Décision de l'UNESCO
02 Dec 1998
LE COMITE DU PATRIMOINE MONDIAL INSCRIT 30 NOUVEAUX SITES SUR LA
LISTE DU PATRIMOINE
Kyoto - Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO, réuni
depuis le 30 novembre à Kyoto (Japon), vient d'inscrire 30 nouveaux
sites culturels et naturels sur la Liste du patrimoine mondial.
....
FRANCE
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France C (ii) (iv)
(vi)
Tout au long du Moyen âge, Saint-Jacques-de-Compostelle fut la
plus importante de toutes les destinations pour d'innombrables pèlerins
venant de toute l'Europe. Pour atteindre l'Espagne, les pèlerins
devaient traverser la France, et les monuments historiques notables
qui constituent la présente inscription sur la Liste du patrimoine
mondial étaient des jalons sur les quatre routes qu'ils empruntaient.
......
Document remis par les autorités françaises
Identification
Bien proposé Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France
Lieu Régions d’Aquitaine, Auvergne,Basse-Normandie, Bourgogne,
Centre, Champagne-Ardenne, Ilede-France,Languedoc-Roussillon, Limousin, Midi-Pyrénées,
Picardie, Poitou-Charentes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Etat Partie France
Justification émanant de l’Etat Partie
Trois édifices évoqués dans le
présent
dossier : Sainte-Foy de Conques, Saint-Pierre de Moissac ou Saint-Sernin
de Toulouse apparaissent incontestablement comme des chefs-d’oeuvre
du génie créateur humain.
Sainte-Foy de Conques est l’une
des plus belles églises romanes de France. Le tympan du grand
portail représentant le Jugement dernier (vers 1140) compte
parmi les chefs-d’oeuvre de la sculpture romane du Midi. L’intérieur
très vaste, destiné à accueillir de nombreux pèlerins,
a des proportions harmonieuses. La salle du trésor comprend
un exceptionnel ensemble d’ouvrages d’orfèvrerie
du IXe au XVe siècle dont la célèbre Majesté de
sainte Foy.
Le portail et le cloître de l’église
Saint-Pierre de Moissac, ancienne abbatiale bénédictine,
compte aussi parmi les chefs-d’oeuvre de l’art roman. Exécuté entre
1110 et 1115, le portail, l’une des premières réalisations
de la sculpture monumentale romane languedocienne, présente
au tympan la vision apocalyptique du Souverain Juge trônant sur
les nuées, entouré des symboles des Evangélistes
et des vingt-quatre vieillards.
Saint-Sernin, insigne basilique (fin
XIe-milieu XIIe siècle) est l’une des plus belles églises
romanes de France. Sa structure architecturale illustre le type même
de l’église de pèlerinage ; son matériau
- la brique domine massivement la pierre, réservée à la
sculpture et à quelques membres d’architecture - est caractéristique
de l’art roman du midi languedocien.
Critère i
Le débat ne consiste plus à déterminer,
entre l’Espagne et Toulouse, quel est le plus ancien foyer de
sculpture romane occidentale. On admet aujourd’hui que, vers
la fin du XIe siècle, les artistes redécouvrent un ordre
monumental inspiré de l’Antiquité romaine sur de
grands chantiers, comme ceux de Saint-Jacques-de-Compostelle
ou de Saint-Sernin de Toulouse.
En effet, de part et d’autre des Pyrénées, se mettent
en place des programmes architecturaux et iconographiques
très
comparables. A Saint-Sernin, on peut citer la personnalité de
Bernard Gilduin, sculpteur qui a signé la table d’autel
consacrée par le pape Urbain II en 1096. En Espagne, à la
fin du XIe siècle, des créations analogues à celles
de Toulouse voient le jour si bien qu’on a parfois rapproché les
chapiteaux de Saint-Sernin de ceux de Saint-Isidore de Leon.
De telles comparaisons peuvent être faites au sujet des thèmes
iconographiques de la nouvelle sculpture monumentale si bien
que l’on
s’interroge
sur l’existence d’une iconographie des chemins de Saint-Jacques.
S’il est difficile de répondre avec certitude, on peut
toutefois constater que c’est sur la route de Compostelle qu’émergent
les grands partis de le sculpture romane que le XIIe siècle
va diffuser de manière définitive. Ce rôle des
routes de pèlerinage dans les échanges interculturels
entre la péninsule ibérique, la France et l’Europe
occidentale ne se limite pas à l’ordre monumental.
Les
routes de pèlerinage ont favorisé presque simultanément
la “ remontée ” d’influences musulmanes vers
le nord, comme en témoignent tous les objets orfévrés,
provenant d’Al-Andalus, hâtivement christianisés
qui se retrouvent dans les trésors des églises de France
et d’autre part la “ descente ” vers l’Espagne
de toute une production d’objets précieux autrefois
appelés
limousins, et dont on s’accorde aujourd’hui qu’ils
furent produits dans une aire géographique très large,
entre Loire et Douro.
Il faut enfin rappeler que, dans le domaine
du patrimoine immatériel, les chemins de Saint-Jacques ont été les
principaux vecteurs d’un dialogue nord-sud qu’illustre
en particulier la naissance et la circulation des chansons de
geste aux XIe et XIIe siècles. Des cycles épiques comme
celui de Roland se sont constitués, à partir d’une
matière
historique réactualisée à la lumière des épisodes
récents de la Reconquista, dans des monastères jouant
le rôle de relais sur les chemins de Saint-Jacques. La chanson
de Roland s’est ainsi trouvé enracinée dans des “ stations ” telles
qu’Angoulême, Blaye ou Bordeaux, sur le chemin qui mène à Compostelle
par Roncevaux.
Critère ii
Eglises de pèlerinage, hôpitaux, ponts, croix de chemin
témoignent d’une pratique aujourd’hui tombée
en désuétude. Pour comprendre l’importance du pèlerinage
chrétien à l’époque médiévale,
il est indispensable de conserver des rares témoins matériels
subsistants.
Critère iii
Outre les exemples déjà évoqués
on peut citer ici, pour leur qualités spécifiques, un édifice
: Neuvy-Saint-Sépulchre, et un ensemble architectural : Rocamadour.
L’église abbatiale de Neuvy-Saint-Sépulchre est
l’une des plus intéressantes constructions qui furent édifiées
au Moyen Age. Dédiée à saint Jacques avant la
Révolution, la collégiale imite en effet l’église
du Saint-Sépulchre de Jérusalem. Sa fondation est attribuée à Eudes
de Déols qui s’était rendu en Terre Sainte en 1026-1028,
avec Guillaume Taillefer, comte d’Angoulême, et en compagnie
d’humbles pèlerins. Revenu en Berry vers 1045, Eudes de
Déols mit à exécution son projet de bâtir, à Neuvy,
une église à l’image du Saint-Sépulchre.
Rocamadour est l’un des sites les plus connus de France. Dans
l’étroite gorge de l’Alzou, au pied de l’énorme
rocher chargé de sanctuaires. Le village, traversé par
une unique rue bordée de maisons anciennes, conserve plusieurs
portes fortifiées. Le grand escalier aboutit au Fort de Saint-Amadour
(milieu du XIIe siècle) sous l’église Saint-Sauveur
(XIe-XIIIe siècle) ; chapelle Saint- Michel du XIIe siècle
avec peintures murales du XIIIe siècle.
Critère iv
Catégorie de bien
En termes de catégories de biens culturels, telles qu'elles
sont définies à l’article premier de la Convention
du patrimoine mondial de 1972, le bien proposé est un ensemble.
Il peut également être considéré comme un
paysage culturel linéaire, conformément au paragraphe
40 des Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention
du Patrimoine mondial.
Histoire et description
Histoire
La conquête de Jérusalem par le calife Omar,
en 638, fit hésiter les chrétiens à se rendre
en pèlerinage
en Terre Sainte et le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle,
où l’on découvrit aux alentours de l’an 800
la tombe de l’apôtre Saint Jacques le Majeur, qui apporta
le christianisme dans la péninsule ibérique, bénéficia
du déclin de Jérusalem en tant que lieu de pèlerinage.
Saint-Jacques-de-Compostelle avait commencé par être un
centre religieux local, devenu siège épiscopal aux alentours
de l’an 900, mais sa renommée connut un essor rapide
après
la visite, en 951, de Godescalc, évêque du Puy et l’un
des premiers pèlerins étrangers attestés. A cette époque,
cependant, les routes n’étaient pas exemptes de brigands
et de la menace d’attaques musulmanes, telle celle de 997, conduite
par Al-Mansour, vizir du calife de Cordoue, lors de laquelle
Compostelle fut pillée et incendiée. Dans les premières
décennies
du XIe siècle, le début de la Reconquista marqua l’avènement
pour le lieu de pèlerinage d’une ère de prospérité,
et nombre de marchandises de toutes sortes y affluaient. Ainsi,
la cathédrale fut dotée de trésors immenses, au
point de pouvoir garantir les besoins de Rome et des souverains
de León
et de Castille. C’est à partir de cette époque
que le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle atteignit
son apogée. Des milliers de pèlerins, dont des rois et
des évêques, accomplirent de longues distances pour prier
sur la tombe de l’un des plus proches compagnons du Christ. Cette
apogée coïncida avec celle de l’Ordre de Cluny, qui
encouragea le culte des reliques en publiant des Vies des Saints
et des Recueils de Miracles. En conséquence, d’autres
sanctuaires de moindre importance se développèrent parallèlement,
sans pour autant éclipser la splendeur de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Du XIe au XIIIe siècle, des églises de “relais” virent
le jour le long de la route de pèlerinage, et en particulier
en France. Chacune d’entre elles s’enorgueillissait de
reliques saintes ; de fait, le culte des reliques était le principal
pilier du pèlerinage médiéval. Dans le même
temps, le culte de la Vierge Marie provoquait un renouveau de
ferveur. Les pèlerinages vers des sanctuaires tels que Notre-Dame
du Puy, Notre- Dame de Chartres et Notre-Dame de Boulogne, déjà réputés
au début du Moyen Age, connurent une spectaculaire renaissance
au XIIe siècle, en conséquence de l’importance
que prit le pèlerinage de Saint-Jacques-de- Compostelle. Des
trois églises, celle du Puy, en Auvergne, était la plus étroitement
liée à Saint-Jacques-de- Compostelle. Aimery Picaud,
dans le cinquième Livre du Codex Calixtinus, description des
routes de pèlerinage qu’il écrivit aux environs
de 1139 pour le pape Calixte II, l’identifia d’ailleurs
comme le point de départ de l’une des quatre routes de
France. Elle était, bien sûr, le siège épiscopal
de Godescalc, l’un des premiers pèlerins étrangers à Saint-Jacques-de-
Compostelle et probablement la première établie.
Description
Les quatre principales routes de pèlerinage menant à Saint-Jacques-de-Compostelle
en France partaient
respectivement de Paris, de Vézelay, du Puy et d’Arles, et chacun
d’entre elles étaient rejointe par plusieurs routes secondaires.
Ainsi, au début de la route de Paris, des routes venant de Boulogne, de
Tournai et des Pays-
Bas convergeaient, tandis que d’autres partant de Caen, du Mont-Saint-Michel
et de Bretagne la rejoignaient à des points intermédiaires tels
que Tours, Poitiers, Saint-Jean-d’Angély et Bordeaux (qui servait également
de port
d’arrivée aux pèlerins venant par voie maritime d'Angleterre
et des régions côtières de Bretagne et de Normandie). Le
Puy faisait office de lien avec la vallée
du Rhône, tandis que les routes venant d’Italie passaient par Arles.
Les trois routes occidentales convergeaient à Ostabat, en traversant les
Pyrénées par le col d’Ibaneta, tandis que la route orientale
d’Arles empruntait le col du Somport ; les deux routes se rejoignaient
en Espagne à Puente-la-Reina. La longueur totale identifiée est
de
5.000 km, mais seuls sept tronçons plus courts de la route du Puy (la
via podensis du Codex) sont
suffisamment cohérents pour être inclus à la proposition
d’inscription. L’étude nationale des routes de Saint-Jacques-de-Compostelle
en France a identifié quelques 800 biens de toutes sortes associés
au pèlerinage ; soixante-neuf d’entre eux ont été sélectionnés
dans le cadre de la présente proposition d’inscription, sur la
base des critères suivants :
• Les biens devaient démontrer la réalité géographique
de chaque chemin, en marquant son tracé à intervalles réguliers
;
• Ils devaient illustrer, par des exemples significatifs, le développement
chronologique du pèlerinage entre les XIe et XVe siècles ;
• Ils devaient illustrer certaines fonctions essentielles de l’architecture
le long des routes, notamment la prière (églises et monastères),
le repos et les soins (hôtelleries et hôpitaux) et le voyage (croix
et ponts).
La présente proposition d’inscription porte sur les biens suivants,
regroupés par ordre alphabétique des régions (ceux marqués
d’un astérisque sont déjà inscrits sur la Liste du
Patrimoine mondial, soit en tant que monuments individuels, soit en tant que
composants de villes ou centres villes historiques) :
Aquitaine Périgueux : cathédrale Saint-Front
Bazas : ancienne cathédrale
Bordeaux : basilique Saint-Seurin
Bordeaux : basilique Saint-Michel
Bordeaux : cathédrale Saint-André
La Sauve-Majeure : abbaye
La Sauve-Majeure : église Saint-Pierre
Soulac : église de Notre-Dame-de-la-Findes-Terres
Aire-sur-l’Adour : église Sainte-Quitterie
Mimizan : clocher
Sorde-l’Abbaye : abbaye Saint-Jean
Saint-Sever : abbaye
Agen : cathédrale Saint Caprais
Bayonne : cathédrale Sainte-Marie
L’Hôpital-Saint-Blaise : église
Saint-Jean-Pied-de-Port : porte Saint-Jacques
Auvergne Clermont-Ferrand : église Notre-Dame-du-Port
Le-Puy-en-Velay : cathédrale
Le-Puy-en-Velay : Hôtel-Dieu Saint-Jacques
Basse-Normandie
Le Mont-Saint-Michel*
Bourgogne La Charité-sur-Loire : église prieurale Sainte-Croix-Notre-Dame
Vézélay : église Saint-Jacques d’Asquins
Vézélay : ancienne abbatiale Sainte-Madeleine*
Centre Neuvy-Saint-Sépulchre : collégiale Saint-Etienne (anciennement
collégiale Saint-Jacques)
Bourges : cathédrale Saint-Etienne*
Champagne-Ardenne
L’Epine : basilique Notre-Dame
Châlons-en-Champagne : église Notre-Dame-en-Vaux
Ile-de-France Paris : église Saint-Jacques-de-la-Boucherie*
Languedoc-Roussillon
Saint-Guilhem-le-Désert : ancienne abbaye de Gellone
Aniane/Saint-Jean-de-Fos : Pont du Diable
Saint-Gilles-du-Gard : ancienne abbatiale
Limousin Saint-Léonard-de-Noblat : église Saint-Léonard
Midi-Pyrénées
Audressein : église de Tramesaygues
Saint-Lizier : ancienne cathédrale et cloître, cathédrale
Notre-Dame-de-la-Sède, palais épiscopal, rempart
Conques : abbatiale Sainte-Foy
Conques : pont sur le Dourdou
Espalion : Pont-Vieux
Estaing : pont sur le Lot
Saint-Chély-d’Aubrac : pont dit “ des pèlerins ” sur
la Borade
Saint-Bertrand-de-Comminges : ancienne cathédrale Notre-Dame
Saint-Bertrand-de-Comminges : basilique paléochrétienne, chapelle
Saint-Julien
Toulouse : basilique Saint-Sernin
Toulouse : Hôtel-Dieu Saint-Jacques
Valcabrère : église Saint-Just
Auch : cathédrale Sainte-Marie
Baumont-sur-l’Osse et Larressinge : Pont d’Artigue ou de Lartigue
La Romieu : collégiale Saint-Pierre
Cahors : cathédrale Saint-Etienne
Cahors : pont Valentré
Gréalou : dolmen de Pech-Laglaire !
Figeac : hôpital Saint-Jacques
Rocamadour : église Saint-Sauveur et crypte Saint-Amadour
Aragnouet : hospice du Plan et chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption, connue
sous le nom de chapelle des Templiers
Gavernie : église paroissiale*
Jezeau : église Saint-Laurent
Ourdis-Cotdussan : église de Cotdussan
Rabastens : église Notre-Dame-du-Bourg
Moissac : abbatiale Saint-Pierre et cloître
Picardie Amiens : cathédrale Notre-Dame*
Folleville : église paroissiale Saint-Jean-Baptiste
Compiègne : église paroissiale Saint-Jacques
Poitou-Charentes
Saintes : église Sainte-Eutrope
Saint-Jean-d’Angély : abbaye royale Saint-Jean-Baptiste
Melle : église Saint-Hilaire
Aulnay : église Saint-Pierre
Poitiers : église Saint-Hilaire-le-Grand
Pons : ancien hôpital des Pèlerins
Provence-Alpes-Côte d’Azur
Arles*
En outre, sept tronçons du Chemin du Puy sont inclus dans la proposition
d’inscription – entre Nasbinals et Saint-Chély-d’Aubrac
(Languedoc-Roussillon et Midi- Pyrénées : 17 km), Saint-Côme-d’Olt
et Estaing (17 km), Montredon et Figeac (18 km), Faycelles et Cajarc (22,5
km), Bach et Cahors (26 km), Lectoure et Condom (35 km : tout en Midi-Pyrénées),
et Aroue et Ostabat (Aquitaine : 22 km).
Il est clair qu’il serait impossible de décrire chacun de ces biens
dans la présente évaluation. Dans tous les cas, ils devraient être
traités comme une proposition en groupe ou en série. Les notes
suivantes, concernant les catégories de monument incluses dans les biens
proposés pour inscription, sont basées sur des informations fournies
dans le dossier de proposition d’inscription abrégé fourni
par l’Etat Partie.
- Les églises
Les lieux de culte qui jalonnent les chemins de pèlerinage
en France vont de grandes structures telles que Saint-Sernin, à Toulouse,
ou la cathédrale d’Amiens, à de modestes églises
paroissiales. Tous sont inclus, soit parce qu’ils figurent sur le guide
produit par Aimery Picaud (par exemple la cathédrale Saint-Front, à Périgueux,
ou l’église de Saint-Léonard-de-Noblat), soit parce qu’ils
contiennent des reliques importantes et d’autres éléments
qui les relient directement au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Certaines églises présentent des caractéristiques architecturales
qui leur permettent de porter l’appellation d'“églises de
pèlerinage”. Sainte-Foy à Conques, Saint-Sernin à Toulouse
et la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle elle-même possèdent
en particulier de grands transepts et des chapelles absidales rayonnant à partir
d’un spacieux déambulatoire, conçu pour répondre
aux besoins liturgiques des pèlerins.
- Les hôpitaux
La longueur et les rigueurs des pèlerinages du
Moyen Age imposaient des contraintes considérables aux pèlerins, à tel
point qu’ils nécessitaient souvent un traitement et des soins médicaux.
Peu de ces établissements subsistent intacts sur les parties françaises
de la route ; ceux-ci sont inclus dans la présente proposition d’inscription.
- Les ponts
Un certain nombre de ponts sont connus sous le nom de pont “ des
pèlerins ”, et celui qui passe sur la Borade, à Saint-Chély-d’Aubrac,
porte même une sculpture représentant un pèlerin. Deux sont
d’une importance toute particulière : le pont du Diable, sur l’Hérault, à Aniane,
l’un des plus anciens ponts médiévaux de France, et le magnifique
pont fortifié Valentré du XIVe siècle, sur le Lot, à Cahors.
- Les croix de chemins
Quelques croix associées au pèlerinage
sont connues le long des routes. Un exemple particulièrement magnifique
se dresse en face de l’église d’Estaing, et d’autres
croix plus simples s’élèvent le long des sections de la
route proposées pour inscription (voir ci-dessous).
- Les routes
Bien que le tracé des différentes routes soit généralement
connu, très peu d’entre elles subsistent sous une forme approchant
si peu que ce soit leur aspect original. Les sept tronçons inclus dans
la proposition d’inscription sont tous sur la route du Puy,* et couvrent
157,5 km, soit un peu plus de 20 % des 762 km que représente sa longueur
totale. Il s’agit de routes relativement mineures (départementales
ou rurales), dont le cours n’a pas changé significativement depuis
le Moyen Age ; des monuments associés au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
les bordent, tels que des croix et de modestes lieux de culte.
* voir l'article sur le tracé de la route du Puy en 1970 Gestion et protection
Statut juridique
Tous les biens qui font l’objet de la présente proposition d’inscription
sont des monuments de diverses catégories protégés en vertu
de la législation et des réglementations françaises sur
les monuments historiques et l’urbanisme. Les sept tronçons de
la route du Puy sont protégés par des plans du département.
Gestion
Des autorités gouvernementales, des agences de niveau
national, régional, départemental et communal, des
autorités ecclésiastiques, des institutions privées et des
particuliers se partagent la propriété des biens. Les monuments
protégés font l’objet de programmes de maintenance et de
conservation, sous l’égide des
Directions régionales des Affaires culturelles (DRAC)
du ministère de la Culture, qui travaillent par le biais de leurs services
de l’architecture et du patrimoine. La Caisse nationale des Monuments historiques
et des Sites
collabore à ce travail. Conservation et authenticité Historique
de la conservation
Il n’est pas possible de donner un aperçu global de
l’historique de la conservation des soixante-neuf biens inclus dans la
présente proposition d’inscription, de par
la diversité de leur nature, de leur protection et de leur appartenance.
Toutefois, on peut dire qu’ils ont dans leur
ensemble été préservés dans une mesure acceptable
grâce à leur classement en tant que monuments et sites
historiques. Authenticité
Le degré d’authenticité de la totalité des biens proposés
est élevé, des études ayant montré que les soixante-neuf
biens proposés sont associés de diverses manières à la
route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui
fait l’objet de cette proposition d’inscription. Evaluation
Action de l’ICOMOS
Une mission d’expert de l’ICOMOS a visité la grande
majorité des biens inclus dans la proposition d’inscription
en février 1998. Caractéristiques
Il ne peut y avoir aucun doute sur la qualité de la route
de
pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans son évaluation
de la section espagnole, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1993,
l’ICOMOS a fait valoir
qu'“Outre son immense valeur historique et spirituelle,
elle (…) illustre de manière remarquablement complète
l’évolution artistique et architecturale européenne sur plusieurs
siècles.” Ce commentaire est tout aussi vrai des
sections françaises qui font l’objet de la présente proposition
d’inscription.
Analyse comparative
Là encore, l’évaluation de la section espagnole
effectuée
par l’ICOMOS en 1993 reste valable pour la section française : “ Il
n’existe en Europe aucune autre route de pèlerinage chrétien
comparable dans son étendue et sa continuité. ”
Observations
de l’ICOMOS en vue d’une action future
Nous avons ici affaire à une
proposition d’inscription inhabituelle, car elle diffère de celle
de la section espagnole sur un point important. En effet, le site espagnol
inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial est un paysage culturel linéaire
continu, qui va des cols des Pyrénées à la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle
elle-même. A l’inverse, la proposition d’inscription française
se compose d’une série de monuments individuels d’une grande
qualité et d’une importante signification historique, qui définissent
le tracé des routes de pèlerinage en France, mais ne constituent
cependant pas des routes continues. La raison réside dans les différentes
trajectoires historiques et économiques de la France et de l’Espagne
depuis la fin du Moyen Age et dans le déclin du pèlerinage de
Saint-Jacques-de-Compostelle. Les routes elles-mêmes ont été préservées
de manière plus visible et cohérente en Espagne qu’en France.
Le dossier français de proposition d’inscription est une remarquable
compilation, fruit de la collaboration intensive d’historiens, d’archéologues
et de responsables du patrimoine dans treize régions, pas moins, qui
a abouti à un document de grande importance pour la science comme pour
la gestion, et l’ICOMOS souhaite exprimer son admiration devant le travail
fourni par l’Etat Partie pour le rassembler. Le rapport de la mission
d’expert de l’ICOMOS contient quelques propositions en vue de
l’élargissement
des biens qui devraient être inclus dans la proposition d’inscription,
eu égard à d’autres structures associées aux biens
proposés pour inscription et à d’autres zones urbaines plus
vastes.
L’ICOMOS a étudié attentivement cette proposition,
qui présente un mérite considérable. Toutefois, il considère
que les arguments avancés par l’Etat Partie en faveur de la sélection
des soixante-neuf biens inclus dans le dossier sont convaincants. Les trois
critères utilisés dans la procédure de sélection
(voir Description ci-dessus) sont cohérents et parfaitement valables,
et toute proposition d’extension ou de révision impliquerait une
réévaluation en profondeur qui aboutirait selon toute probabilité au
même résultat. Dans son évaluation, en 1993, de la proposition
espagnole acceptée, l’ICOMOS a commenté le classement par
le Conseil de l’Europe de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui
débordait, au-delà des frontières espagnoles, dans d’autres
pays européens, en ces termes : “ L’ICOMOS suggère
par conséquent que les Etats Parties concernés examinent la possibilité d’une éventuelle
extension du bien à d’autres sections des routes extérieures à l’Espagne ”.
Les Etats Parties sont bien entendu souverains à cet égard, et
il n’entre pas dans les fonctions de l’ICOMOS de proposer une inscription
conjointe, de quelque sorte que ce soit, à titre de condition à l’inscription.
Il espère toutefois que les deux Etats Parties concernés (la France
et l’Espagne) envisageront sérieusement à la possibilité de
combiner leurs sections respectives de la route sous une seule inscription,
comparable à l’inscription franco-espagnole du paysage culturel
de Pyrénées-Mont-Perdu en 1997
Brève description
Tout au long du Moyen Age, Saint-Jacques-de-Compostelle fut la
plus importante de toutes les destinations pour d’innombrables et pieux
pèlerins
en provenance de toute l’Europe. Pour atteindre l’Espagne, les pèlerins
devaient traverser la France, et les monuments historiques notables qui constituent
la présente inscription sur la Liste du Patrimoine mondial jalonnaient
les quatre routes qu’ils empruntaient.
Recommandation
Que ce bien soit inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial, sur la base des
critères ii, iv et vi :
Critère ii : La route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
a joué un rôle essentiel dans les échanges et le développement
religieux et culturel au
cours du Bas Moyen Age, comme l’illustrent admirablement les monuments
soigneusement
sélectionnés sur les chemins suivis par les pèlerins en
France.
Critère iv : Les besoins spirituels et physiques des pèlerins
se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle furent satisfaits grâce à la
création d’un certain nombre d’édifices spécialisés,
dont beaucoup furent créés ou ultérieurement développés
sur les sections françaises.
Critère vi : La route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
est un témoignage exceptionnel du pouvoir et de l’influence de
la foi chrétienne dans toutes les classes sociales et dans tous les pays
d’Europe
au Moyen Age.
ICOMOS, octobre 1998 |