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Méreaux et enseignes de la confrérie Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris (XIVe-XVe siècle)

Isabelle ROUSSELIN et Jacques LABROT, Février 2003

Remis à jour par les auteurs, cet article rédigé à partir d'une maîtrise d’histoire sur l’église, confrérie et hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris, aux XIVe et XVe siècles et des documents du CNRJMMA (paru sous le titre « Les méreaux de Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris », Le livre des mérels, bulletin du Centre National de recherche sur les jetons et les méreaux du Moyen Age, n° spécial 43-44-45, 2001, p. 62-70)
Comment de petits objets sans importance révèlent des pans entiers de la vie quotidienne dans cet hôpital qui fut un but de pèlerinage tout en regroupant d’anciens pèlerins de Compostelle (voir l’article d’Isabelle Rousselin sur l’histoire de cet hôpital et les reliques de saint Jacques qu’il offre à la piété des pèlerins)

 

En 1319, la confrérie Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris fonde l'hôpital et la chapelle du même nom. [1] II s'agit d'une des confréries les plus prestigieuses de la capitale dont l’acte de fondation [2] permet de connaître les noms des membres : quatre-vingt cinq grands bourgeois de la ville, à la tête desquels s’inscrit l’oncle du roi Charles de Valois. On est ici en face d’un groupe social éminent, celui des prévôts des marchands, membres de l’échevinage ou officiers royaux. Cette confrérie est le fait, dit le roi, de «ceux de nos chers habitants de Paris [pas n’importe quels habitants !] qui, portés par leur dévotion à faire le pèlerinage de Saint-Jacques …». Au XVe siècle encore les statuts font toujours obligation d’être allé à Compostelle pour obtenir le droit d’entrer et vont jusqu’à prévoir l’entrée dans la confrérie des enfants-pèlerins in utero. Ceci n’empêche pas que l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins d'être un lieu de pèlerinage en soi, ouvert à des pèlerins soucieux de vénérer des reliques de saint Jacques moins lointaines que celles de Compostelle.

L'hôpital ayant été rasé au XIXe siècle, les souvenirs matériels sont rares. Parmi ceux-ci, des méreaux, dont quelques exemplaires sont conservés, mais qu’on retrouve par milliers dans les livres de comptes. Mettre en parallèle objet et textes permet d'aborder de nombreux aspects de la vie quotidienne au sein de cet immense enclos que fut l’hôpital Saint-Jacques-au-pèlerins.

Le méreau

Les méreaux sont aux siècles médiévaux ce que sont les tickets du XXe siècle. Curieusement une étymologie est la même que « marelle ». Merele, merel, marel, mareau, de marr = pierre [3] . Selon Littré, un méreau est « une monnaie de convention, de plomb, de cuivre, quelquefois d’argent, dont chacun avait le droit de faire usage », mais cette définition n’est que partielle, ne recouvrant qu’une petite partie des fonctions des méreaux. Définitions et étymologies ont été revues dans l’ouvrage de Labrot et Henckes [4] . On en trouve aussi en laiton ou en étain. Les méreaux de plomb ou d'étain étaient en principe coulés dans un moule ou plus rarement estampés à l'aide d'un coin (instrument de fer forgé et gravé en creux des motifs dont sera marqué le méreau). Mais ces coins impliquent également une technique de frappe sur des flans métalliques de cuivre ou de laiton (technique «monétaire»).

Alors que la frappe de la monnaie est soumise à une législation stricte, ces modestes méreaux sont donc souvent d’un usage privé : on s’en sert au marché pour prouver l’acquittement d’un droit, on les utilise dans les ateliers pour réaliser, en fin de semaine, le prix des journées rémunérées. L’Eglise en est grande consommatrice, comme nous l’allons voir à Saint-Jacques-aux-pèlerins. Entre 1326 et la fin du XVe siècle, cet hôpital en a produit des milliers (disparus depuis car refondus périodiquement).

Des usages du méreau à Saint-Jacques-aux-pèlerins [5]

Comme partout, les méreaux ont des usages très divers. Certainement différents d’aspect ils servent à la comptabilité de la maison, à l’assistance aux pauvres, aux prières diverses, à la convivialité, voire au jeu. Beaucoup sont achetés à l’extérieur, mais certains sont fabriqués « maison », ainsi que le prouvent des achats de moules ou, en1480-1481 une dépense pour « facon et pour avoir regravé la pointe du coing ». En 1458, on les voit stockés dans des bourses en cuivre.(On sait que certains confrères exerçaient la profession de «potier d’étain», et pouvaient donc fabriquer eux-mêmes, dans leur officine, ces méreaux destinés à la confrérie) [6]

Les méreaux à compte ou méreaux à jeter (pour la gestion)

La gestion de l’hôpital demande un personnel compétent. A partir des comptes établis au jour le jour par le procureur, les maîtres et gouverneurs de la confrérie, qui sont souvent des marchands rompus aux techniques de .comptabilité, établissent des comptes annuels clairs et justes. On sait qu'ils utilisent des jetons de comptes déplacés sur des grilles pour convertir et additionner les monnaies de compte virtuelles [7] .

1366-1367     Dépense pour un cens de meriaux de laton à jetté

1374 –1375     Pour faire le moule au méraus neuf et jeter 600 de méraux

Les méreaux de distribution de nourriture [8]

La confrérie a une vocation charitable : à l’hôpital peuvent être accueillis chaque nuit quarante pauvres et pèlerins. Avant de se coucher, ils bénéficient de distributions de nourriture qui correspondent peut-être à un repas complet dans les premières années. La « table saint Jacques » était une association charitable correspondant à la table du Saint-Esprit ou la table des pauvres. Ces institutions remontaient au XIIe siècle et assuraient des distributions charitables contre méreaux où étaient représentés les biens auxquels ils donnaient droit. Cette pratique était peut-être déjà assurée par la confrérie avant la création de l'hôpital. Elle fut, semble-t-il, progressivement abandonnée car les allusions à la table et aux méreaux de la table disparaissent très rapidement des comptes, alors que des tables identiques auraient fonctionneé toujours aux siècles suivants dans le Nord et en Flandre. A Paris, les distributions se limitent ensuite à I'essentiel : du pain et du vin.

1342-1343             Trois bources pour les meriaus des distributions

1362 –1363     Achat d'un moule à meriaux de distribution

1471-1472      Pour 56 petite mereaulx de cuivre tous neufs pour faire la distribution de ung denier

Les méreaux de rémunération des bénéficiers (prière pour les confrères)

Les confrères sont assurés de la prière des clercs attachés à la chapelle de la confrérie. Ceux-ci sont rétribués pour réciter chaque jour à leur intention les heures canoniales et des messes. A chaque office, les chapelains attachés à l'église de l'hôpital reçoivent un méreau qui leur permet toucher leur salaire au début du mois suivant. Pour les chapelains, chaque méreau vaut deux deniers, ce montant inscrit sur certains d'entre eux. L'acte de fondation d'une chapellenie perpétuelle par Robert du Val et Jehanne sa femme en avril 1396 avant Pâques nous permet de connaître les modalités de ces distributions. La distribution de méreaux est assurée par un chapelain qui dispose de la confiance des gouverneurs et trésorier. II touche pour ce service trente-deux sous par an. Les textes nous révèlent l'existence de méreaux de différentes valeurs portant les chiffres : I-II-IV-VI. L’étude des méreaux nous permet de mettre en évidence les différentes catégories de clercs attachés à l'hôpital : les chanoines, les chapelains, les prêtres, les diacres, les sous-diacres. Les enfants de chœur n'apparaissent que dans les années 1470.

1347-1348             Uns molles a meriaus touz neus et cc meriaus pour les prestres

1352-1353             Achat de 150 petits mereaux pour les distributions des clercs

1367-1368            Gage a messire Raoulle Cordouennier pour livrer les meriaux de distribution

•1397  Transaction entre les maîtres et gouverneurs et les trésorier et chanoines et chapelains de saint Jacques de l'Hospital… [Ils] acceptent que quand aucune bonne créature donnait… aucun argent ou autre chose en son testament ou autrement… tout le lais (legs) estoit et devoit estre converti au prouffit dudit hospice… [sauf] si ledit don estoit convenu dire vigille et messe de mors. Auquel cas lesdiz tresorier et chanoines avoient et ont accoutumes aveoir chascun un mereau de vi deniers parisis et leurs clercs un mereau de iv deniers parisis et ceux qui sont prestre, diacre, soulzdiacre et les deux qui tiennent chappe en cuer, chascun un mereau de iv deniers parisis.

1404-1405 : 900 mereaux a distribuer aux heures de I'église

1412 –1413     Un nouveau moulle pour les meriaux des chapelains

•1433-1434     Distributions aux chapelains, clerc et chanoines des petit mereaux : un montant de 10 à 12 livres parisis selon les mois [9]

1465    Pour avoir fait forger et graver deux coings a faire les petiz meraulx servant aux distributions des clercs de ladite eglise et pour avoir fait 220 quarterons desdits meraulx

1470-1472             Pour 50 petits meraulx de cuivre tout neuf pour faire la distribution de 1 deniers

1470-1472 Le clerc des autels reçoit 32 sous pour avoir distribué les petitx meraulx aux chanoines chapellains et dicelle eglise aux heures et au service que l'en y fait chaque jour [10]

Les méreaux de corps (prière pour les confrères défunts)

Dès sa fondation, la confrérie est composée d’anciens pèlerins qui se regroupent au retour de pèlerinage pour continuer à honorer ensemble saint Jacques et surtout prier les uns pour les autres notamment au moment de leur mort. La donation de Guillaume de Charny en 1298, document où apparaît pour la première fois la confrérie, correspond à la fondation d'un anniversaire. Dans certains cas, des méreaux sont distribues aux membres qui ont assisté aux vigiles et aux funérailles d'un confrère.

1335 -1336     Demi cent de meriaux pour les corps

1396 Acte de fondation d'une chapellenie perpétuelle par Robert du Val et Jehanne sa femme en avri1 1396 avant Paques [11] . Clauses sur la rétribution du chapelain : Le chapelain recevra 15 livres parisis pour les distributions soient 10 deniers parisis par jour s'il est présent aux heures. Il sera payé en mereaux selon la manière accoutumée : 2 a matines, 2 a primes, 2 a la messe de prime et commandaces (s'il n'y a pas de messe à prime, le chapelain doit aller à tierce et à midi pour gagner ses méreaux), 2 a la grand messe, 2 a vepres, vigiles des morts et complies.

Les méreaux pour vigiles foraines [12]

On ignore ce que signifie ce terme «vigille foraines», peut-être une allusion à des taxes sur la valeur des marchandises. (On sait que certains hôpitaux tiraient des revenus de foires ou marchés qui se tenaient dans leur enceinte ou dans le voisinage immédiat). On peut imaginer que des méreaux étaient remis la veille de ces foires, après paiement des taxes, ce qui permettait aussi de contrôler le volume des marchandises.

1341 -1342     Pour un moule a meriaus pour vigilles foraines et pour facon des meriaux : XIIe

1342-1343 un moule a meriaux pour vigilles foraines : v deniers

1348 –1349     Facon de c meriaus pour vigilles foraine. Pour cc meriaux pour vigilles foraine XVI deniers

Les méreaux du siège annuel (la convivialité confratemelle)

Des méreaux attestaient que le confrère avait payé sa cotisation pour le banquet de la confrérie. On constate que dans les comptes des doyens pour le siège, la dépense consacrée à la fabrication de ces méreaux apparaît chaque année, et qu’elle correspond, du moins les premières années, au nombre de convives. Cela signifie que ces méreaux ne sont pas réutilises d'année en année. On sait, de manière générale, que les méreaux étaient récupérés en fin de circuit pour être fondus, le métal servant ultérieurement à créer d’autres modèles afin d’éviter toute fraude. Ils portent d'ailleurs une date sur l'une des faces. Ils sont probablement conservés par les confrères un peu au même titre que des enseignes de pèlerinage [13] . L'un d'eux a été retrouvé, il était percé comme une médaille, ce qui a conduit certains auteurs à l'interpréter comme une médaille.

Certaines années, le nombre de méreaux fabriqués est bien supérieur au nombre de convives. Ce décalage s'explique peut-être par le fait qu'a partir de cette date, des méreaux sont distribues sans lien avec la participation au siège. D'autre part, la récente découverte d'un méreau de saint Jacques dans les fouilles du chateau de Brie-Comte-Robert témoigne d'une influence de la confrérie dans cette région, ou pour le moins, du passage d'un confrère en ce lieu.

1326 : 1436 méreaux d’étain pour le siège

1340-1341      Achat de 1200 mereaus pour le siège (1080 convives)

1489    Pour cinq cent mereaux pour bailler parmi la ville

1492    Pour un milliers de mereaux pour bailler parmy la ville

Les méreaux de jeu

On jouait aussi dans l’enceinte de l’hôpital, bien que ce soit strictement défendu, car des disputes graves s’ensuivent :

1402-1403 : Pour avoir mis des barres en manière de barrière à l'entre des II salles du cloistre ou siet la confrairie pour oster I'empêchement de plusieurs joueurs de dés, de quartez, de tasseau et de meriaulx, de paulme et autres mauvès jeux dont plusieurs noises ont esté et povent ensuivre

Quel est ce jeu de méreau ? Un méreau peut désigner un pion servant à jouer et, par métonymie, il en vient à désigner des jeux consistant à pousser des pions sur des carrés (XIIIe-XIVe siècles) dont des variantes sont connues sous les noms de jeu du moulin, jeu de merelles ou, appellation moderne de drapeau anglais. Littré définit ce jeu ainsi : jeu qui se jouait à une table carrée sur laquelle des lignes partant des angles ou du milieu de chaque côté et se réunissant au centre, indiquaient la place que devaient occuper et la route que pouvaient suivre les marelles ou méreaux (ou cailloux).

On sait également que des méreaux pouvaient servir de « mises de paris », mais cela ne semble pas avoir été le cas ici.

Quelques méreaux conservés à Paris

Quelques rares unités de ces milliers de méreaux disparus(on peut même dire millions) sont conservées au musée Carnavalet ou au musée de Cluny à Paris.

    L’un est en laiton, à l’avers et au revers identiques frappés de deux coquilles entourées du chiffre romain III. J. Rouyer [14] propose de voir là un méreau de distribution d’une valeur de deux deniers.

    Un autre méreau de cuivre du XVIe sièc!e [15] porte à l’avers : bourdon et coquille avec l’inscription I D (un denier) et au revers une clé entre deux coquilles

    Un méreau en laiton estampé sur une seule face (fin XVIe-début XVIIe) [16]   est clairement indiqué comme méreau de rétribution des chapelains : son avers porte besace, bourdons et coquille surmontés de l’inscription CHAP (chapitre)

    Quelques méreaux retrouvés au Pont-au-Change en 1850 [17] sont peut-être des méreaux de rétribution des chapelains.

- Avers : les méreaux portent l'image de saint Jacques pèlerin portant un livre et siégeant sur un trône. Il est entouré de deux coquilles. Cette représentation du saint apparaît à la fin du xve siecle et a dû être maintenue ou réutilisée « décor traditionnel immobilisé » durant tout le XVIe siècle.

- Revers : au moins trois datations différentes : lan. mil ccccc xxxviiii (1539) ;  lan mil ccccc xi (1540) ; LAN MilCCCCC LXXI (1571). (contrairement à ce que dit la légende de leur illustration, il ne s’agit pas d’une médaille, mais d’un méreau)

    Un méreau en plomb du XIVe siècle a été retrouvé en juin 2001 au château de Brie-Comte-Robert [18] dans lequel il est possible, malgré son usure, de voir un méreau de Saint-Jacques-aux-pèlerins tant il présente des allures semblables avec ceux qui ont été identifié: le saint est assis sur un siège à dossier gothique et à dais, il porte les attributs du pèlerin : chapeau, bourdon, coquille, tels que nous les retrouvons sur les beaux méreaux du XVIe siècle.

    A Saint-Jacques-aux-pèlerins siégeaient d’autres confréries qui sur l’avers portaient l’effigie de leur saint patron et sur le revers l’inscription S: JACQUE: DE LOPITAL. On conserve ainsi un méreau de la confrérie Saint-Nicolas, frappé de la légende des trois petite enfants.  La confrérie Saint-Claude qui faisait également dire des messes pour ses membres dans la chapelle de l'hôpital fait également figurer une coquille sur le revers de ses méreaux. La confrérie Saint-Sébastien reçoit en 1519 [19] l'autorisation de faire graver des méreaux où apparaît d'un côté son saint patron et de l'autre « la malecte et bourdon Monseigneur sainct Jaques » parce que les services religieux de leur confrérie se fait dans son église.

 

Ces quelques unités subsistantes, frappées à l’effigie de saint Jacques et des coquilles dont était marqué tout le linge de la maison, ont été maintes fois reproduites, ce qui a conduit à les qualifier improprement de «méreaux de pèlerinage». Il n’en est rien. Si cette qualification est pratique, elle ne correspond à rien de précis. Aucun texte ne parle de méreaux remis aux pèlerins comme attestation de visite au terme de leur voyage, ni à Paris, ni à Compostelle.

    Des méreaux de ce type ont dû être frappés dans tous les grands hôpitaux ou grandes églises Saint-Jacques. En témoigne ce méreau de cuivre [20]   portant à l’évers : S (saint) et I (Jacques) enlacés avec un feuillage et la date 1646. Au revers : besace, bourdons, gourde et coquille sont entourés de l'inscription DE. S. IACQVES DE LABOUCHERIE. Cet autre grand sanctuaire parisien a donc eu aussi ses méreaux… dont certains (hormis ceux où est représenté le saint Jacques assis) ont peut-être été abusivement attribués à Saint-Jacques-aux-pèlerins. Il ne faut pas oublier non plus Saint-Jacques-de-Haut-Pas

Combien d’autres méreaux ailleurs en France ?
      Enfin, certains confrères, grands marchands ou autres pouvaient faire frapper des méreaux pour leurs affaires personnelles, qu’ils pouvaient à leur guise marquer de la coquille, afin de rappeler leur attachement à la confrérie et à saint Jacques.

Les enseignes

Les textes mentionnent des «enseignes» (autrement dit des insignes) achetées chez les mêmes fournisseurs. Elles aussi sont en plomb, étain, argent ou or, mais elles ont pour particularité d’être munies d’une bélière ou d'un système d'attache au vêtement. Ces « enseignes » font office de souvenirs ou, comme à Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris, de menus cadeaux, petits bijoux offerts aux serviteurs, souvent au moment de la tenue du banquet annuel, source pour eux d’un gros travail supplémentaire.

•1466  deux douzaines d'enseignes pour les serviteurs (138 convives)

• 1467    trois douzaines d'enseignes pour le jur du siège (140 convives)

• 1489 dix douzaines d'enseignes pour les nouveaulx (qui sont ces nouveaux ? on ne sait)

• 1492 pour vi douzaines d'enseignes pour ceux qui servirent au diner du siege

•1491  Achat de xii douzaines d'enseignes

•1492 pour vi douzaines d'enseignes pour ceux qui servirent au diner du siege

Là aussi, rien d’exceptionnel : Compostelle essaie de garder le monopole de ces enseignes, mais n’y réussit pas. A Arras au XVIe siècle, où était vénéré un «chef de saint Jacques», on en vendait également aux pèlerins. Qui sait si ces enseignes n’étaient pas aussi vendues à Paris ?

La frontière entre méreau et enseigne est parfois ténue : elle tient à la présence ou non d’un système d’attache : le méreau daté de 1539 [21] a été percé pour en faire une médaille ou un insigne…

Ces petits objets, longtemps méprisés des numismates, prennent aujourd’hui leurs lettres de noblesse. Ils constituaient véritablement un objet-clé de la vie quotidienne à la fin du Moyen Age, en particulier pour les catégories sociales et religieuses observées dans ce grand hôpital parisien. Il reste encore à retrouver des exemplaires correspondant a toutes les fonctions relevées.

Bibliographie générale

• Labrot, J. et Henckes, J., Une histoire économique et populaire du Moyen Age, les jetons et les méreaux, Paris, éd. Errance, 1989.

• Les cahiers du CNRJMMA (le livre des méreils), Centre de Recherche sur les Jetons et les Méreaux du Moyen Age, 2, impasse Nungesser et Coli, 78 000 Versailles

• Bruna, Denis, Enseignes de pèlerinages et enseignes profanes, Musée national du Moyen âge-Thermes de Cluny , Paris, Réunion des musées nationaux, 1996



[1] Aux archives de l' Assistance Publique des Hopitaux de Paris - 7, rue des Minimes - 75004 Paris

[2] Bordier, H., « La confrérie des pèlerins de Saint-Jacques et ses archives », Mémoires de la société de l’histoire de Paris, 1875-1876, t. I p. 193-194

[3] Rey, Alain, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, le Robert, 1992

[4] Labrot, J. et Henckes, J., Une histoire économique et populaire du Moyen Age, les jetons et les méreaux, Paris, éd. Errance, 1989.

[5] Ces allusions aux méreaux sont faites au chapitre «dépense commune» des comptes annuels des maîtres et gouverneurs et dans le compte des doyens de la confrérie qui couvre les années concernées. Ils apparaissent aussi dans d'autres pièces d'archives, notamment dans les lettres de fondations de services religieux

[6] CNRJMMA, p. 58, compte 1470-1472

[7] On différenciait, au Moyen Age, pour les comptes, la monnaie de compte virtuelle, basée sur les équivalences : 1 livre = 20 sous = 240 deniers, d’avec la monnaie réelle. La livre et le sou n’étaient pas des monnaies réelles. L’écu d’or et le gros d’argent, en firent progressivement fonction

[8] Cf «Les méreaux de bienfaisance ecclésiastiques et religieux de la ville de Bruges», Revue de la numismatique belge, t. V, 1873.

[9] Dépense qui apparaît chaque année

[10] Dépense qui apparaît chaque année

[11] Cote 86 de l’inventaire manuscrit (pièce recopiée partiellement) ou n° 104-Liasse 12-4e chartrier

[12] Cf «Les méreaux obituaires et les chanoines». Le livre des méreils, CNRJMMA,  mars 1993

[13] Sur les enseignes de saint Jacques retrouvées dans la Seine, cf Arthur Forgeais, Collection de plombs histories trouves dans la Seine, 4e série : imagerie religieuse, Paris, 1865

[14] Revue numismatique, 4e série. tome III, 1899, page 364

[15] CNRJMMA

[16] Idem

[17] Etudiés par Arthur FORGEAlS dans Notice sur des plombs histories trouvés dans la Seine, Paris, 1858

[18] Avec l'aimable autorisation des Amis du vieux château de Brie-Comte-Robert

[19] Archives nationales. Reg. Z 187. fol. 311v° et 312 cité dans F. Mazerolle, Les Médailleursfrançais du XVe siècle au milieu du XVIIe, T. I, Paris, 1902

[20] Idem

[21] Collection du Musée Carnavalet

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