Connaître saint Jacques - Comprendre Compostelle
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Sac à dos
Une des grâces* du pèlerinage à pied est d'apprendre comment le décharger de tout le superflu pour vivre avec le strict nécessaire. De nos jours beaucoup s'en privent en le faisant porter par des prestataires de service.
Sacré
Chemin de foi, ouvert par des croyants qui allaient vénérer le tombeau* d’un apôtre*, le chemin de Compostelle est chargé de témoignages du sens du sacré qui imprégnait la société médiévale où il est né. Le pèlerinage à Compostelle, au delà de ses aspects sportifs et touristiques, permet de retrouver le caractère sacré de la vie et de l’homme souvent bafoué dans la société contemporaine.
Saint
Le culte des saints est une extension du culte des martyrs. Personne qui durant son existence a mené une vie remarquée par l’Eglise catholique comme signe d’une grande proximité avec Dieu* et témoin de son Amour pour les hommes. Les saints sont proposés à la vénération des fidèles et servent d’intercesseurs* et de modèles.
Saint-Adrien (tunnel de)
Sur l’ancienne grande route Bayonne-Burgos, dans le Guipuzcoa, après Zegama, le chemin pénètre au cœur d’une montagne qui ferme l’horizon. Elle ne s’ouvre qu’à la toute dernière extrémité par une gigantesque “ bouche de l’Enfer ” sous laquelle les hommes ont aménagé en vis-à-vis une chapelle et une auberge-hôpital. On en parle depuis le XIIIe siècle, comme d’un bienfait dans ce lieu désert. Chaque récit l’évoque, dont la Grande Chanson : “ Quand nous fumes à la montée Saint-Adrien appelée, il y a un hôpital* fort plaisant où les pèlerins qui passent ont pain et vin pour leur argent ”. Mais cette bonne auberge n’est ouverte que l’été : “ On n'atteint pas le sommet de la montagne puisqu'il y a en elle un grand orifice qui la transperce de part en part, de la longueur d'une portée d'arbalète. À l'intérieur s'écoule une source dont l'eau filtrée par les rochers d'en haut est recueillie dans une auge taillée à même le roc et, en été, on a l'habitude d'y poster un aubergiste ”. Malgré la neige, cette route reste empruntée l’hiver, ouverte en permanence devant les voyageurs par les paysans des villages voisins, qui payent ainsi par du travail une partie de leurs impôts. Antoine de Lalaing*, membre de la suite de Philippe le Beau, passe en janvier 1502. Lui aussi est frappé par cette “ montagne Saint-Adrien, mauvaise et dangereuse à passer, toujours chargée de neiges, sous laquelle il y a une porte où il faut nécessairement passer pour aller à Saint-Jacques, en l’honneur duquel il y a une chapelle sous cette porte ”. Il se trompe, la chapelle est sous le vocable de saint Adrien, mais qu’importe… Au siècle suivant, une noble dame française prend cette route à son tour, en plein hiver, dans un carrosse. Elle aussi est impressionnée : “ on trouve un rocher fort élevé qui semble avoir été mis au milieu du chemin pour enfermer le passage et séparer ainsi la Biscaye de la Vieille Castille. Un long et pénible travail a percé cette masse de pierre en façon de voûte : on marche quarante ou cinquante pas par-dessous sans recevoir de jour que par les ouvertures qui sont à chaque entrée ; elles sont fermées par de grandes portes. On trouve sous cette voûte une hôtellerie que l'on abandonne l'hiver à cause des neiges. On y voit aussi une petite chapelle de Saint-Adrien et plusieurs cavernes où d'ordinaire des voleurs se retirent… ”
Saint-Chély-d'Aubrac
(Aveyron, ar. Rodez)
Sur un tronçon de chemin inscrit Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle, le Pont-vieux sur la Boralde (XIVe siècle) est dit aussi “ Pont du pèlerin ” en raison du pèlerin sculpté (XVe siècle) au pied de la croix qui marque le milieu du pont. Vers quel sanctuaire se dirige-t-il avec son grand bourdon* et son immense chapelet* ? Conques ? Le Puy ? Rocamadour ? Compostelle peut-être ? Voir Aubrac
Saint-Côme d'Olt
(Aveyron, ar. Rodez, c. Espalion)
Le tronçon Saint-Côme d'Olt-Espalion est inscrit Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. En 1671, un groupe de quinze personnes du village et des environs est parti à Compostelle. Ils étaient tailleurs, charpentier, paysans ou artisans et, au retour, ils ont fondé une confrérie qui fut éphémère.
Saint Jacques
Voir Jacques (saint) et Jacques (saints).
Saintes (Saint-Eutrope)
(Charente-Maritime, ch.-l. ar.)
L’église Saint-Eutrope, longuement décrite dans le Guide du pèlerin* est, pour cette raison, inscrite au Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. Comme partout cependant, nombre de pèlerins faisaient de Saintes le but de leur pèlerinage. Ils venaient chercher la guérison de l'hydropisie, de l'enflure, “ le mal de saint Eutrope dont Dieu nous sauve et nous garde ” dont parle le marchand de Rabelais. Dès le XIe siècle un chroniqueur déclare que la réputation des vertus d'Eutrope a atteint toute l'Aquitaine, la Gaule, la petite et la Grande Bretagne ainsi que de très nombreuses autres régions et, de ce fait, la vieille crypte où il reposait était devenue insuffisante pour l'afflux des pèlerins. Au XIIIe siècle, Vincent de Beauvais dit que les malades accouraient en foule dans l'église basse. Il y eut à Saintes une ou deux confréries Saint-Jacques, simplement mentionnées au XVIe siècle. La Chronique* de Turpin et la Chronique* saintongeaise gardent le souvenir du passage à Saintes et dans la région des armées de sarrasins à la poursuite de Charlemagne. La présence de ce dernier aurait été matérialisée lors de la construction de la cathédrale par une statue gigantesque ornant la façade. Une tradition rapportée au XIXe siècle explique ainsi la présence de la statue tronquée qui orne la façade de la cathédrale : lorsque, en 1590, les matériaux de la cathédrale furent mis en vente, seule la partie supérieure de la “ statue de Charlemagne ” a cédé à la pression de dix bœufs attelés à des câbles.
Sainte Parenté
Au XVIe siècle, les Protestants contestent la Virginité de Marie et son Immaculée Conception*, à partir de la lecture des Evangiles dans lesquels la Vierge Marie apparaît comme ayant eu d'autres enfants : “ Ce n’est pourtant que le charpentier, le fils de Marie ; c’est un frère de Jacques, de Joset, de Judas et de Simon. Et ses soeurs, ne sont-elles pas ici chez nous ? ” (Mc, 6 3 – Mt, 13 55). A cette époque apparaissent alors plusieurs représentations iconographiques dites de la Sainte Parenté visant à bien individualiser Marie mère d'un fils unique, Jésus et les familles des autres Marie citées ou évoquées par les Evangiles. Elles attribuent trois époux à sainte Anne, Joachim, Cléophas et Salomé desquels elle eut trois filles qu'elles montrent avec leurs enfants respectifs : Marie, la Vierge fiancée à Joseph, mère de Jésus, Marie mère de Jacques le Mineur*, Jude, Joseph et Simon et Marie femme de Zébédée, mère de Jacques le Majeur* et de Jean l'Evangéliste. Ces représentations individualisent les deux Jacques* en montrant le Majeur, enfant, déjà revêtu de son costume de pèlerin.
Saint-Gilles
(Gard, ar. Nîmes)
Au sud de Nîmes, Saint-Gilles fut, au Moyen Age, un port de commerce très actif du domaine royal, situé à la frontière de l’Empire et du royaume de Provence. De là on embarquait pour la Terre-Sainte. A partir du Xe siècle, un monastère y conserva le corps de saint Gilles. Une Vie écrite à cette époque raconte que Gilles était un ermite vivant au bord du Rhône, se nourrissant du lait d’une biche. Un jour, le roi des Goths blessa la biche et découvrit ainsi l’ermite. Pour se faire pardonner, il fonda le monastère. Au début du XIIe siècle, les pèlerins furent si nombreux que l’église fut reconstruite. A cette époque, la légende se transforme. Le roi Goth devient Charlemagne* et on développe le thème dit de “ la messe de saint Gilles ” : pendant la célébration, un ange déposa sur l'autel une cédule où était écrit un péché que Charlemagne n’avait osé avouer au saint. Lorsque Gilles voulut lire, le péché avait été effacé. Le Guide du pèlerin* décrit longuement la châsse où était conservé le corps du saint et va même jusqu’à dire que saint Gilles, “ avant tous les autres saints ” (donc avant saint Jacques !), venait au secours des malheureux. Ce sanctuaire fut associé à la fortune des comtes de Toulouse et ne résista pas à leur chute, après la croisade des Albigeois. Son déclin fut accéléré par la création du port d’Aigues-Mortes par saint Louis et par l’essor des ports de Montpellier et Marseille. Une particularité : au portail central, daté du XIIe siècle, saint Jacques le Majeur est sculpté portant le Livre et, sur ce livre est gravé un verset de l’Epître* dont il passe pour être l’auteur. Le miracle XVIII du Livre des Miracles met en scène le comte de Saint-Gilles en pèlerinage à Compostelle.
Saint-Guilhem-le-Désert
(Hérault, ar. Montpellier, c. Aniane)
L’un des sanctuaires mentionnés par le Guide du pèlerin*, placé sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO* en 1998 au titre des chemins de Compostelle. Saint-Guilhem appartient à la fois à l’histoire de Charlemagne* et à la légende. L’abbaye fut fondée au IXe siècle par l’un des preux de Charlemagne, Guilhem, comte de Toulouse, qui y termina sa vie dans la prière. Au XIIe siècle, il devint le héros de la Chanson de Guillaume et, au siècle suivant celui de la Geste de Guillaume d’Orange.
Saint-Jacques (communes en France)
Alors que la France compte actuellement 153 communes sous le vocable Saint-Pierre, seulement 13 le sont sous celui de saint Jacques. Aucune ne semble antérieure au XIe siècle. Elles sont placées dans des endroits assez isolés et pourraient avoir été créées lors des naissances de villages au cœur de régions nouvellement défrichées. L’histoire de chacune n’est jamais bien connue, mais rien n’autorise à les réduire à des balises* sur les chemins de Compostelle, même si elles ont contribué à diffuser les légendes de saint Jacques.
- Saint-Jacques
Aujourd’hui, une seule commune porte ce nom sans autre qualificatif, une minuscule commune des Alpes de Haute-Provence (ar. Digne, c. Barrême), perchée à 800 m. d’altitude, au bout de la route. Elle compte moins de 40 habitants. Le village est sans doute né autour d'un château car il est mentionné en 1200 comme castrum S. Jacobi. L'église est alors celle d'une collégiale* de chanoines* réguliers de saint Augustin. L'ensemble fut saccagé au XVIe siècle et seule l'église fut reconstruite. Le cloître disparut à tout jamais. Au XIXe siècle encore, le lieu était le but d'un pèlerinage local, fréquenté par les habitants de Barrême qui y venaient en procession* le 1er mai afin de rendre hommage à une relique* de saint Jacques. Ils le faisaient pour honorer un voeu fait, paraît-il, au XVIIe siècle. Saint Jacques les aurait protégés mais on ne sait de quoi.
- Saint-Jacques-d’Aliermont
(Seine-Maritime, ar. Dieppe, c. Envermeu)
La paroisse sous ce patronyme est mentionnée en 1257.
- Saint-Jacques-d’Ambur
(Puy-de-Dôme, ar. Riom, c. Pontgibaud)
La paroisse fut créée en 1597, séparée de la paroisse de Miremont sur les instances du seigneur de Gimel, baron d’Ambur.
- Saint-Jacques-d’Atticieux
(Ardèche, ar. Tournon, c. Serrières)
Au Xe siècle, la paroisse était sous le vocable Saint-Christophe*, que saint Jacques a supplanté à une date inconnue.
- Saint-Jacques-de-la-Lande
(Ille-et-Vilaine, ar. Rennes, c. Rennes)
La paroisse est mentionnée en 1153 comme Saint-Jacques-de-la-Forêt. Du changement de qualificatif, on peut déduire qu’elle est née au moment des grands défrichements.
- Saint-Jacques-de-Néhou
(Manche, ar. Cherbourg, c. Saint-Sauveur-le-Vicomte)
- Saint-Jacques-de-Thouars
(Deux-Sèvres, ar. Bressuire, c. Thouars)
Au XIe siècle, l’église était celle d’un monastère Saint-Jacques autour duquel s’est progressivement formé un village.
- Saint-Jacques-des-Arrêts
(Rhône, ar. Villefranche-sur-Saône,c. Monsols)
- Saint-Jacques-des-Blats
(Cantal, ar. Aurillac, c. Vic-sur-Cère)
Cette commune, mentionnée comme telle au XVe siècle, a reçu en 1962 la visite du cardinal archevêque de Compostelle Monseigneur Quiroga y Palacio*. A l’invitation du curé, il a béni une stèle dressée à la mémoire des pèlerins de Compostelle censés y être passés. Sur la foi des écrits de Daniel Rops* et Jean Secret et bien qu’il n’ait trouvé aucune trace locale de ces pèlerins, le prêtre du village avait considéré que l’homonymie du village avec Saint-Jacques de Compostelle et le patronage commun de l’apôtre justifiaient cette initiative. La stèle est aujourd’hui dans le narthex de l’église mais depuis 2005 Saint-Jacques-des-Blats figure sur un des itinéraires contemporains proposés aux pèlerins.
- Saint-Jacques-des-Guérets
(Loir-et-Cher, ar. Vendôme, c. Montoire-sur-le-Loir)
L’église est mentionnée sous ce vocable en 1150. Au XVe siècle ont lieu au village deux foires aux deux fêtes* de saint Jacques, 1er mai et 25 juillet. L’église conserve aujourd’hui une série de fresques du XIIe siècle, dont l’une, partiellement disparue, montre le Christ transmettant à saint Jacques la verge symbole de ses pouvoirs de guérison (seul un œil averti peut la lire convenablement). Une fresque du XIIIe siècle, intacte, représente la décollation de saint Jacques*.
- Saint-Jacques-en-Valgodemard
(Hautes-Alpes, ar. Gap, c. Saint-Firmin)
La paroisse est mentionnée en 1179.
- Saint-Jacques-sur-Darnétal
(Seine-Maritime, ar. Rouen, c. Darnétal)
- Ville-Saint-Jacques
(Seine-et-Marne, ar. Fontainebleau, c. Moret-sur-Loing)
Cette paroisse est mentionnée en 1288.
Ailleurs, d’autres villages Saint-Jacques ont été progressivement rattachés à des communes voisines telles que, par exemple, Grasse (Alpes-Maritimes), Lisieux (Calvados), Bannalec et Sibiril (Finistère), Carentoir et Rieux* (Morbihan), Sionne et La Chapelle-devant-Bruyères (Vosges). De nouvelles paroisses Saint-Jacques ont été créées dans le cadre de la réorganisation entreprise par la plupart des diocèses de France.
- Noms dérivés de saint Jacques
A ces communes on doit ajouter celles dont les noms ont des formes, actuelles ou anciennes, montrant dérivées de saint Jacques. De l’anglais viennent les Saint-James, Saint-Jammes, Sainte-Jamme-sur-Sarthe, francisés parfois en Sainte-Gemme. A cela on peut ajouter Saint-Yaguen dans les Landes, et Saint-Jacut en Bretagne.
Saint-Jacques (Le)
Ce sentier GR 65* né en 1972 doit certainement beaucoup au grand érudit et marcheur Raymond Oursel* qui, dans les années 1960, avait évoqué dans la région la fameuse “ route du Puy ” du Guide du pèlerin*. La couverture médiatique de la venue au Puy en 1962 de Mgr. Quiroga*, archevêque de Compostelle, puis le retour à la nature consécutif à 1968 ont incité plusieurs membres du Comité régional des Sentiers de Grande Randonnée à chercher ces anciens parcours. A défaut de bases historiques, la majesté des paysages de l'Aubrac et la faible densité de population ont contribué au succès de ce chemin.
Saint-Jacques-de-Compostelle
Contrairement à un usage courant, cette expression ne désigne pas le personnage d’un saint mais une ville. Elle est la traduction française de Santiago de Compostela dont le nom est souvent abrégé en Compostelle. Ville située au Nord-Ouest de l’Espagne, capitale de la Galice, province autonome depuis 1981. Sa création, et son nom, sont la conséquence de la découverte au IXe siècle, d’un tombeau* attribué à saint Jacques, apôtre du Christ, nommé patron* de l'Espagne. Il y est fêté solennellement chaque 25 juillet. Lorsque cette fête* est un dimanche, l'année est déclarée sainte* et les pèlerins y bénéficient d'une indulgence* particulière. Dès le IXe siècle, Compostelle a enlevé le siège du diocèse à Iria Flavia. La promotion de cette ville-sanctuaire, au niveau européen a été faite essentiellement à partir du XIIe siècle principalement en faveur d’Alphonse VII* (roi de Castille, Léon et Galice). Elle a été amplifiée du XVIe au XVIIIe siècle au moment des guerres de Religion. Progressivement tombée dans l’oubli elle renaît à la fin du XIXe siècle lorsque son archevêque, le cardinal Paya y Rico* “ redécouvre ” le corps de saint Jacques. Pendant la guerre civile en Espagne et la seconde Guerre Mondiale, Compostelle a servi de lien entre l’Espagne catholique et des pays européens, en particulier la France et a permis de maintenir des relations malgré ces douloureux conflits. En 1943, l’ambassadeur de France à Madrid y est allé en pèlerinage porter un ciboire* offert par le Maréchal Pétain*. Le choix des chemins de Saint-Jacques comme premier Itinéraire Culturel Européen* a fait de la ville un symbole européen. Chaque année Compostelle accueille des millions de visiteurs dont près de 200 000 s’y font reconnaître comme pèlerins. Ils y parviennent à pied, à vélo ou à cheval, après un trajet de quelques jours ou plusieurs mois, à l’image du pèlerinage* médiéval qui leur est proposé comme modèle et reçoivent un certificat de pèlerinage ou Compostela*. Coordonnées géographiques : latitude : 42 degrés 52 minutes 44 secondes Nord longitude : 8 degrés 32 minutes 19 secondes Ouest.
- Etapes de la construction de la cathédrale
Du Ier ou IIe siècle jusqu’au VIIe siècle le lieu est une nécropole, au VIIIe siècle, personne n’y est plus inhumé car la zone est dépeuplée. Entre 791 et 842 : Alphonse II fait édifier une petite église, après la découverte du tombeau* réputé être celui de saint Jacques. En 899, Alphonse III (866-911) la remplace par une église plus vaste autour de laquelle se développe la ville. En 997, Al Mansour, appelé par des seigneurs galiciens, détruit le sanctuaire et la ville. Vers 1075, Alphonse VI (1072-1109) et l’évêque Diego Pelaez construisent une nouvelle église en commençant par le chevet. Les principales étapes de sa construction sont : 1122 : fin des travaux, à l’exception des tours ; 1188 : construction du porche* de la Gloire ; 1211 : nouvelle consécration. Le cloître actuel date du XVIe siècle. Chaque génération ajoute des chapelles et des embellissements (se côtoient les styles roman, gothique, Renaissance et baroque). De 1738-1750, en avant du porche de la Gloire est construite la façade de l’Obradoiro.
- Dimensions de la cathédrale
Longueur : 100 m. Transept : 70 m. Surface : 23 000 m2
Saint-Jean-d’Angély
(Charente-Maritime)
L’ancienne abbaye, mentionnée dans le Guide du pèlerin* est inscrite au Patrimoine* Mondial de l'UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. Cependant, nombre de pèlerins faisaient de Saint-Jean-d’Angély le but de leur pèlerinage, sans aller plus loin. Ils venaient y vénérer le chef de saint Jean-Baptiste (que l’on retrouve aussi à Amiens). Bien que cette abbaye ait été refondée par l’abbé de Cluny* en 1050, rien n’indique qu’elle ait eu un rapport quelconque avec Compostelle, si ce n’est qu’auparavant elle avait été dotée par le duc d’Aquitaine Guillaume V (993-1030) qui, lui, avait des liens avec Compostelle. Au Moyen-Age, les pèlerins qui vont en Galice, ou en reviennent, par la grande route d’Espagne, ne parlent pas de cette étape, pas plus que n’en parle Guillaume Manier au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, l’abbaye est transformée en “ Centre de culture européenne Saint-Jacques-de-Compostelle ” et se fait un devoir d’accueillir gracieusement les pèlerins.
Saint-Léonard-de-Noblat
(Haute-Vienne, ar. Limoges)
Un texte écrit au XIe siècle, en un temps où le pèlerinage est déjà très couru, décrit saint Léonard comme un ermite mort cinq siècles auparavant, dans la forêt de Pauvain, près de la Vienne. Le roi de France lui aurait conféré le pouvoir de libérer les prisonniers. Ce sanctuaire est mentionné par le Guide du pèlerin* et, à ce titre, figure au Patrimoine* Mondial de l’UNESCO* au titre des chemins de Compostelle. En 1246, il figure sur la liste des pèlerinages* pénitentiels mineurs (des hérétiques de Gourdon y sont envoyés en pèlerinage). L’une des chapelles de la collégiale a accueilli, au XIXe siècle, un devant d’autel (XVIIe siècle) provenant de l’église de Beaumont (Corrèze) où l’on voit, deux personnages adorant Dieu et le Saint-Esprit. On dit que ce sont saint Jacques en pèlerin et saint Léonard tenant en ses mains des fers de prisonniers (mais les personnages n’ont pas d’auréole : ne s’agirait-il pas d’un simple pèlerin et d’un prisonnier récemment libéré venu rendre grâce ?).
Saint-Léger
(Charente-Maritime, ar. Saintes, c. Pons)
La Chronique* du Turpin saintongeais s’étend longuement sur les fondations faites par Charlemagne en Saintonge*. A Saint-Léger-les-Ponts, l’empereur aurait ainsi fondé la chapelle Notre-Dame de l’île, dans les marais près de la Seugne et y aurait déposé “ la croix qu’il portait à son cou ”. L’ensemble a perdu vie à partir du XVIe siècle, lorsque les marais ont obligé les villageois à partir, ne laissant que la chapelle sur le point culminant. Dans les ruines de la chapelle transformée en étable, les pèlerins venaient encore, au XIXe siècle, formuler des prières à l’intention de leurs enfants. A quelques centaines de mètres, une fontaine Charlemagne faisait partie d’une série de cinq sources. Elle est toujours là, avec la marque du sabot du cheval de l’Empereur et sa margelle au ras du sol, presqu’intacte, perdue dans une peupleraie et cachée par la végétation. Seuls quelques rares initiés connaissent encore son emplacement.
Saint-Marcel en Tarentaise
(Savoie, ar. Albertville, c. Moûtiers)
En Tarentaise*, Saint-Marcel est une petite commune de 600 habitants. Son nom n’apparaît qu’au XVIIe siècle. Auparavant, le village se nommait “ Les Granges ”, une exploitation agricole dépendant sans doute de l’évêché.
- La chapelle Saint-Jacques
Sur un éperon rocheux barrant la haute vallée de l’Isère, est bâtie une chapelle Saint-Jacques fraîchement restaurée. Elle est le témoignage principal d’un culte local à un saint Jacques* de Tarentaise qui ignora Compostelle. Avant d’être transférée à Moûtiers, la première église cathédrale fut, dit-on, bâtie sur ce rocher. Plus tard, l’endroit devint le palais d’été des archevêques : des textes du XIIe siècle parlent du “ prieuré Saint-Jaqueme ” et du Castrum sancti jacobi (château Saint-Jacques). Un curé était chargé des fidèles des environs. Remparts, chapelle et château furent détruits entre 1600 et 1615 (il reste quelques vestiges des anciens remparts). Il fallut attendre 1895 pour que soit entreprise la reconstruction de la chapelle. L’édifice achevé fut bénit le 12 octobre 1909 lors d’une cérémonie solennelle. Un pèlerinage eut lieu en 1912, un autre en 1920. Le dernier eut lieu en 1939, qui ne fut suivi que par quelques paroisses voisines. En 1959, le curé de Saint-Marcel cherche pour la dernière fois à la réparer, puis elle est abandonnée, d’abord aux moutons puis aux vandales. En 2003, elle fut enfin rachetée par la commune qui, avec la participation du Conseil Général, réussit à entreprendre sa restauration.
- L’église paroissiale actuelle
Après la destruction du château Saint-Jacques, le nom continua d’être utilisé sur les cartes et les documents, pendant tout le XVIIe siècle. Les habitants des Granges utilisèrent les pierres pour construire leurs propres maisons et une nouvelle église au centre de leur village. Elle fut consacrée en 1662, sous le double vocable Saint-Jacques et Saint-Marcel et dotée d’une relique* de saint Jacques. Au siècle suivant, le nom de Saint-Marcel s’impose, mais saint Jacques n’en est pas pour autant oublié.
Saintonge
Cette région, facile à traverser, servit naturellement d’axe de communication tant pour aller vers l’Espagne que pour en venir, comme le firent les envahisseurs arabes arrêtés à Poitiers*. Les itinéraires marchands qu’elle offrait ont donc naturellement été empruntés par les pèlerins pour visiter à l’un ou l’autre de ses sanctuaires, Saintes*, Saint-Jean-d’Angély* ou pour aller à des sanctuaires plus lointains dont Compostelle*. Elle a longtemps fait partie du Poitou, région natale d’Aimeric Picaud*, rédacteur du dernier Livre du Codex Calixtinus*. Par le biais de la Chronique* du Turpin saintongeais, la Saintonge est riche des souvenirs légendaires laissés par le passage de Charlemagne*. Originaire de Melle, René de La Coste Messelière* a naturellement travaillé à créer des liens entre des villes de la région et Compostelle.
Saint-Pé de Bigorre
(Hautes-Pyrénées, ar. Argelès-Gazost)
Selon la légende, Sanche V de Gascogne, miraculeusement guéri en ce lieu, y fonda un monastère en 1022. Cet établissement de l’ordre de Cluny* fut considéré au début du XXe siècle comme étape sur le chemin de Compostelle. Pourtant, l’église qui possède encore une clé de saint Pierre, supposée guérir de la rage, fut un lieu de pèlerinage important. Une inscription dans le baptistère fait référence aux pèlerins en mentionnant “ la porte de saint Pierre ”, témoignage du pèlerinage local. Aujourd'hui cette partie de l'inscription est oubliée par le document qui présente l'église : les pèlerins sont devenus des pèlerins de Compostelle.
Saints pèlerins
Voir pèlerins (saints)
Saison
Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons pour partir* vers Compostelle.
Sallanches
(Haute-Savoie, ar. Bonneville)
En Savoie*, le Trésor de la collégiale* Saint-Jacques de Sallanches conserve encore aujourd’hui une relique* de saint Jacques, dans un reliquaire décrit ainsi en 1601 “ le grand reliquaire de la dite église auquel au dedans est enchâssée une côte de saint Jacques tenue par l’image d’un ange, ledit ange et reliquaire de fin argent où sont les armoiries de messieurs de Montrottier ”. Pour tous, il ne fait aucun doute que cette relique provient de saint Jacques le Majeur. Pourtant, le procès-verbal du classement au titre de Monument Historique, daté de 1904, recopie la fine inscription gravée sur le phylactère tenu par l'ange : “ S.IAC… LE MYNOR ”. On ignore tout de cette relique. Les armes de la famille Montrottier étant gravées sur le reliquaire, on peut penser que la relique a été rapportée de Compostelle par Nicod de Menthon*, seigneur de Montrottier, à moins qu'il n'ait simplement financé la confection d'un reliquaire neuf au moment de son retour. La collégiale fut le lieu d'un pèlerinage local* à saint Jacques qui n'a survécu à la Révolution que par une procession mensuelle dans l'église, derrière le reliquaire de saint Jacques. Au XIXe siècle, l'église fut ornée de quatre grands tableaux représentant des scènes de la vie de saint Jacques le Majeur : la vocation des deux fils de Zébédée, la demande de Marie Salomé de la meilleure place au ciel pour ses fils, le départ pour l'Espagne de saint Jacques et l'apparition de la Vierge* du Pilier à Saragosse. S'y ajoutent quelques statues. Le pèlerinage local est bien oublié mais les commerçants rêvent d'un saint Jacques plus lointain : plusieurs se sont groupés dans le Centre Commercial “ Le Compostelle ”.
Salmiech
(Aveyron, ar. de Rodez)
Lieu de naissance de Béranger de Landore*, archevêque* de Compostelle au XIVe siècle. Les ruines de son château sont encore visibles
Salut
Dans la théologie chrétienne, l’homme, blessé par le péché, a besoin du salut de Dieu* pour en être libéré et entrer en communion avec Lui. Assurer le salut de son âme est une des motivations du pèlerin médiéval qui cherche à acquérir des grâces* au contact des reliques* des saints et à gagner des indulgences*. Aujourd’hui l’Eglise parle plus volontiers de la miséricorde de Dieu* que d’indulgences et propose un salut « qui n’est pas uniquement à venir mais déjà accessible par la grâce de Dieu ».
Sanctuaires Saint-Jacques
Au Moyen Age le culte de saint Jacques était très vivant, en particulier parce que l’apôtre était considéré comme l'auteur de l'Epître* de Jacques. Il était vénéré dans de nombreux sanctuaires conservant une de ses reliques*, voire même un corps entier. Vers 1025 l'abbaye de Fleury-sur-Loire affirmait déjà qu'on pouvait vénérer saint Jacques ailleurs qu’à Compostelle et en particulier dans toute église Saint-Jacques : Et cette piété divine n'opère pas seulement dans le lieu qui doit être révéré en toute dévotion, mais aussi dans tous les lieux consacrés au nom du saint. Il existe ainsi, en Neustrie, une église consacrée à sa mémoire, dans laquelle sont vénérées ses reliques très précieuses, où nous savons que se produisent quotidiennement autant de miracles qu'il convient par l'opération d'un tel Apôtre. Ces sanctuaires ont été longtemps négligés par les chercheurs, voire niés, en fonction du fait qu’ils ne pouvaient pas abriter une relique du “ vrai ” saint Jacques le Majeur revendiqué par Compostelle*. Les pèlerinages locaux à “ saint Jacques l’apôtre ” ont pourtant eu une existence bien réelle. Ce sont ces sanctuaires de proximité qui ont drainé vers eux ces “ foules de pèlerins de Saint-Jacques ” dont on parle tant. Certains, à côté de leur vocation pèlerine, exerçaient une fonction paroissiale (Sallanches*), abbatiale (Saint-Sernin de Toulouse*) ou hospitalière (Saint-Jacques du Haut-Pas à Paris*), ces spécialisations faisant parfois oublier la première à laquelle ils doivent pourtant très souvent leur existence. Lorsqu’il s’agit de chapelles isolées, les sanctuaires ont une vie très ralentie et ne s’éveillent guère que le jour de la fête du saint, célébrée avec faste par le clergé local et courue par les gens du voisinage. La liste de ces sanctuaires à reliques est longue. Parmi eux Arras*, Angers*, Bru* (le), Calahons*, Echirolles*, Paris*, Reillanne*, Saint-Marcel* en Tarentaise*. Si beaucoup ont disparu à la Révolution, d’autres ont survécu (Aire-sur-la-Lys*) ou retrouvent vie depuis quelques dizaines d’années (Locquirec*, La Chapelle-d’Angillon*). S’ils n'ont pas tous constitué des étapes pour les pèlerins en route vers la Galice, tous ont été des relais de la cause compostellane en cultivant le culte de l’apôtre et en diffusant les légendes de Compostelle. De surcroît, ils ont largement accueilli les pèlerins des environs qui avaient accompli le grand voyage.
Santé
“ Un jour de randonnée, une semaine de santé ” dit un slogan de la FFRP*. La marche* est une activité naturelle de l’homme. Partir* peu entraîné ne sera pas un handicap pour qui considérera les premiers jours comme une mise en jambes très progressive. Mais comme la tentation est grande d’aller plus loin qu’il ne faudrait raisonnablement il demeure prudent de faire quelques marches avant de partir. Beaucoup de personnes souffrant d’affections permanentes comme le diabète ou l’hypertension ont fait le chemin en prenant l’avis de leur médecin traîtant et en respectant certaines précautions.
Santiago
Sant Iago en espagnol signifie saint Jacques* en français. Santiago-de-Compostela est le nom espagnol actuel de Saint-Jacques-de-Compostelle*
Santo Domingo de la Calzada
(En français : Saint Dominique de la chaussée)
Ermite espagnol qui consacra sa vie à l'accueil des voyageurs et à l'amélioration des routes. Sur le Camino francés, la localité qui porte son nom a aussi été rendue célèbre par le miracle du Pendu-dépendu* et surtout par le coq et la poule qui continuent à vivre dans une cage placée dans l’église.
Saragosse
Ville célèbre par la légende de l’apparition de la Vierge à saint Jacques au cours de sa prédication en Espagne. La Vierge serait apparue sur un pilier d’où son nom de Vierge* du pilier.
Sarrasins
Nom souvent attribué aux tribus berbères qui ont envahi la péninsule ibérique au VIIIe siècle. Maures* est également utilisé.
Saucissonnage
Pratique du pèlerinage par tronçons annuels d’une dizaine de jours, permettant de concilier vie professionnelle et vie familiale. C’est un type de pèlerinage de plus en plus pratiqué mais fondamentalement différent du pèlerinage réalisé d'une seule traite. Il présente l’inconvénient d’obliger à se réacclimater chaque année et ne permet pas de jouir de tous les bénéfices d’une marche* au long cours.
Sauf-conduit
Voir lettres de recommandation
Sauterelles
Les légendes* vont bon train sur le Camino. Entre Hornillos del Camino et Castrojeriz on montre l’endroit où un pèlerin a été mangé par des sauterelles.
Sauvage (domaine du)
(Haute-Loire, comm. Chanaleilles*)
Ancien domaine dont une légende tenace prétend qu’il fut une “ Ferme templière* ”. Proche du col de l’Hospitalet* et transformé en gîte, il appartient actuellement au conseil Général de Haute-Loire. Il est très fréquenté par les pèlerins du GR* 65, malgré le détour que sa visite impose par rapport à l'itinéraire direct.
Sauvegarde du patrimoine
Tout le patrimoine* lié aux cultes à saint Jacques mérite d'être identifié, sauvegardé le cas échéant et mis en valeur même s'il n'est pas en relation avec Compostelle. Les anciens pèlerins de Saint-Jacques, sensibilisés au culte de ce saint, devraient se retrouver aux avant-postes de ces actions. Mais ils pensent généralement plus aux chemins qu’au patrimoine. Quand des municipalités s’y intéressent c’est souvent aussi dans le but de justifier leur reconnaissance comme étapes des chemins contemporains. Qu’importe si elles savent raconter aux pèlerins une histoire locale intéressante. Malheureusement le seul discours consiste souvent à dire qu’elles sont sur un chemin de Compostelle. Il y a heureusement des exceptions comme celle de Saint-Marcel* en Tarentaise.
Savoie
Pendant tout le Moyen Age, les comtes de Savoie, issus des comtes de Genève, revendiquent leur parenté avec Olivier*. Ils entretiennent des relations avec la Castille et avec Compostelle. Au début du XIVe siècle, lorsque le comté de Savoie devient duché, le duc Amédée VIII fait composer une Chronique de Savoie racontant les origines de la lignée. Au Xe siècle, l'ancêtre mythique Bérold, contraint de s'exiler dix ans, en profite pour parcourir le monde “ en faisant les voyages que tout bon chevalier se doit d’entreprendre ”. “ Après dîner partit messire Berold à son voyage et visitant les rois et grands seigneurs des Espagnes, desquels il reçut honneurs et cadeaux. Terminé son voyage à Saint-Jacques et ayant été en l’armée de Grenade avec le roi de Castille, s’en retourna ”. Parmi les nobles savoyards ayant accompli le pèlerinage, Nicod de Menthon*, Jacques de Montmayeur*, la duchesse de Savoie Marguerite de Wurtemberg en 1466. En 1446-1448, Sébastien Ilsung* pèlerine sous la livrée du duc de Savoie
Sceptre de Charles V
Voir Charles V
Schönbrunner (Heinrich)
En 1531 Heinrich Schönbrunner décide de partir pour Compostelle. Dans son journal tenu de 1500 à 1537, il a laissé un récit de son pèlerinage. On sait de lui qu’il est membre d’une famille importante de Zug (Suisse), et homme guerre connu pour ses fondations pieuses. De ses motivations, on ne sait que ce qu’il en a dit : “ Je me suis proposé, avec l’aide de Dieu et de la Vierge Marie, de faire un pèlerinage au saint Apôtre et Prince du ciel, saint Jacques ”. Il part avec deux notables de Lucerne et un moine, chacun accompagné de quelques serviteurs. Les pèlerins voyagent à cheval jusqu’à la Rochelle où ils embarquent pour la Corogne après avoir laissé leurs chevaux à un palefrenier (voir pèlerinages* maritimes). Le récit est court et ne retient que les éléments essentiels du voyage : une grande fête à Paris, la beauté du château et des jardins de Blois, deux lions à Amboise, son étonnement devant la légende de la fée Mélusine à Lusignan, des dauphins dans la mer. Il frémit encore au souvenir de la traversée, avec une tempête qui oblige le navire à revenir à la Rochelle, puis une course poursuite avec des pirates et encore une tempête pour rentrer. La carte* de son itinéraire est facile à dresser à partir de ses indications et, là encore, rien à voir avec les “ routes historiques ”*. Heinrich Schönbrunner ne s’étend pas sur ses dévotions. Il mentionne les reliques de saint Martin à Tours, sa prière à saint Jacques pendant les tempêtes ; il va deux fois à la messe, à l’arrivée à la Corogne et, au retour, à la Rochelle, sans doute pour rendre grâce d’être arrivé vivant. L’arrivée à Compostelle est relatée d’une manière très concise : “ on y éprouve une grande joie comme si l’on arrivait chez soi. Le Jeudi nous entendîmes la messe, payâmes l’aubergiste et firent ce que chacun doit : prendre un petit-déjeuner, rendre grâces à saint Jacques, prendre le chemin du retour au nom du Seigneur, rejoindre La Corogne, attendre un vent favorable, et repartir avec un autre bateau ”. Au retour, les pèlerins vont en action de grâce au sanctuaire d’Einsiedeln où “ nous avons fait trois jours durant le pèlerinage ”.
Sébastien Ilsung
Voir Ilsung
Secret
Il n’y a pas de secret caché sur le chemin de Compostelle qui serait à découvrir comme le héros de Paolo Coelho* parti à la recherche de son épée. La magie* du chemin se découvre au fil des jours et des rencontres*. Elle se découvre aussi pour chacun, au plus profond de lui-même dans le secret de son cœur ou de ses pensées, là où la monotonie du rythme de ses pas le fait plonger. Là où il se retrouve et rencontre ainsi son plus proche ennemi. Mais il y a des lieux qu’il faut savoir conserver secrets, chapelles où subsiste une statue de saint Jacques du XIIe, fresque merveilleuse que des doigts irrespectueux ont en partie effacée, oratoire au fond d’un bois où quelques privilégiés viennent se recueillir chaque 25 juillet … nous ne les désignerons pas.
Séez
(Savoie, ar. Albertville, c. Bourg-Saint-Maurice)
En Savoie* au Moyen Age, la famille des Duin revendique sa parenté prestigieuse avec Olivier* en entourant ses armes d’une “ cordelette enfilée de trois coquilles ” que l’on retrouve sur une de leurs maisons à Entrevernes, sur les Statuta Sabaudiæ, un recueil de lois du duché promulguées par Amédée VIII, daté de 1432 et enfin sur le gisant de l’église de Séez qui porte, ainsi que le lion couché sous ses pieds, ce collier de coquilles, vraisemblablement celui de Bertrand de Duin, mort à Séez en 1469.
Sello
Nom espagnol du tampon*. La chasse aux sellos fait fureur en Espagne. Elle est un moyen d’attirer le client dans les bars et les restaurants.
Sens du pèlerinage
La démarche pèlerine a ses origines dans des traditions qui relient l’homme au sacré*. Le sens profond du pèlerinage est à rechercher dans ces traditions. Il s’est perdu au cours des siècles et n’a subsisté qu’en lien avec des pratiques religieuses codifiées par les Eglises qui gèrent les sanctuaires et proposent des pèlerinages. Ainsi des règles ont-elles été édictées pour l’obtention formelle des grâces* de Compostelle. Le succès contemporain à Compostelle pose en des termes nouveaux la question du sens de ce pèlerinage. Pour la majorité des pèlerins en effet il n’est plus une pratique religieuse. Il est lié à des besoins fondamentaux auxquels la société et les religions traditionnelles semblent mal répondre : besoin de rupture avec le quotidien, de rencontres, de lien social, de repères, quête* personnelle pour faire le point et mieux se connaître, envie de vivre plus intensément. Au delà des réponses individuelles, la marche au long cours donne à chacun l’occasion de s’ouvrir à des valeurs universelles qui le relient à ses compagnons sur le chemin et éclairent leur “ pèlerinage de vie humaine ”.
Sexe
La coquille* et le bourdon*, attributs* des pèlerins, se prêtent à des interprétations à connotation érotique. Au XVIIIe siècle, l’abbé de Voisenon, ami de Voltaire, rédige ce malicieux “ Bouquet pour le jour de saint Jacques ” : “ Le patron de toutes les filles / C'est le saint Jacques des Bourdons / Le patron de tous les garçons/ C'est le saint Jacques des Coquilles / Nous pouvons tous les deux nous donner un bouquet / Coquilles et bourdons exigent que l'on troque / Cet échange affermit l'amitié réciproque / Et cela vaut mieux qu'un œillet ”. Certains objets retrouvés parmi les enseignes* de pèlerinage, parfois considérés comme grivois dans la mentalité contemporaine qui a perdu le sens du sacré, sont des symboles de fertilité. On oublie souvent en effet que le pèlerinage a parfois été l’ultime recours d’une femme stérile ou le témoignage de la reconnaissance de couples bénis par une naissance. Quant aux amours sur les routes, elles ont longtemps été la grande crainte de l’Eglise, partagée entre le désir de voir les pèlerins fréquenter les sanctuaires et la peur de les y voir perdre leur âme ! Vers 1175, l’évêque de Rennes, Etienne de Fougères, déplorait dans son Livre des manières qu’une femme mariée puisse profiter d’une veillée de pèlerinage pour rencontrer son ami. Vers 1380, dans Le conte de la femme de Bath le poète Geoffroy Chaucer affirmait que : “ Celui qui construit sa maison entièrement en brins d'osier Qui pique son cheval aveugle dans les jachères Et qui accepte que sa femme aille en pèlerinage Il mérite d'être pendu à la potence ”. Aujourd'hui encore les craintes ne sont peut-être pas qu'anecdotiques : la revue Capital rapportait en août 2003 qu’il en coûtait 1550 € (plus 800 € de frais) pour lancer, sur le chemin de Saint-Jacques, pendant quatre jours, un détective privé sur les traces d’un couple en rupture de ban. On rejoint ainsi la thématique des “ pèlerins de l’Amour ”*.
Signalétique
L’origine d’une signalisation des chemins pour les pèlerins, piétons ou cavaliers, n’est pas connue. En 1982, seuls les sentiers de Galice étaient balisés. A chaque carrefour, une main soigneuse et inconnue avait indiqué la direction. Des flèches bien visibles sur les arbres et les murs ou au sol, faites de cailloux ou de petites branches, la matérialisaient. De quand datait cette initiative sans doute renouvelée chaque année ? A partir de 1983 sont apparues des flèches* jaunes progressivement étendues à tout le chemin espagnol. En 1984, le Conseil de l’Europe a proposé “ d'autoriser l'utilisation d'un emblème spécial du Conseil de l'Europe par les villes et par d'autres institutions qui participent à la sauvegarde et à la promotion des itinéraires de pèlerinage ”. Un logo a été défini en 1987 et largement diffusé à partir de l’année* sainte 1993 au profit exclusif des chemins de Compostelle. Cette même année, la Xunta de Galice a ajouté un logo spécifique. Il en résulte une grande diversité dans le balisage* des chemins qui nuit à son efficacité. Le logo européen pourrait être directionnel s’il était compris de la même façon par tous les utilisateurs. Il faut un certain temps au pèlerin passant d’une région à l’autre pour s’apercevoir que la signalisation s’est inversée. Quant au logo Xacobeo, il indique une position mais pas de direction. En France la variété est encore plus grande. Chaque association* de pèlerins ou organisme public ayant envie d’apposer sa marque qui se superpose au marquage officiel de la FFRP*. En dehors des GR*, le balisage s’arrête souvent aux frontières du territoire de l’organisme concerné. A cette signalétique des chemins s’ajoute la signalétique routière des haltes sur les chemins de Compostelle ainsi que d’autres dues à des initiatives locales comme les clous* dans certaines villes.
Signes d’hospitalité
Aujourd’hui, le pèlerin qui arrive dans la ville a souvent du mal à trouver le gîte. Dans les siècles passés, de multiples exemples montrent que les hôpitaux, comme les auberges, étaient marqués de signes distinctifs dont certains sont encore visibles : statues (hôpital Saint-Jacques de Dammarie-en-Goêle), croix (hôpital Saint-Roch à Issoudun), inscriptions (Issoudun et maison-Dieu de Bourges).
Silence
La marche* solitaire dans la nature offre aussi l’occasion de goûter au silence et peu à peu de faire silence en soi.
Société des amis de saint Jacques
Association fondée en France en 1950 par un groupe d’érudits hispanisants intéressés par l'étude du pèlerinage à Compostelle et des vestiges qu'il avait laissés. La plupart de ses fondateurs avaient joué un rôle important dans les relations culturelles franco-espagnoles à partir de 1936 et pendant la guerre. Le premier président a été Jean Babelon*. Son successeur a été, en 1978, René Frottier marquis de La Coste-Messelière*. Parmi les premiers membres, Jeanne Vielliard, Yves Renouard, Jean Secret, Raymond Oursel*, Yves Bottineau*. Les statuts parus au Journal officiel du 8 septembre 1951 précisaient que l’association avait “ pour but l’étude des mouvements artistiques, historiques, littéraires et religieux provoqués par la dévotion à saint Jacques le Majeur, particulièrement manifestée par le pèlerinage à Compostelle ”. La Société a contribué à développer l'intérêt pour le pèlerinage à Compostelle sans toutefois prévoir son extension actuelle. Elle a suscité la fondation d'associations* locales qui se sont pour la plupart développées sans conserver de liens avec elle. Elle est la représentante d’un courant de pensée qui a, pour partie, oublié ses premiers projets et pour lequel, aujourd’hui, tout ce qui a trait à saint Jacques se rapporte uniquement à Compostelle.
Sociologie
Les chemins de Compostelle sont parcourus par des personnes de tous âges et de toutes conditions. Hommes et femmes y sont en proportions sensiblement égales. La répartition par âges, nationalités et catégories socioprofessionnelles dépend du lieu d’observation. Les pèlerins français sont en majorité des retraités, cadres ou professions libérales. Bénéficiant de moins de congés et de moins de moyens financiers, les artisans, ouvriers et agriculteurs sont peu nombreux sur les chemins. On y trouve aussi une proportion importante d’étudiants
Soleil
Compagnon doux ou brûlant que le pèlerin de Compostelle ne contemple de face que pour son coucher au cap Finisterre* ou au petit matin pour sentir la chaleur de ses premiers rayons après un départ du gîte à la fraîche ou un réveil par la rosée avant l’aube*. Le symbolisme du soleil qui revient chaque jour pour disparaître le soir, dont la lumière dévoile ce que la nuit cachait, qui réchauffe et vivifie mais aussi dessèche est multiple.
Solitude
Même au pèlerin parti en groupe, la marche* offre de longs moments de solitude. Ils sont parfois difficiles à supporter. Ils peuvent faire peur*. Mais en faire l’expérience est une des chances qu’offre le chemin de Saint-Jacques. Elle peut être vécue sur d’autres chemins mais différemment. C’est une des dimensions de la magie* du chemin de Compostelle.
Somport
Col par lequel les pèlerins du “ chemin d’Arles ” franchissent les Pyrénées vers le camino* aragonese qui les conduit à Jacca puis Puente la Reina. En contrebas on peut encore y deviner les ruines de l’immense hôpital Sainte Christine ouvert là pour les voyageurs, les indigents et les malades. Il est cité par le Codex Calixtinus comme “ une des trois colonnes nécessaires au soutien des pauvres, établies par Dieu en ce monde ”, avec les hôpitaux de Jérusalem et du Grand Saint-Bernard.
Sorcière de Compostelle
Actuellement, les vitrines des magasins de souvenirs de Galice regorgent de figurines représentant des sorcières –meigas en galicien– chevauchant leur balai ou mitonnant des potions dans une marmite. Du tee-shirt au porte-clefs en passant par les mugs, ces gentilles sorcières passent pour porter bonheur. Depuis 2004, année* sainte (!), est proposée la sorcière du chemin de Compostelle pour protéger les pèlerins de tous les dangers possibles et imaginables qu’ils pourraient rencontrer en chemin. Cette croyance en une Galice fief des sorcières de toute la péninsule ibérique remonte au temps des tribunaux de l’Inquisition.
Souffrance
Le chemin de Compostelle n’est pas que tourisme idyllique et agréables rencontres. Il est aussi pour beaucoup souffrance. Souffrances physiques de la marche* et du port du sac* pour les moins entraînés (mais on a vu aussi sur le chemin des sportifs écroulés de fatigue). Souffrances morales plus intimes qui ont parfois motivé le départ. Les rencontres et les échanges du chemin peuvent les atténuer mais aussi les amplifier. L’arrivée à Compostelle les baigne souvent des larmes de l’émotion* versées sur le parvis ou les bancs de la cathédrale.
Source
Voir document.
Souvenirs
A Compostelle, dans le quartier qui entoure la cathédrale, les rues sont encombrées de boutiques de souvenirs, comme dans toute ville-sanctuaire. Toute une quincaillerie métallique est proposée à tous, pèlerins et touristes, à des prix modiques : coquilles déclinées de mille manières, statuettes de saint Jacques, épées de Santiago. On trouve aussi des milliers objets fabriqués avec des coquillages, des objets en bois, en porcelaine, faïence ou plastique et, dans des gammes de prix supérieures, les objets en jais*, eux aussi porte-bonheur. Si un néophyte veut en acquérir sans se faire gruger, il a tout intérêt à visiter la bijouterie située à l’intérieur de l’ancien hôpital* des Rois Catholiques, ouverte à tous. La boutique de la cathédrale se veut moins frivole. Elle offre des livres, cartes postales, accessoires de bureau, objets de piété aussi. Quant aux “ sorcières* ”, elles constituent un bien utile souvenir à tous ceux qui se refusent à rapporter l’image d’un saint dont, tout compte fait, ils ne veulent rien savoir. Sans oublier la tarte de Compostelle (voir Galice). Pour beaucoup de pèlerins, le souvenir majeur reste la Compostela* qu’on peut faire plastifier à proximité du Bureau* des pèlerinages et la collection de tampons*.
Spiritualité
La spiritualité du pèlerinage est faite en particulier de détachement*, d’humilité*, de fraternité* mais aussi de sens de l’effort, de partage et d’ouverture*.
Sportelle
Enseigne* de pèlerinage
Statistiques
Les statistiques de pèlerins sont très difficiles à établir. Une estimation ponctuelle a mis en évidence qu'un dixième environ des pèlerins partant du Puy* arrivent à Compostelle l'année de leur départ. Le bureau des pèlerins de Saint-Jean-Pied-de-Port et l'hospice de Roncevaux publient chaque année les nombres de pèlerins qu'ils ont recensés. Les statistiques de la cathédrale de Compostelle, ne font état que des certificats de pèlerinage (Compostela*) délivrés, ce qui est très réducteur. En 1965, la cathédrale a délivré 9 compostela à des pèlerins français, 182 en 1982. L’affluence ne date en réalité que de l’année sainte 1993, qui voit les chiffres dépasser le millier. L’augmentation est ensuite exponentielle (la fréquentation retombe après les années saintes, mais reste toujours à un niveau supérieur aux précédents). 180 000 compostela ont été délivrées lors de l’année sainte 2004, près de 100 000 en 2005. En 2005, pour la première fois, il semble que le nombre des pèlerins espagnols ait été inférieur à celui des étrangers. La sociologie* du pèlerinage reste à étudier de façon fine.
Statue
Dite aussi “ Image ” au Moyen Age. Il convient de se souvenir qu’aucune statue de saint Jacques ne constitue une balise du chemin de Compostelle. Voir iconographie
Suero de Quiñones
Chevalier espagnol qui s’est rendu célèbre, en l’année sainte* 1434, en provoquant en combat singulier sur le pont d’Orbigo* tout chevalier en route vers Compostelle (une sorte de tournoi appelé Pas d’Armes). Suero de Quinoñes appartenait à la plus puissante famille des Asturies et du Léon. Chevalier accompli, il est cultivé et féru de littérature chevaleresque. Il avait vingt ans et, chaque jeudi, il portait en l’honneur de la dame de son cœur, en signe de captivité amoureuse, une emprise, chaîne d'argent doré qui entravait ses mouvements. Mais il se lasse et offre ce Pas d’Armes comme cadeau de rupture à sa dame, alors qu’il projette d’en épouser une autre. Le Pas s'ouvrit le samedi 10 juillet, avec l’arrivée de trois chevaliers. Après la messe eut lieu un défilé d’honneur avec l’entrée de neuf preux, précédés de musiciens et d’un char conduit par un nain et suivis de Suero escorté de trois pages et de nombreux seigneurs à pied. Chaque jour commençait par une messe. Pendant toute la durée du Pas, Suero et ses compagnons ont affronté soixante-huit adversaires qui se sont présentés comme nobles pèlerins de Compostelle (quatre seulement étaient non ibériques). Lors de la clôture du Pas, Suero fut délivré de sa chaîne symbole de son engagement amoureux puis fit une entrée triomphale à León. Guéri de ses blessures, il effectua le pèlerinage à Santiago et offrit à saint Jacques le collier d'argent doré qu'il avait porté jusque là en l'honneur de sa dame. On peut le voir encore aujourd’hui à la chapelle des Reliques de la cathédrale, autour du cou du buste-reliquaire* de saint Jacques Alphée, à l'endroit même où Suero l'a déposé. Sur une pièce de cristal de roche attachée à ce collier, on lit si a vous non playst avoyr mesura certes ie di que ie suy sans ventura.
Sylvanès
(Aveyron, ar. Millau, c. Camarès)
En 1136 Pons de Layrac y fonda une abbaye en expiation, dit-on, de ses fautes, après avoir effectué le pèlerinage de Compostelle. Après une longue période de décadence, l’abbaye a repris vie, à partir de 1975, grâce à un enfant du pays, le dominicain André Gouzes, bâtisseur, compositeur, poète, troubadour et en même temps bâtisseur de liturgie et évangélisateur, se souciant de rendre l’Eglise à l’ensemble du peuple de Dieu. Entouré d’une équipe dynamique, il a fait de Sylvanès un centre culturel international de recherche et de formation, un centre artistique à forte vocation musicale. Ce lieu qui peut assurer un accueil des pèlerins mériterait d'être un lieu de passage d'un chemin contemporain.
Symbole
Si la marche* affine les sens, elle rend aussi plus sensible, plus émotif. Les petites joies du chemin sont amplifiées, les inévitables difficultés sont vécues avec plus de détachement si la fatigue n’est pas excessive. Débarrassé de beaucoup de ses soucis habituels, le marcheur au long cours devient plus ouvert au monde qui l’entoure. Souvent seul pendant de longues heures il se crée des compagnonnages avec la nature. Son esprit en éveil lit de façon nouvelle un environnement auquel il ne prêtait pas attention auparavant. Un papillon peut devenir un messager, un arbre ou une sculpture prendre une signification inattendue. Le monde devient chargé de symboles. Après des heures passées au contact de la nature, l’œil voit différemment les constructions humaines que le marcheur rencontre. Il y retrouve la trace d’autres humains qui lui parlent. Chacun interprète à sa façon ces témoignages ou recherche des signes qui lui parleront de réalités cachées. Marchant vers un pèlerinage chrétien, les pèlerins de Compostelle sont, consciemment ou non, marqués par le patrimoine hérité d’une foi qu’ils ne partagent pas forcément. Mais leur disponibilité les conduit à voir d’un œil nouveau ce que peut-être ils ne regardent pas dans la vie courante. Pour certains le chemin de Compostelle devient un chemin initiatique comme il l’a été pour les chevaliers*, les compagnons* ou les alchimistes* et sans doute beaucoup de ceux qui y ont cherché la connaissance*.
Syndrome (de Compostelle)
Plusieurs symptômes sont caractéristiques d’une maladie contagieuse qui touche des personnes physiques ou morales en lien avec Compostelle. La maladie (qui n’est pas mortelle) prend des formes sournoises chez des personnes exposées depuis longtemps ou chez des intellectuels, même après une exposition de courte durée (les cas les plus graves ont été constatés dans cette population et semblent liés au stress de fin de carrière). Elle touche principalement les anciens pèlerins, les collectivités locales et certains prestataires de service qui vivent du tourisme* local. Quelques individus présentent des signes de dépendance comparables à ceux de la drogue (pèlerins récidivistes* ou baliseurs) qui font dire à un artiste contemporain, lui-même pèlerin, qu’ils “ se shootent à la coquille* ”. Parmi ces symptômes figure en effet l’affirmation que toute coquille (fut-elle un élément de décor du XVIIIe siècle) témoigne du passage de pèlerins de Compostelle. Ce symptôme de la coquille s’accompagne généralement des suivants : considérer comme balises des chemins de Saint-Jacques les commanderies de Templiers*, d’Hospitaliers, les hôpitaux*, églises*, chapelles* ou auberges* Saint-Jacques, et prétendre que tout pèlerin mentionné par un document historique est pèlerin de Galice. En foi de quoi ces lieux sont placés sur une “ route historique ”*, quitte à ce que cette route soit secondaire, voire simple bretelle. Chez les pèlerins, cette maladie est d’origine émotionnelle et psychologique. Chez les autres personnes atteintes, le virus est d’origine financière, commerciale, voire politique. La pandémie est actuellement limitée à l’Europe mais on signale quelques cas au Canada et au Brésil.

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