Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
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Rabastens
(Tarn, ar. Albi)
Rabastens conserve un très riche patrimoine jacquaire, patrimoine architectural, pictural et manuscrit qui permet de restituer en partie d’anciennes dévotions à saint Jacques. La ville a eu un lien privilégié avec Compostelle du fait de l’amitié entre un prieur de Notre-Dame du Bourg et Béranger* de Landore, archevêque de Compostelle au début du XIVe siècle. Mais la ville a sans doute porté une grande dévotion à saint Jacques à cause de la proximité du corps de saint Jacques à Toulouse, la présence d’un couvent de Cordeliers ayant choisi saint Jacques comme patron, l’eau du Tarn, avec ses riverains inquiets des inondations, ses mariniers et ses meuniers.
Racines
C’est depuis Compostelle que le pape Jean-Paul II* a lancé son appel à l’Europe pour qu’elle retrouve ses racines chrétiennes.
Radio camino
Sur le Camino francés, les nouvelles, vraies ou fausses, se transmettent rapidement entre pèlerins et par les hospitaliers*. Des messages placés à des endroits stratégiques ou en travers du chemin sont également utilisés. C’est un élément de la convivialité du chemin.
Rassemblement
Voir “ points de rassemblement des pèlerins ”
Raymond de Bourgogne
Voir Bourguignons en Galice.
Récidivistes
Nom donné aux pèlerins qui refont plusieurs fois le pèlerinage, en reprenant le même itinéraire ou le plus fréquemment en parcourant un itinéraire différent. Cette pratique a contribué au développement de nouveaux chemins ou à l’utilisation comme chemins de Compostelle d’anciens itinéraires comme la Via* de la Plata. Il existe d’autres formes de poursuite de la démarche pèlerine, dans l’hospitalité*, dans l’étude ou simplement dans les dispositions de la vie courante.
Récits de pèlerinages
Les récits des pèlerins des siècles passés s’apparentent à la littérature de voyage et ont une valeur documentaire indéniable. Ils sont les seules sources fiables permettant de tracer de réels itinéraires historiques. Sans compter les sites personnels sur Internet, les dix dernières années du XXe siècle ont vu la publication de plus de journaux* de pèlerins que les dix siècles précédents. Cette abondante littérature, facilitée par les moyens modernes d’édition, montre l’impact émotionnel du pèlerinage à Compostelle. La qualité en est extrêmement variable. A côtés de quelques témoignages d’une grande humanité et d’expériences originales figurent des récits insipides dont les auteurs semblent reproduire les expériences lues avant leur départ. De plus en plus de récits sont accompagnés de dessins ou d’aquarelles de l’auteur, autre façon de communiquer une expérience qui a marqué très profondément. Lorsqu’ils abordent l’histoire, la plupart de ces récits reprennent, amplifient et déforment les hypothèses des chercheurs des années 1950-1980, les transformant progressivement en certitudes. Joseph Folliet écrivit après la seconde guerre mondiale que “ les prisonniers qui écrivaient le plus complaisamment étaient souvent ceux qui étaient restés en prison le moins longtemps ”. Cette observation pourrait être transposée à bien des récits de pèlerins.
Recommandation
Voir lettres de recommandation
Reconquista
Période de l’histoire espagnole pendant laquelle les chrétiens ont reconquis les régions envahies par les Sarrasins* depuis 711. Elle débuta en 722 par la victoire de Covadonga et ne s’acheva qu’en 1492 par la prise de Grenade par les Rois* catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Elle a été marquée par une longue suite de victoires et d’échecs et par des luttes internes de chacun des deux camps dont certains chefs n’hésitaient pas à contracter des alliances temporaires avec l’ennemi pour établir leur suprématie personnelle. La prise de Tolède, ancienne capitale wisigothique, par Alphonse VI* en 1085 eut un grand retentissement. Cette victoire ouvrit la porte au repeuplement du Nord de l’Espagne tant par des populations venant des territoires reconquis que par des “ Francs ” venus à la suite des chevaliers. En effet, à plusieurs reprises les papes appelèrent à la croisade contre les infidèles. Ainsi des chevaliers français participèrent, en 1212, à la victoire à Las Navas de Tolosa, remportée par Alphonse VIII* de Castille, allié aux rois de Navarre et d’Aragon qui refoula les Sarrasins en Andalousie.
Réglementation des pèlerinages
La circulation des pèlerins a parfois été prétexte à des passages de frontières ne convenant pas forcément aux autorités. En 1579, le roi de Castille se méfie des pèlerins français qui, sous couvert d’un pèlerinage à Santiago, vont aider les Portugais révoltés, certains marchant avec “ drapeau et tambour ”. En 1648, les pèlerins français sont refoulés aux frontières par l’Espagne, au moment d’une recrudescence de la guerre de Trente Ans. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le roi de France prend des mesures variables en fonction des relations politiques entre les deux pays. En 1665, Louis XIV exige des “ passe-ports ” pour quitter la France “ sous prétexte de pèlerinage ”. En 1671 et 1686, il renouvelle cette obligation de “ certificat ” pour éviter à la fois le vagabondage sous l’étiquette “ pèlerin ” et la gêne pour les gens de “ bonnes intentions ”. De plus, l’autorisation de l’évêque est requise. En 1717, une Ordonnance du Régent Philippe d’Orléans interdit totalement les pèlerinages et l’octroi d’autorisations : les frontières sont fermées à tous, la France vient de signer la Triple Alliance contre l’Espagne. On craint d’une part les déserteurs, d’autre part les enrôlements forcés. Dès 1721 cette interdiction est rapportée, sans doute lors d’un renversement d’alliance, France et Espagne retrouvant des intérêts communs. En 1738 et dans les années suivantes, le roi Louis XV reprend le texte des restrictions de 1686 qu’il diffuse abondamment en le faisant réimprimer dans les grandes villes. Ces textes ont parfois été mal interprétés par les officiers de police qui les amalgamaient aux restrictions applicables aux vagabonds et ont été à l’origine d’arrestations illégales de pèlerins. De fait, des procès-verbaux d’interrogatoires laissent à penser que, pour certains de ces pèlerins, la distinction s’avérait délicate.
Reillanne
(Alpes-de-Haute-Provence, ar. Forcalquier, ch.l.c.)
Depuis le 25 juillet 2003, un couvercle de tombeau* sert de devant d’autel, dans l’église Notre-Dame de l’Assomption. Datable du XIIe siècle, il est en pierre, rectangulaire et percé en son centre de quatre ouvertures circulaires organisées autour d’une main ouverte. De part et d’autre, deux personnages en pied, saint Jacques à gauche et saint Martin à droite. Il est vraisemblable que ce tombeau a abrité, sinon des corps, tout au moins des reliques* insignes de chacun de ces deux saints. Il devait être vénéré dans la chapelle Saint-Jacques et Saint-Martin, aujourd’hui disparue, située au Sud-Ouest du village. La main du couvercle invitait les pèlerins à passer leurs bras dans les trous pour toucher les reliques. Si, comme on peut le supposer, le tombeau était surélevé, les malades pouvaient se coucher dessous pour s’y imprégner des bienfaits des reliques. Il s’agit là du vestige d’un sanctuaire* local qui a sans doute eu sa vie propre, sans lien spécifique avec Compostelle, mais dont la présence peut inciter à placer le village sur l’un des chemins proposés aux pèlerins d’aujourd’hui.
Reims
(Marne)
Dans le quartier* Saint-Jacques, l’église Saint-Jacques se trouve difficilement car elle a gardé son imbrication toute médiévale dans un pâté de maisons, dans un passage étroit. Après Saint-Rémi elle est la plus ancienne église de la ville. De la fin du XIIe siècle où elle fut construite restent les parties basses de la nef (mal restaurées). On doit sa construction à l’archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains, et, dit-on, à l’oreille délicate : gêné par le bruit que faisaient les charpentiers, tonneliers ou charrons, il leur donna des terrains où s’établir, derrière les remparts. Un petit bourg s’est constitué. Il fallut une église. Et ce fut Saint-Jacques-le-Joutier, la joute (aujourd’hui bette) étant une plante potagère fort répandue dans le secteur. Car il y avait encore beaucoup de jardiniers parmi les habitants du quartier proche de la Vesle. Que saint Jacques soit leur patron* n’est pas pour étonner.
Religion
Compostelle est un sanctuaire* catholique mais beaucoup de ceux qui empruntent les chemins de Saint-Jacques ne font pas de cette démarche un acte de pratique ecclésiale. Par contre certains pèlerins donnent aux liens créés par les rencontres* du chemin une dimension religieuse qu’ils ne trouvent pas dans la fréquentation des églises.
Reliquaires
Les reliquaires sont des coffrets destinés à la conservation des reliques d’un saint. Les premiers modèles, en bois ou en plomb, s’apparentaient plutôt à des coffrets. Ils peuvent être en forme d’église, de tombe, de quadrilobe (à rapprocher de la monstrance), de bourdon, de tour, chefs-d’œuvres d’orfèvrerie ou d’ébénisterie mais aussi objets modestes. Ils sont parfois interchangeables. A partir du XIVe siècle apparaissent des reliquaires morphologiques, ce qui facilite l’identification : le saint est en évêque, en apôtre ou en pèlerin. Le nimbe ne survit pas au Moyen Age, sans doute trop encombrant et difficile à faire cohabiter avec le chapeau. De nombreux reliquaires ont été détruits en masse par les Protestants, puis par les révolutionnaires. Le XVIIe siècle puis le XIXe siècle en ont fabriqué beaucoup, puis le concile* de Vatican II les a relégués en masse dans les greniers.
Reliques
En vertu du texte selon lequel saint Jacques* est allé évangéliser l’Occident, d’autres lieux que Compostelle ont prétendu abriter son tombeau* (Angers*, Echirolles*, Toulouse*), des fragments de sa tête conservés dans des bustes-reliquaires* ou des reliques partielles du saint dont les reliquaires* faisaient partie des objets* du culte indispensables aux fidèles. Ces reliques de saint Jacques ont été souvent vénérées dans des sanctuaires* locaux qui généraient des pèlerinages de proximité. En effet, la mentalité médiévale s’accommodait fort bien de la multiplicité des reliques tant elle répondait à un besoin, la trop lointaine Compostelle ne pouvant pas être le lieu unique où implorer l’intercession* de saint Jacques. D'autres reliques ont appartenu à des collections rassemblées par des églises ou des abbayes (Léon de Rozmital*, à l'abbaye de Saumur, voit ainsi le chef* de saint Jacques). D’autres enfin ont appartenu à de grands seigneurs et ont simplement servi aux prières privées dans des chapelles de châteaux, là où la prière était plus individuelle (A Bourges*, dans sa Sainte-Chapelle, le duc de Berry avait ainsi un buste-reliquaire* de saint Jacques). L’origine des reliques n’est pas toujours évoquée mais, lorsqu’elle l’est, il est bon qu'elle résulte d'un don de Charlemagne à son retour de Galice (Aix-la-Chapelle, Bourges*, Toulouse*) ou de la cathédrale de Compostelle (Namur, Paris*, Pistoia) qui pourtant proclame haut et fort qu'elle possède le corps entier de l'apôtre. Bref, si elles sont une partie du corps du saint évangélisateur de l’Espagne, leur efficacité s’en trouve renforcée. Certaines reliques ont eu une vie calme, d’autres au contraire une vie très agitée tant leur possession pouvait faire la richesse d’un sanctuaire (Arras*).
Rencontres
Aujourd’hui, beaucoup de pèlerins témoignent de l’intérêt majeur des rencontres, souvent qualifiées de merveilleuses, qu’ils ont faites sur le chemin et dans les gîtes*. Mais pourquoi rencontre-t-on plus facilement son semblable sur le chemin de Compostelle que sur les Champs-Elysées ou sur un sentier de randonnée ? Tout marcheur qui prend ce chemin sait, par avance, qu’il va vivre une expérience extraordinaire. Il en est plus ou moins consciemment conditionné. C’est une première dimension. Mais au-delà, la marche* au long cours met tous ceux qui la pratiquent sur un pied d’égalité. Tous partagent les mêmes soucis : l’itinéraire à ne pas perdre, la nourriture, le logement, la santé. Cela fait l’essentiel des conversations et rend les échanges et le partage plus aisés. L’anonymat est un usage qui facilite les relations (Il peut aussi favoriser les affabulations). Là sont les principaux ingrédients des rencontres. Elles sont parfois à l’origine d’amitiés durables ou elles vont permettre des confidences profondes à des inconnus qui le resteront toujours mais qui auront su écouter, qui auront permis, un soir, de “ vider son sac ” pour repartir plus léger. Il convient de noter que ces possibilités de rencontres n’existent que depuis 1993, date de création des nombreux gîtes et d’augmentation constante du nombre de pèlerins. Auparavant, chacun marchant dans le même sens et faisant étape individuellement, les chances étaient minimes de rencontrer des égaux avant d’avoir atteint le but. Mais tous les pèlerins ne cheminent pas avec l’idée de ces rencontres, en témoignent les chercheurs de solitude de plus en plus nombreux sur les chemins. Il y a aussi des pèlerins qui cherchent la rencontre avec les habitants*.
Résurrection
Au XIIe siècle, dans les Livres des miracles de saint Jacques, les miracles* III et XVII racontent respectivement comment saint Jacques, sur le chemin de Compostelle, a ressuscité un jeune homme venu, avec ses parents, lui rendre grâce de lui avoir donné la vie et un autre jeune pèlerin qui s’était suicidé sur injonction du diable. A la même époque, à Reading, il ressuscite un mort. Il fait de même en Tarentaise*, pour quelqu’un qui était passé de vie à trépas quatre jours auparavant. Il s’intéresse plus particulièrement aux enfants. Jacques de Cyr en ramène un à la vie. A Saint-Jacques de Toulouse* en 1491 ce sont quatre enfants qui recouvrent la santé, un petit garçon tombé d’une fenêtre, deux autres, malades et “ réputés morts et trépassés ”, un dernier mort sans baptême. A l’église Saint-Pierre d’Aire* au tout début du XVIIe siècle encore, plusieurs des miracles dont témoignent les peintures murales de la chapelle Saint-Jacques sont la résurrection d’enfants morts accidentellement.
Retable
Elément de décor d’une église, placé au-dessus et en arrière de l’autel, souvent contre le mur du fond du chœur pour les églises sans déambulatoire*.
Retour
Après l’émotion de la fin du pèlerinage et de l’arrivée* à Santiago, le retour rapide en avion, en train ou en car est souvent vécu comme un traumatisme. De là vient sans doute l’envie de beaucoup de pèlerins de récidiver et de faire un autre chemin. Quelques-uns reviennent à pied ou à bicyclette, par un autre itinéraire.
Rêver
Pour beaucoup rêve et pèlerinage sont indissolubles... on rêve avant de partir en même temps qu'on appréhende... on rêve au retour tant les souvenirs sont forts... malheur à qui casse ces rêves ! Voici des images pour rêver.
Rites
Les rites font partie de la démarche pèlerine. Ils donnent à la dévotion une dimension physique et facilitent son expression. La bénédiction* fait partie des rites de départ. En chemin, les prières aux oratoires ou sanctuaires, les visites de reliques s’y rattachent. A l’arrivée, ils comprennent toute la gestuelle* des pèlerins et pour les croyants la réception des sacrements de l’Eglise.
Roch (saint)
Historiquement, on ne sait rien de saint Roch, certains allant jusqu’à dire qu’il est un personnage légendaire né au moment de la Grande Peste de 1348, au moment où de pieux personnages, restés anonymes, se sont dévoués pour les malades. Il est fort possible qu’il les ait personnifiés tous, enveloppés dans de grandes blouses appelées en italien sarrochino, d’où viendrait son nom. Selon sa Vie*, écrite dans la seconde moitié du XVe siècle, il serait né, au début du XIVe siècle, en Languedoc, peut-être à Montpellier. Il se serait fait pèlerin en Italie où il aurait été remarqué par ses capacités de guérisseur, spécialement de la peste qui sévissait. Ayant lui-même contracté la peste et souffrant d’un énorme bubon à la cuisse, il se serait retiré dans un bois près de Plaisance, en Italie, avec son chien pour seule compagnie. Chaque jour, l’animal revenait avec un pain et un ange pansait sa plaie. Découvert par un seigneur du voisinage, le malade fut secouru et put reprendre son pèlerinage. On remarque d’ailleurs que ce sont d’abord les Italiens qui lui ont voué un culte, avant Montpellier*. Cette spécialité de saint guérisseur de la peste le rapproche de saint Jacques* qui, au XVIIIe siècle encore, a le pouvoir de guérir de la peste*. Sur les anciennes images, saint Roch est simplement représenté dans le costume du pèlerin avec le chapeau à large bord garni d’enseignes*, le bourdon*, la gourde* et la panetière*. L’iconographie le différencie cependant de saint Jacques en le montrant retroussant sa robe de pèlerin et découvrant son bubon. Au XVIe siècle s’ajoutent le chien avec un pain dans la gueule, et l’ange infirmier. Parfois, saint Roch supplante saint Jacques. Par exemple, au XVIe siècle, le village de Saint-Jacques de la Brasse (Orne) prend le nom de Saint-Roch-sur-Egrenne. A Aubigné-Racan (Sarthe), la chapelle Saint-Jacques située dans l’église paroissiale passe en 1857 sous le vocable de saint Roch.
Rochegude
(Haute-Loire, comm. Monistrol-d’Allier, ar. Le Puy, c. Saugues)
Située sur un éperon rocheux dominant les gorges de l’Allier, cette ravissante chapelle Saint-Jacques fut la chapelle du château qui commandait la vallée, à la frontière du Velay et du Gévaudan. Elle possède un vitrail représentant saint Jacques, offert au milieu du XXe siècle par un habitant du pays prénommé Jacques. Selon la conception erronée de l’époque, elle servit de balise pour tracer le GR* 65, bien qu’aucune grande route médiévale n’y soit jamais passée. Elle est aujourd’hui un lieu où les pèlerins se reposent et se recueillent volontiers après une longue montée.
Rochelle (La)
(Charente-Maritime)
La Rochelle est la seule ville de France à avoir possédé un hôpital* Saint-Jacques, fondé en 1349 par un bourgeois de la ville, dont l’acte de fondation mentionne explicitement les pèlerins de Saint-Jacques : “ … pour recevoir et héberger les pauvres gens, et particulièrement les pèlerins de Saint-Jacques ”. Cet hôpital, démoli en 1556, était situé près du port, ce qui indique l’importance des pèlerinages* maritimes. Pendant plusieurs siècles, ce sont les bourgeois de la Rochelle qui ont porté à Compostelle l’offrande annuelle faite à la chapelle* des rois de France.
Rohan (Pierre de, maréchal de Gié)
Pierre de Rohan (1451-1514) est le petit-fils de Du Guesclin. A quinze ans, il arrive à la Cour de Louis XI et entame une brillante carrière militaire et diplomatique. Dès qu’il en a les moyens il reconstruit ses châteaux angevins : la Motte-Glain, le Verger, Mortiercrolles sur lesquels il appose en abondance des coquilles autour de son blason. Sa devise, “ Dieu garde de mal le Pèlerin ” semble justifier ces coquilles. Quel pèlerin se veut-il ? Pèlerin réel ou d’intention ? Dans son testament daté de 1509, il cite “ M. saint Michel, M. saint Pierre et M. saint Jacques, mes patrons et avocats ”. Sa carrière est brisée en 1505 par un procès pour haute trahison. En 1762, l’un de ses descendants, Jules-Hercule de Rohan-Guéméné, soucieux sans doute de valoriser la devise et l’image du pèlerin afin d’effacer la tache de la condamnation, autorise la confrérie Saint-Jacques d’Angers à mettre les armes Rohan sur sa bannière, parce que, dit-il, elle a été fondée “ par notre honoré ancêtre le maréchal de Gié ”. Affirmation toute gratuite, que ne corrobore aucun texte. En 1823, par l’embellissement des légendes* dont fut friand le XIXe siècle, Pierre de Rohan fut fait pèlerin de Compostelle, un pèlerin auquel serait arrivée une émouvante histoire : il perdit son chien sur le chemin du retour. Au bout de quelques mois, le chien retrouva le chemin du Verger, se précipita sur le maréchal et mourut. Le maréchal aurait alors fait inhumer l’animal et élever un petit obélisque dont on voyait encore les ruines en 1857, avec un bas-relief sculpté représentant un chien couché aux pieds de son maître. En cette même année 1857, le curé de Seiches fit restaurer ce monument et le fit surmonter d’une croix. Ce fut “ la croix au chien ”, dite aussi “ obélisque de la belle-croix ”. En 1879 les deux légendes s’additionnent : la “ confrérie des pèlerins de Saint-Jacques fut fondée en l’honneur des pèlerinages et des croisades par le maréchal de Gié, père de François de Rohan, à son retour d’un voyage à Compostelle ”. En 1977, un habitant de Seiches ajoute un détail supplémentaire : le chien se nommait Relais et avait été donné à Pierre de Rohan par le roi Louis XII !
Roi, Roy, Leroy, Rey
Contrairement à une idée répandue, tous les patronymes Roi, Roy, Leroy ou Rey ne rappellent pas le pèlerinage d’un ancêtre à Compostelle. Cette idée se trouve entre autres dans le livre Priez pour nous à Compostelle* de Barret et Gurgand*. En faire une exclusivité du pèlerinage à Compostelle est oublier ce que ces auteurs disaient eux-mêmes : “ Le premier en haut sera dit, selon une tradition indatable, roi du pèlerinage et pourra ainsi se faire appeler Roi ou Leroy, lui et ses descendants, comme les autres Roy ou Leroy, héritiers des rois d’un jour des grandes fêtes du Moyen Age ”. A l’appui de leur thèse, le témoignage de Guillaume Manier*, pèlerin du XVIIIe siècle (bien après que ne soient fixés les noms patronymiques), arrivant à Monte del Gozo*, la montjoie* qui domine Compostelle : “ A San Marcos, j’ai pris l’avance d’une lieue, seul, pour voir le premier le clocher, ce que j’ai vu… L’ayant aperçu, j’ai jeté mon chapeau en l’air, faisant savoir à mes camarades, qui étaient derrière, que je voyais le clocher. Tous, en arrivant à moi, ont avoué que j’étais le roi ”. Mais ces surnoms de Roi touchent bien d’autres groupes car un Roi peut être : 1. le chef d’une communauté, généralement pour une année : a- d’une confrérie* Saint-Jacques. Ainsi, en 1686, la confrérie Saint-Jacques de Mamers est dirigée par un roi et une reine, dont les charges étaient mises aux enchères, au plus offrant. Le roi emportait chez lui le bâton de la confrérie ; b- d’une communauté de métiers : roi des merciers (1467) ; c- d’une communauté festive : le roi de la basoche est celui d’entre les clercs du palais qui organisait les fêtes de Carnaval à l’occasion desquelles sont nommés de nombreux rois du Carnaval ; d- d’un groupement de marginaux : roi des ribauds (1278), roi de Thune (XVe siècle) ; e- d’un groupe des hérauts d’armes dont le chef est le Roi d’armes. 2. le gagnant d’une épreuve : le Roi de l’oiseau est celui des archers ou arbalétriers qui abat l’oiseau lors des fêtes de l’oiseau. 3. le gagnant d’un tirage au sort ou le bénéficiaire d’un hasard : a- Roi du festin : celui qui est tiré au sort pour présider le banquet ; b- Roi de la fève : celui qui a trouvé la fève dans le gâteau (1549). Chacun de ces rois bénéficiait d’honneurs pendant son année de charge. Quelques uns seulement de ces rois éphémères, et seulement au Moyen Age, au moment où se fixent les patronymes, ont transmis ce surnom à leurs familles, soit parce qu’ils ont marqué leur groupe de leur personnalité, soit au contraire par ironie.
Rois Catholiques
En 1486, soit dix ans après le début de leur double règne, les Rois Catholiques Ferdinand d’Aragon (1452-1516) et Isabelle de Castille (1451-1504) accomplissent le pèlerinage en Galice. Compostelle leur doit la reconstruction de l’hôpital* et la création d’une Confrérie*. Un souvenir de leur passage reste à l’église d’El Cebreiro*. En 1492, ils achèvent la Reconquista* par la prise de Grenade. Ils furent aussi les souverains qui organisèrent l’Inquisition.
Roland
Personnage mythique, neveu de dont l’épopée, surtout connue par la Chanson de Roland, apparaît déjà dans la Chronique* de Turpin qui rapporte ainsi son enterrement après la défaite de Roncevaux* : “ Roland, quant à lui, fut transporté à Blaye*, sur deux mules, dans un cercueil tapissé d’or et recouvert d’une étoffe somptueuse. Charles le fit ensevelir solennellement dans l’église de Saint-Romain que Roland avait fait jadis édifier lui-même et où il avait placé des chanoines* réguliers. Il fit déposer son épée près de sa tête et son olifant à ses pieds, pour la gloire de Jésus-Christ et de sa fidèle chevalerie. L’olifant a depuis lors été transféré en grande pompe dans l’église de Saint-Seurin à Bordeaux* ”.
- Brèche de Roland, Pas de Roland, épée de Roland à Rocamadour
Epuisé, Roland agonisa “ sous un arbre, auprès d’une pierre de marbre ”. Refusant l’idée que son épée Durandal* tombe aux mains des Sarrasins, il voulut la détruire en frappant la pierre, mais “ du sommet à la base, la pierre fut coupée en deux morceaux et l’épée n’en fut point ébréchée ”. La légende s’enrichit ensuite et l’épée ainsi jetée s’envola jusqu’à Gavarnie, où elle entailla la montagne, devenue ainsi la “ brèche de Roland ”. Pour d’autre, elle alla se ficher dans le rocher de Rocamadour, où elle est encore (mais seulement depuis le XIXe siècle. Manquait un témoignage à Roncevaux : ce fut chose faite en 1967 où fut sculpté à Ibaneta le “ rocher de Roland ”, sur lequel est gravée Durandal entre deux masses de guerre.
Romieu, Romeu, Roumieu
Au Moyen Age, le mot est synonyme de pèlerin de Rome et, par extension, de pèlerin. Le dictionnaire Littré, lui, définit le pèlerin de Rome comme un “ romipète ”, du bas latin romipeta, de Rome et petere : aller. Dans les pays de langue d’oc et en Provence, on trouve plusieurs toponymes “ Romieu ”, lieux où l’on accueillait les pèlerins ou qui en voyaient passer (en Arles le Grand Romieu, le Petit Romieu et les Cabanes de Romieu) ; lieux fréquentés par les pèlerins (Font-Romeu dans les Pyrénées, Pont-Romieu en Dordogne, Chemin de Romieu dans l’Aude) ; lieu-dit Font-Romieux à Saint-Marcel, avant Conques sur le GR* 65 … Dans le Gers, La Romieu, selon une charte du XIe siècle, semble avoir été fondée par deux allemands, pèlerins de Rome. Ils ne reviennent pas en leur pays mais s’installent en ermites dans la forêt de Firmacon, en Gascogne, avec la permission du vicomte de Lomagne. Peu après, l’ermitage, autour duquel sont venus s’installer des villageois, devient un prieuré dépendant de l’abbaye* Saint-Victor de Marseille.
Roncevaux
Haut-lieu sur la route de Compostelle, le monastère de Roncevaux est situé, en Navarre, au pied du col (dit aussi Port de Cize) qui permet la traversée des Pyrénées depuis Saint-Jean-Pied-de-Port. Toute la région garde le souvenir de la défaite cuisante attribuée à Charlemagne*, chantée par la Chronique* de Turpin et la Chanson de Roland (dont il convient de souligner qu’elle n’a été redécouverte qu’au XIXe siècle). Selon la légende, au col d’Ibaneta (1092 m.), Charlemagne s’est agenouillé en regardant la Galice, en priant Dieu et saint Jacques. Il y planta une croix qui prit plus tard le nom de Croix de Roland puisque c’est là que Roland* y souffla dans son olifant, avant de mourir. A une date inconnue un petit monastère Saint-Sauveur fut construit en cet endroit. En 1132, les religieux s’installent un peu plus bas, là où ils sont actuellement. Ils firent de Charlemagne leur enseigne, reprenant et enjolivant chacune des légendes présentes déjà dans la région. Pour eux, tout passant devint un pèlerin de Compostelle mettant chacun de ses pas dans ceux de l’empereur, et répétant ses gestes de dévotion. Ainsi, la chapelle du Saint-Sauveur devint “ chapelle de Charlemagne ” (la chapelle actuelle date de 1965). A Roncevaux, le pèlerin contemple encore la “ fontaine de Roland ”, située au bout de la promenade des chanoines, celle où Turpin puisa de l’eau pour soulager Roland pendant son agonie. Puis il entre prier dans la chapelle Saint-Jacques et, tout près, dans la chapelle du Saint-Esprit, dite “ Silo de Charlemagne ”, qui servit de sépulture provisoire aux douze pairs de Charlemagne (dont Roland) et à des centaines d’autres héros. A chaque visiteur, les chanoines offraient quelques ossements à acheter mais le stock fut épuisé dès le début du XVIe siècle. Ils montraient aussi une belle collection de reliques : la masse d’armes de Roland, l’épée Durandal* et l’olifant, le jeu d’échecs sur lequel jouait Charlemagne avec Ganelon au moment de l’appel de Roland (le blason de la ville de Valcarlos porte le damier), les pantoufles de l’archevêque Turpin, la masse et l’épée d’Olivier.
Ronflements
Permettent aux pèlerins mâles de retrouver l'ambiance des chambrées militaires de leur jeunesse. Souvent moins appréciés de leurs consœurs pèlerines...
Rops (Daniel)
Voir Daniel-Rops, pseudonyme de Henri Petiot
Roquefort
(Landes, ar. Mont-de-Marsan, ch-l. c.)
Une chapelle du XVe siècle y a été dédiée à saint Jacques à l’occasion de l’année sainte 1999, sans doute pour renforcer l’impression donnée aux pèlerins d’être sur un chemin authentique. Mais cette dédicace récente n’est pas indiquée, ce qui laisse à croire que cette chapelle est vouée à saint Jacques depuis le XVe siècle. Pourquoi abuser les visiteurs ? N’eut-il pas été plus honnête de rappeler qu’une confrérie Saint-Jacques a siégé dans l’église, dans une chapelle Saint-Jacques aujourd’hui disparue, et, qu’en mémoire de cet élément d’histoire, l’ancienne chapelle Saint-Joseph a vu son vocable changé en celui de Saint-Jacques ? Il n’y aurait rien eu que de naturel, les changements de vocables étant coutume fréquente à toutes les époques.
Routes
Jusqu’à la fin des années 1980, les promoteurs de Compostelle pensaient plus à des routes pour automobilistes qu’à des chemins pour piétons. Ainsi en 1982, l’association Amigos de los Pazos* demandait-elle au Conseil* de l’Europe la construction d’une route. En France des panneaux routiers marquaient des étapes vers Compostelle. La FFRP* assurait seule la promotion de la marche à pied. Encore en 1987 le Conseil* de l’Europe faisait publier un guide pour automobilistes sous le titre trompeur de Guide des chemins de Compostelle. Ce mot est souvent employé à la place de chemin dans la traduction de via.
- Routes historiques
Contrairement à une idée répandue, il n'y a ni routes ni chemins historiques de pèlerinages. Les itinéraires des pèlerins ont été à chaque époque les itinéraires de tous les voyageurs (marchands, artisans, gens d'armes, ecclésiastiques...). Les pèlerins y étaient minoritaires parmi les autres usagers.
Rozmital (Léon de)
Le 25 novembre 1465, Léon de Rozmital, seigneur tchèque, part de Prague en grand équipage pour un long voyage à travers l’Europe. Il se définit comme un pèlerin qui “ voulait rendre visite à tous les royaumes chrétiens mais aussi à toutes les principautés ecclésiastiques et civiles en terres germaniques et romanes et voulait tout particulièrement se rendre au Saint-Sépulcre et au tombeau du bien-aimé apôtre Jacques… de telle sorte qu’il puisse tirer au mieux profit et avantage pour sa propre vie ”. Ce projet se double du désir de “ s’exercer dans l’art militaire ” et “ d’étudier les usages des différents pays ”. Ce qui peut apparaître comme un pèlerinage et du “ tourisme culturel ” cache en fait un voyage diplomatique. Ce voyage s’inscrit dans la ligne des efforts faits par Georges Podiebrad*, roi de Bohême pour créer une alliance de pays européens face au péril ottoman. Faisant suite à l’excommunication de Podiebrad, il est aussi une mission de représentation de la Bohême auprès des cours européennes catholiques. Au cours de ce voyage, Léon de Rozmital visita de nombreux sanctuaires et se fit aussi pèlerin de Compostelle qu’il visita alors qu’une bataille était engagée entre deux archevêques* concurrents. Il regagna la Bohème en février 1467 sans avoir pu visiter Jérusalem comme il l’avait souhaité.
Rues Saint-Jacques
Sauf en de rares exceptions, les rues Saint-Jacques n’indiquent pas un chemin vers Compostelle mais conduisent à une église ou une chapelle Saint-Jacques*, ou à une porte* ainsi nommée (Nantes, Mayenne, etc). On en trouve mention dans des textes médiévaux, sans qu’on sache souvent la date de leur apparition. A Paris*, la “ rue des Fossés Saint-Jacques ” est née de la démolition des enceintes décidée en 1670 par Louis XIV et de la construction de rues établies sur leur emplacement. Elle fut baptisée ainsi en mémoire de la porte* Saint-Jacques, laquelle séparait la rue Saint-Jacques de la rue du faubourg Saint-Jacques. Ce nom de rue rappelait qu’elle était bordée par le couvent des Dominicains (entre la Sorbonne et l’actuelle rue Soufflot) placé sous le vocable Saint-Jacques, lui-même construit au XIIIe siècle sur l’emplacement d’un petit hôpital Saint-Jacques.
Ruisseaux Saint-Jacques
Voir fontaines

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