Des
hommes et des femmes sur les routes de Compostelle |
Des
foules symboliques
Quoi qu’on en dise, les étrangers à l’Espagne ne se sont
jamais précipités en foules à Compostelle. Les comptages à partir des documents
des frontières, des hôpitaux ou des confréries ne permettent de trouver que
très peu de pèlerins sur les routes de France. Les pèlerins par mer furent sans
nul doute beaucoup plus nombreux. Les premiers textes qui évoquent ces foules de
«peuples étrangers, venus de toutes les parties du monde» émanent
tous de Compostelle qui invente, au XIIe siècle, LE
CHEMIN DE SAINT-JACQUES, une géniale campagne promotionnelle dont les effets
traversent les siècles. Elle se présente comme l’image du Paradis sur la terre,
un Paradis vers lequel marche sur ce Chemin une foule toute symbolique, celle
des Elus de la Bible. L’oubli de cette vision en nos siècles rationalistes a
entraîné à une longue et décevante comptabilité des pèlerins. Sa réapparition
offre au pèlerin d’aujourd’hui une idéologie plus exaltante que celle d’une
marche derrière des millions de fantômes en lui proposant de cheminer dans la
lumière de ces Elus de l’Apocalypse,
ou de marcher pour tous ceux qui n’ont jamais pu entreprendre ce pèlerinage. |
Des pèlerins réels
Depuis des siècles, la mentalité des pèlerins n’a pas vraiment
évolué, nonobstant les évolutions inhérentes à chaque époque. On est toujours
parti à Compostelle pour des motifs religieux mais aussi pour d’autres
extrêmement variés :
• un désir de la noblesse de s’illustrer par des actions justifiant
la guerre, participer à la Reconquête sur l’Islam ou à la lutte contre
l’Angleterre. Au XVe siècle, un traité d'éducation explique qu'il est
«bienséant que les jeunes de noble lignage fassent les pèlerinages de
Jérusalem ou Saint-Jacques et qu'en même temps ils guerroient contre les
Sarrasins et autres mécréants».
• des missions diplomatiques, qui se laissent parfois deviner derrière
les raisons officielles: en 1192, part pour Compostelle l'oncle du roi
de France Philippe-Auguste, archevêque de Reims. Un personnage aussi important
ne laisse pas son siège pour un pèlerinage lointain sans une raison grave
; Sans cela l'Eglise le désapprouve.
• du commerce, qui amène parfois les marchands à passer par Compostelle:
les guides-itinéraires du XVe siècle mentionnent le chemin des sanctuaires
en même temps que les lieux des foires internationales. Quelques marchands
effectuent, moyennant finances, des pèlerinages pour des personnes ne
voulant pas ou ne pouvant pas les effectuer elles-mêmes.
• un désir de profiter d’une hospitalité traditionnellement réservée
aux « pauvres passants, voyageurs et pèlerins», surtout pendant les périodes
difficiles (Guerre de Cent Ans mais aussi guerres de Louis XIV)
• un prétexte pour s’absenter de chez soi, ou pour avoir un alibi…
• très rarement, une obligation de pèlerinage faite par un tribunal,
civil ou religieux. Ce sont les fameux «pèlerinages pénitentiels» qui
ont accrédité l’idée fausse que les routes de pèlerinage étaient fréquentées
par des individus très dangereux, les bénéficiaires de ces mesures étant
plutôt des gens qu’il était bon d’éloigner pour un temps de leur domicile,
sans mettre la société en danger.
Des pèlerins littéraires
Le pèlerin de Compostelle occupe une place modeste dans la littérature,
proportionnelle sans doute à la réalité. Les portraits qui en sont faits
donnent une image embellie du pèlerin réel. Les chansons de geste s’inspirent
de la chronique de Turpin: la Chanson de Roland développe
le désastre de Roncevaux, Gui de Bourgogne rapporte les succès
français en Espagne, où Charlemagne est resté vingt sept ans sans enlever
sa cuirasse. Les romans ajoutent des intrigues amoureuses et des aventures
rocambolesques. Blancheflor commence par l'attaque de pirates normands
sur la côte Cantabrique, la Fille du comte de Pontieu, partie avec
son mari demander un enfant à saint Jacques, se fait violer dans la forêt
galicienne. Le Dit des annelés illustre les dangers encourus par
une honnête pèlerine. Le Dit des Trois Pommes raconte le pèlerinage
du fils d'un riche marchand.
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Château-Thierry, musée Jean de
La Fontaine,
gravure de
Larmessin d’après Lancret |
Le poète La Fontaine, dans le conte Le petit chien qui
secoue de l'argent et des pierreries, costume en pèlerin de Saint-Jacques
l'amoureux cherchant à s'introduire auprès de l'élue de son cœur :
«jouant de la musette…
notre pèlerin traversa la ruelle…
Il surprit et charma la belle
Vous n'avez pas, ce lui dit-elle
La mine de vous en aller
A S. Jacques de Compostelle».
Lance-t-il une mode ? Au XVIIIe siècle les nobles affectionnent
ce costume du pèlerin qu'ils empruntent ou louent parfois aux confrères
de Saint-Jacques pour assister, masqués, aux fêtes populaires, prétextes
à des rencontres galantes. Une estampe intitulée Le jeune pèlerin
est légendée :
«En revenant de Compostel
Plus d'un aimable jouvencel
Rencontrant pèlerine et fringante et légère
A su par ses tendres propos
Avec lui l'engager à faire
Un pèlerinage à Paphos*»
(ville de Chypre où est rendu un culte à Aphrodite).
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Des chemins millénaires
Les chemins de
Saint-Jacques
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Le Turpin nous indique que Charlemagne quitte Aix-la-Chapelle
en suivant la Voie Lactée, «une sorte de chemin semé d’étoiles qui commençait
à la mer de Frise et, se dirigeant entre la Germanie et l’Italie, entre
la Gaule et l’Aquitaine, passait tout droit à travers la Gascogne, le
pays Basque, la Navarre et l’Espagne jusqu’en Galice».
Quant au Guide du pèlerin, base des itinéraires
actuels, il n’a jamais été connu en Europe au Moyen Age, contrairement
aux premières
hypothèses. Il eut pour but d’indiquer des trajets aux seigneurs français
d’Aquitaine invités par l’Empereur d’Espagne (Alphonse VII, nouveau
Charlemagne)
à venir lui rendre hommage en tant que vassaux. L'Aquitaine était
bornée
par les quatre sanctuaires de Tours, Vézelay, le Puy, Arles et émaillée
de tous les autres cités par le Guide. Trois des routes qu’il
dessine sont des routes commerciales importantes du XIIe siècle, la
route commerciale passant par Le Puy se dirigeait vers le sud et ne
coincide pas avec l'itinéraire du Guide. Voir la carte
ci-contre des routes du Centre-Sud établie par R-H Bautier
Les récits des pèlerins et les textes littéraires indiquent
souvent d’autres itinéraires, variables en fonction des époques et des pèlerins
eux-mêmes. Aucun n’a une valeur historique supérieure à l’autre.
On a longtemps cru que les nombreux objets du riche patrimoine
relatif à saint Jacques constituaient, à travers l’Europe, des balises
des chemins de Compostelle. Les connaissances actuelles conduisent à reconsidérer
la question et à admettre que la majeure partie de ce patrimoine témoigne
plutôt
de dévotions locales à l’apôtre : dans toute l’Europe, les fidèles éprouvaient
un besoin fréquent de le vénérer, en liaison avec leur lecture de l’Epître, un
texte biblique qui lui fut attribué parfois jusqu’au XIXe siècle. |
La redécouverte du corps de saint Jacques à Compostelle en 1884
Au début du XIXe siècle, le pèlerinage à Compostelle avait
pratiquement cessé, ce qui avait appauvri toute la ville au point que,
en 1833, elle perdit son titre de capitale provinciale au bénéfice de
La Corogne. Avant la fin du siècle, tous se sont mobilisés pour lui rendre
son lustre, édiles de la cité, universitaires et industriels auxquels
vinrent se joindre l’archevêque et les chanoines de la cathédrale. En
1879, ces derniers annoncèrent qu’ils avaient retrouvé le corps de saint
Jacques, perdu depuis longtemps et qu’ils avaient décidé de présenter
dorénavant les reliques à la vénération des fidèles (ce qui n’était pas
le cas auparavant). En 1884, le pape Léon XIII confirma cette découverte,
bien utile, dit-il, «en ces jours où l’Eglise est particulièrement
tourmentée» et invita les catholiques à reprendre le chemin de Compostelle.
Compostelle par voie d’eau
Les pèlerinages par mer ont toujours été très usités, car
voyager par bateau est pratique, rapide et peu onéreux, ce qui fait supporter
les nombreux désagréments, inconfort, tempêtes et risques de capture par des
pirates.
Les pèlerins sont entassés à deux cent, voire «à
volonté», bousculés par les marins qu'ils gênent. Ils ont le mal de
mer. Les plus pauvres dorment dans la cale et doivent s’occuper de distribuer
pain, sel et eau, sans doute la seule nourriture offerte.
En 1446, un pèlerin poitevin raconte que, «étant
sur mer en allant à Saint-Jacques, lui et plusieurs autres furent pris dans
un ouragan tel qu’ils ont cru mourir».
En 1443, cinq pèlerins de Tournai, revenant par Montserrat
se sont fait prendre près de Barcelone par des écumeurs de mers. Pendant trois
ans, ils rament sur des galées en endurant les pires sévices. Dix ans plus tard,
ce sont des pèlerins anglais de Compostelle, embarqués sur un navire, qui sont
attaqués et dépouillés par des Bretons
Saint Jacques apparaît comme le protecteur des navigants, face
à Satan qui provoque les naufrages : au XIIe siècle, le roi d'Angleterre
Henri II se fit apporter de l’abbaye de Reading la main de saint Jacques
«avant de prendre la mer afin d'être fortifié par sa protection et sa
bénédiction». Lorsque Margerie Kempe, une pèlerine anglaise très exaltée,
cherche à partir depuis Bristol en 1417, les autres pèlerins la prennent
pour une possédée du diable et, à ce titre, craignent qu’elle ne déclenche
une tempête. Ils la préviennent que, si un ouragan survient, ils la jetteront
à la mer pour se débarrasser du Malin.
L'hospitalité au Moyen Age
Le devoir d’hospitalité s’impose à tous. A l’origine, chacun
se devait d’ouvrir sa maison au passant. La religion chrétienne demanda
que tout étranger soit reçu comme s’il était le Christ, selon le précepte
de l’Evangile de Mathieu: «Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger.
J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. J’étais étranger et vous m’avez
accueilli. J’étais nu et vous m’avez vêtu. J’étais malade et vous m’avez
visité. J’étais en prison et vous êtes venu vers moi. Toutes les fois
que vous avez fait ces choses à l’un des plus petits de mes frères, c’est
à moi que vous les avez faites».
Précepte bien propre à tempérer la méfiance spontanée devant
l’étranger. Lorsque la circulation des hommes se fit plus dense, aux XIe
et XIIe siècles, les communautés laïques et religieuses se sont organisées
pour fonder des maisons hospitalières, financer et assurer leur fonctionnement.
L’hôpital rassemble tous les types de sociétés, pauvres du lieu,
«pauvres passants», voyageurs aisés payant leur écot et, pour les accueillir,
les nantis qui gèrent la maison. Le pèlerin, mêlé au monde marginal de
l’errance, reçoit vivre et couvert pour une nuit, voire davantage s’il
est malade, dans une atmosphère que les textes, selon les lieux et les
époques, présentent comme des images du Paradis… ou de l’Enfer. Jusqu’au
XVIe siècle, les hôpitaux Saint-Jacques ne font pas exception. A cette
époque Compostelle attire de plus en plus de fidèles, avides de comprendre
comment l’Espagne a pu échapper au Protestantisme. Alors seulement apparaissent
quelques hôpitaux spécialement réservés aux pèlerins de Galice.
Des reliques de saint Jacques |

reliquaire du
bras de saint Jacques à Liège
photo J. Michel
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Saint Jacques, dit-on, n’a pas seulement évangélisé l’Espagne,
mais tout l’Occident. C’est sans doute pour cela qu’on retrouve un peu
partout ses traces (un «pas de saint Jacques» à Buxerolles, près de Poitiers),
voire même ses reliques. Rien qu'en France, on compte trois tombeaux renfermant
son corps, neuf têtes et de nombreux membres ! L'Eglise essaie en vain
de donner à chaque relique l’identité d’un autre Jacques mais les fidèles
n’y voient qu’un seul et unique, l’apôtre. Elle admet que ces dévotions
répondent à une demande profondément humaine, allant jusqu’à déclarer
«louables les intentions de ceux qui les honorent».
Sur le chemin de Compostelle, le pèlerin Jean de Tournai,
en 1490, écoute chaque légende qu'il relativise en affirmant que tout cela n'a
guère d'importance car «de toute façon, saint Jacques est au Paradis ».
Patron de la Reconquête, saint Jacques surgit périodiquement
dans le ciel des armées chrétiennes, monté sur un cheval blanc et déployant
un grand étendard. La première apparition est celle de Clavijo près de Logrono
en 844, lors d'une bataille engagée pour ne plus envoyer chaque année le
tribut de cent jeunes filles pour le harem de Cordoue. Le roi Ramire,
vainqueur, impose
en échange le paiement d’un tribut annuel pour l'église de Compostelle, une
redevance perçue pendant des siècles. L’une des dernières interventions
de l’apôtre aurait eu lieu pendant la guerre civile entre 1936 et 1939. |
Des symboles…
Le costume
Le pèlerin médiéval, n’est vêtu, le plus souvent, que du
costume commun à tout voyageur. Peu à peu, sous l’influence de l’imagerie
pieuse, le costume se charge de significations symboliques. Au XVIIIe
siècle, la Chanson du Devoir des pèlerins explique que «Des choses
nécessaires faut être garni, à l'exemple des pères n'être pas défourni
de bourdon, de mallette, aussi d'un grand chapeau, et contre la tempête
d'avoir un bon manteau». Symboliquement le pèlerin est «revêtu de constance,
d'amour et chasteté… Couvert du manteau de bonnes œuvres», il s'appuie
sur «le bâton d'espérance, ferré de charité», sa «bourse et sa mallette»
renferment les trésors que Dieu lui a donnés, et sa «callebasse est pleine…d'eau
de vive fontaine».
En savoir plus : 
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Au Moyen Age, la bénédiction du pèlerin
De nombreux «rituels» contiennent les formules
utilisées par les prêtres lorsqu’ils bénissent un départ de pèlerin pour une
destination lointaine. Celle-ci, tirée du Codex Calixtinus,
est adaptée à un départ pour Compostelle:
«Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace,
insigne de ton pèlerinage afin que, purifié et libéré, tu parviennes à
la maison de saint Jacques où tu veux te rendre, et qu'ayant achevé ton
voyage, tu reviennes parmi nous en bonne santé et joyeux, par la grâce
de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.
Reçois ce bourdon, réconfort contre la fatigue de la marche
sur le chemin de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre les embûches
de l’Ennemi et parviennes en toute tranquillité au sanctuaire de saint Jacques,
et que ton but atteint, tu nous reviennes avec joie, par la grâce de Dieu
qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen».
La coquille des pèlerins
On a retrouvé à Paris des coquilles dans les tombes d'un cimetière
mérovingien, bien avant la découverte du tombeau de saint Jacques à Compostelle.
Dès le XIIe siècle, Compostelle s’en fait une spécialité qu’elle vend
comme souvenir aux pèlerins. Les marchands de la cathédrale en expliquent
la symbolique : les lignes en éventail, disposées comme les doigts d’une
main, sont l’image des œuvres que le pèlerin doit poursuivre (le mot «œuvres»
pris dans le sens de «œuvres charitables», mais aussi de «travail»). Peu
à peu, les représentations iconographiques de l'apôtre saint Jacques adjoignent
systématiquement une coquille, qui sur la besace, qui sur le chapeau.
Puis, au XVIIIe siècle, dans les premières classifications des espèces
animales, le coquillage en question reçoit le nom de coquille Saint-Jacques,
ce qui détermine la systématisation de l'alliance de la coquille au pèlerinage
de Compostelle.
Mais la coquille est également vendue dans d’autres sanctuaires,
en particulier au Mont Saint-Michel et elle reste un insigne commun à
tous les pèlerins : par exemple, lorsque l’Empereur Charles IV vient en
visite à Paris en 1377 et qu’il se rend en pèlerinage à Saint-Maur-des-Fossés,
le roi lui «envoie des coquilles parce qu'il est pèlerin».
En héraldique, la coquille n’est souvent qu’un «meuble»
pour lequel il est impossible d’établir un lien avec Compostelle. |
Pèlerins d’aujourd’hui
Les us et coutumes |

Le
pilier de Jessé,
au Portail de la Gloire
de la cathédrale de Compostelle,
invite les visiteurs et les pèlerins
à la méditation | 80 % des pèlerins
passant à Saint-Jean-Pied-de-Port commencent là leur pèlerinage, ce qui
est une aberration, l’étape de Roncevaux par la montagne étant la plus
difficile du chemin. On en parle peu, mais le mauvais temps y est fréquent,
on peut y errer pendant des heures, voire même y mourir.
Le nombre de pèlerins y est passé de 1264 en 1996 à 13638 en
2001…
A Santiago, 100 000 pèlerins environ reçoivent la Compostela
chaque année pour 4 millions d’autres visiteurs (9 millions les années saintes) |
La Compostela, preuve du pèlerinage |

une Compostela de 1976 |
Depuis longtemps, et spécialement depuis le XVIIe siècle,
les pèlerins rapportaient de Compostelle un certificat attestant qu’ils étaient
bien allés jusque là-bas. Ce certificat a été remis à l’honneur. Il exige toujours
que le pèlerin soit venu dans un esprit de piété (pietatis causa) mais,
bien que son texte ne le signifie pas, il est délivré seulement à ceux qui,
en outre, ont parcouru les 100 derniers km à pied (ou 200 en vélo), à l’exclusion
de tous les autres.
Voici la traduction du texte de cette Compostela
«Le chapitre de cette bienheureuse église métropolitaine et apostolique
de Compostelle, garde des sceaux de l'autel du Bienheureux Apôtre Jacques,
afin de délivrer à tous les Fidèles et Pèlerins du Monde entier, parvenant
auprès de saint Jacques, notre Apôtre, patron et protecteur des Espagnes,
mus par la dévotion ou par un vœu, un certificat de pèlerinage, au vu
des circonstances, certifie que …………, mû(e) par sa foi, a dévotement visité
ce très saint Temple. Au nom de cette foi, je lui remets la présente attestation,
munie du sceau de cette Sainte Eglise» |
A chacun son chemin.
Le pèlerin quitte sa demeure et ses habitudes. Il prend le chemin,
ouvert aux autres, en quête de lui-même. Cette aventure, il pourrait la
vivre sur ses chemins de tous les jours. Mais la démarche de pèlerinage
sur les chemins de Compostelle est privilégiée et prend des formes variées
qui impliquent toujours une rupture.
Le pèlerin d’aujourd’hui, en marchant à pied pendant des semaines,
cherche à retrouver les sensations de ses ancêtres et se créée une imagerie
stéréotypée : il faut souffrir, quitter son confort, accepter des conditions
de vie frustres, se priver… Il doit partir du Puy et suivre le GR 65 qui
passe pour un chemin historique… Là seulement, il pourra ressentir la
compagnie des foules de pèlerins du passé.
Mais marcher dans la boue fait-il partie du pèlerinage
? Souffrir dans des chemins impossibles est-il obligatoire ? Mendier son pain
n’est-il pas faire injure aux vrais pauvres ? Aucun récit de voyage des temps
anciens ne fait état de pareilles obligations. La Règle de saint Benoît met
même en garde contre la surenchère dans les pratiques ascétiques (gare au
péché d'orgueil !).
Une autre manière
de cheminer
Quittant les images, les conseils de ses prédécesseurs qui
parfois entretiennent son angoisse pour se valoriser, les contraintes
des guides de toute nature, le pèlerin d'aujourd'hui peut vivre un pèlerinage
personnalisé. Il l’organisera à son gré, sans mimétisme et sans ostentation.
Il lui est loisible de partir de chez lui et de marcher en droite ligne,
à l'affût des rencontres des autres, de tous ceux que sa démarche intéresse
ou indiffère. C'est lui qui, humblement, ira vers eux en demandant sa
route ou une adresse. Chemin faisant, il s'imprégnera des conditions de
vie des habitants des régions traversées. Au lieu de se cacher dans des
chemins où il ne rencontre que ses semblables, ou de «gommer» les villes
en prenant le bus, il osera «s’aventurer» dans les zones industrielles
(une occasion de répertorier les activités de la région), marcher sur
les routes, voire même sur les routes nationales (pensant à ceux qui subissent
leurs nuisances toute l’année, contrairement à lui qui ne fait que passer).
Dans les villages, il découvrira de vrais lieux de rencontres, les bistrots-épiceries-quincailleries-vêtements,
ou les chambres d'hôtes tenues par des gens du cru. Se faire étranger
le temps d’un pèlerinage offre des bonheurs inédits et ce pèlerinage hors
des sentiers battus n’enlève rien à la valeur de la démarche, bien au
contraire.
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