Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
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Padron
La légende de Compostelle est inséparable de celle de Padron. Pendant longtemps, on en a peu parlé. Aujourd’hui, si les pèlerins ont tendance à aller jusqu’au cap Finisterre*, ils ne connaissent pas bien les lieux à visiter à Padron où aurait commencé la prédication* de saint Jacques en Espagne et où aurait accosté la barque qui ramenait son corps décapité. Le premier noyau de population se situait à Iria Flavia*, siège du diocèse* avant Compostelle. Padron fut créée au XIe siècle par les évêques de Compostelle comme avant-poste protecteur pour leur commerce atlantique. Gelmirez* y élèva la première église Saint-Jacques. La petite ville compte aujourd’hui presque 2000 habitants et conserve des souvenirs du passage de saint Jacques, avant et après son martyre.
- Saint Jacques vivant
Des traces du passage de Saint Jacques vivant sont montrées sur les hauteurs de Padron. Léon de Rozmital*, en 1466, raconte ce qu’on peut voir encore aujourd’hui : “ En dehors de la ville, il y a une petite église. On dit qu'elle a été construite par saint Jacques et que celui-ci y a habité un certain temps parce qu'il prêchait en Galice. Mais avec toutes ses prédications, il n'a pu convertir plus de deux hommes ; cependant après sa mort tout le pays de Galice était converti. Une fois, saint Jacques, sous les jets de trois tireurs s'est retiré sur une colline, s'est assis et s'est mis à pleurer de façon pitoyable ; il était affligé de n'avoir pu convertir plus de deux hommes. Là il eut grand soif et enfonça son bâton dans la terre, d'où se mit à jaillir une jolie source qui se trouve encore en cet endroit. Et l'on dit que saint Jacques se rendait de temps en temps à la dite fontaine, quand il voulait boire ”. On dit aussi que, pour échapper aux païens qui le recherchaient, saint Jacques s'est réfugié dans les rochers qui se sont ouverts et creusés miraculeusement sous son bâton. Les pèlerins qui veulent obtenir le pardon de leurs fautes doivent pénétrer à leur tour dans ces rochers. Dans la niche supérieure de la fontaine du Carmel, reconstruite à la fin du XVIIIe siècle, on peut voir, sans la moindre vraisemblance, l’apôtre baptisant la reine Lupa*, une fois qu’elle fut convertie au christianisme.
- Saint Jacques mort
Le récit de la translation* situe à Padron l'arrivée miraculeuse du corps de saint Jacques. Elle est racontée dans un texte du Xe siècle repris et développé dans le Codex Calixtinus : “ La main du Seigneur tenant le gouvernail, son corps a été transféré là par un radeau et enseveli ”. Le corps était arrivé à Bisria, à l'embouchure de la rivière Ulia. LeCodex tente de détruire d'autres légendes : le corps serait venu “ à travers les airs ”, ou transporté “ dans un bateau de verre par-dessus les vagues de la mer ”. Le rocher conservé à Padron (dans l’église, avec une réplique sur les bords du Sar) passe pour avoir été celui à laquelle la barque qui amena saint Jacques fut amarrée. Il passe aussi pour avoir été le rocher sur lequel le corps du saint fut déposé à l'arrivée. Voici ce qu’en voit Léon de Rozmital : “ Dans la ville de Padron, il y a une grosse pierre qui été descendue dans l'eau par ordre du pape parce que les pèlerins en emportaient de gros morceaux; mais même dans l'eau elle est encore tout à fait visible. Aujourd'hui on peut encore voir dessus la trace de son pied. Là où son corps et sa tête avaient reposé, il y avait dans la pierre une empreinte comme cela l'aurait fait dans de la cire ”. Une autre légende rapporte que la barque dans laquelle reposait le corps du saint fut entourée d'une escorte de saumons. Saint Jacques les invita alors à se réjouir de leur destin qui consistait à nourrir les chrétiens. Le Livre des miracles reprend des récits plus anciens, racontant en détail les tribulations auxquelles furent soumis les disciples avant d'obtenir un lieu pour inhumer saint Jacques, l'opposition de la reine païenne Lupa*, une course poursuite ave les soldats du roi, les ruses déployées pour tuer les disciples. Ils triomphent de tout, et la reine se convertit et leur donne un lieu pour enterrer le saint corps. Ce lieu devint Compostelle, bien que les habitants de Padron prétendent que ce lieu est sur leur territoire et le cherchent encore. Dans la ville, le pont* Saint-Jacques date de 1852, construit en remplacement d’un plus ancien. Chaque année en juillet, une fête fait revivre l’arrivée du corps de saint Jacques.
Panetière
Etymologiquement, boîte à mettre le pain, qui fait partie des attributs* du pèlerin.
Pansements
Rares sont les pèlerins qui n’y ont pas recours un jour ou l’autre pour protéger une ampoule*. Ils offrent souvent l’occasion d’une entraide fraternelle. Il est prudent d’en avoir quelques uns dans son sac*.
Papes
Quelques papes ont marqué particulièrement l’histoire de Compostelle : Calixte II*, Alexandre VI*, Léon XIII*, Jean-Paul II*.
Papillon
Un jour un pèlerin assoiffé, n’ayant d’autre ressource, suivit un papillon doré qui le mena à une source. Ce petit miracle*, un de ceux auxquels est sensible le pèlerin est arrivé en 1986. Mais qui dans la vie courante se soucie de suivre un papillon ?
Parador
Hôtel de luxe installé dans des bâtiments historiques en Espagne. L’initiative en est due au roi Alphonse XIII en 1928. Les plus prestigieux, sur le Camino francés sont installés dans d’anciens hôpitaux celui de Leon (1964), autrefois dépendant de l’Ordre* de Santiago et celui des Rois* Catholiques à Compostelle (1953). Ils sont parfois utilisés par les pèlerins fortunés ou par leurs épouses venues en voiture les accompagner ou les chercher à l’arrivée*.
Paris
Paris a possédé plusieurs hôpitaux et sanctuaires où était vénéré saint Jacques. Ils sont brièvement présentés ci-dessous. Aujourd’hui encore, plusieurs églises lui sont dédiées. L’année 1965 a été marquée à Paris par d’importantes manifestations jacquaires organisées par René de La Coste-Messelière*. La plus importante a été la première grande exposition* consacrée à saint Jacques et Compostelle, organisée aux Archives Nationales. Cette exposition a bénéficié des concours de la plupart des services des archives départementales mobilisées pour répondre à une enquête sur le patrimoine relatif à saint Jacques.
- Saint-Jacques-aux-pèlerins
Trois bâtiments distincts définissaient les trois fonctions de cet établissement : le logis de la confrérie*, l’hôpital* et une magnifique église* auxquels s’ajoutaient les maisons des chanoines*, leur cloître ainsi que des auberges. L’ensemble était situé intra-muros, près de la porte Saint-Denis (dite aussi porte-aux-Peintres) percée dans le mur de Philippe-Auguste, dans un carré englobant la rue Saint-Denis, la rue du Cygne, la rue de la Grande-Truanderie, et l’actuelle rue Pierre-Lescot (ancienne rue Saint-Jacques-aux-Pèlerins dans sa partie comprise entre la rue de la Grande Truanderie et l’actuelle rue de Turbigo). Démoli entre 1808 et 1823, il n’en subsiste que deux souvenirs : un bas-relief ornant un magasin situé à l’angle des rues Saint-Denis et Etienne-Marcel, ultime souvenir d’un magasin de nouveautés construit en 1840 à l’enseigne des “ Statues de Saint-Jacques ” et une plaque apposée en 1982 sur la façade d’une maison du XIXe siècle, à l’angle S-W des rues du Cygne et Pierre-Lescot. La confrérie est mentionnée à Paris en 1298 sous le nom de “ confrérie Saint-Jacques-des-pèlerins ”. Comme les autres confréries, elle fut interdite par le roi Philippe le Bel après la révolte de 1307 mais elle fut autorisée à nouveau par le roi Louis X le Hutin, en 1315. Cette confrérie est très aristocratique car elle regroupe, autour de Charles de Valois, oncle du roi, plus de quatre-vingt grands bourgeois de Paris, issus pour la plupart du monde des marchands. La cérémonie d’entrée est toujours très solennelle et très codifiée. Pour être admis, l’acte de fondation puis les statuts font obligation d’être allé en pèlerinage à Compostelle mais, comme partout, des dérogations sont admises. La confrérie est en même temps un lieu de rencontres politiques : le prévôt Etienne Marcel y réunit le peuple de Paris et, pendant la guerre de Cent Ans, les sympathies anglaises s’y affichent. Les fêtes* annuelles sont toujours grandioses. Mais la fonction essentielle de cette confrérie consiste en la gestion de l’hôpital qu’elle fonde très vite. Dès sa fondation, l’hôpital est organisé en lieu de pèlerinage très actif, attesté peu après par le don d’une relique*, un “ os du bras de monseigneur saint Jacques ” venu de Compostelle et par l’octroi d'indulgences* papales à l’intention des pèlerins qui viendront le jour de la fête de saint Jacques. La première pierre de l’église fut posée le 18 février 1319 par la reine Jeanne, épouse du roi Philippe le Long. Plusieurs autres reliques s’ajoutent à la première : en 1392, “ un petit ossement de la poitrine ” de saint Jacques, en 1491 “ la dent et une partie de la côte de saint Jacques ” provenant de la relique retrouvée dans l’église Saint-Jacques de Toulouse, en 1539 une “ partie d’une des côtes du corps de monseigneur saint Jacques le Majeur ”. Ces reliques étaient placées chacune dans un reliquaire précieux, offertes à la vénération des pèlerins et sorties solennellement lors des processions* dans la ville, les jours de fête*. Parmi les pèlerins hébergés à Saint-Jacques-aux-Pèlerins, il est impossible de discerner ceux qui sont arrivés au but de ceux qui font simplement étape. En 1374, ils furent 15 000 à être reçus, parmi lesquels des “ pèlerins qui aloient et venaient au mont Saint-Michel, et autres pèlerins et pauvres ”. Ceux qui sont venus spécialement se noient dans la masse mais la fonction du lieu est renforcée par le fait que le roi Charles VI y vint deux fois “ en pèlerinage ” ainsi que le précisent les livres de comptes, en 1394 et en 1397. En effet un roi ne peut effectuer une telle démarche que dans des sanctuaires officiellement reconnus.
- Saint-Jacques-de-la-Boucherie
La fondation la plus ancienne est celle de Saint-Jacques, dite seulement au XIIIe siècle “ de la Boucherie ” parce que financée par les puissants bouchers de Paris. Il n’en reste plus que le clocher, dit aujourd'hui “ tour Saint-Jacques ”*. Si l'on en croit la Chronique de Turpin elle aurait été l'une des églises fondées par Charlemagne à son retour de Compostelle. Cette église* paroissiale fut en même temps église de pèlerinage, ainsi qu'en atteste la mention suivante dans les comptes de 1411 :“ Le 25e jour de juillet qui fut le jour de la fête de monseigneur saint Jacques, vint le roi [Charles VI] notre Seigneur en pèlerinage en ladite église ”. Un roi ne vient en pèlerinage que dans un lieu anciennement et unanimement reconnu comme un sanctuaire réputé. Pas de pèlerinage sans reliques, et ici elles sont nombreuses : dans le cérémonial de 1478, elles sont désignées 53 fois par ces mots “ reliques ”, “ joyau ”, “ ymaige ”, “ châsse ”, “ reliquaire ”. Un inventaire de 1698 énumère : “ une côte de saint Jacques le Majeur, un doigt, une dent, une autre relique, une relique de saint Jacques le Mineur ”. Le cérémonial décrit ces jours solennels de pèlerinage qui se répètent quatre fois dans l'année : le 25 juillet, le 6 octobre (fête de la Dédicace de l'église), le 30 décembre (fête de la Translation de saint Jacques à Compostelle) et le 1er mai. Une grande procession* parcourt la paroisse selon un itinéraire immuable, organisée derrière les statues et les reliquaires de saint Jacques portés par les chapelains revêtus de leurs costumes d'apparat. S'y ajoutent croix, encensoirs et bannières portés par un nombre impressionnant de prêtres. Pendant toute la journée, les pèlerins peuvent se recueillir devant ces statues et reliquaires qui restent exposés. Jusqu’au XVIe siècle, le 30 décembre fut un jour chômé. Cette église fut la paroisse de Nicolas Flamel*, qui lui légua sa fortune. En 1793, elle fut saccagée de fond en comble, vendue en 1798 et démolie peu après. Le clocher devint la tour Saint-Jacques.
- Saint-Jacques-du-Haut-Pas
Cet hôpital, géré par les frères de l’ordre italien du Haut-Pas, fut fondé (ou refondé) en 1335, dans le faubourg Saint-Jacques, hors-les-murs, à l’emplacement de l’actuelle institution des sourds-muets. Sa vocation était de “ recevoir les pauvres passants et spécialement les pauvres pèlerins allant à cet hôpital Saint-Jacques ”. Tout en pratiquant un accueil classique, cet hôpital desservait donc un sanctuaire, mais aucune archive ne permet d’en savoir plus. En 1566 la chapelle de l’hôpital devint paroissiale. En 1572, le sanctuaire est desservi par les religieux de l’abbaye Saint-Magloire, transférés sur ordre du roi. Parmi les reliques de leur Trésor, une de saint Jacques. Dans les années 1660, le jour de la fête* de saint Jacques, le lieu est le but de la somptueuse procession des “ pèlerins monsieur saint Jacques ” partie de Saint-Jacques-aux-pèlerins. L’église actuelle fut bâtie entre 1675 et 1685, de l’autre côté de l’actuelle rue de l’abbé de l’Epée.
- Saint-Jacques des Dominicains
Saint Dominique, venu d’Espagne, vit son groupement de frères Mendiants officialisé en 1215 à Toulouse. Il arrive à Paris en 1217 et obtient une maison, située dans l'actuelle rue Saint-Jacques appartenant à l’Université. Cette maison était un hôpital, déjà sous le vocable Saint-Jacques, fondé par un anglais nommé Jean, médecin de Philippe-Auguste. Démolie entre 1800 et 1849, elle englobait une partie de la Sorbonne actuelle, la rue Cujas et les numéros actuels 156-158 de la rue Saint-Jacques, à l’angle de la rue Soufflot. Dès le XIIIe siècle la rue est appelée “ grand rue Saint-Jacques des Prêcheurs ”. On a dit que de ce vocable parisien était venu le surnom de Jacobins donné à tous les dominicains. Cela semble exact, mais en partie seulement car les dominicains affichent une dévotion certaine à saint Jacques. Sans aller jusqu’à prétendre, ce que d’aucuns n’ont pas hésité à faire, que saint Dominique fut chevalier de l'Ordre de Santiago avant de fonder son Ordre, on ne peut manquer de constater que le vocable Saint-Jacques est très souvent choisi ou conservé pour les nouveaux couvents qui se fondent : au Mans en 1219, à Chartres en 1231, à Quimperlé en 1254, à Dinan en 1273. A Paris, à Arras, on parle des “ frères prédicateurs de saint Jacques ”. A Angers en 1299 un legs fait “ aux frères de Saint-Jacques ” désigne plus sûrement le couvent des Dominicains de cette ville que la confrérie Saint-Jacques, plus tardive. Le couvent de Paris semble être un sanctuaire très fréquenté, si l'on en croit le dominicain Etienne de Bourbon qui, vers 1220-1230, conseille à la reine Blanche* de Castille de s'y rendre : “ Voici les Frères Prêcheurs qui sont appelés Frères de saint Jacques, et qui sont liés par des dettes de 1500 livres ou à peu près. Recevez l'écharpe et le bourdon et allez à Saint-Jacques, c'est-à-dire dans leur demeure, et acquittez leur dette ”
- Saint-Jacques de la Villette
Le 12 juillet 1885, selon la Lettre apostolique du pape Léon XIII* qui vient d’authentifier les reliques de saint Jacques à Compostelle, l’évêque de Paris désigne l’église Saint-Jacques et Saint-Christophe* de la Villette comme l’un des trois sanctuaires (avec Aubervilliers* et Montrouge*) où se rendre en pèlerinage si on ne peut pas aller jusqu’à Compostelle. Il octroie “ une indulgence* plénière pour les âmes du Purgatoire, aux fidèles (paroissiens et autres) qui, s'étant confessés et ayant fait la sainte communion, visiteront l'une de ces trois églises le dimanche 26 juillet, jour de la solennité de saint Jacques… ”. L’évêque n’a pas mentionné Saint-Jacques-du-Haut-Pas car, en cette époque très dogmatique, l’église passait pour être sous le patronage de saint Jacques le Mineur. La première mention de l’église du village de La Villette date de 1450. Elle était alors sous le vocable Saint-Lazare qui était celui de la léproserie. Le 20 juillet 1578, elle est dédiée à saint Jacques et saint Christophe et ce jour de dédicace devient le jour de la fête patronale. Le 3 juillet 1635 curé et habitants obtiennent que cette fête soit placée le dimanche le plus proche du 25 juillet. L’église actuelle, située place de la Bitche à Paris, date de 1843 (architecte Lequeux).
Parthenay
(Deux-Sèvres, ch.-l. ar.)
La ville possède un important patrimoine sous le vocable Saint-Jacques, une église, un quartier, le pont* et la porte* Saint-Jacques qui sont aujourd’hui son orgueil. La rue de la Vault-Saint-Jacques monte vers le château. Ville pionnière dans la manifestation du syndrome* de Compostelle, elle accueillit en 1976 une exposition* organisée, avec la participation active de René de La Coste-Messelière* dans le cadre de l’Année romane Poitou-Charentes-Vendée, à l’occasion de l’ouverture au public de l’église Saint-Jacques nouvellement rénovée par la municipalité. On y rappelait le pèlerinage à Compostelle, en 1169, de Guillaume IV de Parthenay et on supposait, sans la moindre preuve, que ce seigneur fut à l’origine du développement du faubourg Saint-Jacques dans lequel se trouve l’église du même nom. En 1976, on pensait que faubourg et église devaient leur existence uniquement aux pèlerins de Compostelle, que l’on imaginait passant en rangs serrés, ayant abandonné familles et travail pour cinq à six mois. Parthenay devenait un “ centre important de bifurcation vers l’Espagne ”… En réalité, ce quartier Saint-Jacques, au bord du Thouet fut, comme dans beaucoup d’autres villes, occupé par des artisans, ici des drapiers qui ont beaucoup commercé avec l’Espagne et qui ont pris saint Jacques pour patron*. Que certains soient allés jusqu’à Compostelle, c’est probable. Qu’ils aient accueilli des pèlerins passants n’a jamais été confirmé par les archives des hôpitaux de la région. En revanche, la ville a oublié qu’en 1954 sont partis des pèlerins, valides et handicapés*, conduisant une jument Rosalie attelée à une voiture brinquebalante. Dommage…
Partir
Partir est parfois un désir vague, parfois un besoin irrépressible d’aller le plus loin possible vers les autres et en soi-même. Moment d’émotion forte, d’appréhension devant l’inconnu et en même temps de profonde satisfaction. Partir ce peut être aussi l’allégresse d’un chant d’oiseau ou les chants d’une bénédiction dans l’église paroissiale, l’adieu aux proches qui on fait un brin de chemin avec le marcheur. Pour 75 % des pèlerins français, c’est descendre les marches de la cathédrale du Puy*. Mais quelles que soit les modalités du pèlerinage et le point de départ réel de la marche, pour ceux qui le pratiquent à pied, le moment du départ est celui où on ferme sa porte.
Passage
Voir gué, pont, eau, passeur des âmes
Passeur des âmes
Dans la Chronique de Turpin* saint Jacques intervient en faisant pencher la balance de saint Michel pour sauver l’âme de Charlemagne* au moment de sa mort. Plusieurs textes font état de prières qui lui sont adressées par des moribonds ou des condamnés. Il est aussi représenté dans des chapelles funéraires, comme à Saint-André de Bordeaux* où il aide l’âme d’un chanoine à monter au ciel, ou sur des vitraux, comme à Bourges*. L’une des origines de cette croyance est certainement l’Epître* de Jacques, qui comporte une prescription concernant l’onction des malades (Jc. 5,14-15) : “ Si l’un d’entre vous est malade, qu’il appelle les anciens. Ceux-ci prieront pour lui et verseront de l’huile sur lui au nom du Seigneur. Cette prière faite avec foi sauvera le malade ”. De cette phrase a découlé le Sacrement de l’Extrême-Onction*, et la réputation de saint Jacques. Cette fonction de saint Jacques peut aussi se rattacher à l'un des rôles du dieu Hermès* qui assure le passage du monde des vivants au monde des morts, de l'obscurité, avec laquelle il a une affinité particulière, à la lumière. Une croyance populaire voit ce passage dessiné dans le ciel, la Voie* Lactée, chaque étoile étant l’âme d’un disparu. En Aquitaine on disait que l’âme du mort faisait un aller-retour à Compostelle au long de cette Voie, avant de monter au ciel. Cette croyance a connu une expression particulièrement réaliste à Modica* en Sicile.
Patenôtre
Mot dérivé de pater noster. Désigne d’abord la grande prière chrétienne du “ Notre Père ”, puis toute sorte de prière. Au Moyen Age il désigne les grains du chapelet* puis le chapelet entier.
Patience
Confronté à la lenteur de son déplacement pédestre, le pèlerin habitué à d’autres modes de locomotion réapprend la patience et la valeur de la durée.
Patrimoine
Les nombreux cultes à saint Jacques ont légué un important patrimoine. Contrairement à une idée répandue, tous ses éléments ne sont pas forcément liés à Compostelle et n'en balisent pas nécessairement les chemins. L'attention portée au patrimoine immobilier a souvent conduit à en occulter d'autres éléments mobiliers ou immatériels. Ainsi en est-il de beaucoup de reliques* ou reliquaires*, de la mémoire des fêtes* anciennes qui renaissent comme par exemple à Gaillac* ou des pèlerinages locaux qui n’ont jamais disparu, comme au Bru*.
Patrimoine Mondial au titre des chemins de Compostelle
En 1984, l’Assemblée parlementaire du Conseil* de l’Europe avait “ recommandé […] une coopération entre les Etats membres […] en vue de faire figurer les itinéraires les plus significatifs et leurs monuments […] au Patrimoine Mondial de l'UNESCO*... ” (Recommandation 987 du 28 juin). Dès 1987 le chemin de Compostelle*, reconnu Itinéraire* Culturel Européen, devenait passible de cette inscription. En 1993, l’Espagne, agissant seule, l'a obtenue au titre “ d’un paysage culturel linéaire continu qui va des cols des Pyrénées à la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle ” ; 166 villes et villages et plus de 1800 bâtiments allant du XIIe au XXe siècle ont été classés ainsi qu’une bande de trente mètres de part et d’autre du chemin. Cinq ans plus tard, la France obtenait à son tour l’inscription de 71 bâtiments, lieux ou sites et 7 tronçons du GR* 65* au titre des chemins de Compostelle. L’engouement pour ce pèlerinage et le souci de positionner la France après l’Espagne ont fait accepter par l’ICOMOS* des dossiers censés s’appuyer sur l’Histoire* mais établis exclusivement par des pèlerins, des randonneurs et des politiques. Ont bénéficié de cette reconnaissance des chefs-d'oeuvre qui auraient déjà dû être inscrits à un autre titre (Saint-Pierre de Moissac*, Saint-Sernin de Toulouse*, Sainte-Foy de Conques*) ou qui l'étaient déjà (Bourges* et le Mont Saint-Michel). S'y sont ajoutés d'autres lieux qui ne méritaient pas cette distinction, choisis pour leur vocable Saint-Jacques ou pour la simple présence d'un vitrail, voire sans lien avec saint Jacques (plusieurs ponts, le Saint Suaire de Cadouin ou même un dolmen, celui de Pech-Laglaire à Gréalou). La liste comprend également l’Hôtel-Dieu du Puy* mentionné sous le vocable Saint-Jacques qu'il n'a jamais eu. Depuis, il est couramment déclaré de façon abusive que “ les chemins de Compostelle en France sont inscrits au Patrimoine Mondial ”, sur la foi de l’inscription mensongère, imposée par la mauvaise foi de certains promoteurs du chemin et gravée dans le marbre des plaques*. (Voir en annexe la liste des lieux classés)
Patron
En tant qu’intercesseur, saint Jacques a été choisi comme patron de l’Espagne mais aussi par de nombreux groupes, marchands, bateliers et marins, voire même jardiniers. La renommée de Compostelle en a fait le patron des pèlerins.
- Patron de l’Espagne
Au VIIIe siècle, avant même qu’on ait redécouvert le tombeau de saint Jacques, une “ hymne de l’office mozarabe de saint Jacques ” le présente déjà comme le “ chef éclatant de l’Espagne, notre protecteur et patron ”. Un texte du XIe siècle relatant la découverte du tombeau dit que “ dans la suite, ce saint devint patron du pays ”. Dans son Livre I, leCodex Calixtinus rappelle régulièrement que saint Jacques est “ patron de la Galice ”. Il est aussi patron de la Reconquista*. Au XVIIe ce patronage fut contesté dans un contexte très spécial d’opposition aux guerres de Philippe IV (1621-1665) : les Cortès de Castille l’ont remplacé pas sainte Thérèse d’Avila, moins belliqueuse dans sa façon de combattre le protestantisme. Saint Jacques l’a emporté. Entre 1931 et 1936, le gouvernement de la seconde République avait supprimé la festivité de saint Jacques et la ofrenda (voto* de Santiago). En 1937, Franco* restaura le tout. Aujourd’hui, le 25 juillet n’est pas la fête nationale. Le 25 juillet n’a pas disparu pour autant, mais cinq régions autonomes seulement ont inscrit ce jour à leur calendrier des fêtes : Canaries, Castille et Léon, Galice*, Navarre, Pays Basque. Pour un grand nombre de galiciens, par exemple, la fête nationale serait le 25 juillet, fête de saint Jacques et Dia de Galicia.
Carlos Montenegro
- Patron des marchands
Familiers des sanctuaires, les marchands n'ignorent pas Compostelle. Dès le XIIIe siècle, Marco Polo cite Saint-Jacques comme point de comparaison avec la fréquentation de sanctuaires asiatiques. Au XIVe siècle, cette présence marchande à Compostelle s'affirme davantage. Quelques exemples : les pèlerins parisiens*, confrères de l'hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins, qui font partie de l'élite marchande de la ville, les pèlerins d'Aurillac* dont parle la Grande Chanson, le marchand vénitien sur la route d'Arles, ces fils de marchands lyonnais qui effectuent là-bas une sorte de voyage initiatique, un marchand brugeois que le jeune Eustache de La Fosse croise sur sa route… De nombreux marchands ont choisi saint Jacques comme patron de leurs confréries*. Si on trouve les merciers d’Amiens dès le XIVe siècle, ces patronages se multiplient à partir du XVIe siècle : les chapeliers d’Avignon, de Saint-Maixent en Poitou, d’Argentat, de Saint-Saulge, de Dun-sur-Auron ; les pelletiers d’Aurillac ; les chaussetiers de Paris. On trouve aussi au XVIe siècle à Bourges les pâtissiers et cabaretiers et à Paris les badestamiers, potiers d’étain ainsi que des jardiniers. Beaucoup d’entre eux étaient des voyageurs, se rendant en Espagne ; ne voir en eux que des pèlerins de dévotion est une manifestation du syndrome* de Compostelle et occulte une part de la richesse des relations entre la France et l’Espagne.
- Patron des métiers d’eau : bateliers et des marins
Le passage du fleuve, toujours périlleux et étroit n’est pas sans évoquer cet autre étroit passage qu’est la mort. Au Moyen Age, aucun pèlerin ne semble savoir nager et ils sont obligés de traverser les eaux qui leur barrent souvent la route, des eaux toujours emplies d’esprits maléfiques. Trois façons de franchir ces passages périlleux : le gué*, le bac ou le pont*, les deux premiers très aléatoires. Par exemple, sur une grande partie de son cours, la Loire est placée sous la protection de saint Jacques : les “ marchands fréquentant la rivière de Loire et les affluents descendant en icelle ”, qui traitaient de toutes les affaires concernant le trafic fluvial sur la Loire, considèrent saint Jacques comme l’un de leurs saints préférés. Il les protège, de chapelle en chapelle, de croix en croix sur les ponts, d’île en île. Ainsi la croix* Saint-Jacques au milieu de la Loire à Nevers, la chapelle Saint-Jacques de Beaugency*, celle du milieu du pont de bois de Blois* remplacé au XVIIIe siècle par celui de Gabriel, l’île Saint-Jacques à Tours* à l’emplacement du “ pont de fil ” actuel, le prieuré Saint-Jacques dans le faubourg de Pirmil à Nantes*, au bord de l’estuaire… Quant aux marins, eux aussi se confient volontiers à saint Jacques. Sans doute grâce à la vertu de la conque* marine, il apaise les tempêtes. Il sauve les naufragés :dans l’un de ses miracles*, il est interpellé comme le “ Dieu de la mer ”. Les caps* Saint-Jacques en témoignent, ainsi que les chapelles côtières, comme à Antibes*.
Patronymes Jacques et dérivés
Comme tous les prénoms (voir Jacques, prénom), Jacques et ses dérivés sont devenus des noms de famille depuis la seconde moitié du XIIe siècle dans l’Ouest, XIIIe ou XIVe siècle ailleurs. Pour s’en tenir aux noms d’origine française, 193 formes sont attestées. Dans toute la France : Jacques, Jacob, Jacquet, Jacquin, Jacquelin, James, Jammes, Jamet, Jammet (le redoublement de l’m en pays d’oc). En Béarn et Gascogne : Jayme, Jaymes. Dans les Flandres, Artois, Champagne, Lorraine, Bourgogne et Franche-Comté : Jacquemart, Jacquart (jusqu’à la Meuse). Dans toutes ces régions auxquelles s’ajoutent le Cher, Loiret, Nièvre, Saône-et-Loire, Puy-de-Dôme, Loire, Drôme, Savoie : Jacquin. En Lorraine, Franche-Comté, Alsace, Champagne, Bourgogne et Bresse : Jacquot, Jacot. Dans la Marne, Aube, Yonne, Haute-Saône, Vosges : Jacquinot. Dans le Nord, Lyonnais, Auvergne : Jacquemet, Jacquemond, Jacquemont, Jacquement, Jacquemant.
Certaines formes sont très limitées à une région :
Ain : Jacquiat
Allier : Jamais
Anjou : Jameron, Jaminais, Jaminerais, Jameaux, Jameault, Jamaux
Ardèche : Jacouton
Ardennes : Jaminon
Aude : Jamony
Auvergne : Jacomet
Bouches-du-Rhône : Jacquême
Bourgogne : Jaquesson, Jacson, Jacquetot, Jacrot, Jacquerot, Jacqueroz
Bretagne gallo : Jaminais, Jaminerais, Jameaux, Jameault, Jamaux
Bretagne occidentale : Jac et Jacq
Calvados : Jaguelin, Jacqueline
Charente : Jactin (il n’y en a plus, ils sont en Ile-de-France). On trouve un Jacquetin en Aquitaine et plusieurs en Ile-de-France.
Creuse : Desjacques
Dordogne : Jacoudet
Finistère : Jacopin, Jaco
Forez : Jacasson
Franche-Comté : Jacquiot, Jacoutot, Jacquenot, Jacquenod, Jacquetot, Jacrot, Jacquerot, Jacqueroz
Ille-et-Vilaine : Jaminet, Jamelot
Indre : Jacquaut
Isère : Jacon, Jacquier
Landes : Jamasse
Languedoc : Jaume, Jaumes, Dejacques, Dejammes
Loire : Jacoud, Jaccumont, Jamien
Lorraine : Jacquel, Jactel
Manche : Jacqueline
Haute-Marne, Côte-d’Or : Jacotin, Jacquottin
Mayenne : Jamier
Meuse : Jacquière
Moselle : Jaman
Nord : Jacon, Jacquoillet (en Artois et Cambrésis)
Poitou : Jamoneau
Provence : Jaumary, Jaumard, Jaume, Jaumes
Saône-et-Loire : Jacquy
Savoie : Jacquier, Jacquemau, Jacquemouse, Jacquême
Seine-Maritime : Jacquemaire, Jacmaire
Deux-Sèvres : Jaguenaud
Vienne : Jacquiaux
Haute-Vienne : Jamilloux, Desjacques
Pauvreté
Le qualificatif de pauvre est généralement attaché à l’image du pèlerin médiéval, souvent représenté l’escarcelle à la main. Les pèlerins contemporains qui cherchent à retrouver ce pèlerin d’antan en mettant leurs pas dans les siens peuvent-ils pour autant “ jouer aux pauvres ” sur le chemin : “ Je pars volontairement sans ma carte de crédit, comptant sur la charité en cours de route ” ? Chacun répond à cette question en conscience. A l’image du pèlerin médiéval, celui d’aujourd’hui, lui, sait qu’il ne peut rien réclamer, son seul droit est de louer et remercier. Il se souvient de la recommandation de Jean Geiler* de Kaysersberg au XVe siècle : “ La huitième qualité du pèlerin consiste en ce qu’il prenne l’argent avec lui sur le chemin quand il en aura besoin pour son bien ”.
Paya y Rico (Miguel)
Archevêque* de Compostelle qui en 1879 entreprit des fouilles pour retrouver les restes de saint Jacques sous sa cathédrale. Ces fouilles furent couronnées de succès. Voir bulle Deus Omnipotens.
Pédi-bus
Désignation commerciale pour des pèlerinages comportant un transport* en autocar et chaque jour une portion d'itinéraire parcourue à pied. Cette formule, née en Bourgogne, semble avoir de plus en plus la faveur de services diocésains de pèlerinages. Elle favorise un accompagnement spirituel des pèlerins mais change la nature de l'expérience originale et individuelle que procurait le "chemin de Compostelle". Elle permet à de nouvelles catégories de pèlerins de s'identifier à moindres frais aux mythiques pèlerins médiévaux. Elle leur offre aussi les bénéfices du pèlerinage.
Pélage
Voir tombeau* de saint Jacques
Pèlerin
Etymologiquement, le pèlerin est l’étranger. Au sens strict actuel, est pèlerin “ celui qui se met volontairement en route vers un lieu qu’il reconnaît comme sacré ou porteur de sens ” ; le pèlerinage* est lié à une pratique religieuse. On retrouve dans la démarche du pèlerin le sens étymologique : ayant quitté sa maison, son environnement, ses proches, ses occupations habituelles le pèlerin devient pour un temps “ étranger ” dans un nouveau mode de vie temporaire. Parfois il en attend un renouvellement spirituel, parfois il cherche simplement à vivre une expérience, parfois il fait une démarche de pratique religieuse. Tout marcheur sur un chemin, connu pour être chemin de Saint-Jacques, est instantanément qualifié de “ pèlerin ” par le car de touristes de passage : “ t’as vu y’a un pèlerin ! ”. La magie* du chemin le rend porteur de sens pour ceux qui l’empruntent comme pour ceux qui l’imaginent. Le terme de pèlerin, dans son acception la plus large, rend donc compte d’une dimension de rêve* qui en justifie l’utilisation. Dans ce dictionnaire, nous désignons donc par pèlerin toute personne qui parcourt un chemin de Saint-Jacques. Emploi justifié tant par la simplification qu’il apporte que par l’imaginaire qu’il véhicule. Mais Compostelle est un pèlerinage catholique et beaucoup de ceux qui empruntent ces chemins ne souhaitent pas être assimilés aux croyants de cette religion, même (et parfois surtout) s’ils en ont été imprégnés dans leur enfance. Il faut surtout se garder de la tentation, qui apparaît parfois, de catégoriser ou qualifier ceux qui prennent le chemin : vrais, faux, pieux, pauvres pèlerins, etc. Chacun a sa démarche et son expérience personnelles qu’il convient de respecter. A l’état de pèlerin est liée l’idée d’hospitalité* due à l’étranger.
Pèlerins de Compostelle
Depuis la découverte du tombeau* attribué à saint Jacques, d’innombrables pèlerins se sont rendus sur le lieu de la découverte et dans le sanctuaire qui y a été construit. Pèlerins de proximité dans un premier temps puis pèlerins de toute la Chrétienté. Depuis la fin du XIXe siècle, le pèlerinage de Compostelle a fait l’objet de nombreuses études mais il reste important de poursuivre les recherches pour identifier les pèlerins qui peuvent sortir de l’anonymat et pour mieux estimer l’ampleur du phénomène au cours de l’histoire.
- Pèlerins connus
On connaît des pèlerins, soit par des relations qu’ils ont faites de leur voyage, soit par des mentions de tiers, comme pour Godescalc* en 951, Louis VII* roi de France en 1152 ou Nicod de Menthon* en 1429 (et bien d’autres). Les récits* personnels, parfois très longs, parfois très brefs, apparaissent au XVe siècle. Parmi eux, Nompar de Caumont* en 1417, Sébastien Ilsung* en 1446-1448, Léon de Rozmital* en 1465-1466, Marc Gomboust* en 1484, Jean de Tournai* en 1489, Hermann Künig* en 1495, Arnold von Harff* de 1496 à 1499, Antoine de Lalaing* en 1502, Henrich Schönbrunner* en 1531, Bartolomeo Fontana* en 1539, Domenico Laffi, en 1670, (une auberge porte le nom à El Burgo Ranero), Guillaume Manier* en 1726, Jean Bonnecaze* en 1748, l’abbé Jaspar* en 1883, Mabille* de Poncheville en 1928-1929, l’abbé Branthomme* en 1949 et 1951, Mgr. Martin* en 1935 et 1954. Barret* et Gurgand*, en 1978, ont ouvert un long cycle de récits contemporains de valeur très inégale.
- Pèlerins anonymes
Qui furent-ils et combien étaient-ils ces pèlerins de Compostelle que l’histoire ne connaît pas, faute de textes ? Sans doute pas aussi nombreux qu’on l’a cru. Certes de très nombreux pèlerins sillonnaient les routes médiévales mais tous n’allaient pas à Compostelle. Faute de temps ou de moyens, ils allaient le plus souvent à des sanctuaires proches. Si les anonymes ne peuvent pas être comptés par millions* comme de premières estimations ont pu le faire croire, leurs traces restent présentes dans la mémoire collective. Partaient sans doute à l’aventure des jeunes en surnombre sur des terres trop exigües pour les nourrir, à la recherche d’un avenir meilleur. Plus tard, d’autres cherchèrent à échapper à la conscription. On les aperçoit parfois, au détour d’un texte, tels, par exemple, ces pèlerins partis de Rouche (Allier). Ils étaient sept Bourbonnais qui se rendaient à Compostelle en 1388. Après avoir traversé la Vézère (entre le Mont-Gargan et Tulle), ils arrivent dans un bois plein de brigands. Mais c’est à saint Martial qu’ils font vœu* d’aller visiter à Limoges s’ils échappent aux pillards. Confiants dans la protection du saint, ils traversent le bois sans incident et se rendent à Saint-Martial. Sont-ils ensuite allés à Compostelle ? Leur manque de confiance en saint Jacques peut en faire douter. Plus tard, les Manier*, Bonnecaze* ou le compagnon Ménétra* prennent la route, jeunes célibataires en quête d’aventure. On en retrouve de semblables au hasard des arrestations consécutives aux réglementations* draconniennes. En 1880, un curé de Feurs (Loire), étudiant dans les registres paroissiaux la famine de 1709, note que “ la plupart des domestiques que les paysans renvoyaient prenaient le parti d’aller à Saint-Jacques, croyant y trouver du pain ”.
- Pèlerins douteux ou inventés
Il est parfois bien difficile de prouver que tel ou tel personnage est allé à Compostelle, et pour quelle raison. Les inventions ou les récits enjolivés plusieurs années après les faits sont nombreux. Parmi elles, celles de Jean de Lancastre*, Philippe de Commynes*, Pierre de Rohan*, Bayard*. Les inventions récentes fleurissent également en ce début de XXIe siècle. Deux exemples : sur Internet, un pseudo-récit de voyage du XIVe siècle écrit en espagnol par un pèlerin parisien et, sur un autre support, sous couvert de la très sérieuse chaîne ARTE, un faux* documentaire relatant le pèlerinage de Friedrich Daum, marchand allemand du XIIIe siècle.
- Saints pèlerins de Compostelle
Dans la littérature hagiographique, un pèlerinage à Compostelle, même fictif, s'inscrit parfois comme un élément constitutif de la sainteté du personnage ou, plus souvent, comme un temps de réflexion précédant une conversion. Deux Vies de saints écrites au XIIe siècle, font aller à Compostelle saint Evermare et saint Emilion. En ce même siècle, le biographe de Godric de Norfolk place ses pèlerinages à Rome et à Compostelle entre le moment où le futur saint quitte sa fonction de marchand et celui où il devient ermite. Si, au XIIIe siècle, saint François* d’Assise n’est jamais allé à Compostelle, le bienheureux Thomas Hélye, originaire de Saint-Pierre de Biville, près de Coutances, “ avant de devenir prêtre, visita, lui, les tombeaux de saint Pierre, de saint Paul, de saint Jacques et, pendant environ quatre ans, étudia la théologie à Paris ”. Ses biographes ultérieurs ont transformé cette simple mention en un récit de plusieurs pages.
- Pèlerins littéraires
Tout au long des siècles, les œuvres littéraires ont mis en scène des pèlerins. Outre les chansons de geste, on les retrouve dans les fabliaux, les dits, les romans, les livres de miracles et dans la littérature généalogique. Joseph Bédier* par ses études sur les chansons de geste a contribué à faire renaître l’intérêt pour Compostelle.
Pèlerins de l’Amour
Aux XVIIe et XVIIIe siècle, au moment où les pieux pèlerins cheminent vers l’Espagne catholique et où la masse des “ gueux ”, sous couleur de pèlerinage, court les routes de Compostelle en cherchant à ne pas mourir de faim, à la Cour où ils s’ennuient, les grands seigneurs en costume de pèlerins embarquent pour Cythère. Pendant que le roi prend des mesures draconiennes pour réglementer les pèlerinages, La Fontaine s’en amuse. En 1671, dans l’un de ses Contes et nouvelles en vers, Le petit chien qui secoue de l'argent et des pierreries, il introduit un “ feint pèlerin ” dans la ruelle d’une belle qui minaude : “ Vous n'avez pas, ce lui dit-elle, la mine de vous en aller à Compostelle ”. Le pèlerinage à Saint-Jacques devient symbole du pèlerinage galant, du “ voyage à Cythère ”. La noblesse aime s’encanailler et va souvent, sous un costume garantissant l’anonymat, danser dans les cabarets populaires. Le costume du pèlerin s’y prête. Certains confrères de confréries* Saint-Jacques l’utilisent d’ailleurs “ en usages mondains ” puisque, déjà au XVe siècle, les confrères de Béthune n’ont pas le droit de faire “ porter à autres ” leur costume de cérémonie. En 1700 est donnée à la Comédie Française, à Paris, une pièce de Dancourt, Les trois cousines, mettant en scène trois pèlerines qui chantent “ venez dans l'île de Cythère en pèlerinage avec nous. Jeune fille n'en revient guère ou sans amant ou sans époux ”. C’est un succès. Watteau peint l’actrice vedette, “ Mademoiselle Desmares jouant le rôle de Pèlerine ”. Les grands seigneurs, leurs dames et même les enfants se costument en pèlerins dans les fêtes galantes. Tous se veulent pèlerins de Cythère et, en souvenir, se font portraiturer par les peintres en renom avec des bourdons enrubannés, gourdes et coquilles Saint-Jacques, ainsi Louis XV lui-même vers 15 ans, par Nicolas Lancret, “ le jeune pèlerin ” et la “ jeune pèlerine ” par Alexis Grimou. La vogue des portraits est telle qu’un peintre aussi astucieux que paresseux utilise un “ passe-partout ” et met une tête nouvelle au-dessus d’un costume unique ! Les salons des châteaux de province s’ornent de ces glorieux souvenirs… Ces portraits sont parfois conservés dans les familles qui croient, bien à tort, que la jolie marquise est allée à Compostelle. Parfois ils sont dans des musées, parfois ils passent en salle des ventes. A la veille de la Révolution, le succès des costumes de pèlerins de Saint-Jacques ne se dément pas. Le 19 juin 1783 trois bourgeois de Paris, confrères de la confrérie Saint-Jacques de l'Hôpital, “ tous pèlerins, ont eu l'honneur d'assister, en habits de pèlerins, sous les yeux du roi et de la famille royale, à la procession* du Saint-Sacrement en l’église Royale et paroissiale de Notre-Dame, avec les confrères Pèlerins de la confrérie Saint-Jacques ” de Versailles.
Pèlerin (Le)
Hebdomadaire catholique né à Paris en 1873 au moment de la promotion par les Assomptionnistes des pèlerinages en terre Sainte et à Lourdes. Appartient au groupe Bayard-Presse qui est toujours, en 2006, la propriété des Assomptionnistes.
Pèlerinage
Le pèlerinage est un phénomène de migration temporaire pratiqué depuis la nuit des temps sous toutes les latitudes et par toutes les religions. Appétit de sacré* ? Goût d'absolu ? Quête d'une puissance spirituelle ? Ultime trace de nomadisme ? Souvenir des temps où les groupes se retrouvaient autour de leurs nécropoles ? Sans doute un peu de chacun de ces éléments, auxquels se mêle le besoin fondamental de changer parfois d'horizon. L’idée de pèlerinage est ancrée au cœur de l’homme depuis toujours et dans toutes les civilisations. Le pèlerinage est aussi une pratique religieuse codifiée. Ainsi, il fait partie des obligations rituelles de tout musulman. Dans la religion catholique, la pratique du pèlerinage n’a rien d’obligatoire : en 1123, par exemple, l'évêque du Mans, Hildebert de Lavardin, rappelle au comte d'Anjou qui voulait partir à Compostelle : “ Je n’ai vu nulle part figurer, parmi les talents que le Père distribue à ses serviteurs, la pérégrination à la surface de la terre ”. Elle a même été souvent condamnée comme source de désordres ou d’échappatoire à son devoir quotidien. En Europe, et plus particulièrement en France, l’Eglise catholique a redécouvert l’importance des pèlerinages pour raviver la foi* des masses avec les grands pèlerinages mariaux du XIXe siècle. Le pèlerinage peut-être individuel ou collectif, chaque religion définissant les modalités des pèlerinages qu’elle propose ou impose à ses fidèles. Le caractère commun à tous les pèlerinages est de représenter une rupture qui marque un temps de retour sur soi et d’ouverture*.
Pèlerinage à Compostelle
La découverte en Galice* d’un tombeau attribué à l’apôtre Jacques* a été à l’origine du développement d’un culte local dont la renommée a atteint toute la chrétienté. Avec Rome, Saint-Thomas à Cantorbury et les Trois-Rois à Cologne, Compostelle* fut décrété pèlerinage* pénitentiel majeur par le concile* de Béziers de 1246 mais c’est seulement à la fin du XVe siècle que le pape Alexandre VI* le décréta l’un des trois grands pèlerinages de la Chrétienté, avec Rome et Jérusalem. Aujourd’hui, la cathédrale de Compostelle, ne serait-ce que par le texte des Compostela*, ne cesse de rappeler le sens* de ce pèlerinage pour lui garder son caractère d’acte de foi dans la tradition du pèlerinage catholique. En France, l’Eglise a également mis l’accent sur cette dimension en proposant aux pèlerins un carnet* de pèlerin catholique, la Créanciale*. Mais un grand nombre de pèlerins* et de marcheurs vivent sur les chemins une expérience spirituelle en dehors des cadres ecclésiaux.
- Pèlerinages terrestres
Le mode de locomotion vers Compostelle n’a jamais été pris en compte avant la seconde moitié du XXe siècle. Les pèlerins utilisaient les possibilités qui s’offraient à eux. Ils allaient à pied, à cheval, avec des voitures d’accompagnement s’ils en avaient les moyens, prenaient le bateau et, sans doute, ne refusaient pas d’utiliser tel ou tel chariot s’il s’en offrait un, plus tard ils ont utilisé voitures et chemins de fer. Aujourd’hui, ils se pratiquent de diverses façons, à pied, à cheval, avec un âne, en vélo, à VTT …, seul ou en groupe, par tronçons périodiques, avec un moyen de locomotion et des étapes éventuellement entrecoupées de marches. Mais le pèlerinage à pied d’une seule traite depuis son domicile (ou depuis un des points* de rassemblement dits historiques) est celui qui fait le plus rêver et procure à ceux qui peuvent le faire l’expérience la plus intense. Les modalités en sont variées, selon que l’on marche seul, en groupe, que l’on fréquente les gîtes* et albergues*, l’hôtel ou qu’on leur préfère la tente ou la belle étoile.
- Pèlerinages maritimes
Bien des pèlerins, plus pressés ou moins argentés que les autres, choisissaient d’effectuer une partie de leur trajet par mer. En effet, de Bristol, Nantes, La Rochelle ou Bordeaux, quelques jours suffisent pour débarquer à La Corogne. Au XVe siècle, lors des années jubilaires, des pèlerinages organisés par des armateurs anglais remportent un vif succès. Des dizaines de navires sont affrétés, chacun transportant 20 à 150 pèlerins, voire beaucoup plus. De nombreux navires marchands embarquent des pèlerins comme “ fret de retour ”. Heinrich Schönebrunner*, par deux fois, indique le nombre de pèlerins transportés avec lui par bateau : 300 et 52. Tous ces exemples tendent à prouver que les pèlerins par mer étaient sans doute beaucoup plus nombreux que par voies terrestres. Mais la contrepartie est d’importance : inconfort total, surpopulation et mal de mer. A ceci s’ajoutent les tempêtes redoutables dans le golfe de Gascogne. Les exemples sont nombreux, tel celui, en 1395, du “ pèlerin du roi ” (Charles VI, le roi fou que la médecine s’avouait impuissante à soigner), revenant de Compostelle par mer, qui perdit dans une tempête “ compagnons, chevaux et avoir ”. Autre danger, la capture par des ennemis ou des pirates : en 1443, Nicolas Bouquereau se fait prendre par des “ pirates écumeurs de mers ” et, pendant trois ans, rame sur des galées en endurant les pires sévices. Il a failli arriver la même chose à Heinrich Schönebrunner et il a fallu toute la ténacité de la mère de Jacques Lemaire* au XVIIe siècle pour que le jeune homme échappe au maître de Constantinople qui l’avait acheté après sa capture. Les pèlerinages maritimes contemporains sont rares.
Pèlerinage à saint Jacques
Compostelle ne fut pas le seul lieu où se rassemblaient des pèlerins désirant vénérer saint Jacques. Il existait de nombreux autres sanctuaires* et pèlerinages.
Pèlerinage pénitentiel
Au VIe siècle, le pèlerinage pénitentiel est une pénitence infligée par des tribunaux ecclésiastiques, essentiellement à des clercs. Au XIe siècle, cette vieille coutume se généralise pour les laïcs, dans le cadre de la Pénitence publique solennelle. Au XIIIe siècle, elle fut reprise par les Dominicains, dans la lutte contre l'hérésie cathare*. Entre 1227 et 1231 le pape leur confia progressivement la direction des tribunaux d’Inquisition, auparavant dirigés par les évêques. Ordre Mendiant par excellence, habitués des routes, ils ont cru que la rédemption de ces âmes perdues pouvait passer par la pratique du pèlerinage. Le système de pèlerinage pénitentiel fut utilisé intensément au moins par un Inquisiteur dominicain, Pierre Selhan (ou Cellani) : en 1241 et 1242, en six mois, il infligea 724 condamnations, dont plus de la moitié incluaient l’obligation d’effectuer un ou plusieurs pèlerinages pénitentiels : 66% à Gourdon et même 97 % à Montcuq devaient aller à Saint-Jacques en Galice. Reste à savoir si ces pèlerinages ont été réellement effectués car, cette même année 1242 le pape a annulé bon nombre de condamnations et écarté les Dominicains de l’Inquisition à cause de leur trop grande sévérité. En 1246 le concile* de Béziers dressa une liste officielle de lieux où envoyer des repentis, légèrement modifiée en 1321 par les Dominicains. Aux XIVe et XVe siècle le roi de France, lorsqu'il graciait des condamnés à mort, le faisait parfois sous condition d'un ou plusieurs pèlerinages pénitentiels (dans moins de 1% des cas et toujours pour des personnes qui ne sont pas dangereuses pour autrui). En Flandre, ce mode de punition a été relativement fréquent, mais les exemples abondent de remplacement de la condamnation par le paiement d'une amende correspondant au prix du voyage. Infliger comme punition l’obligation d’être un étranger, d’aller à la rencontre d’autres coutumes, d’autres langues était compris comme un moyen de rédemption ; un moyen aussi de se faire oublier et de calmer les esprits. L'état de pèlerin protégeait à la fois le puni (le pèlerin était porteur de lettres* de recommandation) et l’hospitalier* (rassuré par ces lettres). En 1318, les tribunaux avaient condamné 22 hérétiques des environs de Carcassonne, Castres, Narbonne et Albi à être emmurés vivants s’ils refusaient la conversion. Ils ont choisi… “ Voulant les récompenser de leur soumission ”, les juges les ont graciés sous condition d’accomplissement de 22 pèlerinages, incluant Compostelle. A chacun des sanctuaires, ils doivent se présenter avec des vêtements marqués de grandes croix devant et derrière et, à la messe et aux processions, arriver “ avec des verges ” pour se faire fouetter. Mais l’arme du pèlerinage fut à double tranchant car l’habit de pèlerin devint un abri très sûr, fort commode pour véhiculer les idées subversives. De nos jours, des expériences de réinsertion utilisant le pèlerinage sont pratiquées en Belgique. En France, une expérience positive, faite en 2000, n'a pas encore été renouvelée, les initiatives en ce sens se heurtent au poids des règlementations.
- Pèlerinages pénitentiels majeurs
Saint-Jacques en Galice, Rome, Saint-Thomas à Cantorbury et les Trois-Rois à Cologne.
- Pèlerinages pénitentiels mineurs
Bordeaux (Saint-Seurin), Boulogne (Notre-Dame), Castres (Saint-Benoît), Chartres (Notre-Dame), Conques (Sainte-Foy), Rocamadour (Notre-Dame), Limoges (Saint-Martial), Montmajour (Saint-Pierre), Montpellier (Notre-Dame-des-Tables), Narbonne (Saint-Paul), Paris (Notre-Dame), Pontoise (25 juillet), Le Puy (Notre-Dame), Saint-Antoine-de-Viennois, Saint-Denis, (tombeau du premier évêque de Paris et de ses compagnons martyrs Rustique et Eleutère), Saint-Maximin-la Sainte-Baume (sainte Marie-Madeleine), Saint-Gilles-de-Provence, Saint-Guilhem du Désert, Saint-Léonard de Noblat, Sérignan (Vaucluse ou Hérault), Soulac-sur-mer, (Notre-Dame de la Fin des Terres où on vénère le souvenir de sainte Véronique), Tarascon (Sainte-Marthe), Vauvert (Notre-Dame).
Pèlerine
Mot apparu seulement au XVIIe siècle pour désigner la cape* du pèlerin
Pèleriner
N’est-ce pas d’abord répondre à un appel, quitter son lieu de vie habituel pour partir vers un inconnu à découvrir ? N’est-ce pas aussi faire mémoire, comme le montrent les innombrables cultes des morts qui marquent l’humanité ? Ces besoins fondamentaux, les religions les ont pris en compte et codifiés, elles ont organisé les traditions qui témoignaient de ce désir universel. Aujourd’hui, le pèlerinage à Compostelle, lorsqu’il est fait à pied et sur la longue durée, introduit une dimension nouvelle, la redécouverte de la marche*, de la perception différente du temps et de la nature, de la connaissance de soi. S’y ajoute l’envie des rencontres* dont doivent être frustrés par ailleurs bon nombre des pèlerins d’aujourd’hui.
Pendu dépendu
Voir Miracles
Pendulaire
Sobriquet donné par un pèlerin suisse aux pèlerins récidivistes*.
Pendule à Salomon
Selon une légende, rapportée par Raoul Vergez* et Louis Charpentier*, lors de la construction du Temple, on avait embauché beaucoup d'ouvriers qui parlaient des langues différentes. Afin qu’ils se comprennent, le roi Salomon leur avait donné un système de signes, disposés sur un cercle. Ces auteurs appellent cet ensemble “ Pendule à Salomon ” ou encore, sans qu’on puisse établir un quelconque rapport avec le pèlerinage et le “ chemin de Compostelle ”. Certains férus d’ésotérisme* retrouvent cette pendule dans le chrisme dessiné sur plusieurs églises pyrénéennes : Saint-Savin, Tramesaïgues, Aucun, Gavarnie, Cadéac, Aragnouet. Tout autour du chrisme, ils lisent le mot Rosa (à l’envers Raso, la pierre Oméga) et, au centre, le monogramme du Christ, le P-S et l’Alpha et l’Oméga. Ils prétendent que ces chrismes balisent la route vers Compostelle passant par le col de Boucharo. Il serait intéressant d’en faire une cartographie générale permettant de vérifier cette hypothèse.
Pera
Besace*, du nom de l’habit de peaux de chèvre porté par les moines d'Egypte devenu le nom de la matière dont on fait des sacs de voyage en bandoulière puis aux sacs eux-mêmes
Pérégrin, pérégrination, peregrino
Mots parfois employés par des marcheurs vers Compostelle qui ne souhaitent pas être assimilés à des pèlerins et veulent éviter de donner une connotation religieuse à leur démarche. Le terme de cheminants* est parfois employé aussi.
Périgueux (saint Front)
(Dordogne)
Saint-Front est mentionné parmi les sanctuaires à visiter dans le Guide du pèlerin*. Cette mention a valu l'inscription de la cathédrale (ancienne abbaye Saint-Front) au Patrimoine Mondial* de l’UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. L'intérêt porté à la voie de Vézelay par une association locale d’anciens pèlerins a permis de recréer une chapelle Saint-Jacques dans cette cathédrale à l'occasion de l'année sainte 1999. Elle est à l’emplacement d’un ancien autel Saint-Jammes. Elle aurait pu être conçue comme une halte spirituelle pour les pèlerins : il n’en est rien car, depuis 2004, elle est fermée par une grille et signalée seulement par une plaque commémorative de sa bénédiction par Mgr Gaston Poulain, évêque de Périgueux et Sarlat, le 25 juillet 1999, sans autre information que la signature de l'association initiatrice. Autres témoignages modernes de la dévotion à saint Jacques : une statue de pèlerin, signée André Merle placée en 1980 dans une niche d’une maison, place de la Clautres ainsi que des sculptures de Ramon, dites les Messagers, placées en 1988 sur le rond-point de la place Yves Guéna. Elles figurent des “ pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle mis en valeur par deux arcs brisés de 6 m. symbolisant la porte du Sud et la recherche de l’Absolu ”. En passant la moderne passerelle Japhet, les pèlerins pourront se souvenir que le pont auquel elle succède porta le nom de saint Jacques, à cause d’une chapelle d’hôpital* Saint-Jacques qui jouxtait ce pont, sur la rive droite de l’Isle (à partir du XIIIe siècle, elle changea d’affectation en devenant chapelle du couvent de Sainte-Claire).
Perpignan
(Pyrénées-Orientales)
L’église Saint-Jacques de Perpignan fut un sanctuaire de pèlerinage local ; située hors-les-murs dans le quartier du Puig elle fut construite au XIIIe siècle, sous le règne de Jacques* Ier d’Aragon. Elle donne ensuite son nom au quartier* Saint-Jaume où habitent tisserands de laine et autres marchands. Ce quartier se développe rapidement : deux siècles plus tard, il est desservi par une communauté ecclésiastique comptant une trentaine de prêtres. En 1450, un retable est construit pour l’église, centré sur un saint Jacques vêtu d’or fin, de pourpre et d’azur. Une relique* insigne de saint Jacques y est enchâssée, dont on retrouve la trace dans un inventaire : “ un chef* d’argent de Monsieur sant Jacme, avec son chapeau d’argent doré avec quatre coquilles d’argent fixées audit chapeau ”. Ce saint Jacques prend une grande importance en temps de peste*, malgré la concurrence avec saint Roch* : une procession solennelle est organisée derrière la relique, en 1482. Mais l’assistance du saint local ne doit pas sembler suffisante car la ville offre, en supplément de sa supplique, un pèlerinage à Compostelle effectué par deux hommes de la communauté. Peu à peu, il semble que la relique de saint Jacques soit délaissée. En 1488, elle est encore sortie en procession lors d’un nouveau pèlerinage à Compostelle motivé par le retour de la peste, mais il ne semble pas que ce soit le cas en 1560 lors d’un autre départ pour la même destination. Au début du XVIe siècle apparaissent les Pénitents de Saint-Jacques, une confrérie de flagellants qui sortent la nuit derrière le marguillier porteur de la verge et les diacres avec les croix des autres paroisses. En 1534 est nommée la confrérie de Santa Sagrada passio, dite de la Sanch. Il semble qu’elle ait là aussi pris le relais de saint Jacques en organisant aussi des prières et cérémonies publiques en temps de peste et d’épidémie, par exemple en 1631. Un autre de ses buts était de participer aux funérailles et d’assister les criminels qu’on conduisait au supplice, autre fonction qui a été également dévolue à saint Jacques, passeur* des âmes.
Perse (église de)
(Aveyron, comm. Espalion, ar. Rodez, chl. c.)
Sur le tronçon Saint-Côme d'Olt-Espalion, inscrit Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle, se situe la petite église de Perse, seul vestige d'un ancien monastère du Xe siècle, donné à Conques* en 1060. Au tympan, une sculpture très ancienne (Xe siècle ?) représente la Vierge entourée de dix apôtres, l’un d’eux portant l’inscription IACOBUS Episcopus Tumuli Domini Nostri Iesus (Jacques, évêque du tombeau de NS Jésus-Christ). Cette inscription n’établit aucun lien avec Compostelle. Sans doute pour donner une assise historique à ce tronçon de chemin, est affichée dans l'église une image pieuse datable du XVe siècle sur laquelle est représenté un roi de France donnant sa couronne à saint Jacques ainsi que la légende du pendu-dépendu*. Cette image a été retrouvée dans les archives du presbytère de l’église* Saint-Jacques de Brousse-le-Château. Il est possible qu’elle ait été éditée par la Confrérie* européenne des Rois Catholiques à l’occasion d’une quête organisée en France.
Persévérance
Savoir qu’à chaque jour suffit sa peine, limiter ses ambitions à l’étape du jour, ne pas se préoccuper du lendemain sont des grandes leçons du chemin au long cours. Elles marquent durablement ceux qui en ont fait l’expérience.
Peste
Voir thaumaturge et processions
Pétase
Dans l’Antiquité, nom attribué à une “ coiffure de voyage ”. Il est étalé, soit que la forme descende tout d'une pièce assez bas pour ombrager le front, soit qu'un rebord prolonge ou contourne cette forme réduite aux dimensions d'une calotte. Le bord s'abaisse ou se relève, se plie et se brise en tous sens. Le pétase est “ parfois orné de cocardes ” bien propres à devenir des coquilles dans la version christianisée du chapeau telle que la propose l’iconographie* de saint Jacques.
Pétain (Maréchal Philippe)
Ambassadeur de France en Espagne, du 2 mars 1939 au 16 mai 1940, le Maréchal Pétain eut l’occasion de se rendre à Compostelle. En 1941 un pèlerinage fut organisé le 8 septembre à Notre-Dame de la Peña. Il fut annoncé ainsi par l’Agence Havas, le 30 août 1941 : “ Le Maréchal Pétain procédera lundi à l’hôtel du Parc, à la remise d’un drapeau qui partira prochainement pour l’Espagne. Ce pèlerinage qui sera organisé par le comité de Saint Louis et Saint Ferdinand comprendra, outre les personnalités [ …] trente jeunes gens et jeunes filles, dirigeants des Mouvements de la Jeunesse de la Révolution Nationale. Ce drapeau reproduit l’image des deux rois Soldats qui étaient cousins germains, saint Louis et saint Ferdinand ”. En 1943, le Maréchal marqua son attachement à Compostelle par l’offrande d’un ciboire* faite solennellement au cours d’un pèlerinage de l’ambassadeur de France en Espagne.
Peur
“ N’ayez pas peur ” fut le premier message de Jean-Paul II*, qui fut en 1982 pèlerin de Compostelle. C’est le conseil qui peut être donné aux futurs pèlerins. Ils ne partent plus, comme au Moyen Age, par peur de la damnation. Pourtant la peur est présente dans l’expérience pèlerine pour qui ose se l’avouer. Peur de partir seul(e), peur de l’échec, de ne pas arriver au but, peur de se perdre pour qui part seul, peur de ne pas trouver un lit le soir (qui pousse parfois à réveiller tout un dortoir le matin pour être le premier au gîte suivant), peur des chiens, peur des autres, des voleurs … Le chemin offre l’occasion de surmonter toutes ces peurs. La peur du danger* fait partie de l’aventure du pèlerinage, même si l’aventure est confortable.
Philatélie
En France, la Poste n’a pas consacré un grand nombre timbres à saint Jacques, laïcité oblige. En 1999 fut émis un timbre montrant la “ tour Saint-Jacques vue de Notre-Dame vers 1936 ”. En mai 2001, en fut émis un autre représentant saint Jacques passeur* des âmes, découvert sur la peinture murale d’un enfeu de l’ancien hôtel des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à Toulouse. En Espagne au contraire, on compte plusieurs dizaines de timbres consacrés à Compostelle.
Picaud (Aimeric)
Tout le monde parle de ce personnage depuis que Jeanne Vielliard* a supposé qu’il pouvait être l’auteur du Guide* du Pèlerin, parce que son nom apparaît deux fois dans le texte. Les études récentes de Bernard Gicquel ont montré qu’il n’est pas l’auteur de ce Guide mais qu’il aurait rédigé vers 1135 les 22 miracles*, attribués plus tard à Calixte II* et repris dans le Codex. Il fut peut-être, au XIIe siècle, chanoine augustin du prieuré de Parthenay-le-Vieux* (dépendant de Vézelay). Une hypothèse le montre revenant de Jérusalem et rapportant à Compostelle les miracles recueillis sur sa route. Il est en outre l’auteur d’un chant de pèlerins qui est un résumé de la vie de saint Jacques et un sommaire des 22 miracles collectés et se termine par Ultreia* esus eia.
Pichon (Charles)
Journaliste à l’Echo de Paris, président du Comité France-Espagne*, organisateur en 1938 du premier grand pèlerinage français à Compostelle. Sept autocars conduisirent les pèlerins d’Irun à Compostelle en passant par Saragosse. Il devient ensuite directeur du comité Saint-Louis et Saint-Ferdinand dont l'objectif était le développement des pèlerinages. Il joua un rôle actif dans les relations franco-espagnoles pendant la guerre. En 1962 il participa à l’organisation de la visite du cardinal Quiroga* y Palacio, archevêque de Compostelle pour la célébration du millénaire de la consécration de la chapelle Saint-Michel l’Aiguilhe au Puy*. Il mourut l’année suivante.
Pics de l’Europe
Dans les Asturies, chaîne de montagnes au pied de laquelle se situe Covadonga, haut lieu de la résistance chrétienne contre les Sarrasins*, au VIIIe siècle.
Pieds
Ils sont traditionnellement l'objet de soins attentifs des fantassins. Les pèlerins ne prennent jamais trop de précaution vis-à-vis d'eux. Voici un remède pour les endurcir que le pèlerin Guillaume Manier* a recueilli au cours de son pèlerinage : “ enduire les pieds de suif de chandelle, d’eau-de-vie et d’huile d’olive fondus ensemble ”.
Plaques commémoratives
Une habitude est née en France dans les années 1960, celle d’apposer, n’importe où, des plaques expliquant que l’endroit est situé sur un “ chemin historique ” de Compostelle. La plus grande fut sans conteste celle qui fut placée sur la tour de Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris* “ sur l’initiative de la Société des amis de saint Jacques ”. Elle faisait de l’endroit “ la première et la plus haute borne du chemin de Saint-Jacques ”, indiquant que des “ millions de pèlerins ” y avaient pris le départ pour la Galice, ce qu’aucun historien sérieux n’a jamais pu prouver. Depuis 1998, pratiquement chaque lieu reconnu comme Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* au titre des chemins de Compostelle a apposé sur le monument une plaque de marbre (ce n’est pas encore fait pour le dolmen du Lot) fixant pour jamais la “ vérité historique ” et authentifiant ses prétentions à attirer les pèlerins. Parfois est ajoutée une information locale, pas toujours historique, hélas…
Pleurer
Ce mot se retrouve souvent dans les récits* de pèlerins les moins factices. Même les baroudeurs les plus coriaces et les sportifs chevronnés n’échappent pas à des moments d’intense émotion souvent traduits par des larmes.
Plougastel-Daoulas
(Finistère, ar. Brest, c. Daoulas)
A Plougastel, tout passant atteint du syndrome* de Compostelle ne peut manquer de s’arrêter net devant la fontaine monumentale qui orne le centre de la ville : un personnage de bronze, doté de tous les attributs du pèlerin, domine une immense vasque en forme de coquille Saint-Jacques. Cette fontaine, intégrée dans l’aménagement d’une nouvelle place, a été construite en 1990, à la demande de la municipalité pour exprimer différents symboles de la vie locale. Elle a été réalisée par les sculpteurs Jacques et Juliette Damville. La vasque est en granit breton, sa forme est un hommage aux pêcheurs locaux. Le personnage en surplomb, “ l’Ymageur ” désigne le calvaire voisin en tendant une clef qui évoque saint Pierre, patron de la ville. Il symbolise les artistes et conteurs bretons qui ont construit les calvaires ou les retables et diffusé les légendes. Il porte dans sa besace un ensemble hétéroclite suggérant la fantaisie des contes. De sa bouche s’échappe la parole. Les coquilles qu’il porte sont à la fois symboles de son itinérance et hommage au saint patron du sculpteur. Moins de vingt ans après sa réalisation, l’histoire de cette fontaine est déformée : c’est une fontaine ancienne rénovée, dénommée “ fontaine Saint-Jacques ”, le sculpteur est un compagnon* du Tour de France, ancien pèlerin qui s’est représenté en pèlerin de Compostelle, la coquille symbolisant à l’évidence le pèlerinage… Il n’est pas encore dit que des milliers de pèlerins sont venus s’y rafraîchir … mais les éléments sont en place pour une légende* compostellane. Les faits sont autres : par une série de vrais miracles*, saint Jacques a aidé le couple d’artistes à gagner le concours et à garder confiance lors des difficultés, il lui a fait rencontrer l’entreprise Nédélec qui l’a assisté dans la recherche du bloc de granit, l’a mis en contact avec le sculpteur galicien José David et a mis son matériel à sa disposition, il a enfin permis que le bloc soit sculpté en trois semaines. Pour couronner le tout, il a suggéré au couple l’idée d’aller à pied à Compostelle remercier José David… et lui-même, ce qui fut fait en 1999. Après tout, la fontaine ne mériterait-elle pas de s’appeler fontaine Saint-Jacques ?
Pluie
Rares sont les pèlerins au long cours qui passent au travers de ses gouttes. Une cape de pluie, un sur-sac, des sacs en plastique pour protéger vêtements ou papiers à l’intérieur du sac* à dos sont les accessoires habituels de la lutte du pèlerin contre l’eau qui, insidieusement, parvient le plus souvent à se frayer un chemin jusqu’à l’épiderme le mieux protégé.
Podiebrad (Georges)
En 1465, Georges Podiebrad, roi de Bohême depuis 1458 et ancien chef du parti hussite fondateur de la nouvelle église tchèque, non encore admise par le pape, a conçu un projet de Cour européenne, indépendante du pape et de l’empereur, sorte de conseil des princes régnants pour régler les litiges réciproques et ceux de leurs voisins. Le roi Louis XI* devait être à la tête du conseil. Le projet principal était la lutte contre l’avance turque vers le monde chrétien. Le départ de Rozmital* s’inscrit dans la politique menée par Podiebrad.
Pochon
En plastique ils peuvent semer la colère et la zizanie* dans un gîte* quand un pèlerin plus matinal que les autres fait l’inspection de son sac à dos*. Ils sont néanmoins fort utiles en cas de marche prolongée sous la pluie* pour conserver vêtements et papiers au sec.
Poids
Le poids du sac* est avec la pente du chemin un des éléments qui rendent la marche plus pénible. Les sacs* modernes permettent fort heureusement de bien le répartir et d’en alléger la sensation. Il n’en reste pas moins que le corps doit s’habituer au port d’une charge. Elle devient progressivement une compagne, d’autant plus vite que l’on aura su débarrasser son sac de tout le superflu.
Points de rassemblement des pèlerins
On attribue au Guide* du pèlerin la définition de quatre points de rassemblement de pèlerins en partance pour Compostelle mais cette notion n’y figure pas. Il est simplement écrit que “ quatre chemins vont à Saint-Jacques ”, suivi de liste de noms de sanctuaires importants. Le Puy*, Tours*, Saint-Gilles*, Vézelay* étaient, certes, des lieux vers lesquels convergeaint de nombreux pèlerins. Ils s’y réunissaient non pas pour partir à Compostelle mais pour vénérer Notre-Dame, saint Martin, saint Gilles ou sainte Marie-Madeleine. La notion de rassemblement de pèlerins de Compostelle en ces lieux est née au XIXe siècle. Les récits de pèlerinages font parfois état de groupes de pèlerins, jamais très importants, ou alors des troupes qui accompagnaient les nobles personnages. Les seuls lieux où il y eut des rassemblements importants de pèlerins furent les ports (Calais ou la Rochelle*), où on les voit parfois attendre des bateaux en partance pour Compostelle, principalement lors des années saintes, à partir du XVe siècle. Au retour l’attente se fait à La Corogne.
Poitiers
(Vienne)
L’église Saint-Hilaire de Poitiers doit son inscription au Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* au fait qu’elle est mentionnée par le Guide* du pèlerin. Comme tous les autres sanctuaires de la grande Aquitaine cités dans ce manuscrit, le tombeau de saint Hilaire (premier évêque de la ville, au IVe siècle) était un but de pèlerinage très fréquenté, protégé par les puissants comtes de Poitou. Poitiers eut une aumônerie* Saint-Jacques, transformée en auberge, mais le patrimoine le plus intéressant est le “ Pas de saint Jacques ” à Buxerolles*, dans la banlieue proche. Un lycée privé catholique, créé en 1997, a choisi comme nom “ Saint-Jacques-de-Compostelle ” en référence à l’apôtre, aux “ chemins historiques ”, à l’Europe et à la métaphore du chemin que suivront les jeunes.
Politique
Pendant longtemps, les pouvoirs temporel et spirituel ont été liés. La défense de la foi chrétienne s’est souvent accompagnée de celle d’intérêts nationaux particuliers. Aussi ne faut-il pas s’étonner que les grands sanctuaires, lieux de pouvoir, aient été impliqués dans des alliances ou des conflits politiques ou militaires. Compostelle y a participé plus que beaucoup d’autres. Saint Jacques a parfois été enrôlé pour des combats politiques, sans même avoir besoin du costume du Matamore*. La déclaration de Jean-Paul II* en octobre 1982 sur les racines* chrétiennes de l’Europe avait une dimension politique évidente. De même, la définition des chemins de Compostelle comme Itinéraire* culturel européen fut un acte politique.
Poncifs
Le grand nombre d’écrits relatifs à Compostelle, récits* de pèlerins, pages personnelles sur Internet*, publicités de municipalités ou organismes qui se disent sur le chemin, numéros spéciaux de revues conduisent à la répétition inlassable de certains thèmes et idées. Ceux-ci sont nés pour partie au XIXe siècle lorsqu’a été édité le dernier Livre du Codex Calixtinus* et pour partie au milieu du XXe quand les études érudites sur Compostelle ont laissé place à la promotion de chemins de pèlerinage sur la base d’hypothèses non validées. Ainsi s’est constitué un fonds commun d’automatismes de pensée et de connaissances erronées dans lequel journalistes et pèlerins puisent sans le moindre esprit critique. Endiguer ces poncifs, largement colportés, est une œuvre de longue haleine à laquelle contribue ce dictionnaire.
Pont
Dans les légendes médiévales, le pont, trait d'union entre deux rives, apparaît comme un lieu hanté par les forces du Mal qui veulent empêcher la traversée : c’est sur le pont d’Orbigo que Suero de Quinones* organise son Pas d’Armes en l’honneur de saint Jacques. Certes, les ponts de pierre étaient rares et celui de Puente-la-Reina, construit au XIIe siècle, sur le Camino francés, fait figure d’exception. Les ponts de bois, à cause des dangers qu’ils présentaient, étaient pratiquement tous placés sous la protection d’un saint. Saint Jacques, patron* des bateliers et des marins, est souvent choisi. Il convient de rappeler que la dénomination Saint-Jacques ne signifie pas que le pont a été construit pour les pèlerins de Compostelle.
- Pont qui tremble
Nombreux sont les ponts du style “ pont-qui-tremble ” évoqués dans les chants* de pèlerins. Dès le XIVe siècle, les pèlerins d’Aurillac* chantent leur terreur au passage de l’Ebre. Les versions postérieures évoquent la même peur* un peu plus loin, sur le ruisseau Tablizo proche de la côte Cantabrique : “ Quand nous fûmes sur les ponceaux / Comme ils tremblèrent au passage qu'on fit ! Nous croyions mourir / Paix ! ah Paix ! Sauve les pèlerins, saint Jacques ! ”
- Ponts Saint-Jacques
Le toponyme* Saint-Jacques attribué à un pont se retrouve souvent aux alentours des quartiers Saint-Jacques, quand ceux-ci se trouvent proches d’une rivière. Certains ont disparu : l’église Saint-Jacques-des-ponts à Chinon qui gardait les ponts sur la Vienne, le pont Saint-Jacques sur la modeste rivière de Théols à Issoudun, le pont Saint-Jayme à Grenoble, le pont Saint-Jacques à Caen qui se trouvait sur un bras de l’Orne (entre la rue du pont Saint-Jacques et l’actuel théâtre). Mais il en reste, par exemple à Sanailly, à Saint-Jean-de-Luz le pont sur la Bidassoa, frontière entre deux pays. Dans les Pyrénées-Orientales, à Conflent, c’est l’hôpital Saint-Jacques-du-Pont qui gardait les rives de la Têt (il est maintenant dédié à la Vierge). Et à Taillebourg, la longue jetée qui enjambe les prairies inondables de la Charente porte aussi le nom de “ chaussée Saint-James ”. Clermont-Ferrand a même donné le nom Saint-Jacques à un pont moderne.
- Ponte Maceira
En Galice, près de Negreira. Le pont qui s’est effondré sous les légionnaires romains à la poursuite des disciples de saint Jacques.
- Ponte San Giacomo
En Sicile un “ pont Saint-Jacques ” concentre la symbolique du pont et celle de passeur* des âmes que l’on prête à saint Jacques. Il est comparé tantôt à la Voie* Lactée, tantôt à l’escalier qui y conduit. Il est le point de passage entre le monde des morts et celui des vivants. Les croyances populaires rejoignent la littérature chevaleresque en jetant un pont périlleux que seule une âme pure peut traverser sans tomber dans l’abîme. Ce passage est facilité par saint Jacques.
- Le passage des morts
A partir de cette croyance, les paysans de Sicile ont mis au point un rituel de la mort très élaboré, qui assimile la Voie* Lactée à un pont* Saint-Jacques. Dans la chambre mortuaire, le mort, dont les pieds ont été liés, est veillé par les proches qui se lamentent. Son âme est encore dans la pièce ; elle y restera jusqu’à ce que, à minuit, la procession des morts vienne le chercher pour franchir le Ponte San Giacomo (pont Saint-Jacques), un pont symbolique aussi étroit qu’un cheveu tendu au-dessus de l’abîme, aussi tranchant que le fil d’une épée. L’heure est annoncée par un craquement. On fait silence, on délie les pieds du mort et on le laisse seul. Son âme ne sera en sécurité que lorsqu’elle aura franchi ce pont d’étoiles, grâce à l’aide de saint Jacques. Seule une âme pure peut effectuer facilement ce trajet, mais en blessant ses pieds sur le fil des lames. Les habitants de Modica* effectuent, de leur vivant, un pèlerinage un peu comparable, afin de faciliter ce voyage post-mortem.
Porche (architecture)
Un porche, ou narthex, est un vestibule encadré de deux portails*, l’un vers l’extérieur de l’édifice, l’autre vers l’intérieur.
Porche de la Gloire
A Compostelle, le porche de la Gloire est celui de la cathédrale* du XIIe siècle, un des plus grands chefs d’œuvre de la sculpture médiévale. Achevé en 1188, il a été réalisé par le maître Mathieu (Mateo) qui, selon une légende, aurait auparavant construit le célèbre escalier à vis de Saint-Gilles* du Gard. Son portail* intérieur, a été protégé des intempéries ce qui lui vaut son bon état de conservation. Mais des experts constatent qu’il a souffert davantage de la fréquentation des visiteurs durant la seconde moitié du XXe siècle que durant tous les siècles antérieurs. Le tympan* présente le Christ glorieux, entouré des évangélistes et de personnages inspirés de l’Apocalypse*. L’attention des pèlerins est surtout attirée par la statue de saint Jacques assis en partie haute du meneau*. La main gauche appuyée sur un tau, il tient de la droite une tablette portant l’inscription misil me Dominus (le Seigneur m’a envoyé). Sous cette statue, un arbre de Jessé*, étape importante de la gestuelle* des pèlerins contemporains.
Portage
L’accroissement du nombre de pèlerins et de marcheurs sur les chemins de randonnée et de pèlerinage a conduit au développement de nouveaux commerces* parmi lesquels le portage des sacs et bagages permettant une marche plus aisée. Ces services offrent la possibilité de parcourir les chemins à des personnes qui ne pourraient pas porter un sac à dos* sur de longues distances. Cette pratique choque parfois certains pèlerins qui trouvent qu’elle dénature l’esprit* du pèlerinage. Ainsi peut-on trouver sur un forum d’Internet le débat suivant : “ qui est le vrai pèlerin ? Celui qui marche sur la route en portant son sac ou celui qui suit les sentiers dits historiques en le faisant transporter ? ”
Portail (architecture)
Porte monumentale d’un édifice. Son ouverture, généralement rectangulaire, est limitée à la partie supérieure par le linteau, qui supporte le tympan. Elle est flanquée latéralement d’un ou plusieurs rangs de colonnettes qui supportent les voussures. Elle est souvent partagée en deux par une colonne verticale, le trumeau. Ses éléments servent de support à l’iconographie*.
Porte Saint-Jacques
De nombreuses cités médiévales ont eu des portes Saint-Jacques, souvent quand elles ouvraient sur un quartier ou un faubourg du même nom. Parmi elles, quelques exemples : Douai, Issoudun, La Châtre, Le Puy, Paris. Elles ont pratiquement toutes disparu lors des démolitions des fortifications. Parthenay* et Brioux-sur-Boutonne ont gardé la leur.
Porte sainte
Construite lors des remaniements de la cathédrale* de Compostelle effectués au XVIIe siècle, cette porte donne sur la place de la Quintana. Elle n’est ouverte que pendant les années* saintes, selon une coutume qui est la même que celle de Saint-Pierre de Rome. L’ouverture solennelle se fait le 31 décembre, veille du début de l’année sainte à la fin de laquelle la porte est murée. Le passage par la Porte sainte en ces années de grâces particulières revêt un caractère symbolique et tous les pèlerins* s’y pressent. Elle est l’image de la porte des cieux. L’entrée est surmontée de trois statues de pèlerins représentant saint Jacques et ses disciples, Athanase* et Théodore* (voir gestuelle).
Postulat (de Compostelle)
En mathématiques, un postulat est une affirmation indémontrable à partir de laquelle se développe une démonstration. S’agissant de Compostelle ce postulat affirme qu’il y a eu des “ millions* de pèlerins ” pendant la période médiévale. C’est sur cette base que se sont développées toutes les recherches relatives aux chemins, aux indices de passages de ces pèlerins et au patrimoine. Ce postulat contient une part de vérité : il y a bien eu des millions* de pèlerins sur les routes médiévales mais tous n’allaient pas à Compostelle.
Pouldavid-sur-mer
(Finistère, comm. Douarnenez)
Dans l’église Saint-Jacques, une statue de l’apôtre (XVIIe siècle) ne laisse pas d’intriguer. Elle est dite “ saint Jacques* de Turquie ” et est surmontée d’une fourche métallique et de deux fers enserrant les chevilles des captifs, l'un ouvert et l'autre fermé. Ces trois objets sont suspendus à de grosses chaînes. Une tradition locale affirmait encore, au début du XXe siècle, qu’ils étaient “ les instruments avec lesquels l’apôtre avait été martyrisé ”. Elle fait écho à une imagerie grecque qui représente parfois ce martyre comme un égorgement obtenu en perçant la veine jugulaire. Pour ce faire, on utilisait une fourche qui servait à suspendre les condamnés par le cou. Est-il possible que des marins bretons aient rapporté cette tradition de leurs voyages ? En Bretagne, on retrouve ce saint Jacques* “ de Turquie ” à Locquirec* et dans la chanson de Yann Derrien*.
Pouvoirs de saint Jacques
Comme tous les autres saints, saint Jacques n’est pas spécialisé dans une guérison. Ses pouvoirs sont évoqués dans l’Epître et dans les Actes de Jacques, et longuement énumérés dans le Livre I duCodex . “ Aux malades il accorde leur ancienne santé, aux enchaînés la liberté, aux stériles la fécondité, aux parturientes la libération, aux marins en danger le salut du port, aux pèlerins le retour dans leur patrie, aux nécessiteux de quoi se nourrir, aux agonisants souvent la vie, à tous les démunis le soulagement ; il rompt rapidement les chaînes, ouvre promptement les prisons, il réduit la surabondance des pluies, apporte la sérénités des nues, réduit le souffle des vents, modère le déchaînement des incendies maléfiques, réfrène les larrons, les voleurs et les escrocs, il apaise les colères et les intrigues, il fournit la tranquillité ”. La légende de la conversion d’Hermogène*, très répandue dans toute l’Europe, met ces paroles dans la bouche d’un disciple : “ Je l’ai vu chasser les démons des corps possédés, rendre la lumière aux aveugles, guérir les lépreux. Quelques-uns de mes grands amis m’ont même assuré qu’ils l’ont vu ressusciter des morts ”. En vertu de ce pouvoir qu’il a de protéger du diable, qui rôde partout, il est devenu patron* des pèlerins et des marchands (métiers de la restauration, merciers, chapeliers), patron* des bateliers et des marins, thaumaturge* (patron des pharmaciens et des droguistes ; invoqué contre la coqueluche dans la chapelle Saint-Gohard à Holque dans le Nord ou les fièvres à Fontaine-les-Ribouts) et passeur* des âmes. Moins connu dans ce rôle, saint Jacques est parfois patron des jardiniers, sans doute à cause de cette phrase de l’Epître : “ le cultivateur attend le fruit précieux de la terre… Elie pria avec ferveur pour qu'il ne plût pas, et il ne plut pas pendant trois ans ; puis il pria de nouveau, le ciel donna de la pluie, la terre produisit son fruit ”. Au XVe siècle, à Paris et à Nevers, on prie saint Jacques “ pour le disposition du temps et les biens et fruits de la terre, à Aire-sur-la-Lys au XVIe siècle, le jour de la Saint Jacques on bénissait des pommes dont on faisait un collier autour de la statue et les portefaix distribuaient le reste dans la foule et, à Paris, une confrérie de jardiniers avait choisi saint Jacques et saint Christophe* pour patron. A Fontainebleau au XVIIe siècle, le 25 juilllet, la confrérie Saint-Jacques faisait bénir une corbeille des nouveaux fruits. D’où, sans aucun doute, tous les sanctuaires* où venir prier saint Jacques, les invocations lors des épidémies de peste* ou les résurrections* qu’on lui attribue.
- L’assistance aux condamnés
A l’heure de la mort des criminels, certains des mots de l’Epître* de Jacques prennent une singulière résonance : “ Vous vous êtes repus au jour de la tuerie ”. Mais elle rappelle aussi qu’ “ un seul est législateur et juge. Qui es-tu, toi, pour juger le prochain ? ”. C’est ainsi que les condamnés espèrent en saint Jacques, jusqu’au bout, pour obtenir grâce ou tout au moins être accueillis au Ciel. Le cartulaire de la cathédrale de Strasbourg rapporte qu’en 1365 on présentait l’hostie aux condamnés sur l’autel Saint-Jacques de la chapelle de la Croix-des-Etrangers. Et le terrible Gilles de Rais au moment de mourir, en octobre 1440 invoqua saint Jacques avant saint Michel.
PQ
Le papier hygiénique doit être enfoui après usage dans la nature. A ne pas voler par rouleau entier dans les maisons d’hôte ou les gîtes.
PR
Abréviation désignant un chemin de Petite Randonnée. Il arrive que des itinéraires* vers Compostelle empruntent des portions de PR. Voir GR
Prédication de saint Jacques en Espagne
Jusqu'au VIIIe siècle, aucun des Pères de l’Eglise espagnole ne revendique de tradition apostolique à propos de la venue de saint Jacques en Espagne. Au VIIe siècle, un abbé britannique déclare que saint Jacques “ convertit le premier les Espagnols à la foi ”. Espagnols ou Irlandais ? En effet, Irlande et Espagne sont désignées indifféremment par les noms de “ Hibernis ”, ou “ Iberis ”. Selon les Anciens, ces terres apparaissent comme très voisines l'une de l'autre, peuplées par les Hébères, venus d'Egypte et installés ensuite en bordure de la mer Noire dans un pays appelé “ Hébérie ”, ou “ Ibérie ”, ou “ Hispanie ”. Ce souvenir est long à s'effacer : à la fin du Moyen Age, les Chronicles of Scotland affirment encore que Compostelle doit sa fondation aux Scots, du nom de Scota, fille de Pharaon dont le fils Yber était arrivé en Occident. Ce n'est qu'au tout début du XIIe siècle qu'un récit provenant de Saint-Martial de Limoges et de l'abbaye de Gembloux, sans grands détails, repris par leCodex (Livre I, chap. 1) dit que Jacques “ divulga le nom du Seigneur jusqu'en Galice ”. Le Livre des miracles (Livre II, prologue) parle des neuf disciples que Jacques avait faits en Galice “ lorsqu'il y vivait ”. LeCodex (Livre I, chap. XVII) réfute la légende selon laquelle saint Jacques “ serait venu de Jérusalem, assis sur un rocher, traversant les vagues de la mer sans radeau pour accomplir sa mission ”. D'autres développements de la légende sont plus tardifs : saint Jacques aurait débarqué en Andalousie où il aurait prêché, entre autres à Grenade (des faux* ont été découverts au couvent de Sacromonte), il aurait continué à Saragosse où la Vierge* lui serait apparue, puis à Coïmbra et Braga, puis Iria* Flavia où les légendes se font plus précises. Une légende arménienne s'en fait l'écho : “ … le saint apôtre Jacques, frère de Jean, s’en alla vers le lointain pays d’Espagne, selon ce qu’avait désigné pour lui le sort. Entré dans la province, il circulait par régions et par bourgs, prêchait l’évangile… Mais ce peuple barbare, impie et inique, ne fit nul accueil au bienheureux apôtre Jacques ; il n’écouta pas son enseignement mais l’expulsa et le chassa de leurs régions. Une femme pourtant crut au Christ et fut baptisée… elle était douce et bienveillante, et elle servait le saint apôtre Jacques et pourvoyait à ses besoins de ses biens… Jacques projeta de retourner à Jérusalem ; il souhaitait revoir les saints lieux où étaient passés le Christ, le bienheureuse Vierge Marie, son frère Jean et Jacques frère du Seigneur… La femme de haute naissance dit “ je te suivrai à Jérusalem ”. Elle désirait voir la sainte Vierge et tous les saints lieux où était passé le Christ… ” Au XVe siècle Léon de Rozmital* situe plus précisément le séjour malheureux de saint Jacques à Padron* et Sébastien Ilsung* rapporte l'arrivée de la Vierge à Notre-Dame de la Barca*. Saint Jacques, découragé, serait rentré à Jérusalem où il subit le martyre. Se développent ensuite toutes les légendes autour du devenir de sa dépouille. Son tombeau* se retrouve à Jérusalem, à Compostelle*, à Vérone, à Echirolles*, à Angers*...
Prelles
(Hautes-Alpes, ar. Briançon, c. Saint-Martin-de-Queyrières)
Voir Pendu-dépendu.
Préparation
Comme toute entreprise sortant de l’ordinaire, une marche vers Compostelle demande un minimum de préparation. Mais inutile de prévoir toutes les étapes jusqu’à l’arrivée ni de faire le trajet en voiture l’année pécédente. Il existe une multitude de guides* et de sites Internet* qui donnent des indications pratiques. Les associations* de pèlerins peuvent aussi apporter leur aide. La préparation à la marche* ne nécessite pas un programme d’entraînement* de type commando comme le proposent certaines associations*.
Prêtres
Voir curé
Priscillien
Priscillien est né en Espagne vers 340. Ses études le mirent en relation avec le milieu intellectuel aquitain, épris d’ascétisme. Il développe un idéal de sainteté appuyé sur des livres que certains évêques considéraient comme apocryphes. Elu évêque d’Avila par ses fidèles, Priscillien encourut les foudres de ses ennemis, lesquels le dénoncent et le font condamner à Trèves par l’empereur Maxime, un tyran d’origine espagnole. Lui et six de ses disciples furent décapités vers 385. Quelques années plus tard, les corps furent ramenés par voie maritime en Espagne. A la même époque, Sulpice Sévère dans sa Chronique (II, 51, 78) écrit : “ Après la mort de Priscillien, l’hérésie se répandit en Galice* ; ce fut peut-être dans cette région que furent ramenés les corps des suppliciés ”. Il est exact que ces martyrs furent honorés en Galice et uniquement en Galice. Une tradition constante, encore vivante aujourd’hui, veut que Priscillien ait été inhumé à Compostelle, avant d’être supplanté par saint Jacques. L’apôtre aurait alors joué un rôle auquel il était prédestiné en vertu de son nom dérivé de Jacob qui, en hébreu, signifie “ Supplanteur ”. Une hypothèse séduisante vient étayer cette tradition : la translation* de saint Jacques est racontée au IXe siècle dans une lettre attribuée au pape Léon le Grand (440-461) auteur incontesté d’une lettre commentant l’hérésie priscillienne. Ce récit introduit deux noms de lieux inconnus jusqu’alors, Bisria et mons Ilicinus qui forment sans effort l’anagramme de Priscillianus : B(p)isria et (mons) Ilicinus. L’arrivée de saint Jacques aurait symboliquement effacé l’implantation locale du nom de Priscillien en le remplaçant par ces deux nouveaux noms.
Prière
En pèlerinage, on prie avec ses pieds disent les marcheurs (avec son cul disait René de La Coste-Messelière*, grand cavalier). Mais beaucoup de pèlerins, quand bien même ils ne sont pas partis par dévotion, se plaisent à trouver sur le chemin d’autres moments de prière ou de recueillement. Il en est ainsi au Puy*, à la bénédiction des pèlerins proposée chaque matin à la cathédrale, à Roncevaux*, à Conques* et dans les monastères ou paroisses qui accueillent les pèlerins. Les stèles, croix, chapelles et églises qui jalonnent le chemin offrent aussi de nombreuses occasions de prière ou simplement de mémoire. L’émerveillement devant les beautés de la nature, le souvenir des êtres chers et les fortes émotions* sont aussi génératrices d’attitudes qui peuvent conduire à la prière.
Priez pour nous à Compostelle
Paru en 1978, ce livre n’est pas une simple relation du pèlerinage accompli par deux journalistes, Pierre Barret* et Jean-Noël Gurgand* en 1977. Il est aussi un reportage sur quelques pèlerins qui les ont précédés dont ils ont retrouvé et publié des extraits des témoignages écrits grâce à leur coopération avec la Société* des amis de saint Jacques. Ce livre a fortement contribué au développement contemporain du pèlerinage. Il reste d’un très grand intérêt même si certaines hypothèses historiques sur lesquelles il s’appuie sont caduques. La quatrième de couverture a malheureusement introduit dans le public des clichés qui sont devenus des poncifs*. Leurs confrères journalistes se sentent obligés de les reprendre dans tout article sur Compostelle pour ne pas déplaire à leurs lecteurs qui s’y sont habitués.
Priorité
Les gîtes* pour pèlerins sont réservés en priorité à ceux qui effectuent le pèlerinage à pied. Mais il arrive que soient accueillis des cyclistes, voire des automobilistes ce qui peut être source de tensions surtout dans les gîtes en Espagne aux moments de forte affluence. La définition des priorités donne parfois lieu à de vives tensions entre pèlerins, ou en entre pèlerins et hospitaliers*. L’esprit* du chemin aide en principe à les résoudre.
Prix-pèlerin
Prix réduit généralement accepté, voire réclamé, pour les repas et hébergements par ceux qui, refusant la dimension religieuse du mot pèlerin, n’en refusent pas pour autant les avantages économiques et réduisent ainsi le budget* de leur voyage.
Processions
Le rituel de la procession est très répandu au Moyen Age. Ces cérémonies ont souvent lieu à dates fixes, jours de fêtes des saints patrons ou jours de commémoration d’un événement. D’autres ont lieu ponctuellement, le jour de l’entrée d’un roi ou d’un prince (voir fêtes) ou, pendant des époques de guerres ou d’épidémies (voir thaumaturge), pour demander à Dieu* et à tous les saints la fin des calamités.
- Les processions annuelles des confréries Saint-Jacques
La veille de la fête, une première procession apporte les insignes de la confrérie, gardées par le bâtonnier, avec torches et bannières. Le jour, une seconde procession se déroule, après la messe, à travers toute la ville, selon un trajet immuable. En tête, le porte-enseigne suivi du bâtonnier chargé du bâton de la confrérie. Vient ensuite le porteur de bannière puis le maître tenant la masse de bois doré. Les confrères suivent, porteurs chacun d’un cierge. Partout les prêtres “ chantent les répons accoutumés et les oraisons ”, suivis par les voix des fidèles. Lorsque la confrérie est plus riche elle engage comme à Auxerre en 1526, des maîtres-joueurs d'instruments qui accompagnent les cérémonies “ la veille à vêpres ” et le jour “ la messe et vêpres ” ainsi que la procession. Ils donnent aussi “ aubades et réveils ” ! A Chalon également en 1526, des ménestrels sont payés pour jouer la veille et le jour de la fête. A Angers, en 1542, les confrères fondent “ la psalette à la fête de Monseigneur saint Jacques pour chanter vêpres, la procession et la messe ”. Le gazetier Jean Loret rapporte avec humour la procession de la confrérie de Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris de 1660, embellie du fait de la paix nouvelle faite avec l'Espagne. Son récit n’est pas sans rappeler les excès dénoncés au siècle précédent lors des fêtes* : “... Quelques uns d’eux portaient des gourdes/Ou barillets à garder vin/D’argent massif du plus fin/Certains avaient des aubes blanches/Et de beaux rubans à leurs manches/De fleurs ils étaient couronnés/Et leurs bourdons étaient ornés/De tant d’émail et de dorures/Et de diverses enrichissures/Que, par ma foi, le sceptre des rois/A moins d’ornements quelquefois/Ils marchaient en belle ordonnance/Montrant plus de réjouissances/Qu’ils n’en avaient jamais montré/Et tout pour l’amour de la Paix/Qui ce dévot pèlerinage/Facilite bien davantage/Même, on m’avait dit que ce jour-là/A cause et raison de cela/De Dieu la grâce ils exaltèrent/Mieux que jamais ils banquetèrent/Et non seulement les deux Rois/Burent les santés bien des fois/Vidant des tasses toutes pleines/Mais celles mêmement des Reines/Et de leurs Ministres aussi ”. En 1677 un abbé normand s'émerveille de ce qu'il a vu à Moulins : “ Il y a quatre ans que je me trouvais à Moulins où les Pèlerins de Saint-Jacques en Galice firent leur procession le jour de la fête de ce saint, qui ne me semble pas moins belle que celle que l’on fait à Paris en la même fête … ”
- Les confréries Saint-Jacques dans les processions urbaines
Ayant sa place dans la cité, la confrérie est présente bien visiblement les jours de processions solennelles. A Montpellier, les confrères sont présents per toutas las IIII festas de Nostra Dama sancta Maria soit à la Purification le 2 février, l'Annonciation le 25 mars, l'Assomption le 15 août, la Nativité le 8 septembre. A Lisieux ils sont conviés le jour de la Purification (2 fév.). Le rang occupé par chaque confrérie indique clairement le rang dans la hiérarchie sociale, ce qui n'est pas sans poser souvent problème. A Bourges, “ le jour de la feste-Dieu à la procession ” les confrères de la confrérie Saint-Jacques doivent marcher dans l’ordre du rang attribué “ par messieurs de la justice ”, preuve indiscutable de conflits antérieurs réglés par l'échevinage.
Procuration (pèlerin par)
Un pèlerin par procuration est une personne qui effectue un pèlerinage pour le compte d’une autre personne, cette personne ayant, ou non, fait vœu* d’accomplir elle-même le pèlerinage. Cette pratique se perçoit, discrète, au début du XIIe siècle. Elle commence par les femmes, la reine Blanche de Castille tout d’abord, la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel, suivie par deux autres grandes dames, Mahaut d’Artois et Jeanne de Bretagne. Tout se passe comme si leur rang ne leur permettait pas de partir pour un aussi long voyage. Quant aux rois de France, hormis Louis VII* qui est allé à Compostelle, aucun ne s’est déplacé pour accomplir ce grand pèlerinage (le pèlerinage de Saint Louis est à mettre au rang de la légende). En revanche, ils envoient souvent des pèlerins mais dans un cadre qui ajoute clairement la diplomatie à la dévotion. Louis XI* par exemple, qui a témoigné d’une grande dévotion à saint Jacques, en envoie plusieurs fois à sa place. Ces pèlerins de la noblesse sont parfois des religieux (la comtesse de Savoie), ou un grand serviteur (le sommelier de Blanche de Castille ou un chevalier de l’entourage de Charles V) ou un fournisseur voyageant pour ses affaires (le pelletier de Mahaut d’Artois). Parfois aussi ce sont de pauvres gens qui gagnent ainsi leur vie. Ils sont payés et matérialisent le personnage qu’ils représentent par une offrande*. En 1943, c’est l’ambassadeur de France en Espagne qui a porté à Compostelle le ciboire* offert par le maréchal Pétain*.
Protévangile de Jacques
Evangile apocryphe* écrit en grec au IIe siècle. Il est pratiquement le seul à développer l'enfance de Marie et, par suite, il est à l'origine de plusieurs fêtes liturgiques mariales. Il a inspiré de nombreuses oeuvres d'art dans les premiers siècles de l'Eglise. On peut lui rattacher les liens que l'on retrouve entre saint Jacques et la Vierge*.
Pseudo-Turpin
Voir Chronique de Turpin
Publicité
La forte médiatisation du pèlerinage à Compostelle a fait que ce nom et les chemins sont devenus un bon vecteur publicitaire. L’observateur attentif constate combien ils sont “ mis à toutes les sauces ”. Tel pèlerin marche sur le chemin de Compostelle pour défendre ou faire connaître une cause, un groupe de chanteurs se produit sur le chemin, on y joue une pièce de théâtre …. Compostelle dans le titre d’un livre augmente les chances de ventes. Les communes qui ont réussi à obtenir le label du Patrimoine Mondial* ne manquent pas de faire des dépenses dont elles espèrent des retombées touristiques (signalétique*, art*, clous*,...). Les autres se demandent comment faire pour “ être sur un chemin, si possible historique ”. Et à l’inverse l’afflux de marcheurs sur les chemins en fait d’excellents lieux pour des publicités qui dépassent les petites pancartes informatives qu’il était bien bon de trouver après quelques heures de solitude.
Puy (Le) en Velay
(Haute-Loire)
Bartolomeo Fontana* en revenant de Compostelle en 1539 parle du Puy en ces terme