page établie le 19/10/2004
mise à jour le 15 janvier, 2009 Connaître saint Jacques. Comprendre Compostelle. survol du site Page précédente Accueil
 

Reliques et reliquaires du chef de saint Jacques

Mary Sainsous a présenté le 11 octobre à l'Ecole du Louvre un mémoire pour l'obtention d'un DRA (Diplôme de Recherche Appliquée). Le jury était composé de Jannick Durand, Conservateur des objets d'art au Louvre, Jean-Pierre Caillet, professeur d'histoire de l'art à Paris X-Nanterre, Denise Péricard-Méa. Dès son origine, ce travail a été conduit en étroite collaboration avec la Fondation et nous espérons qu'elle pourra bientôt les poursuivre.

L’étude des reliques et reliquaires du chef de saint Jacques a été concentrée sur deux points.
Le premier a été l’étude d’un corpus de 79 reliquaires dont la majeure partie était composée de bustes de l’époque moderne (XVIe-XVIIe siècle) de factures populaire, artisanale, souvent en bois. La plupart de ces objets, d’un intérêt artistique médiocre, n’avaient jamais été étudiés. Il s’est avéré que cet ensemble illustrait les changements dans la façon de prier et dans le rôle accordé aux saints après la réforme tridentine.

Le corpus de reliquaires.
Le corpus de reliquaires, censés conserver uniquement des restes du crâne de saint Jacques, est marqué par une forte hétérogénéité des formes. Certaines (les monstrances ou les églises) sont fréquemment utilisées pour d’autres types de reliques. En revanche, un type de reliquaire est exclusivement réservé, sauf exemples contraires, aux restes du crâne. Il s’agit des bustes, qui dominent par leur nombre le corpus étudié. Ils sont surtout répandus à l’époque moderne (du XVIe au XVIIIe siècle). Le Sud-Ouest paraît en avoir produit la majeure partie. C’est généralement l’expression d’un art populaire de facture plus ou moins frustre. Le recensement et l’étude de ces témoignages de la piété populaire reste souvent à faire. On remarque également que les formes les plus rares (quadrilobes, tour, bourdon) sont des réalisations de qualité, dont les commanditaires avaient des moyens financiers importants (ville, prince et souverain).
voir le tableau des types de reliquaires

lz reliquaire de Capelle Brouck

La seconde moitié du XVIIè siècle est marquée par une approche plus spirituelle de la sculpture, plus baroque donc. Les premiers bustes, comme celui de la collection Van den Abbeele et celui d’Asquins, ont un visage particulièrement expressif, qui témoigne de la souffrance physique et de la lassitude du pèlerin. Tandis que des pièces plus tardives, Carmaux par exemple, se détournent de ce réalisme et cherchent davantage à exprimer, par le jeu du regard, la prière ou l’extase, la méditation ou le recueillement. Le saint devient un modèle de spiritualité, de rapport individuel à Dieu.
Ce corpus, dont l’intérêt artistique est inégal, apporte donc, sur le plan de l’ethnographie religieuse, un précieux témoignage sur les évolutions de l’environnement spirituel de la masse des croyants, sur l’application aussi des directives pontificales dans la pratique quotidienne. Du Moyen-Age à la Révolution, le rapport des hommes aux reliques évolue. Les attentes ne sont pas toujours les mêmes et l’objet reliquaire reflète ces nombreux changements.

 

ci-contre buste-reliquaire de Cappelle-Broucke contenant une relique provenant du chef de saint Jacques d'Arras

Le second point a été l’étude de l’implantation géographique de ces reliques, notamment en France (nous manquons de renseignements pour les autres pays européens). Il en découle que ces reliquaires, dans leur majorité, sont concentrés dans trois grandes régions.
• La première est le Sud-Ouest, entre Toulouse et l’Aveyron, dont les liens avec l’Espagne sont anciens. Il est vraisemblablement que saint Jacques soit, en Languedoc, un élément fort de la culture religieuse traditionnelle et, comme saint Roch, un saint dominant.
• La seconde grande région où le culte à l’apôtre est très marqué sont les Flandres, entre Arras et la côte. Cette zone se prolonge jusqu’en Belgique. Il existe sur ce territoire, de par et d’autre de la frontière belge, plusieurs reliques importantes (Liège, Arras, Compiègne plus au sud). Ce qui caractérise les reliques du chef de saint Jacques dans le Nord c’est la fragmentation de la relique d’Arras, répartie entre plusieurs sites. Cette démultiplication permet de toucher un plus grand nombre de fidèles et de répandre la dévotion à l’apôtre par la multiplication des pèlerinages possibles.
• Enfin, on retrouve plusieurs reliques le long de la Loire. Il existe probablement un rapport entre le fleuve et la dévotion à saint Jacques, mais tout cela reste à démontrer.
Que nous enseigne cette géographie des reliques du chef de saint Jacques en France ?
Le premier constat est celui d’une non-correspondance totale, à l’exception des grandes villes (Toulouse, Tours, Compiègne), avec les chemins de Compostelle mis en valeur depuis une vingtaine d’années. Il n’y a pas de liens entre les reliques du chef et le tracé moderne de ces itinéraires. En revanche, on s’aperçoit que la dévotion à l’apôtre est très fortement implantée dans certains régions. Cette prégnance est révélatrice de la vigueur, oubliée aujourd’hui, des sanctuaires et cultes locaux sur plusieurs siècles.
Il ne faut pas imaginer, en effet, que les fidèles désirant que saint Jacques intercède en leur faveur et souhaitant se recueillir sur une relique de ce saint, se rendent en masse à Compostelle. Le voyage est long, risqué, coûteux. La relique de proximité a autant de valeur que celle conservée en Galice. Aussi, quand nous parlons de pèlerins de saint Jacques, ceux-ci pouvaient aussi bien se rendre à Toulouse, Arras, Rabastens que Compostelle. La focalisation qui est faite depuis vingt ans sur le sanctuaire espagnol est étrangère aux habitudes religieuses des hommes des siècles passés.
L’intérêt d’un travail sur les reliques et reliquaires du chef de saint Jacques est donc double :
• souligner la valeur ethnologique, si ce n’est artistique, d’un ensemble d’objets patrimoniaux (les reliquaires, notamment les bustes modernes) souvent menacés (oubli, destruction, mauvaise conservation) ;
• nuancer l’importance accordée à Compostelle aujourd’hui pour rappeler le rôle et l’influence de ces multiples sanctuaires de proximité sur les traditions religieuses de vastes régions. Il existait d’autres chemins vers saint Jacques que celui passant par Roncevaux, qui aboutissaient à Aire-sur-la-Lys, Asquins ou Nevers.
Le cas des reliques et reliquaires du chef de saint Jacques apparaît donc comme exemplaire. Une étude de l’ensemble des reliques de l’apôtre serait vraisemblablement éclairante. Elle permettrait de préciser la répartition du culte à saint Jacques en France, son importance dans la culture religieuse nationale et ses rapports éventuels avec Compostelle. Cette vaste enquête est déjà engagée par la Fondation.

 

voir : Les reliques de saint Jacques en France et la carte ci-dessous, établie par Denise Péricard-Méa et complétée par Mary Sainsous..

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