, jusqu’à une barque qui surgissait de
l'immensité. Dans cette barque, le corps de saint Jacques veillé
par ses disciples. Subjugué le jeune homme se convertit et offre
son palais pour inhumer l’apôtre. A cet instant, le cheval
et le cavalier furent entièrement couverts de coquilles. Le nouveau
chrétien ramena son cheval et revint au milieu de la foule éperdue
qui avait cru qu’il ne reviendrait jamais.
- Le miracle des lances fleuries
La Chronique de Turpin* raconte que, la veille d'une bataille, les soldats
de Charlemagne préparèrent soigneusement leurs lances et
les fichèrent en terre devant le camp, dans une prairie au bord
d’un fleuve. Le matin, ceux qui devaient mourir dans cette bataille
trouvèrent leurs armes couvertes d'écorce et de feuillages.
Remplis d'admiration, ils coupèrent les lances presque à
ras de terre et les racines, restant dans le sol comme des surgeons, poussèrent
et devinrent de grands arbres que l’on montre parfois, en Espagne
ou en Saintonge*.
- Le miracle du Cebreiro
Ce miracle, qui n’a rien à voir avec saint Jacques, est l’un
de ceux qui se racontent le plus volontiers sur le chemin de Compostelle
: un jour de tempête, un unique fidèle arriva, épuisé,
à l’église du Cebreiro* pour assister à la
messe. En entendant grincer la porte, le prêtre se retourna et pensa
: “ pourquoi se donner tant de mal pour voir un peu de pain et de
vin ? ”. Le Seigneur ne voulut pas laisser impuni ce manque de foi
et changea l’hostie en Chair et le vin en Sang. Longtemps, la Chair
imputréfiée resta sur la patène et le Sang dans le
calice. Le plus ancien texte (XVIe siècle) qui relate ce miracle
le date de 1300. Il ajoute que la reine Isabelle (voir Rois Catholiques),
passant par là sur la route de Compostelle, donna l’ordre
de déposer les reliques dans deux reliquaires qu’elle fit
confectionner, ceux que l’on voit encore aujourd’hui, près
du calice et de la patène.
Miranda de Ebro
La statue d’un pèlerin a été installée
près de l’hôpital Saint-Jacques, à la sortie
de Miranda de Ebro, province de Burgos, en novembre 2004. Mis à
part sa symbolique, ce pèlerin en plein effort, œuvre du sculpteur
Marcial Mosteiro, remplit une fonction de signalisation comparable aux
flèches jaunes. Il participe à la revalorisation du chemin
qui, entrant en Espagne par Hendaye, traverse le pays basque par le tunnel
de San Adrian*, passe par Miranda de Ebro et franchit le défilé
de Pancorbo avant de rejoindre le Camino Francés* à Burgos
ou à Santo Domingo de la Calzada comme l’a raconté
à son époque Guillaume Manier* dans son récit.
Miséricorde (Œuvres de)
Les œuvres de Miséricorde sont la formalisation en précepte
des paroles de Jésus (Mat. 25, 35-40) indiquant à ses disciples
les actions qui vaudront le Salut*. Elles sont déjà mentionnées
dans l'Ancien Testament et saint Cyprien les recommande dans son chapitre
sur “ Les bonnes œuvres ” écrit en 258. Ne rejoignent-elles
pas aussi les enseignements de l'Epître* de Jacques et son “
Sans œuvre la foi n'a aucun sens ” (Jc. 2, 20). Elles imprégnaient
la spiritualité médiévale et tous, clercs et laïcs
y étaient tenus. Elles étaient au nombre de sept : donner
à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à
ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, abriter les étrangers,
visiter les infirmes, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Principes
d'humanité, elles se retrouvent dans de nombreuses civilisations
en particulier dans la tradition d'accueil de l'étranger que beaucoup
de pays, souvent parmi les plus pauvres ont encore conservée de
nos jours.
Modica (Sicile)
Un curieux pèlerinage à saint Jacques, tout près
de ce village symbolise le douloureux passage du “ ponte* San-Giacomo
”, une fiction qui anticipe la mort*. Cette coutume a été
rapportée au XIXe siècle par un ethno-anthropologue, Giuseppe
Pitre : “ A un kilomètre de Modica se trouve, sur les bords
de la rivière Scicli, une petite église consacrée
à saint Jacques. On y parvient par un chemin abrupt et cahoteux
plein de cailloux et de rocaille. La femme qui veut accomplir ce “
pèlerinage de saint Jacques ” s’y prépare ainsi
: le 24 juillet à six heures du soir, elle pétrit uva di
pasta, c’est-à-dire autant de macaronis que l’on peut
faire avec un œuf et de la farine (sans y ajouter d’eau). Elle
fait cuire ces nouilles aussitôt et verse l’eau des nouilles
dans ces crete spregiate (pots de chambre). La femme se déshabille
jusqu’à sa chemise, s’assied sur ce pot, met l’assiette
de macaronis sur ses genoux et se noue la blouse autour des yeux, afin
de ne rien voir en mangeant. Ensuite elle se met au lit, mais malheur
à elle si elle venait à s’endormir ! Après
minuit, le 25 juillet, elle enlève sa chemise et, nue comme un
ver, s’enveloppe dans un drap de lin qu’elle a lavé
le matin même. Elle se met en route. Elle ne saurait toutefois faire
le trajet seule, car individuellement elle n’obtiendrait aucun résultat.
Elle doit se faire accompagner par une femme, sa voisine depuis trois,
six ou neuf ans. Toutes deux partent à l’église en
silence. Elles ne doivent pas ouvrir la bouche pendant le trajet, même
si elles recevaient une volée de bois vert ou si leur pudeur était
offensée. Une fois arrivées, elles frappent trois fois à
la porte verrouillée de la chapelle, d’abord avec les mains,
ensuite avec les pieds, enfin avec la tête, s’agenouillent
et disent neuf Notre Père, neuf Ave Maria, neuf Gloria en l’honneur
du saint, trois Notre Père pour la mort de Jésus-Christ,
un Ave Maria et un Salve Regina à l’intention de la Mère
de Douleurs. Après cette prière, elles prennent le chemin
du retour, le rosaire entre les dents ”. Aujourd’hui, si la
tradition semble avoir évolué, une impressionnante procession
pénitentielle a encore lieu dans la nuit du 24 au 25 juillet. Cette
nuit-là, une multitude de pèlerins avance, dans un silence
absolu, au long du torrent plein de pierres. Cette démarche éprouvante
est toujours destinée à éviter, après la mort,
l’horrible voyage à travers la multitude d’épées
tranchantes entre lesquelles la pauvre âme du défunt, nu
et sans chaussures, était obligée de se faufiler avec dextérité.
Moissac (Saint-Pierre)
(Tarn-et-Garonne, ar. Castelsarrasin)
Saint-Pierre de Moissac est citée par le Guide* du pèlerin
comme l'un des sanctuaires situé sur une route menant à
Saint-Jacques. En foi de quoi, le cloître et l’abbatiale ont
été classés Patrimoine* Mondial par l’UNESCO*
au titre des chemins de Compostelle. Comme partout le patrimoine concernant
saint Jacques à Moissac n’est pas pour autant mis en valeur
: le pèlerin qui passe n’est pas informé de l’existence
d’une relique* de saint Jacques (un morceau d'un doigt) visible
dans le Trésor de l’abbaye, pas plus qu’il n’est
incité à admirer le bas-relief de saint Jacques qui orne
l’un des angles du cloître. Il ignore aussi le quartier* Saint-Jacques
avec l’église du même nom (fermée depuis 1990)
qui abritait le siège de la confrérie Saint-Jacques. Cette
église fut reconstruite en 1860 en remplacement d’une autre
qui avait été détruite en 1585, car située
hors-les-murs, en avant de la porte* Saint-Jacques, démolie parce
qu’elle servait de “ repaire aux rebelles ”. Si la porte
Saint-Jacques a disparu, le pont* Saint-Jacques, sur le canal latéral
à la Garonne a pris son nom au XIXe siècle. Un des derniers
pèlerins connus au XIXe siècle était originaire de
cette ville. Son souvenir est rappelé par l'abbé Daux* dans
son livre Sur les chemins de Compostelle paru en 1891 (rééd.
2006, chez Atlantica). Le savant abbé a recopié les statuts
de la confrérie Saint-Jacques de la ville, souvenir de ce que furent
les pèlerinages au XVIIe siècle. Sur la colline dominant
la ville, la municipalité a installé un gîte qui accueille
aujourd’hui les pèlerins dans un ancien Carmel.
Moissac (Neussargues-Moissac)
(Cantal, ar. Saint-Flour, c. Murat)
Vers 1930, fut transportée dans l’église une dalle
funéraire qui recouvrait une tombe dans le cimetière, sculptée
des attributs des pèlerins : une coquille*, une besace*, un bourdon*
placés de part et d’autre d’une grande croix. S’y
ajoute une tourte de pain percée en son milieu pour permettre le
passage du bâton, forme de pain bien connue des paysans de la région.
A l’époque, on s’est demandé s’il ne s’agissait
pas de la tombe de “ Jean Rolland, dit Meimargou, âgé
de 66 ans environ ”. Cette supposition était fondée
sur un acte selon lequel : le 29 septembre 1698, trois témoins
“ confrères de Saint-Jacques ont accompagné le corps
dudit défunt qui était de la confrérie avec plusieurs
autres ”. Après la restauration de 1996, sans information
nouvelle, le doute n’existe plus, il est acquis que cette tombe
est celle d’un pèlerin de Compostelle. Elle est annoncée
à grand renfort de panneaux dont le plus drôle est celui
qui annonce la “ pierre tombale saint Jacques de Compostelle ”.
Encore un des méfaits du syndrome* de Compostelle.
Montebourg
(Manche, ar. Cherbourg)
L'abbaye bénédictine fondée à Montebourg au
temps de Guillaume le Conquérant possédait une chapelle
Saint-Jacques et l’église paroissiale fut dédiée
à l’apôtre dès le XIIe siècle. Un acte
de 1157, inclus dans le cartulaire, confirme l'existence de cette première
église. L'église actuelle fut bâtie dans le premier
tiers du XIVe siècle sur l'ordre de l’abbé Pierre
Ozenne, seigneur du lieu. Construite en dix ans, elle fut consacrée
le 2 septembre 1329 et dédiée à saint Jacques en
continuation de la première. Au XVIIe siècle existait une
confrérie* Saint-Jacques siégeant à la paroisse,
connue par une seule mention dans le registre des visites de l'archidiacre
du Cotentin en 1690. L’église conserve un important patrimoine
mobilier lié au culte à saint Jacques, notamment une relique*
et un vitrail moderne. La paroisse a conservé une tradition originale,
le couronnement de la statue de saint Jacques au portail de l'église,
par un enfant, la veille de la fête de l'apôtre. 
Montesquieu-Volvestre
(Haute-Garonne, ar. Muret)
L’église conserve un buste-reliquaire* de saint Jacques.
Longtemps remisé dans le clocher il a été restauré
en 2006. Dans la même localité se trouve le sanctuaire de
Notre Dame du Bout du Pont. Ceci permet de penser qu'il y avait là
un double pèlerinage local, à saint Jacques et à
Notre-Dame, plus qu'une hypothétique étape sur le chemin
de Compostelle. En effet saint Jacques et la Vierge sont souvent associés,
sans doute à cause de l’Evangile* de Jacques.
Montjoie
Colline d’où l’on apercevait pour la première
fois le sanctuaire de pèlerinage. Le premier des pèlerins
à crier “ montjoie ” était nommé roi*
des pèlerins. En général, cette première approche
se faisait du haut d’une “ montjoie ”. Quelques exemples
: le Monte* del Gozo avant Compostelle, Saint-Michel de Montjoie près
de Saint-Pois, à une trentaine de kilomètres du Mont-Saint-Michel
d'où les pèlerins venant de l'Est apercevaient, par beau
temps, la silhouette de l'abbatiale ; en Mayenne, Notre-Dame de Montjoie
d’où l’on découvre la chapelle de Désertines
autrefois but d'un pèlerinage local ; en Anjou, de la montjoie,
à Doué-la-Fontaine, on découvre Le Puy-Notre-Dame.
Montlandon
(Eure-et-Loir, ar. Nogent-le-Rotrou, c. La Loupe)
En 1862, en un moment où Napoléon III se trouve face à
des oppositions républicaines et anticléricales, l’évêque
de Chartres cherche à regrouper les catholiques dans les campagnes
de son diocèse. Il a en sa possession une relique de saint Jacques
et décide l’offrir à l’église Saint-Jacques
de Montlandon avec l’idée de créer un pèlerinage*
local afin “ d’attirer Compostelle parmi nous, pour y relever
le culte du grand apôtre ”. Il fait faire une châsse
et, à l’intérieur, place “ l’image du
saint en cire ”, haute de 1,15 m. “ Le bienheureux est couché
sur des coussins, le regard fixé vers l’éternelle
patrie, la main droite sur la poitrine et tenant dans la gauche une croix
de bois, le plus riche trésor d’un apôtre. A ses côtés,
on remarque la gourde et le bâton du pèlerin ; Et à
la région du cœur un reliquaire en brillants renfermant les
saintes reliques ”. L’entreprise n’a pas vraiment réussi.
En 1872, dans un petit traité intitulé Le prêtre et
le sorcier. Statistique de la superstition, l’auteur se moque et
déclare : “ au moyen d’un petit morceau du saint, on
a fabriqué un petit Compostelle. Par le même procédé,
on en fera tant qu’on voudra ”. Aujourd’hui, relique*
et reliquaire* sont toujours au fond de l’église, mais bien
oubliés et poussiéreux.
Montmayeur (Jacques de)
Avant 1433, un jeune comte dont la famille est au service du duc de Savoie*,
Jacques de Montmayeur, après être allé à Jérusalem
avec son père Gaspard, puis à Saint-Patrick en Irlande,
“ alla ensuite visiter le seuil de saint Jacques et, monté
sur la flotte du roi de Castille, conduisit à ses frais un grand
nombre de valeureux nobles combattre les Infidèles… ”.
Montrouge
(Hauts-de-Seine, ar. Antony)
Le 12 juillet 1885, selon la bulle* du pape Léon XIII* qui vient
d’authentifier les reliques de saint Jacques à Compostelle,
l’évêque de Paris désigne l’église
Saint-Jacques de Montrouge comme l’un des trois sanctuaires (avec
Aubervilliers* et, à Paris la Villette*) où se rendre en
pèlerinage si on ne peut pas aller jusqu’à Compostelle.
Il octroie “ une indulgence* plénière pour les âmes
du purgatoire, aux fidèles (paroissiens et autres) qui, s'étant
confessés et ayant fait la sainte communion, visiteront l'une de
ces trois églises le dimanche 26 juillet, jour de la solennité
de saint Jacques… ”. Il est à noter qu’aucune
de ces quatre églises n’a jamais été située
sur l’ancien tracé Paris-Orléans et n’a pu constituer
une étape sur le chemin de Compostelle. La première mention
d’un curé de Montrouge date du XIIIe siècle, ce qui
prouve qu’il y avait déjà une paroisse. Quant au vocable,
il n’apparaît qu’en 1617, ce qui ne signifie pas qu’il
n’ait pas existé auparavant ; à partir de cette date,
il oscille entre Saint-Jacques et Saint-Christophe pour les uns, Saint-Jacques
et Saint-Philippe pour d’autres. Démolie une première
fois après 1677, une seconde fois vers 1825, elle fut détruite
à nouveau en 1930 après que l’église actuelle
ait été érigée à son chevet. Elle le
fut dans le cadre des chantiers du cardinal Verdier. Elle fut ouverte
au culte le 5 décembre 1939. Son architecture peut surprendre,
elle est en béton et construite sur le modèle des hangars
de dirigeables et d’avions à Orly. Le clocher n’a jamais
été construit, faute de moyens. La décoration intérieure
est largement inspirée par le vocable : des centaines de petits
vitraux ornés de coquilles dorées, des peintures murales,
postérieures à 1945, racontant la légende de saint
Jacques.
Mont Saint-Jacques
Saint Jacques est invoqué en altitude, peut-être à
cause de son pouvoir* d’éloigner les tempêtes qui sévissent
dans les hauteurs plus violemment qu’ailleurs (voir conque marine).
On trouve par exemple une colline Saint-Jacques à Béziers,
une pointe Saint-Jacques (2531 m) dans le massif de Lauzière en
Savoie, des “ tours ” Saint-Jacques à Allèves
en Haute-Savoie, un frêne Saint-Jacques au haut de la butte de Bouffry
(250 m.), une chapelle d’alpage au plus haut de la vallée
de la Clarée à Névache* (2000 m.). En Tarentaise*,
un mont Saint-Jacques (anciennement mont Benoît) à Mâcot-la
Plagne (2405 m.) a emprunté son nom à une chapelle que saint
Jacques* de Tarentaise y aurait construite. Les textes la mentionnent
au XVe siècle. Elle aurait été faite avec les pierres
d’un camp antique qui couronnait le mont. Encore au XIXe siècle,
on y allait en pèlerinage pour demander la pluie car, au sommet,
une pierre était toujours pleine d’eau, dans laquelle les
pèlerins trempaient leur croix de procession. Aujourd’hui,
restent les murs de la chapelle, en cours de restauration, et une grande
croix.
Monte del Gozo
Montjoie*, premier point depuis lequel les pèlerins aperçoivent
les tours de la cathédrale de Compostelle. Lieu de rassemblement
des pèlerins lors de la visite de Jean-Paul II* est aujourd’hui
équipé d’un grand complexe hôtelier et touristique
permettant de faire face à l’afflux des visiteurs.
Montpellier
(Hérault)
Montpellier est l’une des rares villes citée par le Guide*
du pèlerin qui n’ait pas eu l’honneur d’être
distinguée par l’UNESCO* afin d’être inscrite
au Patrimoine* Mondial au titre des chemins de Compostelle. En 1220, le
roi Jacques Ier* d'Aragon, dit le Conquérant, ordonna la fondation
d'un hôpital à Montpellier et demande à son mandataire
Guillaume de Peyrefixe “ d’y vouloir mettre le nom de saint
Jacques, à cause qu’il s’appelle Jacques ”. Selon
lui, ce nom de Jacques qui lui fut donné fut un signe du destin,
une élection divine faisant de lui, le catalan, la figure symétrique
de celle de Jacques de Galice. Cet hôpital était situé
au nord-ouest de la ville, à l’angle de la rue du Carré-du-Roi
et du faubourg auquel il a donné son nom, Saint-Jaume*. La porte*
par laquelle on entrait dans le faubourg prit le même nom. Selon
les historiens de la ville, Jacques Ier y passait lorsqu’il se rendait
dans son jardin, le Carré du Roi. L’hôpital était
géré par les bourgeois de la ville, assistés d'une
confrérie Saint-Jacques dont on conserve les statuts datés
de 1272, rien n’y indiquant que les membres soient allés
à Compostelle. Elle témoigne d’un souci de participer
à la vie politique de la ville car elle se préoccupe d’ordre
moral, de bonne vie et mœurs, de paix et de calme, sous la houlette
des plus hautes autorités civiles, le roi de Majorque et son représentant
le bayle de Montpellier. Au XVe siècle, le pèlerin Hermann
Künig* signale que, dans cet hôpital, “ l'hôte
n'aime pas les Teutons ” ! L’histoire de cet hôpital
est typique du syndrome* de Compostelle qui a frappé certains érudits
avant d’atteindre le grand public. En 1855, A. Germain (souvent
recopié), alors même qu’il avait sous les yeux le document
d’origine dont il donne la cote, le falsifiait sans le moindre scrupule
afin qu’il corresponde à ses certitudes préétablies
: “ Un pieux bourgeois, Guillaume de Peyre-Fixe, revenu de Saint-Jacques-de-Compostelle,
le fonda en 1220, en faveur des fidèles qui entreprendraient à
l’avenir ce pèlerinage ” Aujourd’hui, l’une
des églises de la ville, construite en 1968, a été
mise sous le vocable Saint-Jacques. (Il est possible que la rue Saint-Jacques
tienne son nom d’une église disparue) et, au Crès-Jacou
(l’étymologie ramène à Jacques), banlieue nord-est
de Montpellier, une nouvelle paroisse Saint-Jacques-de-Compostelle à
vu le jour, à cause, dit-on, du passage des pèlerins sur
un chemin d’aujourd’hui, “ symbole du cheminement de
la communauté vers le Seigneur ”. Autre symbole contemporain,
les coquilles Saint-Jacques placées en 2005 sur la façade
en trompe-l’œil de la place Saint-Roch.
Morisques
Musulmans convertis au christianisme en 1499 sur ordre d’Isabelle
la Catholique. En 1609 Philippe III décida leur expulsion. L’Inquisition
les soupçonnait de n’avoir abjuré l’Islam qu’en
apparence et de représenter un danger pour l’Espagne en fomentant
des alliances avec les musulmans d’Afrique. Certains ont profité
du costume du pèlerin pour revenir incognito. Cervantès
en fait un portrait très réaliste dans Don Quichotte. 
Mort
On a souvent dit que la marche vers l’Ouest est une marche vers
la mort, au-delà de laquelle est une renaissance dont la coquille*
est le symbole. Aujourd’hui, un certain nombre de pèlerins
se retrouvent sur le chemin de Compostelle après la mort d’un
proche. Consciemment ou non, ne sont-ils pas là pour implorer l’aide
de saint Jacques, capable de ressusciter* les morts ou, en cas d’insuccès,
de se faire passeur* de leurs âmes afin de leur assurer une place
au Ciel ?
- Morts sur le chemin
Presque chaque année, malheureusement, des pèlerins, mal
préparés ou mal renseignés, meurent d'épuisement
dans des étapes difficiles comme celle de Roncevaux. D’autres
sont accidentés de la route. Même si saint Jacques les accompagne
sur le chemin des étoiles, les règles élémentaires
de précaution et de prudence restent nécessaires. De plus
en plus de monuments rappellent leur souvenir le long du chemin…
Un Japonais dans le Puerto de Erro, un Belge un peu avant Zaraquiegui,
un Allemand dont le monument est “ orné ” d’une
bicyclette à El Acebo, etc. Une bonne dizaine désormais
jusqu’à Santiago…
Motivations
La motivation “ chimiquement pure ” n'existant pas, bien imprudents
sont ceux qui peuvent distinguer le vrai du faux pèlerin. Dévotion,
défi personnel, exploit sportif, invitation amicale, deuil, faible
coût, désir de rencontres, quête* de soi, sont autant
de raisons de prendre le chemin. L'augmentation constante du nombre de
pèlerins, en particulier lors des années* saintes laisse
penser qu'il y a un effet d'entraînement et de mode (il est bien
d'avoir “ fait le Saint-Jacques ”, en tout ou partie)... mais
il est indéniable qu’il existe une magie* de Compostelle
appelant à cette aventure* répondant à un besoin
de la société. Elle créée chez les marcheurs
empruntant ces chemins des comportements différents de ceux qu’ils
ont sur d’autres sentiers, autour du Mont Blanc, en Corse ou ailleurs.
C’est le seul chemin sur lequel ils sont identifiés comme
“ pèlerins ”, même si certains récusent
ce terme à connotation religieuse. Les rencontres* y sont d’une
autre nature. Plaise à saint Jacques que cet esprit* perdure malgré
l'affluence croissante !
Moyen Age
Période historique commençant avec la chute de l'Empire
Romain et s'étendant du Ve au XVIe siècle. Longtemps limitée
à la prise de Constantinople en 1453, cette période est
de plus en plus étendue jusqu'à 1492 et même au Concile
de Trente (1545-1563). Pendant toute cette période, l’imbrication
entre pouvoir religieux et pouvoir politique a été forte.
Les grands sanctuaires n’ont pas échappé aux luttes
d’influence et leur histoire ne peut être réduite à
leur dimension spirituelle. Les historiens du XIXe siècle ont souvent
donné une image déformée de cette période.
Münzer (Jérôme)
Jérôme Münzer, médecin à Nuremberg depuis
1480 est confronté à deux épidémies de peste,
en 1484 et en 1494. Les deux fois, il applique “ l’antique
remède de la fuite ”, la première fois vers l’Italie,
la seconde vers l’Espagne. En même temps, il en profite pour
travailler sa passion scientifique pour les grandes découvertes.
A ce propos il sert d’intermédiaire entre l’empereur
Maximilien et le roi du Portugal au sujet d’un projet d’expédition.
Il rencontre aussi les Rois catholiques, Ferdinand et Isabelle. Comme
beaucoup de voyageurs, il inclut dans ses centres d’intérêt
les sanctuaires de pèlerinage. C’est ainsi qu’à
Compostelle il copie une version ancienne de la Chronique de Turpin. Le
récit de son second voyage, Itinerarium, est conservé dans
un unique manuscrit, à la bibliothèque de Munich.
Muxia
Ville de Galice, à l'extrémité Nord de la “
Costa de la Muerte ”, au Nord du cap Finisterre*, lieu de pèlerinage
à Notre-Dame* de la Barque. 
Mystères
Les jours de fêtes* sont jouées des pièces de théâtre
appelées “ mystères ” dont les acteurs sont
souvent des membres de la confrérie* Saint-Jacques. Ils ont beaucoup
contribué à la diffusion de la légende compostellane.
A Béthune en 1502 et 1503 vingt-trois confrères jouent Le
jeu de la vie de monseigneur saint Jacques. A Aire-sur-la-Lys* en 1524,
saint Jacques est monté sur un cheval blanc et porte un étendard
“ pour marque des anciennes victoires remportées autrefois
contre les Infidèles ”. En 1528 les confrères de Pithiviers
jouent deux fois les Jeux et mystères de Mg. sainct Jacques. A
Douai* en 1538 ils donnent le Jeu des miracles de saint Jacques. A Angers*
un parc de jeux est installé place de la halle où sont présentés
des “ jeux Saint Jacques ” avec intervention de l’artillerie
et des canons de la ville.
Mythes
Le Petit Robert donne cinq équivalences pour ce mot. Quatre s’appliquent
au pèlerinage contemporain à Compostelle : 1- Récit
fabuleux transmis par la tradition (ceux de la légende* de saint
Jacques rassemblés dans le Codex Calixtinus). 2- Pure construction
de l’esprit (les nombreux miracles). 3- Représentation idéalisée
de l’état de l’humanité dans un passé
fictif (les millions de pieux pèlerins médiévaux).
4- Image simplifiée, souvent illusoire […] qui joue un rôle
déterminant dans le comportement (images colportées par
les médias qui mettent sur les routes de nombreux pèlerins).
S’il naît d’une réalité qu’il embellit,
le mythe est ainsi créateur d’histoire*.
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