| Rabastens
(Tarn, ar. Albi)
Rabastens conserve un très riche patrimoine jacquaire, patrimoine
architectural, pictural et manuscrit qui permet de restituer en partie
d’anciennes dévotions à saint Jacques. La ville a
eu un lien privilégié avec Compostelle du fait de l’amitié
entre un prieur de Notre-Dame du Bourg et Béranger* de Landore,
archevêque de Compostelle au début du XIVe siècle.
Mais la ville a sans doute porté une grande dévotion à
saint Jacques à cause de la proximité du corps de saint
Jacques à Toulouse, la présence d’un couvent de Cordeliers
ayant choisi saint Jacques comme patron, l’eau du Tarn, avec ses
riverains inquiets des inondations, ses mariniers et ses meuniers.
Racines
C’est depuis Compostelle que le pape Jean-Paul II* a lancé
son appel à l’Europe pour qu’elle retrouve ses racines
chrétiennes.
Radio camino
Sur le Camino francés, les nouvelles, vraies ou fausses, se transmettent
rapidement entre pèlerins et par les hospitaliers*. Des messages
placés à des endroits stratégiques ou en travers
du chemin sont également utilisés. C’est un élément
de la convivialité du chemin.
Rassemblement
Voir “ points de rassemblement des pèlerins ”
Raymond de Bourgogne
Voir Bourguignons en Galice.
Récidivistes
Nom donné aux pèlerins qui refont plusieurs fois le pèlerinage,
en reprenant le même itinéraire ou le plus fréquemment
en parcourant un itinéraire différent. Cette pratique a
contribué au développement de nouveaux chemins ou à
l’utilisation comme chemins de Compostelle d’anciens itinéraires
comme la Via* de la Plata. Il existe d’autres formes de poursuite
de la démarche pèlerine, dans l’hospitalité*,
dans l’étude ou simplement dans les dispositions de la vie
courante.
Récits de pèlerinages
Les récits des pèlerins des siècles passés
s’apparentent à la littérature de voyage et ont une
valeur documentaire indéniable. Ils sont les seules sources fiables
permettant de tracer de réels itinéraires historiques. Sans
compter les sites personnels sur Internet, les dix dernières années
du XXe siècle ont vu la publication de plus de journaux* de pèlerins
que les dix siècles précédents. Cette abondante littérature,
facilitée par les moyens modernes d’édition, montre
l’impact émotionnel du pèlerinage à Compostelle.
La qualité en est extrêmement variable. A côtés
de quelques témoignages d’une grande humanité et d’expériences
originales figurent des récits insipides dont les auteurs semblent
reproduire les expériences lues avant leur départ. De plus
en plus de récits sont accompagnés de dessins ou d’aquarelles
de l’auteur, autre façon de communiquer une expérience
qui a marqué très profondément. Lorsqu’ils
abordent l’histoire, la plupart de ces récits reprennent,
amplifient et déforment les hypothèses des chercheurs des
années 1950-1980, les transformant progressivement en certitudes.
Joseph Folliet écrivit après la seconde guerre mondiale
que “ les prisonniers qui écrivaient le plus complaisamment
étaient souvent ceux qui étaient restés en prison
le moins longtemps ”. Cette observation pourrait être transposée
à bien des récits de pèlerins. 
Recommandation
Voir lettres de recommandation
Reconquista
Période de l’histoire espagnole pendant laquelle les chrétiens
ont reconquis les régions envahies par les Sarrasins* depuis 711.
Elle débuta en 722 par la victoire de Covadonga et ne s’acheva
qu’en 1492 par la prise de Grenade par les Rois* catholiques Isabelle
de Castille et Ferdinand d’Aragon. Elle a été marquée
par une longue suite de victoires et d’échecs et par des
luttes internes de chacun des deux camps dont certains chefs n’hésitaient
pas à contracter des alliances temporaires avec l’ennemi
pour établir leur suprématie personnelle. La prise de Tolède,
ancienne capitale wisigothique, par Alphonse VI* en 1085 eut un grand
retentissement. Cette victoire ouvrit la porte au repeuplement du Nord
de l’Espagne tant par des populations venant des territoires reconquis
que par des “ Francs ” venus à la suite des chevaliers.
En effet, à plusieurs reprises les papes appelèrent à
la croisade contre les infidèles. Ainsi des chevaliers français
participèrent, en 1212, à la victoire à Las Navas
de Tolosa, remportée par Alphonse VIII* de Castille, allié
aux rois de Navarre et d’Aragon qui refoula les Sarrasins en Andalousie.
Réglementation des pèlerinages
La circulation des pèlerins a parfois été prétexte
à des passages de frontières ne convenant pas forcément
aux autorités. En 1579, le roi de Castille se méfie des
pèlerins français qui, sous couvert d’un pèlerinage
à Santiago, vont aider les Portugais révoltés, certains
marchant avec “ drapeau et tambour ”. En 1648, les pèlerins
français sont refoulés aux frontières par l’Espagne,
au moment d’une recrudescence de la guerre de Trente Ans. Aux XVIIe
et XVIIIe siècles, le roi de France prend des mesures variables
en fonction des relations politiques entre les deux pays. En 1665, Louis
XIV exige des “ passe-ports ” pour quitter la France “
sous prétexte de pèlerinage ”. En 1671 et 1686, il
renouvelle cette obligation de “ certificat ” pour éviter
à la fois le vagabondage sous l’étiquette “
pèlerin ” et la gêne pour les gens de “ bonnes
intentions ”. De plus, l’autorisation de l’évêque
est requise. En 1717, une Ordonnance du Régent Philippe d’Orléans
interdit totalement les pèlerinages et l’octroi d’autorisations
: les frontières sont fermées à tous, la France vient
de signer la Triple Alliance contre l’Espagne. On craint d’une
part les déserteurs, d’autre part les enrôlements forcés.
Dès 1721 cette interdiction est rapportée, sans doute lors
d’un renversement d’alliance, France et Espagne retrouvant
des intérêts communs. En 1738 et dans les années suivantes,
le roi Louis XV reprend le texte des restrictions de 1686 qu’il
diffuse abondamment en le faisant réimprimer dans les grandes villes.
Ces textes ont parfois été mal interprétés
par les officiers de police qui les amalgamaient aux restrictions applicables
aux vagabonds et ont été à l’origine d’arrestations
illégales de pèlerins. De fait, des procès-verbaux
d’interrogatoires laissent à penser que, pour certains de
ces pèlerins, la distinction s’avérait délicate. 
Reillanne
(Alpes-de-Haute-Provence, ar. Forcalquier, ch.l.c.)
Depuis le 25 juillet 2003, un couvercle de tombeau* sert de devant d’autel,
dans l’église Notre-Dame de l’Assomption. Datable du
XIIe siècle, il est en pierre, rectangulaire et percé en
son centre de quatre ouvertures circulaires organisées autour d’une
main ouverte. De part et d’autre, deux personnages en pied, saint
Jacques à gauche et saint Martin à droite. Il est vraisemblable
que ce tombeau a abrité, sinon des corps, tout au moins des reliques*
insignes de chacun de ces deux saints. Il devait être vénéré
dans la chapelle Saint-Jacques et Saint-Martin, aujourd’hui disparue,
située au Sud-Ouest du village. La main du couvercle invitait les
pèlerins à passer leurs bras dans les trous pour toucher
les reliques. Si, comme on peut le supposer, le tombeau était surélevé,
les malades pouvaient se coucher dessous pour s’y imprégner
des bienfaits des reliques. Il s’agit là du vestige d’un
sanctuaire* local qui a sans doute eu sa vie propre, sans lien spécifique
avec Compostelle, mais dont la présence peut inciter à placer
le village sur l’un des chemins proposés aux pèlerins
d’aujourd’hui.
Reims
(Marne)
Dans le quartier* Saint-Jacques, l’église Saint-Jacques se
trouve difficilement car elle a gardé son imbrication toute médiévale
dans un pâté de maisons, dans un passage étroit. Après
Saint-Rémi elle est la plus ancienne église de la ville.
De la fin du XIIe siècle où elle fut construite restent
les parties basses de la nef (mal restaurées). On doit sa construction
à l’archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains, et, dit-on,
à l’oreille délicate : gêné par le bruit
que faisaient les charpentiers, tonneliers ou charrons, il leur donna
des terrains où s’établir, derrière les remparts.
Un petit bourg s’est constitué. Il fallut une église.
Et ce fut Saint-Jacques-le-Joutier, la joute (aujourd’hui bette)
étant une plante potagère fort répandue dans le secteur.
Car il y avait encore beaucoup de jardiniers parmi les habitants du quartier
proche de la Vesle. Que saint Jacques soit leur patron* n’est pas
pour étonner.
Religion
Compostelle est un sanctuaire* catholique mais beaucoup de ceux qui empruntent
les chemins de Saint-Jacques ne font pas de cette démarche un acte
de pratique ecclésiale. Par contre certains pèlerins donnent
aux liens créés par les rencontres* du chemin une dimension
religieuse qu’ils ne trouvent pas dans la fréquentation des
églises.
Reliquaires
Les reliquaires sont des coffrets destinés à la conservation
des reliques d’un saint. Les premiers modèles, en bois ou
en plomb, s’apparentaient plutôt à des coffrets. Ils
peuvent être en forme d’église, de tombe, de quadrilobe
(à rapprocher de la monstrance), de bourdon, de tour, chefs-d’œuvres
d’orfèvrerie ou d’ébénisterie mais aussi
objets modestes. Ils sont parfois interchangeables. A partir du XIVe siècle
apparaissent des reliquaires morphologiques, ce qui facilite l’identification
: le saint est en évêque, en apôtre ou en pèlerin.
Le nimbe ne survit pas au Moyen Age, sans doute trop encombrant et difficile
à faire cohabiter avec le chapeau. De nombreux reliquaires ont
été détruits en masse par les Protestants, puis par
les révolutionnaires. Le XVIIe siècle puis le XIXe siècle
en ont fabriqué beaucoup, puis le concile* de Vatican II les a
relégués en masse dans les greniers.
Reliques
En vertu du texte selon lequel saint Jacques* est allé évangéliser
l’Occident, d’autres lieux que Compostelle ont prétendu
abriter son tombeau* (Angers*, Echirolles*, Toulouse*), des fragments
de sa tête conservés dans des bustes-reliquaires* ou des
reliques partielles du saint dont les reliquaires* faisaient partie des
objets* du culte indispensables aux fidèles. Ces reliques de saint
Jacques ont été souvent vénérées dans
des sanctuaires* locaux qui généraient des pèlerinages
de proximité. En effet, la mentalité médiévale
s’accommodait fort bien de la multiplicité des reliques tant
elle répondait à un besoin, la trop lointaine Compostelle
ne pouvant pas être le lieu unique où implorer l’intercession*
de saint Jacques. D'autres reliques ont appartenu à des collections
rassemblées par des églises ou des abbayes (Léon
de Rozmital*, à l'abbaye de Saumur, voit ainsi le chef* de saint
Jacques). D’autres enfin ont appartenu à de grands seigneurs
et ont simplement servi aux prières privées dans des chapelles
de châteaux, là où la prière était plus
individuelle (A Bourges*, dans sa Sainte-Chapelle, le duc de Berry avait
ainsi un buste-reliquaire* de saint Jacques). L’origine des reliques
n’est pas toujours évoquée mais, lorsqu’elle
l’est, il est bon qu'elle résulte d'un don de Charlemagne
à son retour de Galice (Aix-la-Chapelle, Bourges*, Toulouse*) ou
de la cathédrale de Compostelle (Namur, Paris*, Pistoia) qui pourtant
proclame haut et fort qu'elle possède le corps entier de l'apôtre.
Bref, si elles sont une partie du corps du saint évangélisateur
de l’Espagne, leur efficacité s’en trouve renforcée.
Certaines reliques ont eu une vie calme, d’autres au contraire une
vie très agitée tant leur possession pouvait faire la richesse
d’un sanctuaire (Arras*). 
Rencontres
Aujourd’hui, beaucoup de pèlerins témoignent de l’intérêt
majeur des rencontres, souvent qualifiées de merveilleuses, qu’ils
ont faites sur le chemin et dans les gîtes*. Mais pourquoi rencontre-t-on
plus facilement son semblable sur le chemin de Compostelle que sur les
Champs-Elysées ou sur un sentier de randonnée ? Tout marcheur
qui prend ce chemin sait, par avance, qu’il va vivre une expérience
extraordinaire. Il en est plus ou moins consciemment conditionné.
C’est une première dimension. Mais au-delà, la marche*
au long cours met tous ceux qui la pratiquent sur un pied d’égalité.
Tous partagent les mêmes soucis : l’itinéraire à
ne pas perdre, la nourriture, le logement, la santé. Cela fait
l’essentiel des conversations et rend les échanges et le
partage plus aisés. L’anonymat est un usage qui facilite
les relations (Il peut aussi favoriser les affabulations). Là sont
les principaux ingrédients des rencontres. Elles sont parfois à
l’origine d’amitiés durables ou elles vont permettre
des confidences profondes à des inconnus qui le resteront toujours
mais qui auront su écouter, qui auront permis, un soir, de “
vider son sac ” pour repartir plus léger. Il convient de
noter que ces possibilités de rencontres n’existent que depuis
1993, date de création des nombreux gîtes et d’augmentation
constante du nombre de pèlerins. Auparavant, chacun marchant dans
le même sens et faisant étape individuellement, les chances
étaient minimes de rencontrer des égaux avant d’avoir
atteint le but. Mais tous les pèlerins ne cheminent pas avec l’idée
de ces rencontres, en témoignent les chercheurs de solitude de
plus en plus nombreux sur les chemins. Il y a aussi des pèlerins
qui cherchent la rencontre avec les habitants*.
Résurrection
Au XIIe siècle, dans les Livres des miracles de saint Jacques,
les miracles* III et XVII racontent respectivement comment saint Jacques,
sur le chemin de Compostelle, a ressuscité un jeune homme venu,
avec ses parents, lui rendre grâce de lui avoir donné la
vie et un autre jeune pèlerin qui s’était suicidé
sur injonction du diable. A la même époque, à Reading,
il ressuscite un mort. Il fait de même en Tarentaise*, pour quelqu’un
qui était passé de vie à trépas quatre jours
auparavant. Il s’intéresse plus particulièrement aux
enfants. Jacques de Cyr en ramène un à la vie. A Saint-Jacques
de Toulouse* en 1491 ce sont quatre enfants qui recouvrent la santé,
un petit garçon tombé d’une fenêtre, deux autres,
malades et “ réputés morts et trépassés
”, un dernier mort sans baptême. A l’église Saint-Pierre
d’Aire* au tout début du XVIIe siècle encore, plusieurs
des miracles dont témoignent les peintures murales de la chapelle
Saint-Jacques sont la résurrection d’enfants morts accidentellement.
Retable
Elément de décor d’une église, placé
au-dessus et en arrière de l’autel, souvent contre le mur
du fond du chœur pour les églises sans déambulatoire*.
Retour
Après l’émotion de la fin du pèlerinage et
de l’arrivée* à Santiago, le retour rapide en avion,
en train ou en car est souvent vécu comme un traumatisme. De là
vient sans doute l’envie de beaucoup de pèlerins de récidiver
et de faire un autre chemin. Quelques-uns reviennent à pied ou
à bicyclette, par un autre itinéraire.
Rêver
Pour beaucoup rêve et pèlerinage sont indissolubles... on
rêve avant de partir en même temps qu'on appréhende...
on rêve au retour tant les souvenirs sont forts... malheur à
qui casse ces rêves ! Voici des images pour rêver. 
Rites
Les rites font partie de la démarche pèlerine. Ils donnent
à la dévotion une dimension physique et facilitent son expression.
La bénédiction* fait partie des rites de départ.
En chemin, les prières aux oratoires ou sanctuaires, les visites
de reliques s’y rattachent. A l’arrivée, ils comprennent
toute la gestuelle* des pèlerins et pour les croyants la réception
des sacrements de l’Eglise.
Roch (saint)
Historiquement, on ne sait rien de saint Roch, certains allant jusqu’à
dire qu’il est un personnage légendaire né au moment
de la Grande Peste de 1348, au moment où de pieux personnages,
restés anonymes, se sont dévoués pour les malades.
Il est fort possible qu’il les ait personnifiés tous, enveloppés
dans de grandes blouses appelées en italien sarrochino, d’où
viendrait son nom. Selon sa Vie*, écrite dans la seconde moitié
du XVe siècle, il serait né, au début du XIVe siècle,
en Languedoc, peut-être à Montpellier. Il se serait fait
pèlerin en Italie où il aurait été remarqué
par ses capacités de guérisseur, spécialement de
la peste qui sévissait. Ayant lui-même contracté la
peste et souffrant d’un énorme bubon à la cuisse,
il se serait retiré dans un bois près de Plaisance, en Italie,
avec son chien pour seule compagnie. Chaque jour, l’animal revenait
avec un pain et un ange pansait sa plaie. Découvert par un seigneur
du voisinage, le malade fut secouru et put reprendre son pèlerinage.
On remarque d’ailleurs que ce sont d’abord les Italiens qui
lui ont voué un culte, avant Montpellier*. Cette spécialité
de saint guérisseur de la peste le rapproche de saint Jacques*
qui, au XVIIIe siècle encore, a le pouvoir de guérir de
la peste*. Sur les anciennes images, saint Roch est simplement représenté
dans le costume du pèlerin avec le chapeau à large bord
garni d’enseignes*, le bourdon*, la gourde* et la panetière*.
L’iconographie le différencie cependant de saint Jacques
en le montrant retroussant sa robe de pèlerin et découvrant
son bubon. Au XVIe siècle s’ajoutent le chien avec un pain
dans la gueule, et l’ange infirmier. Parfois, saint Roch supplante
saint Jacques. Par exemple, au XVIe siècle, le village de Saint-Jacques
de la Brasse (Orne) prend le nom de Saint-Roch-sur-Egrenne. A Aubigné-Racan
(Sarthe), la chapelle Saint-Jacques située dans l’église
paroissiale passe en 1857 sous le vocable de saint Roch.
Rochegude
(Haute-Loire, comm. Monistrol-d’Allier, ar. Le Puy, c. Saugues)
Située sur un éperon rocheux dominant les gorges de l’Allier,
cette ravissante chapelle Saint-Jacques fut la chapelle du château
qui commandait la vallée, à la frontière du Velay
et du Gévaudan. Elle possède un vitrail représentant
saint Jacques, offert au milieu du XXe siècle par un habitant du
pays prénommé Jacques. Selon la conception erronée
de l’époque, elle servit de balise pour tracer le GR* 65,
bien qu’aucune grande route médiévale n’y soit
jamais passée. Elle est aujourd’hui un lieu où les
pèlerins se reposent et se recueillent volontiers après
une longue montée.
Rochelle (La)
(Charente-Maritime)
La Rochelle est la seule ville de France à avoir possédé
un hôpital* Saint-Jacques, fondé en 1349 par un bourgeois
de la ville, dont l’acte de fondation mentionne explicitement les
pèlerins de Saint-Jacques : “ … pour recevoir et héberger
les pauvres gens, et particulièrement les pèlerins de Saint-Jacques
”. Cet hôpital, démoli en 1556, était situé
près du port, ce qui indique l’importance des pèlerinages*
maritimes. Pendant plusieurs siècles, ce sont les bourgeois de
la Rochelle qui ont porté à Compostelle l’offrande
annuelle faite à la chapelle* des rois de France.
Rohan (Pierre de, maréchal de Gié)
Pierre de Rohan (1451-1514) est le petit-fils de Du Guesclin. A quinze
ans, il arrive à la Cour de Louis XI et entame une brillante carrière
militaire et diplomatique. Dès qu’il en a les moyens il reconstruit
ses châteaux angevins : la Motte-Glain, le Verger, Mortiercrolles
sur lesquels il appose en abondance des coquilles autour de son blason.
Sa devise, “ Dieu garde de mal le Pèlerin ” semble
justifier ces coquilles. Quel pèlerin se veut-il ? Pèlerin
réel ou d’intention ? Dans son testament daté de 1509,
il cite “ M. saint Michel, M. saint Pierre et M. saint Jacques,
mes patrons et avocats ”. Sa carrière est brisée en
1505 par un procès pour haute trahison. En 1762, l’un de
ses descendants, Jules-Hercule de Rohan-Guéméné,
soucieux sans doute de valoriser la devise et l’image du pèlerin
afin d’effacer la tache de la condamnation, autorise la confrérie
Saint-Jacques d’Angers à mettre les armes Rohan sur sa bannière,
parce que, dit-il, elle a été fondée “ par
notre honoré ancêtre le maréchal de Gié ”.
Affirmation toute gratuite, que ne corrobore aucun texte. En 1823, par
l’embellissement des légendes* dont fut friand le XIXe siècle,
Pierre de Rohan fut fait pèlerin de Compostelle, un pèlerin
auquel serait arrivée une émouvante histoire : il perdit
son chien sur le chemin du retour. Au bout de quelques mois, le chien
retrouva le chemin du Verger, se précipita sur le maréchal
et mourut. Le maréchal aurait alors fait inhumer l’animal
et élever un petit obélisque dont on voyait encore les ruines
en 1857, avec un bas-relief sculpté représentant un chien
couché aux pieds de son maître. En cette même année
1857, le curé de Seiches fit restaurer ce monument et le fit surmonter
d’une croix. Ce fut “ la croix au chien ”, dite aussi
“ obélisque de la belle-croix ”. En 1879 les deux légendes
s’additionnent : la “ confrérie des pèlerins
de Saint-Jacques fut fondée en l’honneur des pèlerinages
et des croisades par le maréchal de Gié, père de
François de Rohan, à son retour d’un voyage à
Compostelle ”. En 1977, un habitant de Seiches ajoute un détail
supplémentaire : le chien se nommait Relais et avait été
donné à Pierre de Rohan par le roi Louis XII !
Roi, Roy, Leroy, Rey
Contrairement à une idée répandue, tous les patronymes
Roi, Roy, Leroy ou Rey ne rappellent pas le pèlerinage d’un
ancêtre à Compostelle. Cette idée se trouve entre
autres dans le livre Priez pour nous à Compostelle* de Barret et
Gurgand*. En faire une exclusivité du pèlerinage à
Compostelle est oublier ce que ces auteurs disaient eux-mêmes :
“ Le premier en haut sera dit, selon une tradition indatable, roi
du pèlerinage et pourra ainsi se faire appeler Roi ou Leroy, lui
et ses descendants, comme les autres Roy ou Leroy, héritiers des
rois d’un jour des grandes fêtes du Moyen Age ”. A l’appui
de leur thèse, le témoignage de Guillaume Manier*, pèlerin
du XVIIIe siècle (bien après que ne soient fixés
les noms patronymiques), arrivant à Monte del Gozo*, la montjoie*
qui domine Compostelle : “ A San Marcos, j’ai pris l’avance
d’une lieue, seul, pour voir le premier le clocher, ce que j’ai
vu… L’ayant aperçu, j’ai jeté mon chapeau
en l’air, faisant savoir à mes camarades, qui étaient
derrière, que je voyais le clocher. Tous, en arrivant à
moi, ont avoué que j’étais le roi ”. Mais ces
surnoms de Roi touchent bien d’autres groupes car un Roi peut être
: 1. le chef d’une communauté, généralement
pour une année : a- d’une confrérie* Saint-Jacques.
Ainsi, en 1686, la confrérie Saint-Jacques de Mamers est dirigée
par un roi et une reine, dont les charges étaient mises aux enchères,
au plus offrant. Le roi emportait chez lui le bâton de la confrérie
; b- d’une communauté de métiers : roi des merciers
(1467) ; c- d’une communauté festive : le roi de la basoche
est celui d’entre les clercs du palais qui organisait les fêtes
de Carnaval à l’occasion desquelles sont nommés de
nombreux rois du Carnaval ; d- d’un groupement de marginaux : roi
des ribauds (1278), roi de Thune (XVe siècle) ; e- d’un groupe
des hérauts d’armes dont le chef est le Roi d’armes.
2. le gagnant d’une épreuve : le Roi de l’oiseau est
celui des archers ou arbalétriers qui abat l’oiseau lors
des fêtes de l’oiseau. 3. le gagnant d’un tirage au
sort ou le bénéficiaire d’un hasard : a- Roi du festin
: celui qui est tiré au sort pour présider le banquet ;
b- Roi de la fève : celui qui a trouvé la fève dans
le gâteau (1549). Chacun de ces rois bénéficiait d’honneurs
pendant son année de charge. Quelques uns seulement de ces rois
éphémères, et seulement au Moyen Age, au moment où
se fixent les patronymes, ont transmis ce surnom à leurs familles,
soit parce qu’ils ont marqué leur groupe de leur personnalité,
soit au contraire par ironie.
Rois Catholiques
En 1486, soit dix ans après le début de leur double règne,
les Rois Catholiques Ferdinand d’Aragon (1452-1516) et Isabelle
de Castille (1451-1504) accomplissent le pèlerinage en Galice.
Compostelle leur doit la reconstruction de l’hôpital* et la
création d’une Confrérie*. Un souvenir de leur passage
reste à l’église d’El Cebreiro*. En 1492, ils
achèvent la Reconquista* par la prise de Grenade. Ils furent aussi
les souverains qui organisèrent l’Inquisition.
Roland
Personnage mythique, neveu de dont l’épopée, surtout
connue par la Chanson de Roland, apparaît déjà dans
la Chronique* de Turpin qui rapporte ainsi son enterrement après
la défaite de Roncevaux* : “ Roland, quant à lui,
fut transporté à Blaye*, sur deux mules, dans un cercueil
tapissé d’or et recouvert d’une étoffe somptueuse.
Charles le fit ensevelir solennellement dans l’église de
Saint-Romain que Roland avait fait jadis édifier lui-même
et où il avait placé des chanoines* réguliers. Il
fit déposer son épée près de sa tête
et son olifant à ses pieds, pour la gloire de Jésus-Christ
et de sa fidèle chevalerie. L’olifant a depuis lors été
transféré en grande pompe dans l’église de
Saint-Seurin à Bordeaux* ”.
- Brèche de Roland, Pas de Roland, épée de Roland
à Rocamadour
Epuisé, Roland agonisa “ sous un arbre, auprès d’une
pierre de marbre ”. Refusant l’idée que son épée
Durandal* tombe aux mains des Sarrasins, il voulut la détruire
en frappant la pierre, mais “ du sommet à la base, la pierre
fut coupée en deux morceaux et l’épée n’en
fut point ébréchée ”. La légende s’enrichit
ensuite et l’épée ainsi jetée s’envola
jusqu’à Gavarnie, où elle entailla la montagne, devenue
ainsi la “ brèche de Roland ”. Pour d’autre,
elle alla se ficher dans le rocher de Rocamadour, où elle est encore
(mais seulement depuis le XIXe siècle. Manquait un témoignage
à Roncevaux : ce fut chose faite en 1967 où fut sculpté
à Ibaneta le “ rocher de Roland ”, sur lequel est gravée
Durandal entre deux masses de guerre.
Romieu, Romeu, Roumieu
Au Moyen Age, le mot est synonyme de pèlerin de Rome et, par extension,
de pèlerin. Le dictionnaire Littré, lui, définit
le pèlerin de Rome comme un “ romipète ”, du
bas latin romipeta, de Rome et petere : aller. Dans les pays de langue
d’oc et en Provence, on trouve plusieurs toponymes “ Romieu
”, lieux où l’on accueillait les pèlerins ou
qui en voyaient passer (en Arles le Grand Romieu, le Petit Romieu et les
Cabanes de Romieu) ; lieux fréquentés par les pèlerins
(Font-Romeu dans les Pyrénées, Pont-Romieu en Dordogne,
Chemin de Romieu dans l’Aude) ; lieu-dit Font-Romieux à Saint-Marcel,
avant Conques sur le GR* 65 … Dans le Gers, La Romieu, selon une
charte du XIe siècle, semble avoir été fondée
par deux allemands, pèlerins de Rome. Ils ne reviennent pas en
leur pays mais s’installent en ermites dans la forêt de Firmacon,
en Gascogne, avec la permission du vicomte de Lomagne. Peu après,
l’ermitage, autour duquel sont venus s’installer des villageois,
devient un prieuré dépendant de l’abbaye* Saint-Victor
de Marseille.
Roncevaux
Haut-lieu sur la route de Compostelle, le monastère de Roncevaux
est situé, en Navarre, au pied du col (dit aussi Port de Cize)
qui permet la traversée des Pyrénées depuis Saint-Jean-Pied-de-Port.
Toute la région garde le souvenir de la défaite cuisante
attribuée à Charlemagne*, chantée par la Chronique*
de Turpin et la Chanson de Roland (dont il convient de souligner qu’elle
n’a été redécouverte qu’au XIXe siècle).
Selon la légende, au col d’Ibaneta (1092 m.), Charlemagne
s’est agenouillé en regardant la Galice, en priant Dieu et
saint Jacques. Il y planta une croix qui prit plus tard le nom de Croix
de Roland puisque c’est là que Roland* y souffla dans son
olifant, avant de mourir. A une date inconnue un petit monastère
Saint-Sauveur fut construit en cet endroit. En 1132, les religieux s’installent
un peu plus bas, là où ils sont actuellement. Ils firent
de Charlemagne leur enseigne, reprenant et enjolivant chacune des légendes
présentes déjà dans la région. Pour eux, tout
passant devint un pèlerin de Compostelle mettant chacun de ses
pas dans ceux de l’empereur, et répétant ses gestes
de dévotion. Ainsi, la chapelle du Saint-Sauveur devint “
chapelle de Charlemagne ” (la chapelle actuelle date de 1965). A
Roncevaux, le pèlerin contemple encore la “ fontaine de Roland
”, située au bout de la promenade des chanoines, celle où
Turpin puisa de l’eau pour soulager Roland pendant son agonie. Puis
il entre prier dans la chapelle Saint-Jacques et, tout près, dans
la chapelle du Saint-Esprit, dite “ Silo de Charlemagne ”,
qui servit de sépulture provisoire aux douze pairs de Charlemagne
(dont Roland) et à des centaines d’autres héros. A
chaque visiteur, les chanoines offraient quelques ossements à acheter
mais le stock fut épuisé dès le début du XVIe
siècle. Ils montraient aussi une belle collection de reliques :
la masse d’armes de Roland, l’épée Durandal*
et l’olifant, le jeu d’échecs sur lequel jouait Charlemagne
avec Ganelon au moment de l’appel de Roland (le blason de la ville
de Valcarlos porte le damier), les pantoufles de l’archevêque
Turpin, la masse et l’épée d’Olivier.
Ronflements
Permettent aux pèlerins mâles de retrouver l'ambiance des
chambrées militaires de leur jeunesse. Souvent moins appréciés
de leurs consœurs pèlerines...
Rops (Daniel)
Voir Daniel-Rops, pseudonyme de Henri Petiot
Roquefort
(Landes, ar. Mont-de-Marsan, ch-l. c.)
Une chapelle du XVe siècle y a été dédiée
à saint Jacques à l’occasion de l’année
sainte 1999, sans doute pour renforcer l’impression donnée
aux pèlerins d’être sur un chemin authentique. Mais
cette dédicace récente n’est pas indiquée,
ce qui laisse à croire que cette chapelle est vouée à
saint Jacques depuis le XVe siècle. Pourquoi abuser les visiteurs
? N’eut-il pas été plus honnête de rappeler
qu’une confrérie Saint-Jacques a siégé dans
l’église, dans une chapelle Saint-Jacques aujourd’hui
disparue, et, qu’en mémoire de cet élément
d’histoire, l’ancienne chapelle Saint-Joseph a vu son vocable
changé en celui de Saint-Jacques ? Il n’y aurait rien eu
que de naturel, les changements de vocables étant coutume fréquente
à toutes les époques.
Routes
Jusqu’à la fin des années 1980, les promoteurs de
Compostelle pensaient plus à des routes pour automobilistes qu’à
des chemins pour piétons. Ainsi en 1982, l’association Amigos
de los Pazos* demandait-elle au Conseil* de l’Europe la construction
d’une route. En France des panneaux routiers marquaient des étapes
vers Compostelle. La FFRP* assurait seule la promotion de la marche à
pied. Encore en 1987 le Conseil* de l’Europe faisait publier un
guide pour automobilistes sous le titre trompeur de Guide des chemins
de Compostelle. Ce mot est souvent employé à la place de
chemin dans la traduction de via.
- Routes historiques
Contrairement à une idée répandue, il n'y a ni routes
ni chemins historiques de pèlerinages. Les itinéraires des
pèlerins ont été à chaque époque les
itinéraires de tous les voyageurs (marchands, artisans, gens d'armes,
ecclésiastiques...). Les pèlerins y étaient minoritaires
parmi les autres usagers.
Rozmital (Léon de)
Le 25 novembre 1465, Léon de Rozmital, seigneur tchèque,
part de Prague en grand équipage pour un long voyage à travers
l’Europe. Il se définit comme un pèlerin qui “
voulait rendre visite à tous les royaumes chrétiens mais
aussi à toutes les principautés ecclésiastiques et
civiles en terres germaniques et romanes et voulait tout particulièrement
se rendre au Saint-Sépulcre et au tombeau du bien-aimé apôtre
Jacques… de telle sorte qu’il puisse tirer au mieux profit
et avantage pour sa propre vie ”. Ce projet se double du désir
de “ s’exercer dans l’art militaire ” et “
d’étudier les usages des différents pays ”.
Ce qui peut apparaître comme un pèlerinage et du “
tourisme culturel ” cache en fait un voyage diplomatique. Ce voyage
s’inscrit dans la ligne des efforts faits par Georges Podiebrad*,
roi de Bohême pour créer une alliance de pays européens
face au péril ottoman. Faisant suite à l’excommunication
de Podiebrad, il est aussi une mission de représentation de la
Bohême auprès des cours européennes catholiques. Au
cours de ce voyage, Léon de Rozmital visita de nombreux sanctuaires
et se fit aussi pèlerin de Compostelle qu’il visita alors
qu’une bataille était engagée entre deux archevêques*
concurrents. Il regagna la Bohème en février 1467 sans avoir
pu visiter Jérusalem comme il l’avait souhaité.
Rues Saint-Jacques
Sauf en de rares exceptions, les rues Saint-Jacques n’indiquent
pas un chemin vers Compostelle mais conduisent à une église
ou une chapelle Saint-Jacques*, ou à une porte* ainsi nommée
(Nantes, Mayenne, etc). On en trouve mention dans des textes médiévaux,
sans qu’on sache souvent la date de leur apparition. A Paris*, la
“ rue des Fossés Saint-Jacques ” est née de
la démolition des enceintes décidée en 1670 par Louis
XIV et de la construction de rues établies sur leur emplacement.
Elle fut baptisée ainsi en mémoire de la porte* Saint-Jacques,
laquelle séparait la rue Saint-Jacques de la rue du faubourg Saint-Jacques.
Ce nom de rue rappelait qu’elle était bordée par le
couvent des Dominicains (entre la Sorbonne et l’actuelle rue Soufflot)
placé sous le vocable Saint-Jacques, lui-même construit au
XIIIe siècle sur l’emplacement d’un petit hôpital
Saint-Jacques.
Ruisseaux Saint-Jacques
Voir fontaines
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