| L’étude des reliques et reliquaires
du chef de saint Jacques a été concentrée sur deux
points.
Le premier a été l’étude d’un
corpus de 79 reliquaires dont la majeure partie était composée
de bustes de l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle)
de factures populaire, artisanale, souvent en bois. La plupart
de ces objets, d’un intérêt artistique médiocre,
n’avaient
jamais été étudiés. Il s’est avéré que
cet ensemble illustrait les changements dans la façon de prier et
dans le rôle accordé aux saints après la réforme
tridentine.
Le corpus de reliquaires.
Le corpus de reliquaires, censés conserver uniquement des restes du
crâne de saint Jacques, est marqué par une forte hétérogénéité des
formes. Certaines (les monstrances ou les églises) sont fréquemment
utilisées pour d’autres types de reliques. En revanche, un type
de reliquaire est exclusivement réservé, sauf exemples contraires,
aux restes du crâne. Il s’agit des bustes, qui dominent par leur
nombre le corpus étudié. Ils sont surtout répandus à l’époque
moderne (du XVIe au XVIIIe siècle). Le Sud-Ouest paraît
en avoir produit la majeure partie. C’est généralement
l’expression d’un art populaire de facture plus ou moins frustre.
Le recensement et l’étude de ces témoignages de la piété populaire
reste souvent à faire. On remarque également que les formes les
plus rares (quadrilobes, tour, bourdon) sont des réalisations de qualité,
dont les commanditaires avaient des moyens financiers importants (ville,
prince et souverain).
voir le tableau des types de reliquaires
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La seconde moitié du XVIIè siècle
est marquée
par une approche plus spirituelle de la sculpture, plus baroque donc. Les
premiers bustes, comme celui de la collection Van den Abbeele et celui d’Asquins,
ont un visage particulièrement expressif, qui témoigne de la souffrance
physique et de la lassitude du pèlerin. Tandis que des pièces
plus tardives, Carmaux par exemple, se détournent de ce réalisme
et cherchent davantage à exprimer, par le jeu du regard, la prière
ou l’extase, la méditation ou le recueillement. Le saint devient
un modèle de spiritualité, de rapport individuel à Dieu.
Ce corpus, dont l’intérêt artistique est inégal, apporte
donc, sur le plan de l’ethnographie religieuse, un précieux témoignage
sur les évolutions de l’environnement spirituel de la masse des
croyants, sur l’application aussi des directives pontificales dans la
pratique quotidienne. Du Moyen-Age à la Révolution, le rapport
des hommes aux reliques évolue. Les attentes ne sont pas toujours les
mêmes et l’objet reliquaire reflète ces nombreux changements.
ci-contre buste-reliquaire de Cappelle-Broucke contenant
une relique provenant du chef de saint Jacques d'Arras |
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Le second point a été l’étude de l’implantation
géographique de ces reliques, notamment en France (nous manquons
de renseignements pour les autres pays européens). Il en découle
que ces reliquaires, dans leur majorité, sont concentrés
dans trois grandes régions.
• La première est le Sud-Ouest, entre Toulouse et l’Aveyron,
dont les liens avec l’Espagne sont anciens. Il est vraisemblablement
que saint Jacques soit, en Languedoc, un élément fort
de la culture religieuse traditionnelle et, comme saint Roch,
un saint dominant.
• La seconde grande région où le culte à l’apôtre
est très marqué sont les Flandres, entre Arras et la
côte. Cette zone se prolonge jusqu’en Belgique. Il existe
sur ce territoire, de par et d’autre de la frontière belge,
plusieurs reliques importantes (Liège, Arras, Compiègne
plus au sud). Ce qui caractérise les reliques du chef de saint
Jacques dans le Nord c’est la fragmentation de la relique d’Arras,
répartie entre plusieurs sites. Cette démultiplication
permet de toucher un plus grand nombre de fidèles et de répandre
la dévotion à l’apôtre par la multiplication
des pèlerinages possibles.
• Enfin, on retrouve plusieurs reliques le long de la Loire. Il
existe probablement un rapport entre le fleuve et la dévotion à saint
Jacques, mais tout cela reste à démontrer.
Que nous enseigne cette géographie des reliques du
chef de saint Jacques en France ?
Le premier constat
est celui d’une
non-correspondance totale, à l’exception des grandes villes
(Toulouse, Tours, Compiègne), avec les chemins de Compostelle
mis en valeur depuis une vingtaine d’années. Il n’y
a pas de liens entre les reliques du chef et le tracé moderne
de ces itinéraires. En
revanche, on s’aperçoit que la dévotion à l’apôtre
est très fortement implantée dans certains régions.
Cette prégnance est révélatrice de la vigueur,
oubliée aujourd’hui, des sanctuaires et cultes locaux
sur plusieurs siècles.
Il ne faut pas imaginer, en effet, que les fidèles désirant
que saint Jacques intercède en leur faveur et souhaitant se
recueillir sur une relique de ce saint, se rendent en masse à Compostelle.
Le voyage est long, risqué, coûteux. La relique de proximité a
autant de valeur que celle conservée en Galice. Aussi, quand
nous parlons de pèlerins de saint Jacques, ceux-ci pouvaient
aussi bien se rendre à Toulouse, Arras, Rabastens que Compostelle.
La focalisation qui est faite depuis vingt ans sur le sanctuaire
espagnol est étrangère aux habitudes religieuses des
hommes des siècles passés.
L’intérêt d’un travail sur les reliques et
reliquaires du chef de saint Jacques est donc double :
• souligner la valeur ethnologique, si ce
n’est artistique, d’un ensemble d’objets patrimoniaux
(les reliquaires, notamment les bustes modernes) souvent menacés
(oubli, destruction, mauvaise conservation) ;
• nuancer l’importance
accordée à Compostelle aujourd’hui pour rappeler
le rôle et l’influence de ces multiples sanctuaires de
proximité sur les traditions religieuses de vastes régions.
Il existait d’autres chemins vers saint Jacques que celui passant
par Roncevaux, qui aboutissaient à Aire-sur-la-Lys, Asquins
ou Nevers.
Le cas des reliques et reliquaires du chef de saint Jacques apparaît donc
comme
exemplaire. Une étude de l’ensemble des reliques de
l’apôtre serait vraisemblablement éclairante. Elle
permettrait de préciser la répartition du culte à saint
Jacques en France, son importance dans la culture religieuse
nationale et ses rapports éventuels avec Compostelle.
Cette vaste enquête
est déjà engagée par la Fondation.
voir : Les reliques de saint
Jacques en France et la carte ci-dessous, établie par Denise Péricard-Méa
et complétée par Mary Sainsous.. |