| Sac à dos
Une des grâces* du pèlerinage à pied est d'apprendre
comment le décharger de tout le superflu pour vivre avec le strict
nécessaire. De nos jours beaucoup s'en privent en le faisant porter
par des prestataires de service.
Sacré
Chemin de foi, ouvert par des croyants qui allaient vénérer
le tombeau* d’un apôtre*, le chemin de Compostelle est chargé
de témoignages du sens du sacré qui imprégnait la
société médiévale où il est né.
Le pèlerinage à Compostelle, au delà de ses aspects
sportifs et touristiques, permet de retrouver le caractère sacré
de la vie et de l’homme souvent bafoué dans la société
contemporaine.
Saint
Le culte des saints est une extension du culte des martyrs. Personne qui
durant son existence a mené une vie remarquée par l’Eglise
catholique comme signe d’une grande proximité avec Dieu*
et témoin de son Amour pour les hommes. Les saints sont proposés
à la vénération des fidèles et servent d’intercesseurs*
et de modèles.
Saint-Adrien (tunnel de)
Sur l’ancienne grande route Bayonne-Burgos, dans le Guipuzcoa, après
Zegama, le chemin pénètre au cœur d’une montagne
qui ferme l’horizon. Elle ne s’ouvre qu’à la
toute dernière extrémité par une gigantesque “
bouche de l’Enfer ” sous laquelle les hommes ont aménagé
en vis-à-vis une chapelle et une auberge-hôpital. On en parle
depuis le XIIIe siècle, comme d’un bienfait dans ce lieu
désert. Chaque récit l’évoque, dont la Grande
Chanson : “ Quand nous fumes à la montée Saint-Adrien
appelée, il y a un hôpital* fort plaisant où les pèlerins
qui passent ont pain et vin pour leur argent ”. Mais cette bonne
auberge n’est ouverte que l’été : “ On
n'atteint pas le sommet de la montagne puisqu'il y a en elle un grand
orifice qui la transperce de part en part, de la longueur d'une portée
d'arbalète. À l'intérieur s'écoule une source
dont l'eau filtrée par les rochers d'en haut est recueillie dans
une auge taillée à même le roc et, en été,
on a l'habitude d'y poster un aubergiste ”. Malgré la neige,
cette route reste empruntée l’hiver, ouverte en permanence
devant les voyageurs par les paysans des villages voisins, qui payent
ainsi par du travail une partie de leurs impôts. Antoine de Lalaing*,
membre de la suite de Philippe le Beau, passe en janvier 1502. Lui aussi
est frappé par cette “ montagne Saint-Adrien, mauvaise et
dangereuse à passer, toujours chargée de neiges, sous laquelle
il y a une porte où il faut nécessairement passer pour aller
à Saint-Jacques, en l’honneur duquel il y a une chapelle
sous cette porte ”. Il se trompe, la chapelle est sous le vocable
de saint Adrien, mais qu’importe… Au siècle suivant,
une noble dame française prend cette route à son tour, en
plein hiver, dans un carrosse. Elle aussi est impressionnée : “
on trouve un rocher fort élevé qui semble avoir été
mis au milieu du chemin pour enfermer le passage et séparer ainsi
la Biscaye de la Vieille Castille. Un long et pénible travail a
percé cette masse de pierre en façon de voûte : on
marche quarante ou cinquante pas par-dessous sans recevoir de jour que
par les ouvertures qui sont à chaque entrée ; elles sont
fermées par de grandes portes. On trouve sous cette voûte
une hôtellerie que l'on abandonne l'hiver à cause des neiges.
On y voit aussi une petite chapelle de Saint-Adrien et plusieurs cavernes
où d'ordinaire des voleurs se retirent… ”
Saint-Chély-d'Aubrac
(Aveyron, ar. Rodez)
Sur un tronçon de chemin inscrit Patrimoine* Mondial de l'UNESCO*
au titre des chemins de Compostelle, le Pont-vieux sur la Boralde (XIVe
siècle) est dit aussi “ Pont du pèlerin ” en
raison du pèlerin sculpté (XVe siècle) au pied de
la croix qui marque le milieu du pont. Vers quel sanctuaire se dirige-t-il
avec son grand bourdon* et son immense chapelet* ? Conques ? Le Puy ?
Rocamadour ? Compostelle peut-être ? Voir Aubrac
Saint-Côme d'Olt
(Aveyron, ar. Rodez, c. Espalion)
Le tronçon Saint-Côme d'Olt-Espalion est inscrit Patrimoine*
Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. En 1671, un
groupe de quinze personnes du village et des environs est parti à
Compostelle. Ils étaient tailleurs, charpentier, paysans ou artisans
et, au retour, ils ont fondé une confrérie qui fut éphémère.
Saint Jacques
Voir Jacques (saint) et Jacques (saints).
Saintes (Saint-Eutrope)
(Charente-Maritime, ch.-l. ar.)
L’église Saint-Eutrope, longuement décrite dans le
Guide du pèlerin* est, pour cette raison, inscrite au Patrimoine*
Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. Comme partout
cependant, nombre de pèlerins faisaient de Saintes le but de leur
pèlerinage. Ils venaient chercher la guérison de l'hydropisie,
de l'enflure, “ le mal de saint Eutrope dont Dieu nous sauve et
nous garde ” dont parle le marchand de Rabelais. Dès le XIe
siècle un chroniqueur déclare que la réputation des
vertus d'Eutrope a atteint toute l'Aquitaine, la Gaule, la petite et la
Grande Bretagne ainsi que de très nombreuses autres régions
et, de ce fait, la vieille crypte où il reposait était devenue
insuffisante pour l'afflux des pèlerins. Au XIIIe siècle,
Vincent de Beauvais dit que les malades accouraient en foule dans l'église
basse. Il y eut à Saintes une ou deux confréries Saint-Jacques,
simplement mentionnées au XVIe siècle. La Chronique* de
Turpin et la Chronique* saintongeaise gardent le souvenir du passage à
Saintes et dans la région des armées de sarrasins à
la poursuite de Charlemagne. La présence de ce dernier aurait été
matérialisée lors de la construction de la cathédrale
par une statue gigantesque ornant la façade. Une tradition rapportée
au XIXe siècle explique ainsi la présence de la statue tronquée
qui orne la façade de la cathédrale : lorsque, en 1590,
les matériaux de la cathédrale furent mis en vente, seule
la partie supérieure de la “ statue de Charlemagne ”
a cédé à la pression de dix bœufs attelés
à des câbles.
Sainte Parenté
Au XVIe siècle, les Protestants contestent la Virginité
de Marie et son Immaculée Conception*, à partir de la lecture
des Evangiles dans lesquels la Vierge Marie apparaît comme ayant
eu d'autres enfants : “ Ce n’est pourtant que le charpentier,
le fils de Marie ; c’est un frère de Jacques, de Joset, de
Judas et de Simon. Et ses soeurs, ne sont-elles pas ici chez nous ? ”
(Mc, 6 3 – Mt, 13 55). A cette époque apparaissent alors
plusieurs représentations iconographiques dites de la Sainte Parenté
visant à bien individualiser Marie mère d'un fils unique,
Jésus et les familles des autres Marie citées ou évoquées
par les Evangiles. Elles attribuent trois époux à sainte
Anne, Joachim, Cléophas et Salomé desquels elle eut trois
filles qu'elles montrent avec leurs enfants respectifs : Marie, la Vierge
fiancée à Joseph, mère de Jésus, Marie mère
de Jacques le Mineur*, Jude, Joseph et Simon et Marie femme de Zébédée,
mère de Jacques le Majeur* et de Jean l'Evangéliste. Ces
représentations individualisent les deux Jacques* en montrant le
Majeur, enfant, déjà revêtu de son costume de pèlerin.
Saint-Gilles
(Gard, ar. Nîmes)
Au sud de Nîmes, Saint-Gilles fut, au Moyen Age, un port de commerce
très actif du domaine royal, situé à la frontière
de l’Empire et du royaume de Provence. De là on embarquait
pour la Terre-Sainte. A partir du Xe siècle, un monastère
y conserva le corps de saint Gilles. Une Vie écrite à cette
époque raconte que Gilles était un ermite vivant au bord
du Rhône, se nourrissant du lait d’une biche. Un jour, le
roi des Goths blessa la biche et découvrit ainsi l’ermite.
Pour se faire pardonner, il fonda le monastère. Au début
du XIIe siècle, les pèlerins furent si nombreux que l’église
fut reconstruite. A cette époque, la légende se transforme.
Le roi Goth devient Charlemagne* et on développe le thème
dit de “ la messe de saint Gilles ” : pendant la célébration,
un ange déposa sur l'autel une cédule où était
écrit un péché que Charlemagne n’avait osé
avouer au saint. Lorsque Gilles voulut lire, le péché avait
été effacé. Le Guide du pèlerin* décrit
longuement la châsse où était conservé le corps
du saint et va même jusqu’à dire que saint Gilles,
“ avant tous les autres saints ” (donc avant saint Jacques
!), venait au secours des malheureux. Ce sanctuaire fut associé
à la fortune des comtes de Toulouse et ne résista pas à
leur chute, après la croisade des Albigeois. Son déclin
fut accéléré par la création du port d’Aigues-Mortes
par saint Louis et par l’essor des ports de Montpellier et Marseille.
Une particularité : au portail central, daté du XIIe siècle,
saint Jacques le Majeur est sculpté portant le Livre et, sur ce
livre est gravé un verset de l’Epître* dont il passe
pour être l’auteur. Le miracle XVIII du Livre des Miracles
met en scène le comte de Saint-Gilles en pèlerinage à
Compostelle.
Saint-Guilhem-le-Désert
(Hérault, ar. Montpellier, c. Aniane)
L’un des sanctuaires mentionnés par le Guide du pèlerin*,
placé sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO* en
1998 au titre des chemins de Compostelle. Saint-Guilhem appartient à
la fois à l’histoire de Charlemagne* et à la légende.
L’abbaye fut fondée au IXe siècle par l’un des
preux de Charlemagne, Guilhem, comte de Toulouse, qui y termina sa vie
dans la prière. Au XIIe siècle, il devint le héros
de la Chanson de Guillaume et, au siècle suivant celui de la Geste
de Guillaume d’Orange.
Saint-Jacques (communes en France)
Alors que la France compte actuellement 153 communes sous le vocable Saint-Pierre,
seulement 13 le sont sous celui de saint Jacques. Aucune ne semble antérieure
au XIe siècle. Elles sont placées dans des endroits assez
isolés et pourraient avoir été créées
lors des naissances de villages au cœur de régions nouvellement
défrichées. L’histoire de chacune n’est jamais
bien connue, mais rien n’autorise à les réduire à
des balises* sur les chemins de Compostelle, même si elles ont contribué
à diffuser les légendes de saint Jacques.
- Saint-Jacques
Aujourd’hui, une seule commune porte ce nom sans autre qualificatif,
une minuscule commune des Alpes de Haute-Provence (ar. Digne, c. Barrême),
perchée à 800 m. d’altitude, au bout de la route.
Elle compte moins de 40 habitants. Le village est sans doute né
autour d'un château car il est mentionné en 1200 comme castrum
S. Jacobi. L'église est alors celle d'une collégiale* de
chanoines* réguliers de saint Augustin. L'ensemble fut saccagé
au XVIe siècle et seule l'église fut reconstruite. Le cloître
disparut à tout jamais. Au XIXe siècle encore, le lieu était
le but d'un pèlerinage local, fréquenté par les habitants
de Barrême qui y venaient en procession* le 1er mai afin de rendre
hommage à une relique* de saint Jacques. Ils le faisaient pour
honorer un voeu fait, paraît-il, au XVIIe siècle. Saint Jacques
les aurait protégés mais on ne sait de quoi.
- Saint-Jacques-d’Aliermont
(Seine-Maritime, ar. Dieppe, c. Envermeu)
La paroisse sous ce patronyme est mentionnée en 1257.
- Saint-Jacques-d’Ambur
(Puy-de-Dôme, ar. Riom, c. Pontgibaud)
La paroisse fut créée en 1597, séparée de
la paroisse de Miremont sur les instances du seigneur de Gimel, baron
d’Ambur.
- Saint-Jacques-d’Atticieux
(Ardèche, ar. Tournon, c. Serrières)
Au Xe siècle, la paroisse était sous le vocable Saint-Christophe*,
que saint Jacques a supplanté à une date inconnue.
- Saint-Jacques-de-la-Lande
(Ille-et-Vilaine, ar. Rennes, c. Rennes)
La paroisse est mentionnée en 1153 comme Saint-Jacques-de-la-Forêt.
Du changement de qualificatif, on peut déduire qu’elle est
née au moment des grands défrichements.
- Saint-Jacques-de-Néhou
(Manche, ar. Cherbourg, c. Saint-Sauveur-le-Vicomte)
- Saint-Jacques-de-Thouars
(Deux-Sèvres, ar. Bressuire, c. Thouars)
Au XIe siècle, l’église était celle d’un
monastère Saint-Jacques autour duquel s’est progressivement
formé un village.
- Saint-Jacques-des-Arrêts
(Rhône, ar. Villefranche-sur-Saône,c. Monsols)
- Saint-Jacques-des-Blats
(Cantal, ar. Aurillac, c. Vic-sur-Cère)
Cette commune, mentionnée comme telle au XVe siècle, a reçu
en 1962 la visite du cardinal archevêque de Compostelle Monseigneur
Quiroga y Palacio*. A l’invitation du curé, il a béni
une stèle dressée à la mémoire des pèlerins
de Compostelle censés y être passés. Sur la foi des
écrits de Daniel Rops* et Jean Secret et bien qu’il n’ait
trouvé aucune trace locale de ces pèlerins, le prêtre
du village avait considéré que l’homonymie du village
avec Saint-Jacques de Compostelle et le patronage commun de l’apôtre
justifiaient cette initiative. La stèle est aujourd’hui dans
le narthex de l’église mais depuis 2005 Saint-Jacques-des-Blats
figure sur un des itinéraires contemporains proposés aux
pèlerins.
- Saint-Jacques-des-Guérets
(Loir-et-Cher, ar. Vendôme, c. Montoire-sur-le-Loir)
L’église est mentionnée sous ce vocable en 1150. Au
XVe siècle ont lieu au village deux foires aux deux fêtes*
de saint Jacques, 1er mai et 25 juillet. L’église conserve
aujourd’hui une série de fresques du XIIe siècle,
dont l’une, partiellement disparue, montre le Christ transmettant
à saint Jacques la verge symbole de ses pouvoirs de guérison
(seul un œil averti peut la lire convenablement). Une fresque du
XIIIe siècle, intacte, représente la décollation
de saint Jacques*.
- Saint-Jacques-en-Valgodemard
(Hautes-Alpes, ar. Gap, c. Saint-Firmin)
La paroisse est mentionnée en 1179.
- Saint-Jacques-sur-Darnétal
(Seine-Maritime, ar. Rouen, c. Darnétal)
- Ville-Saint-Jacques
(Seine-et-Marne, ar. Fontainebleau, c. Moret-sur-Loing)
Cette paroisse est mentionnée en 1288.
Ailleurs, d’autres villages Saint-Jacques ont été
progressivement rattachés à des communes voisines telles
que, par exemple, Grasse (Alpes-Maritimes), Lisieux (Calvados), Bannalec
et Sibiril (Finistère), Carentoir et Rieux* (Morbihan), Sionne
et La Chapelle-devant-Bruyères (Vosges). De nouvelles paroisses
Saint-Jacques ont été créées dans le cadre
de la réorganisation entreprise par la plupart des diocèses
de France.
- Noms dérivés de saint Jacques
A ces communes on doit ajouter celles dont les noms ont des formes, actuelles
ou anciennes, montrant dérivées de saint Jacques. De l’anglais
viennent les Saint-James, Saint-Jammes, Sainte-Jamme-sur-Sarthe, francisés
parfois en Sainte-Gemme. A cela on peut ajouter Saint-Yaguen dans les
Landes, et Saint-Jacut en Bretagne.
Saint-Jacques (Le)
Ce sentier GR 65* né en 1972 doit certainement beaucoup au grand
érudit et marcheur Raymond Oursel* qui, dans les années
1960, avait évoqué dans la région la fameuse “
route du Puy ” du Guide du pèlerin*. La couverture médiatique
de la venue au Puy en 1962 de Mgr. Quiroga*, archevêque de Compostelle,
puis le retour à la nature consécutif à 1968 ont
incité plusieurs membres du Comité régional des Sentiers
de Grande Randonnée à chercher ces anciens parcours. A défaut
de bases historiques, la majesté des paysages de l'Aubrac et la
faible densité de population ont contribué au succès
de ce chemin.
Saint-Jacques-de-Compostelle
Contrairement à un usage courant, cette expression ne désigne
pas le personnage d’un saint mais une ville. Elle est la traduction
française de Santiago de Compostela dont le nom est souvent abrégé
en Compostelle. Ville située au Nord-Ouest de l’Espagne,
capitale de la Galice, province autonome depuis 1981. Sa création,
et son nom, sont la conséquence de la découverte au IXe
siècle, d’un tombeau* attribué à saint Jacques,
apôtre du Christ, nommé patron* de l'Espagne. Il y est fêté
solennellement chaque 25 juillet. Lorsque cette fête* est un dimanche,
l'année est déclarée sainte* et les pèlerins
y bénéficient d'une indulgence* particulière. Dès
le IXe siècle, Compostelle a enlevé le siège du diocèse
à Iria Flavia. La promotion de cette ville-sanctuaire, au niveau
européen a été faite essentiellement à partir
du XIIe siècle principalement en faveur d’Alphonse VII* (roi
de Castille, Léon et Galice). Elle a été amplifiée
du XVIe au XVIIIe siècle au moment des guerres de Religion. Progressivement
tombée dans l’oubli elle renaît à la fin du
XIXe siècle lorsque son archevêque, le cardinal Paya y Rico*
“ redécouvre ” le corps de saint Jacques. Pendant la
guerre civile en Espagne et la seconde Guerre Mondiale, Compostelle a
servi de lien entre l’Espagne catholique et des pays européens,
en particulier la France et a permis de maintenir des relations malgré
ces douloureux conflits. En 1943, l’ambassadeur de France à
Madrid y est allé en pèlerinage porter un ciboire* offert
par le Maréchal Pétain*. Le choix des chemins de Saint-Jacques
comme premier Itinéraire Culturel Européen* a fait de la
ville un symbole européen. Chaque année Compostelle accueille
des millions de visiteurs dont près de 200 000 s’y font reconnaître
comme pèlerins. Ils y parviennent à pied, à vélo
ou à cheval, après un trajet de quelques jours ou plusieurs
mois, à l’image du pèlerinage* médiéval
qui leur est proposé comme modèle et reçoivent un
certificat de pèlerinage ou Compostela*. Coordonnées géographiques
: latitude : 42 degrés 52 minutes 44 secondes Nord longitude :
8 degrés 32 minutes 19 secondes Ouest.
- Etapes de la construction de la cathédrale
Du Ier ou IIe siècle jusqu’au VIIe siècle le lieu
est une nécropole, au VIIIe siècle, personne n’y est
plus inhumé car la zone est dépeuplée. Entre 791
et 842 : Alphonse II fait édifier une petite église, après
la découverte du tombeau* réputé être celui
de saint Jacques. En 899, Alphonse III (866-911) la remplace par une église
plus vaste autour de laquelle se développe la ville. En 997, Al
Mansour, appelé par des seigneurs galiciens, détruit le
sanctuaire et la ville. Vers 1075, Alphonse VI (1072-1109) et l’évêque
Diego Pelaez construisent une nouvelle église en commençant
par le chevet. Les principales étapes de sa construction sont :
1122 : fin des travaux, à l’exception des tours ; 1188 :
construction du porche* de la Gloire ; 1211 : nouvelle consécration.
Le cloître actuel date du XVIe siècle. Chaque génération
ajoute des chapelles et des embellissements (se côtoient les styles
roman, gothique, Renaissance et baroque). De 1738-1750, en avant du porche
de la Gloire est construite la façade de l’Obradoiro.
- Dimensions de la cathédrale
Longueur : 100 m. Transept : 70 m. Surface : 23 000 m2
Saint-Jean-d’Angély
(Charente-Maritime)
L’ancienne abbaye, mentionnée dans le Guide du pèlerin*
est inscrite au Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins
de Compostelle. Cependant, nombre de pèlerins faisaient de Saint-Jean-d’Angély
le but de leur pèlerinage, sans aller plus loin. Ils venaient y
vénérer le chef de saint Jean-Baptiste (que l’on retrouve
aussi à Amiens). Bien que cette abbaye ait été refondée
par l’abbé de Cluny* en 1050, rien n’indique qu’elle
ait eu un rapport quelconque avec Compostelle, si ce n’est qu’auparavant
elle avait été dotée par le duc d’Aquitaine
Guillaume V (993-1030) qui, lui, avait des liens avec Compostelle. Au
Moyen-Age, les pèlerins qui vont en Galice, ou en reviennent, par
la grande route d’Espagne, ne parlent pas de cette étape,
pas plus que n’en parle Guillaume Manier au XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, l’abbaye est transformée en “ Centre
de culture européenne Saint-Jacques-de-Compostelle ” et se
fait un devoir d’accueillir gracieusement les pèlerins.
Saint-Léonard-de-Noblat
(Haute-Vienne, ar. Limoges)
Un texte écrit au XIe siècle, en un temps où le pèlerinage
est déjà très couru, décrit saint Léonard
comme un ermite mort cinq siècles auparavant, dans la forêt
de Pauvain, près de la Vienne. Le roi de France lui aurait conféré
le pouvoir de libérer les prisonniers. Ce sanctuaire est mentionné
par le Guide du pèlerin* et, à ce titre, figure au Patrimoine*
Mondial de l’UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. En 1246,
il figure sur la liste des pèlerinages* pénitentiels mineurs
(des hérétiques de Gourdon y sont envoyés en pèlerinage).
L’une des chapelles de la collégiale a accueilli, au XIXe
siècle, un devant d’autel (XVIIe siècle) provenant
de l’église de Beaumont (Corrèze) où l’on
voit, deux personnages adorant Dieu et le Saint-Esprit. On dit que ce
sont saint Jacques en pèlerin et saint Léonard tenant en
ses mains des fers de prisonniers (mais les personnages n’ont pas
d’auréole : ne s’agirait-il pas d’un simple pèlerin
et d’un prisonnier récemment libéré venu rendre
grâce ?).
Saint-Léger
(Charente-Maritime, ar. Saintes, c. Pons)
La Chronique* du Turpin saintongeais s’étend longuement sur
les fondations faites par Charlemagne en Saintonge*. A Saint-Léger-les-Ponts,
l’empereur aurait ainsi fondé la chapelle Notre-Dame de l’île,
dans les marais près de la Seugne et y aurait déposé
“ la croix qu’il portait à son cou ”. L’ensemble
a perdu vie à partir du XVIe siècle, lorsque les marais
ont obligé les villageois à partir, ne laissant que la chapelle
sur le point culminant. Dans les ruines de la chapelle transformée
en étable, les pèlerins venaient encore, au XIXe siècle,
formuler des prières à l’intention de leurs enfants.
A quelques centaines de mètres, une fontaine Charlemagne faisait
partie d’une série de cinq sources. Elle est toujours là,
avec la marque du sabot du cheval de l’Empereur et sa margelle au
ras du sol, presqu’intacte, perdue dans une peupleraie et cachée
par la végétation. Seuls quelques rares initiés connaissent
encore son emplacement.
Saint-Marcel en Tarentaise
(Savoie, ar. Albertville, c. Moûtiers)
En Tarentaise*, Saint-Marcel est une petite commune de 600 habitants.
Son nom n’apparaît qu’au XVIIe siècle. Auparavant,
le village se nommait “ Les Granges ”, une exploitation agricole
dépendant sans doute de l’évêché.
- La chapelle Saint-Jacques
Sur un éperon rocheux barrant la haute vallée de l’Isère,
est bâtie une chapelle Saint-Jacques fraîchement restaurée.
Elle est le témoignage principal d’un culte local à
un saint Jacques* de Tarentaise qui ignora Compostelle. Avant d’être
transférée à Moûtiers, la première église
cathédrale fut, dit-on, bâtie sur ce rocher. Plus tard, l’endroit
devint le palais d’été des archevêques : des
textes du XIIe siècle parlent du “ prieuré Saint-Jaqueme
” et du Castrum sancti jacobi (château Saint-Jacques). Un
curé était chargé des fidèles des environs.
Remparts, chapelle et château furent détruits entre 1600
et 1615 (il reste quelques vestiges des anciens remparts). Il fallut attendre
1895 pour que soit entreprise la reconstruction de la chapelle. L’édifice
achevé fut bénit le 12 octobre 1909 lors d’une cérémonie
solennelle. Un pèlerinage eut lieu en 1912, un autre en 1920. Le
dernier eut lieu en 1939, qui ne fut suivi que par quelques paroisses
voisines. En 1959, le curé de Saint-Marcel cherche pour la dernière
fois à la réparer, puis elle est abandonnée, d’abord
aux moutons puis aux vandales. En 2003, elle fut enfin rachetée
par la commune qui, avec la participation du Conseil Général,
réussit à entreprendre sa restauration.
- L’église paroissiale actuelle
Après la destruction du château Saint-Jacques, le nom continua
d’être utilisé sur les cartes et les documents, pendant
tout le XVIIe siècle. Les habitants des Granges utilisèrent
les pierres pour construire leurs propres maisons et une nouvelle église
au centre de leur village. Elle fut consacrée en 1662, sous le
double vocable Saint-Jacques et Saint-Marcel et dotée d’une
relique* de saint Jacques. Au siècle suivant, le nom de Saint-Marcel
s’impose, mais saint Jacques n’en est pas pour autant oublié.
Saintonge
Cette région, facile à traverser, servit naturellement d’axe
de communication tant pour aller vers l’Espagne que pour en venir,
comme le firent les envahisseurs arabes arrêtés à
Poitiers*. Les itinéraires marchands qu’elle offrait ont
donc naturellement été empruntés par les pèlerins
pour visiter à l’un ou l’autre de ses sanctuaires,
Saintes*, Saint-Jean-d’Angély* ou pour aller à des
sanctuaires plus lointains dont Compostelle*. Elle a longtemps fait partie
du Poitou, région natale d’Aimeric Picaud*, rédacteur
du dernier Livre du Codex Calixtinus*. Par le biais de la Chronique* du
Turpin saintongeais, la Saintonge est riche des souvenirs légendaires
laissés par le passage de Charlemagne*. Originaire de Melle, René
de La Coste Messelière* a naturellement travaillé à
créer des liens entre des villes de la région et Compostelle.
Saint-Pé de Bigorre
(Hautes-Pyrénées, ar. Argelès-Gazost)
Selon la légende, Sanche V de Gascogne, miraculeusement guéri
en ce lieu, y fonda un monastère en 1022. Cet établissement
de l’ordre de Cluny* fut considéré au début
du XXe siècle comme étape sur le chemin de Compostelle.
Pourtant, l’église qui possède encore une clé
de saint Pierre, supposée guérir de la rage, fut un lieu
de pèlerinage important. Une inscription dans le baptistère
fait référence aux pèlerins en mentionnant “
la porte de saint Pierre ”, témoignage du pèlerinage
local. Aujourd'hui cette partie de l'inscription est oubliée par
le document qui présente l'église : les pèlerins
sont devenus des pèlerins de Compostelle.
Saints pèlerins
Voir pèlerins (saints)
Saison
Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons pour partir*
vers Compostelle.
Sallanches
(Haute-Savoie, ar. Bonneville)
En Savoie*, le Trésor de la collégiale* Saint-Jacques de
Sallanches conserve encore aujourd’hui une relique* de saint Jacques,
dans un reliquaire décrit ainsi en 1601 “ le grand reliquaire
de la dite église auquel au dedans est enchâssée une
côte de saint Jacques tenue par l’image d’un ange, ledit
ange et reliquaire de fin argent où sont les armoiries de messieurs
de Montrottier ”. Pour tous, il ne fait aucun doute que cette relique
provient de saint Jacques le Majeur. Pourtant, le procès-verbal
du classement au titre de Monument Historique, daté de 1904, recopie
la fine inscription gravée sur le phylactère tenu par l'ange
: “ S.IAC… LE MYNOR ”. On ignore tout de cette relique.
Les armes de la famille Montrottier étant gravées sur le
reliquaire, on peut penser que la relique a été rapportée
de Compostelle par Nicod de Menthon*, seigneur de Montrottier, à
moins qu'il n'ait simplement financé la confection d'un reliquaire
neuf au moment de son retour. La collégiale fut le lieu d'un pèlerinage
local* à saint Jacques qui n'a survécu à la Révolution
que par une procession mensuelle dans l'église, derrière
le reliquaire de saint Jacques. Au XIXe siècle, l'église
fut ornée de quatre grands tableaux représentant des scènes
de la vie de saint Jacques le Majeur : la vocation des deux fils de Zébédée,
la demande de Marie Salomé de la meilleure place au ciel pour ses
fils, le départ pour l'Espagne de saint Jacques et l'apparition
de la Vierge* du Pilier à Saragosse. S'y ajoutent quelques statues.
Le pèlerinage local est bien oublié mais les commerçants
rêvent d'un saint Jacques plus lointain : plusieurs se sont groupés
dans le Centre Commercial “ Le Compostelle ”.
Salmiech
(Aveyron, ar. de Rodez)
Lieu de naissance de Béranger de Landore*, archevêque* de
Compostelle au XIVe siècle. Les ruines de son château sont
encore visibles
Salut
Dans la théologie chrétienne, l’homme, blessé
par le péché, a besoin du salut de Dieu* pour en être
libéré et entrer en communion avec Lui. Assurer le salut
de son âme est une des motivations du pèlerin médiéval
qui cherche à acquérir des grâces* au contact des
reliques* des saints et à gagner des indulgences*. Aujourd’hui
l’Eglise parle plus volontiers de la miséricorde de Dieu*
que d’indulgences et propose un salut « qui n’est pas
uniquement à venir mais déjà accessible par la grâce
de Dieu ».
Sanctuaires Saint-Jacques
Au Moyen Age le culte de saint Jacques était très vivant,
en particulier parce que l’apôtre était considéré
comme l'auteur de l'Epître* de Jacques. Il était vénéré
dans de nombreux sanctuaires conservant une de ses reliques*, voire même
un corps entier. Vers 1025 l'abbaye de Fleury-sur-Loire affirmait déjà
qu'on pouvait vénérer saint Jacques ailleurs qu’à
Compostelle et en particulier dans toute église Saint-Jacques :
Et cette piété divine n'opère pas seulement dans
le lieu qui doit être révéré en toute dévotion,
mais aussi dans tous les lieux consacrés au nom du saint. Il existe
ainsi, en Neustrie, une église consacrée à sa mémoire,
dans laquelle sont vénérées ses reliques très
précieuses, où nous savons que se produisent quotidiennement
autant de miracles qu'il convient par l'opération d'un tel Apôtre.
Ces sanctuaires ont été longtemps négligés
par les chercheurs, voire niés, en fonction du fait qu’ils
ne pouvaient pas abriter une relique du “ vrai ” saint Jacques
le Majeur revendiqué par Compostelle*. Les pèlerinages locaux
à “ saint Jacques l’apôtre ” ont pourtant
eu une existence bien réelle. Ce sont ces sanctuaires de proximité
qui ont drainé vers eux ces “ foules de pèlerins de
Saint-Jacques ” dont on parle tant. Certains, à côté
de leur vocation pèlerine, exerçaient une fonction paroissiale
(Sallanches*), abbatiale (Saint-Sernin de Toulouse*) ou hospitalière
(Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris*), ces spécialisations
faisant parfois oublier la première à laquelle ils doivent
pourtant très souvent leur existence. Lorsqu’il s’agit
de chapelles isolées, les sanctuaires ont une vie très ralentie
et ne s’éveillent guère que le jour de la fête
du saint, célébrée avec faste par le clergé
local et courue par les gens du voisinage. La liste de ces sanctuaires
à reliques est longue. Parmi eux Arras*, Angers*, Bru* (le), Calahons*,
Echirolles*, Paris*, Reillanne*, Saint-Marcel* en Tarentaise*. Si beaucoup
ont disparu à la Révolution, d’autres ont survécu
(Aire-sur-la-Lys*) ou retrouvent vie depuis quelques dizaines d’années
(Locquirec*, La Chapelle-d’Angillon*). S’ils n'ont pas tous
constitué des étapes pour les pèlerins en route vers
la Galice, tous ont été des relais de la cause compostellane
en cultivant le culte de l’apôtre et en diffusant les légendes
de Compostelle. De surcroît, ils ont largement accueilli les pèlerins
des environs qui avaient accompli le grand voyage. 
Santé
“ Un jour de randonnée, une semaine de santé ”
dit un slogan de la FFRP*. La marche* est une activité naturelle
de l’homme. Partir* peu entraîné ne sera pas un handicap
pour qui considérera les premiers jours comme une mise en jambes
très progressive. Mais comme la tentation est grande d’aller
plus loin qu’il ne faudrait raisonnablement il demeure prudent de
faire quelques marches avant de partir. Beaucoup de personnes souffrant
d’affections permanentes comme le diabète ou l’hypertension
ont fait le chemin en prenant l’avis de leur médecin traîtant
et en respectant certaines précautions.
Santiago
Sant Iago en espagnol signifie saint Jacques* en français. Santiago-de-Compostela
est le nom espagnol actuel de Saint-Jacques-de-Compostelle*
Santo Domingo de la Calzada
(En français : Saint Dominique de la chaussée)
Ermite espagnol qui consacra sa vie à l'accueil des voyageurs et
à l'amélioration des routes. Sur le Camino francés,
la localité qui porte son nom a aussi été rendue
célèbre par le miracle du Pendu-dépendu* et surtout
par le coq et la poule qui continuent à vivre dans une cage placée
dans l’église.
Saragosse
Ville célèbre par la légende de l’apparition
de la Vierge à saint Jacques au cours de sa prédication
en Espagne. La Vierge serait apparue sur un pilier d’où son
nom de Vierge* du pilier.
Sarrasins
Nom souvent attribué aux tribus berbères qui ont envahi
la péninsule ibérique au VIIIe siècle. Maures* est
également utilisé.
Saucissonnage
Pratique du pèlerinage par tronçons annuels d’une
dizaine de jours, permettant de concilier vie professionnelle et vie familiale.
C’est un type de pèlerinage de plus en plus pratiqué
mais fondamentalement différent du pèlerinage réalisé
d'une seule traite. Il présente l’inconvénient d’obliger
à se réacclimater chaque année et ne permet pas de
jouir de tous les bénéfices d’une marche* au long
cours.
Sauf-conduit
Voir lettres de recommandation
Sauterelles
Les légendes* vont bon train sur le Camino. Entre Hornillos del
Camino et Castrojeriz on montre l’endroit où un pèlerin
a été mangé par des sauterelles.
Sauvage (domaine du)
(Haute-Loire, comm. Chanaleilles*)
Ancien domaine dont une légende tenace prétend qu’il
fut une “ Ferme templière* ”. Proche du col de l’Hospitalet*
et transformé en gîte, il appartient actuellement au conseil
Général de Haute-Loire. Il est très fréquenté
par les pèlerins du GR* 65, malgré le détour que
sa visite impose par rapport à l'itinéraire direct.
Sauvegarde du patrimoine
Tout le patrimoine* lié aux cultes à saint Jacques mérite
d'être identifié, sauvegardé le cas échéant
et mis en valeur même s'il n'est pas en relation avec Compostelle.
Les anciens pèlerins de Saint-Jacques, sensibilisés au culte
de ce saint, devraient se retrouver aux avant-postes de ces actions. Mais
ils pensent généralement plus aux chemins qu’au patrimoine.
Quand des municipalités s’y intéressent c’est
souvent aussi dans le but de justifier leur reconnaissance comme étapes
des chemins contemporains. Qu’importe si elles savent raconter aux
pèlerins une histoire locale intéressante. Malheureusement
le seul discours consiste souvent à dire qu’elles sont sur
un chemin de Compostelle. Il y a heureusement des exceptions comme celle
de Saint-Marcel* en Tarentaise.
Savoie
Pendant tout le Moyen Age, les comtes de Savoie, issus des comtes de Genève,
revendiquent leur parenté avec Olivier*. Ils entretiennent des
relations avec la Castille et avec Compostelle. Au début du XIVe
siècle, lorsque le comté de Savoie devient duché,
le duc Amédée VIII fait composer une Chronique de Savoie
racontant les origines de la lignée. Au Xe siècle, l'ancêtre
mythique Bérold, contraint de s'exiler dix ans, en profite pour
parcourir le monde “ en faisant les voyages que tout bon chevalier
se doit d’entreprendre ”. “ Après dîner
partit messire Berold à son voyage et visitant les rois et grands
seigneurs des Espagnes, desquels il reçut honneurs et cadeaux.
Terminé son voyage à Saint-Jacques et ayant été
en l’armée de Grenade avec le roi de Castille, s’en
retourna ”. Parmi les nobles savoyards ayant accompli le pèlerinage,
Nicod de Menthon*, Jacques de Montmayeur*, la duchesse de Savoie Marguerite
de Wurtemberg en 1466. En 1446-1448, Sébastien Ilsung* pèlerine
sous la livrée du duc de Savoie
Sceptre de Charles V
Voir Charles V
Schönbrunner (Heinrich)
En 1531 Heinrich Schönbrunner décide de partir pour Compostelle.
Dans son journal tenu de 1500 à 1537, il a laissé un récit
de son pèlerinage. On sait de lui qu’il est membre d’une
famille importante de Zug (Suisse), et homme guerre connu pour ses fondations
pieuses. De ses motivations, on ne sait que ce qu’il en a dit :
“ Je me suis proposé, avec l’aide de Dieu et de la
Vierge Marie, de faire un pèlerinage au saint Apôtre et Prince
du ciel, saint Jacques ”. Il part avec deux notables de Lucerne
et un moine, chacun accompagné de quelques serviteurs. Les pèlerins
voyagent à cheval jusqu’à la Rochelle où ils
embarquent pour la Corogne après avoir laissé leurs chevaux
à un palefrenier (voir pèlerinages* maritimes). Le récit
est court et ne retient que les éléments essentiels du voyage
: une grande fête à Paris, la beauté du château
et des jardins de Blois, deux lions à Amboise, son étonnement
devant la légende de la fée Mélusine à Lusignan,
des dauphins dans la mer. Il frémit encore au souvenir de la traversée,
avec une tempête qui oblige le navire à revenir à
la Rochelle, puis une course poursuite avec des pirates et encore une
tempête pour rentrer. La carte* de son itinéraire est facile
à dresser à partir de ses indications et, là encore,
rien à voir avec les “ routes historiques ”*. Heinrich
Schönbrunner ne s’étend pas sur ses dévotions.
Il mentionne les reliques de saint Martin à Tours, sa prière
à saint Jacques pendant les tempêtes ; il va deux fois à
la messe, à l’arrivée à la Corogne et, au retour,
à la Rochelle, sans doute pour rendre grâce d’être
arrivé vivant. L’arrivée à Compostelle est
relatée d’une manière très concise : “
on y éprouve une grande joie comme si l’on arrivait chez
soi. Le Jeudi nous entendîmes la messe, payâmes l’aubergiste
et firent ce que chacun doit : prendre un petit-déjeuner, rendre
grâces à saint Jacques, prendre le chemin du retour au nom
du Seigneur, rejoindre La Corogne, attendre un vent favorable, et repartir
avec un autre bateau ”. Au retour, les pèlerins vont en action
de grâce au sanctuaire d’Einsiedeln où “ nous
avons fait trois jours durant le pèlerinage ”.
Sébastien Ilsung
Voir Ilsung
Secret
Il n’y a pas de secret caché sur le chemin de Compostelle
qui serait à découvrir comme le héros de Paolo Coelho*
parti à la recherche de son épée. La magie* du chemin
se découvre au fil des jours et des rencontres*. Elle se découvre
aussi pour chacun, au plus profond de lui-même dans le secret de
son cœur ou de ses pensées, là où la monotonie
du rythme de ses pas le fait plonger. Là où il se retrouve
et rencontre ainsi son plus proche ennemi. Mais il y a des lieux qu’il
faut savoir conserver secrets, chapelles où subsiste une statue
de saint Jacques du XIIe, fresque merveilleuse que des doigts irrespectueux
ont en partie effacée, oratoire au fond d’un bois où
quelques privilégiés viennent se recueillir chaque 25 juillet
… nous ne les désignerons pas.
Séez
(Savoie, ar. Albertville, c. Bourg-Saint-Maurice)
En Savoie* au Moyen Age, la famille des Duin revendique sa parenté
prestigieuse avec Olivier* en entourant ses armes d’une “
cordelette enfilée de trois coquilles ” que l’on retrouve
sur une de leurs maisons à Entrevernes, sur les Statuta Sabaudiæ,
un recueil de lois du duché promulguées par Amédée
VIII, daté de 1432 et enfin sur le gisant de l’église
de Séez qui porte, ainsi que le lion couché sous ses pieds,
ce collier de coquilles, vraisemblablement celui de Bertrand de Duin,
mort à Séez en 1469.
Sello
Nom espagnol du tampon*. La chasse aux sellos fait fureur en Espagne.
Elle est un moyen d’attirer le client dans les bars et les restaurants.
Sens du pèlerinage
La démarche pèlerine a ses origines dans des traditions
qui relient l’homme au sacré*. Le sens profond du pèlerinage
est à rechercher dans ces traditions. Il s’est perdu au cours
des siècles et n’a subsisté qu’en lien avec
des pratiques religieuses codifiées par les Eglises qui gèrent
les sanctuaires et proposent des pèlerinages. Ainsi des règles
ont-elles été édictées pour l’obtention
formelle des grâces* de Compostelle. Le succès contemporain
à Compostelle pose en des termes nouveaux la question du sens de
ce pèlerinage. Pour la majorité des pèlerins en effet
il n’est plus une pratique religieuse. Il est lié à
des besoins fondamentaux auxquels la société et les religions
traditionnelles semblent mal répondre : besoin de rupture avec
le quotidien, de rencontres, de lien social, de repères, quête*
personnelle pour faire le point et mieux se connaître, envie de
vivre plus intensément. Au delà des réponses individuelles,
la marche au long cours donne à chacun l’occasion de s’ouvrir
à des valeurs universelles qui le relient à ses compagnons
sur le chemin et éclairent leur “ pèlerinage de vie
humaine ”.
Sexe
La coquille* et le bourdon*, attributs* des pèlerins, se prêtent
à des interprétations à connotation érotique.
Au XVIIIe siècle, l’abbé de Voisenon, ami de Voltaire,
rédige ce malicieux “ Bouquet pour le jour de saint Jacques
” : “ Le patron de toutes les filles / C'est le saint Jacques
des Bourdons / Le patron de tous les garçons/ C'est le saint Jacques
des Coquilles / Nous pouvons tous les deux nous donner un bouquet / Coquilles
et bourdons exigent que l'on troque / Cet échange affermit l'amitié
réciproque / Et cela vaut mieux qu'un œillet ”. Certains
objets retrouvés parmi les enseignes* de pèlerinage, parfois
considérés comme grivois dans la mentalité contemporaine
qui a perdu le sens du sacré, sont des symboles de fertilité.
On oublie souvent en effet que le pèlerinage a parfois été
l’ultime recours d’une femme stérile ou le témoignage
de la reconnaissance de couples bénis par une naissance. Quant
aux amours sur les routes, elles ont longtemps été la grande
crainte de l’Eglise, partagée entre le désir de voir
les pèlerins fréquenter les sanctuaires et la peur de les
y voir perdre leur âme ! Vers 1175, l’évêque
de Rennes, Etienne de Fougères, déplorait dans son Livre
des manières qu’une femme mariée puisse profiter d’une
veillée de pèlerinage pour rencontrer son ami. Vers 1380,
dans Le conte de la femme de Bath le poète Geoffroy Chaucer affirmait
que : “ Celui qui construit sa maison entièrement en brins
d'osier Qui pique son cheval aveugle dans les jachères Et qui accepte
que sa femme aille en pèlerinage Il mérite d'être
pendu à la potence ”. Aujourd'hui encore les craintes ne
sont peut-être pas qu'anecdotiques : la revue Capital rapportait
en août 2003 qu’il en coûtait 1550 € (plus 800
€ de frais) pour lancer, sur le chemin de Saint-Jacques, pendant
quatre jours, un détective privé sur les traces d’un
couple en rupture de ban. On rejoint ainsi la thématique des “
pèlerins de l’Amour ”*. 
Signalétique
L’origine d’une signalisation des chemins pour les pèlerins,
piétons ou cavaliers, n’est pas connue. En 1982, seuls les
sentiers de Galice étaient balisés. A chaque carrefour,
une main soigneuse et inconnue avait indiqué la direction. Des
flèches bien visibles sur les arbres et les murs ou au sol, faites
de cailloux ou de petites branches, la matérialisaient. De quand
datait cette initiative sans doute renouvelée chaque année
? A partir de 1983 sont apparues des flèches* jaunes progressivement
étendues à tout le chemin espagnol. En 1984, le Conseil
de l’Europe a proposé “ d'autoriser l'utilisation d'un
emblème spécial du Conseil de l'Europe par les villes et
par d'autres institutions qui participent à la sauvegarde et à
la promotion des itinéraires de pèlerinage ”. Un logo
a été défini en 1987 et largement diffusé
à partir de l’année* sainte 1993 au profit exclusif
des chemins de Compostelle. Cette même année, la Xunta de
Galice a ajouté un logo spécifique. Il en résulte
une grande diversité dans le balisage* des chemins qui nuit à
son efficacité. Le logo européen pourrait être directionnel
s’il était compris de la même façon par tous
les utilisateurs. Il faut un certain temps au pèlerin passant d’une
région à l’autre pour s’apercevoir que la signalisation
s’est inversée. Quant au logo Xacobeo, il indique une position
mais pas de direction. En France la variété est encore plus
grande. Chaque association* de pèlerins ou organisme public ayant
envie d’apposer sa marque qui se superpose au marquage officiel
de la FFRP*. En dehors des GR*, le balisage s’arrête souvent
aux frontières du territoire de l’organisme concerné.
A cette signalétique des chemins s’ajoute la signalétique
routière des haltes sur les chemins de Compostelle ainsi que d’autres
dues à des initiatives locales comme les clous* dans certaines
villes.
Signes d’hospitalité
Aujourd’hui, le pèlerin qui arrive dans la ville a souvent
du mal à trouver le gîte. Dans les siècles passés,
de multiples exemples montrent que les hôpitaux, comme les auberges,
étaient marqués de signes distinctifs dont certains sont
encore visibles : statues (hôpital Saint-Jacques de Dammarie-en-Goêle),
croix (hôpital Saint-Roch à Issoudun), inscriptions (Issoudun
et maison-Dieu de Bourges).
Silence
La marche* solitaire dans la nature offre aussi l’occasion de goûter
au silence et peu à peu de faire silence en soi.
Société des amis de saint Jacques
Association fondée en France en 1950 par un groupe d’érudits
hispanisants intéressés par l'étude du pèlerinage
à Compostelle et des vestiges qu'il avait laissés. La plupart
de ses fondateurs avaient joué un rôle important dans les
relations culturelles franco-espagnoles à partir de 1936 et pendant
la guerre. Le premier président a été Jean Babelon*.
Son successeur a été, en 1978, René Frottier marquis
de La Coste-Messelière*. Parmi les premiers membres, Jeanne Vielliard,
Yves Renouard, Jean Secret, Raymond Oursel*, Yves Bottineau*. Les statuts
parus au Journal officiel du 8 septembre 1951 précisaient que l’association
avait “ pour but l’étude des mouvements artistiques,
historiques, littéraires et religieux provoqués par la dévotion
à saint Jacques le Majeur, particulièrement manifestée
par le pèlerinage à Compostelle ”. La Société
a contribué à développer l'intérêt pour
le pèlerinage à Compostelle sans toutefois prévoir
son extension actuelle. Elle a suscité la fondation d'associations*
locales qui se sont pour la plupart développées sans conserver
de liens avec elle. Elle est la représentante d’un courant
de pensée qui a, pour partie, oublié ses premiers projets
et pour lequel, aujourd’hui, tout ce qui a trait à saint
Jacques se rapporte uniquement à Compostelle.
Sociologie
Les chemins de Compostelle sont parcourus par des personnes de tous âges
et de toutes conditions. Hommes et femmes y sont en proportions sensiblement
égales. La répartition par âges, nationalités
et catégories socioprofessionnelles dépend du lieu d’observation.
Les pèlerins français sont en majorité des retraités,
cadres ou professions libérales. Bénéficiant de moins
de congés et de moins de moyens financiers, les artisans, ouvriers
et agriculteurs sont peu nombreux sur les chemins. On y trouve aussi une
proportion importante d’étudiants
Soleil
Compagnon doux ou brûlant que le pèlerin de Compostelle ne
contemple de face que pour son coucher au cap Finisterre* ou au petit
matin pour sentir la chaleur de ses premiers rayons après un départ
du gîte à la fraîche ou un réveil par la rosée
avant l’aube*. Le symbolisme du soleil qui revient chaque jour pour
disparaître le soir, dont la lumière dévoile ce que
la nuit cachait, qui réchauffe et vivifie mais aussi dessèche
est multiple.
Solitude
Même au pèlerin parti en groupe, la marche* offre de longs
moments de solitude. Ils sont parfois difficiles à supporter. Ils
peuvent faire peur*. Mais en faire l’expérience est une des
chances qu’offre le chemin de Saint-Jacques. Elle peut être
vécue sur d’autres chemins mais différemment. C’est
une des dimensions de la magie* du chemin de Compostelle.
Somport
Col par lequel les pèlerins du “ chemin d’Arles ”
franchissent les Pyrénées vers le camino* aragonese qui
les conduit à Jacca puis Puente la Reina. En contrebas on peut
encore y deviner les ruines de l’immense hôpital Sainte Christine
ouvert là pour les voyageurs, les indigents et les malades. Il
est cité par le Codex Calixtinus comme “ une des trois colonnes
nécessaires au soutien des pauvres, établies par Dieu en
ce monde ”, avec les hôpitaux de Jérusalem et du Grand
Saint-Bernard.
Sorcière de Compostelle
Actuellement, les vitrines des magasins de souvenirs de Galice regorgent
de figurines représentant des sorcières –meigas en
galicien– chevauchant leur balai ou mitonnant des potions dans une
marmite. Du tee-shirt au porte-clefs en passant par les mugs, ces gentilles
sorcières passent pour porter bonheur. Depuis 2004, année*
sainte (!), est proposée la sorcière du chemin de Compostelle
pour protéger les pèlerins de tous les dangers possibles
et imaginables qu’ils pourraient rencontrer en chemin. Cette croyance
en une Galice fief des sorcières de toute la péninsule ibérique
remonte au temps des tribunaux de l’Inquisition.
Souffrance
Le chemin de Compostelle n’est pas que tourisme idyllique et agréables
rencontres. Il est aussi pour beaucoup souffrance. Souffrances physiques
de la marche* et du port du sac* pour les moins entraînés
(mais on a vu aussi sur le chemin des sportifs écroulés
de fatigue). Souffrances morales plus intimes qui ont parfois motivé
le départ. Les rencontres et les échanges du chemin peuvent
les atténuer mais aussi les amplifier. L’arrivée à
Compostelle les baigne souvent des larmes de l’émotion* versées
sur le parvis ou les bancs de la cathédrale.
Source
Voir document.
Souvenirs
A Compostelle, dans le quartier qui entoure la cathédrale, les
rues sont encombrées de boutiques de souvenirs, comme dans toute
ville-sanctuaire. Toute une quincaillerie métallique est proposée
à tous, pèlerins et touristes, à des prix modiques
: coquilles déclinées de mille manières, statuettes
de saint Jacques, épées de Santiago. On trouve aussi des
milliers objets fabriqués avec des coquillages, des objets en bois,
en porcelaine, faïence ou plastique et, dans des gammes de prix supérieures,
les objets en jais*, eux aussi porte-bonheur. Si un néophyte veut
en acquérir sans se faire gruger, il a tout intérêt
à visiter la bijouterie située à l’intérieur
de l’ancien hôpital* des Rois Catholiques, ouverte à
tous. La boutique de la cathédrale se veut moins frivole. Elle
offre des livres, cartes postales, accessoires de bureau, objets de piété
aussi. Quant aux “ sorcières* ”, elles constituent
un bien utile souvenir à tous ceux qui se refusent à rapporter
l’image d’un saint dont, tout compte fait, ils ne veulent
rien savoir. Sans oublier la tarte de Compostelle (voir Galice). Pour
beaucoup de pèlerins, le souvenir majeur reste la Compostela* qu’on
peut faire plastifier à proximité du Bureau* des pèlerinages
et la collection de tampons*.
Spiritualité
La spiritualité du pèlerinage est faite en particulier de
détachement*, d’humilité*, de fraternité* mais
aussi de sens de l’effort, de partage et d’ouverture*.
Sportelle
Enseigne* de pèlerinage
Statistiques
Les statistiques de pèlerins sont très difficiles à
établir. Une estimation ponctuelle a mis en évidence qu'un
dixième environ des pèlerins partant du Puy* arrivent à
Compostelle l'année de leur départ. Le bureau des pèlerins
de Saint-Jean-Pied-de-Port et l'hospice de Roncevaux publient chaque année
les nombres de pèlerins qu'ils ont recensés. Les statistiques
de la cathédrale de Compostelle, ne font état que des certificats
de pèlerinage (Compostela*) délivrés, ce qui est
très réducteur. En 1965, la cathédrale a délivré
9 compostela à des pèlerins français, 182 en 1982.
L’affluence ne date en réalité que de l’année
sainte 1993, qui voit les chiffres dépasser le millier. L’augmentation
est ensuite exponentielle (la fréquentation retombe après
les années saintes, mais reste toujours à un niveau supérieur
aux précédents). 180 000 compostela ont été
délivrées lors de l’année sainte 2004, près
de 100 000 en 2005. En 2005, pour la première fois, il semble que
le nombre des pèlerins espagnols ait été inférieur
à celui des étrangers. La sociologie* du pèlerinage
reste à étudier de façon fine.
Statue
Dite aussi “ Image ” au Moyen Age. Il convient de se souvenir
qu’aucune statue de saint Jacques ne constitue une balise du chemin
de Compostelle. Voir iconographie
Suero de Quiñones
Chevalier espagnol qui s’est rendu célèbre, en l’année
sainte* 1434, en provoquant en combat singulier sur le pont d’Orbigo*
tout chevalier en route vers Compostelle (une sorte de tournoi appelé
Pas d’Armes). Suero de Quinoñes appartenait à la plus
puissante famille des Asturies et du Léon. Chevalier accompli,
il est cultivé et féru de littérature chevaleresque.
Il avait vingt ans et, chaque jeudi, il portait en l’honneur de
la dame de son cœur, en signe de captivité amoureuse, une
emprise, chaîne d'argent doré qui entravait ses mouvements.
Mais il se lasse et offre ce Pas d’Armes comme cadeau de rupture
à sa dame, alors qu’il projette d’en épouser
une autre. Le Pas s'ouvrit le samedi 10 juillet, avec l’arrivée
de trois chevaliers. Après la messe eut lieu un défilé
d’honneur avec l’entrée de neuf preux, précédés
de musiciens et d’un char conduit par un nain et suivis de Suero
escorté de trois pages et de nombreux seigneurs à pied.
Chaque jour commençait par une messe. Pendant toute la durée
du Pas, Suero et ses compagnons ont affronté soixante-huit adversaires
qui se sont présentés comme nobles pèlerins de Compostelle
(quatre seulement étaient non ibériques). Lors de la clôture
du Pas, Suero fut délivré de sa chaîne symbole de
son engagement amoureux puis fit une entrée triomphale à
León. Guéri de ses blessures, il effectua le pèlerinage
à Santiago et offrit à saint Jacques le collier d'argent
doré qu'il avait porté jusque là en l'honneur de
sa dame. On peut le voir encore aujourd’hui à la chapelle
des Reliques de la cathédrale, autour du cou du buste-reliquaire*
de saint Jacques Alphée, à l'endroit même où
Suero l'a déposé. Sur une pièce de cristal de roche
attachée à ce collier, on lit si a vous non playst avoyr
mesura certes ie di que ie suy sans ventura.
Sylvanès
(Aveyron, ar. Millau, c. Camarès)
En 1136 Pons de Layrac y fonda une abbaye en expiation, dit-on, de ses
fautes, après avoir effectué le pèlerinage de Compostelle.
Après une longue période de décadence, l’abbaye
a repris vie, à partir de 1975, grâce à un enfant
du pays, le dominicain André Gouzes, bâtisseur, compositeur,
poète, troubadour et en même temps bâtisseur de liturgie
et évangélisateur, se souciant de rendre l’Eglise
à l’ensemble du peuple de Dieu. Entouré d’une
équipe dynamique, il a fait de Sylvanès un centre culturel
international de recherche et de formation, un centre artistique à
forte vocation musicale. Ce lieu qui peut assurer un accueil des pèlerins
mériterait d'être un lieu de passage d'un chemin contemporain.
Symbole
Si la marche* affine les sens, elle rend aussi plus sensible, plus émotif.
Les petites joies du chemin sont amplifiées, les inévitables
difficultés sont vécues avec plus de détachement
si la fatigue n’est pas excessive. Débarrassé de beaucoup
de ses soucis habituels, le marcheur au long cours devient plus ouvert
au monde qui l’entoure. Souvent seul pendant de longues heures il
se crée des compagnonnages avec la nature. Son esprit en éveil
lit de façon nouvelle un environnement auquel il ne prêtait
pas attention auparavant. Un papillon peut devenir un messager, un arbre
ou une sculpture prendre une signification inattendue. Le monde devient
chargé de symboles. Après des heures passées au contact
de la nature, l’œil voit différemment les constructions
humaines que le marcheur rencontre. Il y retrouve la trace d’autres
humains qui lui parlent. Chacun interprète à sa façon
ces témoignages ou recherche des signes qui lui parleront de réalités
cachées. Marchant vers un pèlerinage chrétien, les
pèlerins de Compostelle sont, consciemment ou non, marqués
par le patrimoine hérité d’une foi qu’ils ne
partagent pas forcément. Mais leur disponibilité les conduit
à voir d’un œil nouveau ce que peut-être ils ne
regardent pas dans la vie courante. Pour certains le chemin de Compostelle
devient un chemin initiatique comme il l’a été pour
les chevaliers*, les compagnons* ou les alchimistes* et sans doute beaucoup
de ceux qui y ont cherché la connaissance*.
Syndrome (de Compostelle)
Plusieurs symptômes sont caractéristiques d’une maladie
contagieuse qui touche des personnes physiques ou morales en lien avec
Compostelle. La maladie (qui n’est pas mortelle) prend des formes
sournoises chez des personnes exposées depuis longtemps ou chez
des intellectuels, même après une exposition de courte durée
(les cas les plus graves ont été constatés dans cette
population et semblent liés au stress de fin de carrière).
Elle touche principalement les anciens pèlerins, les collectivités
locales et certains prestataires de service qui vivent du tourisme* local.
Quelques individus présentent des signes de dépendance comparables
à ceux de la drogue (pèlerins récidivistes* ou baliseurs)
qui font dire à un artiste contemporain, lui-même pèlerin,
qu’ils “ se shootent à la coquille* ”. Parmi
ces symptômes figure en effet l’affirmation que toute coquille
(fut-elle un élément de décor du XVIIIe siècle)
témoigne du passage de pèlerins de Compostelle. Ce symptôme
de la coquille s’accompagne généralement des suivants
: considérer comme balises des chemins de Saint-Jacques les commanderies
de Templiers*, d’Hospitaliers, les hôpitaux*, églises*,
chapelles* ou auberges* Saint-Jacques, et prétendre que tout pèlerin
mentionné par un document historique est pèlerin de Galice.
En foi de quoi ces lieux sont placés sur une “ route historique
”*, quitte à ce que cette route soit secondaire, voire simple
bretelle. Chez les pèlerins, cette maladie est d’origine
émotionnelle et psychologique. Chez les autres personnes atteintes,
le virus est d’origine financière, commerciale, voire politique.
La pandémie est actuellement limitée à l’Europe
mais on signale quelques cas au Canada et au Brésil.
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