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Oberstrasse
Une carte intitulée carta itineraria Europæ, dessinée entre 1470 et 1511 par Martin Waldseemüller (conservée à Innsbruck au Tiroler Landesmuseum) et dédiée à Charles Quint indique deux routes reliant les pays germaniques à l’Espagne : l’Oberstrasse (route du haut) et la Niederstrasse* (route du bas). Ces deux termes sont donnés par la lecture de la carte qui place le nord au bas de la feuille, par une convention que les Allemands n’ont pas tous abandonnée. L’Oberstrasse se dirige vers le haut (le sud) : elle traverse la Suisse passant par Einsieldeln, Berne, Lausanne, Genève puis la Savoie, Aix-les-Bains, Chambéry, Voiron, Saint-Marcellin, la vallée de l’Isère, descend le cours du Rhône par Valence et Arles, traverse le Languedoc puis rejoint Toulouse, Auch, Maubourguet, Moorlas, Orthez, Orion, Sauveterre-de-Béarn, Saint-Jean-Pied-de-Port et franchit les Pyrénées par le col de Roncevaux. Elle se dirige vers Compostelle à travers Navarre, Castille, Léon et Galice par le chemin classique. Plusieurs récits de voyage témoignent de ce que ces grands itinéraires furent souvent empruntés par des pèlerins.
Objets de piété domestique
Ils sont le support d’une religiosité du quotidien et témoignent de pratiques de piété individuelles ou familiales. La présence symbolique du saint par sa représentation a une vertu protectrice. Le support peut aussi bien être un souvenir de pèlerinage jacquaire (médaille, enseigne*, chapelet*), une image pieuse (peinture, gravure), une statuette (faïence ou jais*) ou des objets à usage décoratif (assiettes, bouteilles, plats). Le XVIIIe siècle connaît la grande vogue des assiettes et faïences patronymiques, qui associent directement le nom du propriétaire à l’image de son saint patron. L’iconographie est inspirée de l’imagerie populaire et le saint est aisément identifiable (costume de pèlerin, coquille, bourdon, chapeau, calebasse*). (Mary Sainsous)
Objets du culte
De nombreux objets du culte portent l’effigie de saint Jacques : bannières*, bâtons* de procession, bustes*-reliquaires, plats de quête, reliquaires*, vêtements liturgiques. L'église de Rouvroy (Pas-de-Calais) possède un témoignage rare offert par un pèlerin de Galice, Nicolas Joncqué, au début du XVIIe siècle : une lampe de sanctuaire en argent dont le cartouche mentionne : “ j'appartiens à la commune de Rouvrois par les soins al-xe ad-e viseur pèlerin de St Jacques en Galice ”
Œuvres de Miséricorde
Voir Miséricorde (œuvres de)
Offrande
A l’arrivée au sanctuaire, il est d’usage de faire une offrande, surtout si le pèlerinage a été fait par procuration. En voici quelques exemples. En 1340, Jeanne de Bretagne, fille d’Arthur II de Bretagne envoie un pèlerin pour elle et sa fille. Comme offrande, elle envoie trois statues : une de saint Jacques en argent doré, une de sa fille et une d’elle-même qui, selon ses instructions, doivent être placées sur le maître-autel, à gauche de la grande statue d’argent de saint Jacques. Au tout début du XVe siècle un chevalier dont on ignore tout, Jean de Roucel fait porter à Compostelle, par un nommé Jean, une statuette de saint Jacques pèlerin, qui est toujours dans le Trésor de la cathédrale. Son socle porte cette inscription : “ Ont donné cette image noble homme monseigneur Jehan de Roucel, chevalier du royaume de France et Jehanne sa femme en l’honneur de Dieu et de saint Jacques de Galice et moi Jehan l’ai apportée de Paris de la part dudit seigneur. Priez pour lui ” En 1470, Marie de Clèves (1426-1487), mère de Louis XII et veuve de Charles d’Orléans, envoie un pèlerin chargé d’offrir en ex-voto* un cœur d’or enrichi d’un saphir, d’un rubis et d’une émeraude. Ce cœur, suspendu par une chaîne d’or, supportait à son extrémité inférieure un petit écusson émaillé sur deux faces, aux armes ducales. La tradition s’est perpétuée par delà les siècles. En 1943, le maréchal Pétain* envoie son ambassadeur porter un ciboire*. En 1999, une nappe d’autel teinte du fameux bleu de Lectoure a été offerte par deux pèlerines qui l’avaient fabriquée tout exprès et portée à cheval.
Olivier
Dans la Chronique de Turpin* l'un des compagnons de Roland et pair de Charlemagne, Olivier, est présenté comme le fils du comte de Genève. Ses descendants, les comtes de Savoie*, s'en souviennent. En 1369, l'empereur germanique Charles IV signe une charte présentant Amédée VI de Savoie comme membre de la “ noble lignée de Raynier et d’Olivier, jadis comtes de Genève et princes du Saint-Empire Romain ”. Vers 1400, une généalogie de saint Bernard de Menthon, fondateur du monastère du Grand-Saint-Bernard fait de sa mère, Bernoline de Duin, une autre descendante en ligne directe d’Olivier. En 1429, le duc de Savoie Amédée VIII*, pour magnifier la noblesse un peu trop récente de son chambellan Nicod de Menthon*, rappelle que la famille de ce dernier était apparentée à la sienne et à celle des Duin, autrefois comtes de Genève, ce qui revient à lui reconnaître une double filiation avec Olivier.
Ombre
Le pèlerin de Compostelle la suit le matin. Elle s’allonge devant lui, symbole de la vie qui s’ouvre à l’homme. Elle se raccourcit au fil du jour et, le soir, suit le pèlerin qui poursuit sa marche, symbole de l’expérience acquise et des découvertes* du chemin.
Orbigo (pont)
En juillet 1434, eut lieu sur ce pont, entre Léon et Astorga, un Pas d’armes organisé par le chevalier Suero* de Quinoñes. Le lieu fut choisi, en référence aux légendes celtiques et arthuriennes, comme hanté par les forces du Mal qui veulent empêcher la traversée. Peu avant ce pont d'Orbigo, sur la route, fut dressée la statue de marbre d’un héraut qui, la main gauche sur la hanche, indiquait le chemin de la main droite en brandissant une banderolle où se lisait Al Passo (le Pas). Des lices de bois de 250 mètres de circonférence furent dressées, entourées de hautes palissades. Deux entrées opposées étaient décorées d’armes, de tapisseries et de bannières. L’intérieur enfermait vingt-deux tentes pour l'hébergement des concurrents, des spectateurs et des juges, une maison de bois pour les banquets, traversée par un ruisseau détourné de son cours pour maintenir la salle fraîche ainsi qu’une chapelle avec tous les ornements nécessaires et de nombreuses reliques. Un hôpital dirigé par la mère de Suero ne comptait pas moins de sept infirmières.
Ordre (de Santiago, de saint Jacques)
L'Ordre de Santiago fut d'abord, vers 1160, une confrérie galicienne réunissant des chanoines et treize chevaliers vivant déjà en communauté et dont la vocation était l’aide au souverain Fernand II de Léon dans la Reconquista*. En 1170, après qu’ils aient aidé le roi à prendre Caceres (en Extremadure, sur la via de la Plata*) le groupe s’est constitué en ordre militaire, s’est doté d’une règle inspirée de celle de l’Ordre du Temple et prit le nom de “ Congrégation des Frères de Caceres ”. Il avait pour mission de défendre, contre les Almohades, ses propres biens et ceux que la cathédrale compostellane détenaient en Extremadure et notamment à Caceres, Albuquerque (au nord de Badajoz) et Mérida. Il devait aussi soutenir le souverain dans les campagnes militaires de reconquête qu'il menait dans cette province. En 1171, à la suite d'un accord conclu avec l’archevêque de Compostelle, elle prit le nom de “ Ordre de Santiago ”. En 1174, le roi Alphonse VIII de Castille remit à l'Ordre la ville et forteresse d'Uclés* (à l'ouest de Cuenca, en Castille-la-Manche). En 1175, le Pape Alexandre III approuva officiellement ce nouvel Ordre et proclama : “ tous vos efforts doivent tendre vers un but unique, combattre pour la défense du nom Chrétien ”. Cette alliance présida à toutes les campagnes jusqu’à la prise de Grenade en 1492. Contrairement à une idée très répandue, les frères de Santiago n’ont pas été institués pour défendre les pèlerins de Compostelle et n’en ont même jamais eu la mission. En étendant ses possessions vers le sud de l’Espagne, l’Ordre a assumé des missions annexes, comme la repopulation des terres reconquises, le rachat des captifs et la gestion d’hôpitaux pour les pauvres, les lépreux et les pèlerins. En 1254, l'évêché de Compostelle donna à l'Ordre de Santiago ses possessions hospitalières françaises, très peu nombreuses au demeurant, comprises entre Bordeaux*, Toulouse* et Rocamadour*, Bessaut et Baulac (Landes), auxquelles s’ajoutent une commanderie à Etampes* au XIIe siècle et à Marseille, un “ hôpital Saint-Jacques de Galice ou des Epées ” mentionné en 1390 dont on ne connaît rien d’autre.
Ordre de Saint-Jacques pour la défense de la Foi et de la Paix en Gascogne
Vers 1226, un ordre hospitalier propre à la Gascogne fut fondé à l'imitation de l'ordre espagnol (mêmes statuts et même costume). Il fut le fait du nouvel évêque d'Auch, Amanieu de Grésignac, appuyé par l'évêque de Comminges Grimoald et par le vicomte de Béarn Guillaume-Raymond de Moncade. Il est mentionné parfois comme “ Saint-Jacques de la Foi ”, “ Saint-Jacques de la Paix ” ou “ Saint-Jacques de l'Epée ”. Son existence fut éphémère : en 1267, le pape Clément IV le dissout parce que “ quasi entièrement aboli et exposé à la risée du peuple de la contrée ”. En 1275, le commandeur de l'hôpital Saint-Jacques de Mont-de-Marsan continuait néanmoins à porter le manteau marqué “ d'une croix et d'un bâton pastoral d'étoffe rouge ” tout en prétendant n'appartenir à aucun Ordre. L'évêque supprima alors l'hôpital.
Orion
Cette constellation représente le géant Orion ceint de son baudrier, les bras levés et brandissant sa massue. D’où les appellations “ Ceinture d’Orion ” ou “ Baudrier d’Orion ”, “ Bouclier d’Orion ” et “ Epée d’Orion ”. Selon Virgile (Enéide, X, 763), Orion, aveugle, porte sur ses épaules un jeune guide. Il semble donc l’équivalent de Christophe*, lequel est souvent associé à saint Jacques, en raison de leur fête commune, le 25 juillet. En outre, ce jour-là, “ l’épée d’Orion ” se trouve dans la Voie* Lactée. Elle devient naturellement le “ bâton de saint Jacques ” ou “ l’épée de saint Jacques ”, devenu en même temps, comme Orion, ou Christophe, un géant capable de marcher sur les eaux. Claudel le montre “ si grand qu’il est forcé de se courber sous le plafond de nuages ” ; il guide Christophe Colomb, “ marchant lui-même au travers de la mer. Il a déraciné les colonnes d’Hercule et les emporte sur son épaule ”.
Orléans
(Loiret)
Au XIIe siècle, le Guide* du pèlerin offre à vénérer à Orléans : à la cathédrale, du bois de la Croix et le calice de saint Euverte, à Saint-Euverte, le corps du saint patron et à Saint-Samson un couteau utilisé par Jésus lors de la Cène. A cette époque, Orléans est ville royale, aux frontières de la grande Aquitaine*. Compostelle et les “ empereurs d’Espagne ” cherchent à s’attirer les bonnes grâces royales : en 1154, Louis VII* épouse à Orléans la fille du roi Alphonse VII* et, quelques années plus tard, un haut dignitaire du chapitre de Sainte-Croix est allé à Compostelle. A cette époque, existait déjà une chapelle Saint-Jacques. En 1388, une confrérie* Saint-Jacques, dont le siège était à la cathédrale, s’installe dans une chapelle* qu’elle a fait construire rue des Hôtelleries, pratiquement face à la rue Pierre-Percée, au bout du pont qui traverse la Loire. Les confrères mettent une statue de saint Jacques sur la porte de ce pont. On ne sait rien d’eux mais il semble que déjà ils soient des marchands car, à la fin du XVe siècle, c’est dans cette chapelle Saint-Jacques que la riche et puissante “ communauté des marchands fréquentant la Loire et les affluents descendant en icelle ” installe son siège en l’embellissant. Sur le pont, elle finance la construction de la Belle-Croix sur laquelle figure saint Jacques : le patron* des voyageurs et des marchands est souvent aussi celui des bateliers et des marins. Ces marchands furent aussi des pèlerins de Compostelle : ils furent certainement nombreux à s’embarquer à Nantes pour la Corogne. D’autres ont pris la route : en 1592, la confrérie commande une Histoire de la vie, prédication de saint Jacques le Majeur, item le divin office… Plus la guide du chemin qu'il faut pour aller de la ville d'Orléans au voyage de Saint Jacques le Grand, en Compostelle, ville du royaume de Galice aux Espagnes. Il est rédigé par J. Gouyn qui fit le voyage en 1583, imprimé à Sens et vendu chez Robert Collot, libraire à Orléans. En 1680, la confrérie compte cent soixante pèlerins “ nonobstant les guerres arrivées entre le Roy de France et le Roy d’Espagne ”, preuve que les réglementations* royales avaient pour but de contrôler des pèlerinages de plus en plus nombreux au moment de la Contre-Réforme*. En 1773, la confrérie des marchands est supprimée et la ruine de la chapelle commence. Il n’en reste qu’une partie de la façade, transportée en 1856 dans les jardins de l’actuel hôtel-de-ville.
Orthographe
Par convention éditoriale établie au XIXe siècle et respectée aujourd'hui encore par les bons éditeurs, “ Saint-Jacques ” (majuscule à Saint et trait d’union) désigne un lieu, un monument, un objet auxquels ont été attribués le nom du saint tandis que “ saint Jacques ” (minuscule à saint et pas de trait d’union) désigne le personnage. Cette convention a le mérite de permettre de comprendre d'un seul coup d'oeil le sens de l'expression.
Ostabat-Asme
(Pyrénées-Atlantiques, ar. Bayonne, c. Iholdy)
Petite localité où une stèle dite “ de Gibraltar ” a été placée dans les années 1960, censée marquer le point de rencontre de trois des quatre “ routes* historiques ” signalées par le Guide du pèlerin*.
Oucques
(Loir-et-Cher, ar. Blois, c. Marchenoir)
L’église* paroissiale d’Oucques est aujourd’hui sous le vocable Saint-Jacques alors qu’elle fut fondée sous celui de saint Jean. L’histoire de ce changement de vocable s’inscrit dans celle d’une famille bourgeoise d’Oucques. En 1828, Jacques Deschamps donne à son fils le prénom de Jacques. Ce dernier, en 1850, épouse Justine Médet, une riche héritière. Le couple attend pendant seize ans la naissance d’un enfant, Marie-Gabrielle. Et la jeune fille meurt à l’âge de 26 ans. Elle est inhumée le 25 juillet 1892, jour de Saint-Jacques. Son père meurt trois ans plus tard, sa mère en 1901. Par son testament, la mère lègue toute sa fortune afin que soit construite une nouvelle église tout près de sa maison qu’elle donne aussi pour en faire le presbytère. Dans cette église, elle demande une chapelle* Saint-Jacques avec une inscription commémorative. Le legs est accepté, mais les travaux décidés sont retardés par un procès, puis par la guerre et la dévaluation. L’église n’est achevée qu’en 1926. Ni chapelle Saint-Jacques, ni inscription commémorative. En revanche, l’église devient Saint-Jean et Saint-Jacques. Ce double vocable est matérialisé par l’exécution de peintures dans le chœur : la moitié droite est consacrée à saint Jean, la moitié gauche à saint Jacques. Peu à peu, la mode de Compostelle aidant, saint Jean est oublié. Une statue, désignée par l’évêque, en 1969, comme celle de saint Roch, est dite aujourd’hui de saint Jacques. Que les pèlerins qui passent aient une pensée pour la jeune morte, accueillie au ciel sans doute par saint Jacques, qui s’est fait pour elle passeur* d’âme.
Oursel (Raymond)
Raymond Oursel, ancien élève de l’Ecole des chartes et directeur honoraire des Archives de Saône-et-Loire a publié Pèlerins du Moyen Age, en 1963, rédité en 1978. Pèlerin lui-même, il a parcouru des milliers de km. sur les chemins et visité les sanctuaires qu’il décrit et les églises des routes de pèlerinage. Son analyse repose sur “ l’émotivité des hommes du Moyen Age, … à la religion encore primaire et formaliste, … encore proches du nomadisme hérité des ascendances barbares ” pour qui le pèlerinage répond au besoin naturel de voir et de s’approcher des corps saints. La taille des “ églises de pèlerinage ” est signe de l’importance du nombre de ces pèlerins, leurs similitudes montrent les liens qui existaient entre elles. S’agissant des grands sanctuaires du Guide, il souligne qu’ils étaient eux-mêmes des pôles d’attraction, vers qui “ convergent des écheveaux de routes et de chemins, vastes étoiles dont elles sont le centre lumineux, et c’est à elles bien souvent que s’arrêtera le pèlerinage … aussi riche que le long cheminement d’Espagne ”.
Ouverture
Avec l’humilité* et la tolérance*, l’ouverture est un des bénéfices du pèlerinage. Elle est parfois nécessaire en cas de besoin pour demander son chemin ou remplir sa gourde. Elle devient ensuite plus spontanée et souvent subsiste après le retour* dans des relations plus confiantes et moins “ coincées ”.

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